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Citations sur Freelander (4)

art-bsurde
art-bsurde   15 juin 2017
La journée était belle, comme c'est souvent le cas quand on part tout en voulant rester.
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art-bsurde
art-bsurde   16 juin 2017
Oratorios et symphonies, requiem et passions, calvaires et résurrections mis en musique, rien de tout ce qu'une fois adulte il avait entendu tant de fois n'était comparable à l'impression laissée par cette simple combinaison de deux voix d'homme, au moment où des corps pendaient couverts de la rosée du matin, et où le parfum fade et douceâtre de l'encens se mélangeait à celui d'êtres en décomposition.
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Charybde2
Charybde2   12 juillet 2018
– Quand est-ce que vous l’avez vu pour la dernière fois ? demanda le Facteur.
– Ça, vous savez, c’est une autre histoire. Je ne l’ai jamais vu. Tous deux se sont fâchés à mort peu après ma naissance, j’avais six mois à l’époque. C’était plus qu’une dispute, il y a eu du sang, des coups de feu, les haches brandies dans les escaliers, et cette bagarre s’est soldée par le pouce droit en moins pour mon père. Imaginez-vous ce que c’est quand il vous manque un pouce ? C’est comme si vous étiez privé de la main tout entière mais c’est pire, car il vous reste les quatre autres doigts pour vous rappeler qu’ils vous sont inutiles. Parce que, avec quatre doigts sans pouce, on ne peut rien faire. Voilà pourquoi mon pauvre père a ensuite passé sa vie à gratter le mur de la cuisine jusqu’au sang. Et ce pouce perdu a fini par le tuer. Il est mort comme un chien, de tristesse, uniquement parce qu’il ne savait pas quoi faire avec ses doigts. Il aurait vécu encore vingt, trente ans si son frèe lui avait tranché les autres doigts aussi.
– Pourquoi s’étaient-ils brouillés ?
– Je ne sais pas, chez nous, personne n’en parlait.
– Votre père parlait parfois de son frère ?
– Oui, bien sûr. Il racontait comment pendant la Grande Guerre, lors de cet hiver 1915 – le pire de tous, il n’y avait plus de bois et le grand-père faisait la guerre en Galicie -, ils se réchauffaient sous le même édredon. Ils plaquaient leurs pieds l’un contre l’autre, puis ils pédalaient comme s’ils étaient à vélo. Et ils faisaient, à vélo, le trajet vers l’Amérique, tous les deux tout seuls, mais ils n’y arrivaient jamais, ils s’endormaient à mi-chemin. Cet hiver-là, il y eut beaucoup d’enfants morts gelés dans leur lit mais eux, s’ils s’en sont sortis, ce n’est pas grâce à l’édredon ni au matelas, c’est pour avoir pédalé. Quand leur mère, ma grand-mère Anka, leur a expliqué qu’on ne pouvait arriver en Amérique avec un vélo parce qu’il coulerait au milieu de l’Océan, ils sont tombés malades tous les deux, la diphtérie ou une mauvaise grippe, je ne me souviens plus, au point qu’ils ont failli y passer. Heureusement, le printemps a fini par arriver. Voilà ce que mon père racontait sur mon oncle Tadija. Dans d’autres histoires encore, Tadija était le frère aîné bon et chéri, qui le protégeait du monde et pédalait avec lui pour rejoindre la côte américaine.
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Charybde2
Charybde2   12 juillet 2018
Le facteur, qui depuis vingt-cinq ans lui apportait son courrier à Zaprudje, n’avait jamais appelé Karlo Adum par son nom, et réciproquement, mais le professeur ne s’en souciait guère. De temps à autre, certes, l’idée que cet homme aux grosses moustaches en brosse, né, comme Vuk Karadžić, dans le village serbe de Tršić, puisse porter un nom lui traversait l’esprit, mais le lui demander eût constitué à ses yeux un manque de politesse. A fortiori maintenant, au lendemain des années quatre-vingt-dix. Originaire de Tršić, il ne pouvait avoir d’autre nationalité que celle qui crée un malaise lorsqu’on en fait état en Croatie. Par conséquent, il valait mieux que le facteur reste le Facteur, celui qu’Adum connaissait depuis toutes ces années : un facteur avec une femme, Stefa, de Križ, et trois filles, Dubravka, Jadranka et Planinka. En fait, Adum ne les avait jamais vues, mais il en avait beaucoup entendu parler, non seulement par le Facteur lui-même, mais aussi par les voisins, qui s’étaient montrés contrariés par les deux mois de congé dont celui-ci avait voulu profiter pour aller avec sa Stefa dans une station thermale afin d’y soigner ses genoux fatigués. Il avait été remplacé par un alcoolique invétéré qui avait régulièrement déposé les lettres dans les mauvaises boîtes. Ce dernier alléguait que non seulement, au lieu des noms des habitants actuels de l’immeuble, les boîtes aux lettres portaient encore ceux des gens qui s’y étaient installés au tout début, vers 1968, mais aussi ceux d’individus qui n’y avaient jamais vécu. Le Facteur, en revanche, connaissait parfaitement les vrais résidents et n’avait donc pas besoin de leurs noms, tant et si bien que ceux-ci avaient fini par considérer l’exhibition de leur identité sur les boîtes aux lettres comme une impudeur. Si le Facteur, prenant sa retraite anticipée en raison de l’état de ses genoux, ne revenait pas de ses congés, chaque habitant de l’immeuble allait alors être obligé d’afficher à un endroit visible ses nom et prénom. Tout le monde en avait eu froid dans le dos.
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