AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2072824575
Éditeur : Gallimard (02/05/2019)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 27 notes)
Résumé :
«J’ai vu tout ça. Nous l’avons fait, et on l’oubliera si je ne le raconte pas, personne ne le croira quand il le lira, mais nous l’avons fait. Traverser la mer inconnue, vaincre des armées, détruire nos navires, entrer dans cette ville, nous emparer du grand Montezuma, faire périr ses capitaines pendant qu’il est aux fers, et survivre. Ces grands faits incroyables, nous en sommes les acteurs, mais Dieu seul les préparait sur notre route. Car quels hommes oseraient i... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Bigmammy
  12 décembre 2017
Alexis Jenni (Prix Goncourt 2011 pour « L'art français de la guerre », son premier roman !) poursuit sa quête de vérité sur l'épopée tragique des guerres coloniales. Il nous transporte cette fois dans les cales d'un navire voguant à travers l'Atlantique vers Hispaniola et plus loin vers ce qui deviendra le Mexique.
Voici donc comment 500 guerriers d'infortune prirent part à l'expédition partie de Cuba en février 1519 sous le commandement d'Hernan Cortès et conquirent au prix d'immenses souffrances des vainqueurs comme surtout des vaincus l'empire aztèque …
Cette histoire, qui emprunte largement à la vérité mais nous fait vivre l'expédition de l'intérieur, est contée par le secrétaire du rusé et diplomate conquistador : Juan, rebaptisé Innocent par Cortès. Un jeune hidalgo devenu prêtre, chassé d'Espagne vers Cuba après avoir séduit une femme.
Innocent se souvient. « J'ai vu tout ça. Nous l'avons fait, et on l'oubliera si je ne le raconte pas, personne ne le croira quand il le lira, mais nous l'avons fait. » Il déplore déjà les ravages de la conquête parmi le peuple asservi. L'effondrement démographique dû aux combats inégaux – la supériorité technologique des conquistadors avec leurs armes à feu, la présence des chevaux, les épées d'acier face aux tranchants d'obsidienne, mais aussi l'irruption de maladies inconnues – désole les bâtisseurs d'empire fatigués.
Du sang, des flammes, des chairs consumées, des moustiques, des paysages fangeux, des chevaux pataugeant dans la boue, des victimes immolées roulant au bas des pyramides des temples, les costumes chatoyants de plumes des Amérindiens, leurs sandales d'or, leur accueil chargé de nourriture, leurs ruses éventées …
L'écriture est d'une beauté saisissante. Les descriptions de combats comme de l'ambiance des soudards au repos, les personnages féminins : la belle et calme Elvira et Marina, la Malinche, qui sert d'interprète à Cortez et devient son amante, qu'il porte sur la croupe de son cheval dans sa magnifique tunique brodée.
C'est surtout une réflexion lucide sur le pouvoir, la cupidité, la soif de l'or, l'humiliation, la disparition d'une civilisation au nom d'une religion proscrivant naturellement les sacrifices humains et le cannibalisme. C'est un livre âpre, violent, résonnant de bruit et de fureur, d'incompréhension réciproque de deux mondes, de désolation et de désenchantement des vainqueurs. Un livre qui impressionne, à tous les sens du terme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          113
kalimera
  14 janvier 2018
La conquête des îles de la Terre Ferme....
commence dans l'innocence, la quête de soi, l'envie de découvrir le monde (au sens générique du terme), pour un adolescent né en Estrémadure ,20 ans après la découverte décisive de Colomb.
Il part, chassé par le destin jusqu'au Nouveau Monde.
Il rencontre et accompagne Cortès et les hommes en armures, qui à 500, accompagnés de quelques chiens et de chevaux de guerre feront basculer l'histoire, à leurs profits.
Ce magnifique roman, c'est l'histoire d'un basculement :
"Il est étrange ce réflexe que nous avons de ne pas faire souffrir, comme si nous sentions en nous-même la douleur que l'on inflige. C'est peut-être la présence de notre âme immortelle qui nous suggère la douceur, et l'amour pour tout ce qui a deux bras, deux jambes, et un visage.
Et il est tout aussi étrange que ce sentiment si commun cède si aisément, dès que les circonstances l'éprouvent un peu, dès que les visages autour de nous ne sont plus ceux que nous avons l'habitude de reconnaître, et alors se révèle en nous une capacité d'infliger une douleur infinie, à n'importe qui, avec la plus grande indifférence, capacité dont on se demande bien où elle était, avant."

Servi par un style fluide, merveilleusement raconté, nous plongeons sans préavis dans l'horreur, les exactions, les incompréhensions, les erreurs d'une conquête qui n'est que massacres perpétués de chaque côté, au nom du pouvoir de la religion et de la fièvre de l'or...le tout dans le désordre...
"C'est un pays de sang et de signes.Nous parlions leur langue atroce, dont les noms sont des corps, les adjectifs des nuances de rouge,et les verbes des meurtres ."
On ne peux pas sortir d'une telle lecture sans questionnements...
Que se serait-il passé si les espagnols avaient fait...autrement ?
Qu'en serait-il là, maintenant, de l'Amérique du sud qui a tant perdu à l'arrivée des conquistadors?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          91
TRIEB
  29 juin 2019
Alexis Jenni a le sens de l'histoire .Cette aptitude à resituer les guerres coloniales de la France dans l'exercice d'un art , illustrée à merveille dans son premier roman L'art français de la guerre, il la met en oeuvre dans ce roman La conquête des Îles de la terre ferme .Comme le rappelle l'auteur dans son texte d'avertissement précédent celui du roman : « Tout est vrai, donc sauf les imprécisions , exagérations , condensations et menteries , qui sont dues au principe de débordement qui réside au coeur de tout roman. » Effectivement , le lecteur ressent cette vérité de la conquête dans ses aspects humains, économiques, religieux , idéologiques
.Sans nous faire éprouver de la sympathie pour ces hommes ,Alexis Jenni prend soin de nous rappeler qui ils étaient : d'abord, des individus humiliés à l'origine par leur éducation : « Je m'appelle Juan de Luna (…) Je me souviens parfaitement du jour où je cessais de répondre, ce jour précis où mon père que j'indifférais se mit à me haïr, ce qui est un sentiment plus noble que l'indifférence , car plus intense , et plus propre à générer des prouesses . »
Ces prouesses, justement, quel en est le nom ? La recherche de l'or, de la route des Indes, qui devait, selon les Conquistadors, rendre l'Espagne dominatrice, et aussi l'esprit chevaleresque, dont certains conquérants sont imprégnés. Ainsi, le narrateur justifie-t-il sa force de conviction : » C'est comme ça que l'on considère les livres : on croit, ou pas, et moi, dès cette première nuit, je crus. » L'humus intellectuel de ces hommes ne serait pas complet, ni explicable sans se référer à des impératifs religieux : le devoir de convertir ces peuples, au nom de Dieu, du roi d'Espagne.
Alexis Jenni évoque le parcours de ces conquérants , en soulignant certains traits mentaux : Pedro de Alvarado, « impulsif jusqu'à la cruauté, Francisco de Montejo, préférant les fêtes à la guerre, Alonso de Avila, « brutal, mais irascible, turbulent quand il buvait » et bien sûr Hernan Cortès ,calculateur, manoeuvrier autant qu'idéologue, chef de l'expédition pour la conquête du Yucatan .Les buts de cette expédition sont largement évoqués, sans manichéisme, sans anachronisme historique .Alexis Jenni réussit à nous faire pénétrer dans les arcanes de la psychologie de ces Conquistadors, qui rusèrent, s'allièrent à des tribus indiennes contre d'autres tribus, le tout pour découvrir « la localisation exacte du royaume des Amazones, révéler notre Sainte religion aux peuples qui n'en avaient pas entendu parler. Cela fut l'objet du premier article, puisque la première place est celle de Dieu. C'était fait. »
La conquête des Îles de la terre ferme est un roman de qualité, il « déborde », comme le souhaitait son auteur, et nous fait revivre avec intensité et passion les étapes de la conquête du Nouveau Monde , effectuée avec quelques centaines d'hommes, mais qui allait changer la face du continent sud-américain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
michdesol
  06 novembre 2017
La conquête du Mexique vue par l'un des conquérants. Cette conquête légitimée par la recherche folle et éperdue de l'or est écrite ici dans une langue superbe.
Le roman tourne un peu en rond en son milieu et se termine avec beaucoup de hauteur.
Au bout du compte, c'est toujours cette question obsédante qui me revient : mais pourquoi l'Occident s'est-il livré à un tel acharnement dans la violence à la poursuite de l'or ?
Commenter  J’apprécie          83
cotoon
  27 avril 2018
Horreurs, abominations, démons et merveilles et tout cela décrit d'une si belle écriture. Des civilisations d'une grande beauté et d'une violence totale s'affrontaient il y à quelques siècles, Difficile d'accepter cette part de notre humanité sauvage, cruelle et toujours présente ... Mais, rien de nouveau sous le soleil, L'art Français de la guerre... L'art humain de répandre la terreur... mais le style change tout lorsque cela nous est conté, comme à des enfants fascinés. Magnifique et épouvantable. L'humanité.
Commenter  J’apprécie          40

critiques presse (2)
LaCroix   27 novembre 2017
Dépeignant en trois dimensions la conquête du Mexique par Cortès, le Goncourt 2011 réussit un tableau de maître.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   20 octobre 2017
Le Prix Goncourt 2011 s’est lancé aux côtés de Cortés, dans un récit incarné, aussi fougueux que fiévreux.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   23 octobre 2017
J’ai des terres au Mexique, au pied de montagnes dont je ne sais pas dire correctement le nom, car ma bouche est incapable d’imiter les tremblements de leur langue, mes lèvres s’embrouillent dans ces noms longs comme des phrases qu’ils donnent aux villes et aux montagnes, Popocatepetl, Iztaccíhuatl, Matlalcueitl, Dame aux jupes vertes, Princesse endormie, Montagne qui fume, Sol qui monte jusqu’au ciel, Ombilic du lac central, Cité du héron blanc, que sais-je encore, chaque mot contient d’autres mots, tous suggèrent un récit, ils voient partout des signes. Ils distinguent des formes dans les vagues sur le lac, dans le contour des rochers, dans le port des arbres remarquables, et dans les grondements du sol qui tremble : tout ici raconte une histoire que nous n’entendons pas. Et cela faisait rire Elvira quand j’essayais de prononcer le moindre de ces noms, cela faisait rire ma princesse indienne que je trébuche chaque fois que je m’y essayais, omettant des syllabes, inversant celles dont je me souvenais, les déformant toutes ; et ce que je finissais par dire racontait autre chose, qui lui paraissait très drôle. Alors elle riait de son rire éclatant qui me ravissait, elle montrait ses dents si blanches qui étincelaient sur sa peau brune, et elle les cachait de sa main, avec l’élégante pudeur des femmes de son peuple. Ici les princesses portent l’arrogance comme un vêtement de cour, mais Elvira riait de tout, et dans ses yeux très noirs et très brillants ne passait jamais cette méprisante grandeur que l’on enseignait comme un savoir-vivre : ils brillaient d’une insolence qui me la faisait aimer, pour cette liberté que donne la capacité de s’amuser d’un rien. Elle riait souvent, légère et moqueuse, mais c’était avant qu’elle ne s’endorme, avant qu’elle ne s’enfonce dans ce sommeil d’obsidienne où aucun rire n’est plus possible ; et où je ne peux pas la rejoindre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
BibaliceBibalice   04 novembre 2017
Il est étrange ce réflexe que nous avons de ne pas faire souffrir, comme si nous sentions en nous-mêmes la douleur que l'on inflige. C'est peut-être la présence de notre âme immortelle qui nous suggère la douceur, et l'amour pour tout ce qui a deux bras, deux jambes et un visage. Et il est tout aussi étrange que ce sentiment si commun cède si aisément, dès que les circonstances l'éprouvent un peu, dès que les visages autour de nous ne sont plus ceux que nous avons l'habitude de reconnaître, et alors se révèle en nous une capacité d'infliger une douleur infinie, à n'importe qui, avec la plus grande indifférence, capacité dont on se demande bien où elle était, avant.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
si-bemolsi-bemol   26 avril 2018
C'est lui qui m'a expliqué que dans les livres on trouve tout. "Si une bibliothèque est assez grande, disait-il, remplie d'une assez grande quantité de livres, tout sera écrit ; toute vie possible, tu la trouveras dans un livre, même la tienne. J'en suis persuadé mais je suis le seul à ne pas pouvoir le vérifier, car je suis aveugle." Et il riait tout doucement. C'est comme ça que l'on considère les livres : on croit, ou pas ; et moi, dès cette première nuit, je crus.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
si-bemolsi-bemol   06 mai 2018
Car ainsi va la terreur : elle n'a ni vérité ni justice, elle est un théâtre qui s'exhibe, elle n'est efficace qu'à se montrer, il lui faut seulement une scène et des figurants, n'importe lesquels.
Commenter  J’apprécie          180
michdesolmichdesol   06 novembre 2017
Et il en venait sans cesse d'Espagne, de Terre Ferme, de Cuba, il venait des hidalgos, des moines, des commerçants, des miséreux, des aventuriers et des curieux qui avaient entendu parler du soleil d'or et de la lune d'argent, des fabuleux trésors de l'Empereur que de longues files d'hommes portaient sur leur dos , et des richesses qu'il suffisait de saisir pour qu'elles vous appartiennent ; et si jamais un Indien s'y opposait, d'agiter une épée sans même savoir s'en servir suffisait à le mettre en fuite. Alors ils venaient, avides, nombreux, impatients. Les pauvres , comme ils étaient déçus ! Les Indiens étaient malades, les villes se dépeuplaient, les palais menaçaient ruine et nous détruisions les temples pour les remplacer par des églises et des couvents qui ressemblaient à des forteresses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Alexis Jenni (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexis Jenni
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 24 novembre 2017 :
Et soudain, la liberté de Evelyne Pisier et Caroline Laurent aux éditions Les Escales https://www.lagriffenoire.com/90260-bd-et-soudain--la-liberte.html
Femmes d'ici, cuisines d'ailleurs : Trésors culinaires familiaux de Emmanuel Prost et Alexis Jenni aux éditions Albin Michel https://www.lagriffenoire.com/95579-cuisine-femmes-d-ici--cuisines-d-ailleurs.html
Correspondance: (1944-1959) de Albert Camus et Maria Casarès aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/?fond=produit&id_produit=99345&id_rubrique=341
La Maison au bord de la nuit de Catherine Banner et Marion Roman aux éditions Presses de la Cité https://www.lagriffenoire.com/76802-divers-litterature-la-maison-au-bord-de-la-nuit.html
Le Parrain et le Rabbin de Sam Bernett aux éditions du Cherche Midi https://www.lagriffenoire.com/94630-divers-litterature-le-parrain-et-le-rabbin.html
Empire : Un fabuleux voyage chez les Romains avec un sesterce en poche de Alberto Angela et Nathalie Bouyssès aux éditions Payot https://www.lagriffenoire.com/86937-romans-empire.html
Une histoire d'amour de Gilles Bachelet aux éditions Seuil Jeunesse https://www.lagriffenoire.com/99418-divers-jeunesse-une-histoire-d-amour.html

Vous pouvez commander cette sélection sur le site de la librairie en ligne www.lagriffenoire.com
+ Lire la suite
autres livres classés : mexiqueVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

"L'art français de la guerre" de Alexis Jenni

Les chapitres s'intitulent alternativement :

notes - roman
commentaires - roman
épisode - roman

6 questions
9 lecteurs ont répondu
Thème : L'Art Français de la Guerre de Alexis JenniCréer un quiz sur ce livre