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EAN : 9782847345544
575 pages
Tallandier (22/01/2009)
4.32/5   25 notes
Résumé :

La philosophie ? le mot, déjà, inquiète, et la chose, pour autant qu'on en ait l'expérience, ne rassure pas. A considérer l'histoire des vingt-cinq siècles de philosophie qui sont derrière nous, la philosophie apparaît comme un foisonnement, un buissonnement touffu dont les rameaux s'emmêlent, poussant chacun vers un peu plus de lumière. Il ne s'agit pas d'une progression de la pensée, siècle apr&#... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
glegat
  05 octobre 2020
Pour apprécier un paysage, un panorama, et être capable de le décrire dans tous ses aspects, de le « comprendre », d'en mesurer l'étendue, la profondeur, il faut le considérer sous différents angles, de différents lieux, de différentes hauteurs et points de vue. Il faut se rapprocher pour observer certains détails puis prendre du recul pour mieux appréhender l'ensemble. Il en est de même pour acquérir des connaissances dans n'importe quel domaine, comme par exemple en philosophie. Ce n'est pas à la première lecture d'un texte expliquant une notion que l'on peut acquérir une connaissance intime d'un sujet. Il faut aborder la question sous différents angles, les divers points de vue qui permettent une telle approche sont l'histoire et la chronologie (pour les faits), la biographie (pour les personnages), le vocabulaire, l'étymologie, les concepts (pour les idées). Cette approche thématique doit être élargie à la lecture d'autres ouvrages traitant du même sujet par des auteurs différents et ceci à des niveaux de complexité progressifs. Trop souvent nous buvons à la même source, il faut varier les endroits, goûter à plusieurs fontaines pour comparer et apprécier. le livre de Lucien Jerphagnon « histoire de la pensée » s'inscrit dans cette démarche en embrassant de manière très large l'histoire des hommes avec comme fil conducteur l'évolution des idées depuis les premiers temps d'Homère à Jeanne d'Arc. Il s'intéresse à tous les courants de pensée, mais aussi aux hommes qui en sont les principaux représentants ainsi qu'aux contextes historiques dans lesquels ils se sont développés. Ce parcours est jalonné de personnages, d'évènements, d'anecdotes et de faits historiques nombreux qui nécessitent de la part du lecteur un minimum de concentration, mais surtout d'un peu de détermination pour prendre le temps d'assimiler cette masse d'information (il faut étaler cette lecture sur une dizaine de jours compte tenu de recherche de complément d'information que l'on peut être incité à faire). L'auteur parvient à maintenir l'intérêt du lecteur par la clarté de ses démonstrations la qualité de son style et aussi grâce à un sens de l'humour toujours présent pour tempérer un peu le sérieux des propos :
« Timon de Phlionte (325-235) buvait sec... Homme de haute culture, il lisait Homère tous les soirs avant de — à moins que ce ne fût pour — s'endormir. » (page 221).
 Ce livre constitue une excellente approche de la philosophie, car il ne se limite pas à l'énumération aride des principes et des écoles philosophiques, mais nous parle aussi de l'évolution des sociétés humaines, du parcours de vie et de la personnalité des principaux penseurs. C'est donc une synthèse, une vue d'ensemble qui montre le cheminement siècle après siècle, avec parfois ses lenteurs, ses fulgurances, ses retours en arrière, d'une marche vers une vérité que chacun pense avoir trouvé avant qu'un autre ne démontre qu'elle est inaccessible. C'est un ouvrage de bonne vulgarisation qui ne se contente pas de résumer et de simplifier, mais qui fournit dans un langage clair tous les matériaux utiles à chacun pour se forger une opinion, et pour éveiller sa propre pensée. Ainsi que le dit l'auteur : « Le propos de ce livre est de donner accès à l'histoire de la philosophie de l'Occident. Je m'abstiendrais de truffer mon propos de notes avec grec et latin à tous les étages, car je n'écris pas pour les philosophes, mais pour tout le monde. » (page 24)
Lucien Jerphagnon, philosophe et historien de l'antiquité, spécialiste de la pensée grecque et romaine, est reconnu comme un grand pédagogue, un passeur de savoir. Loin d'une terminologie élitiste et confuse, il agrémente son récit de conseils et de points de vue personnels sur la manière d'aborder la philosophie et les philosophes :
« Il existe un grand décalage des modes de pensées entre l'antiquité et aujourd'hui, même entre Descartes et Berson. on ne peut donc pas lire un texte ancien en y appliquant nos cadres de pensée. » (page 29)
« Un philosophe et un Monsieur qui veut comprendre, et qui un beau jour estime qu'il a compris — et qui le fait savoir ». (page 18)
« Les philosophes ne s'entendent pas très bien entre eux. » (page 18)
« Les philosophes ont tous raison de leur point de vue et pas tout à fait raison ou franchement tort du point de vue des autres. » (page 527)
 Il sait rassurer le lecteur qui pourrait éprouver une certaine honte à ne rien comprendre à certains philosophes ou théories en expliquant que les textes anciens sont écrits dans une langue archaïque d'une traduction difficile effectuée à l'aune de théories contemporaines aux traducteurs et qu'il faut donc rester modeste dans leur interprétation.
 Il admet lui-même le degré de complication voire d'obscurité de ce qu'il nomme « des élucubrations philosophico-théologiques » ce qui l'amène à un certain scepticisme quant au rayonnement supposé de certaines théories philosophiques dans les masses. Il dénonce des thèses qui peuvent paraître au lecteur d'aujourd'hui, « carrément loufoque ». En ces temps reculés on raisonnait en termes d'essence, de nature, de propriétés fondamentales de la matière, de trinité, pourquoi pas de sexe des anges, autant de sujets et surtout de manière de les aborder très hermétique pour l'homme moderne. Grâce aux précautions de l'auteur, le lecteur rentre donc dans cette aventure, décomplexé et prêt à en recevoir la substantifique moelle.
 Que retenir de toute cette aventure, qui n'est d'ailleurs pas terminée. Aux origines il y a la Grèce, un pays dont l'ensoleillement permanent favorise l'observation du ciel étoilé. le vertige et l'émotion ressentie face à ce spectacle a peut-être contribué à développer chez ses habitants, la méditation et l'interrogation sur le monde. Il est intéressant de constater que Siddhārtha Gautama, le fondateur du bouddhisme, et les grands représentants de la philosophie de l'extrême orient (Lao Tseu, Confucius) ont développé leur doctrine à la même époque que les grands penseurs grecs . La Grèce est aussi le pays des mythes dont la plupart reposent sur un texte : « La théogonie d'Hésiode » dont Homère s'est sans doute inspiré pour écrire l'Iliade et l'Odyssée. Tous ces mythes ont des ramifications avec des textes encore plus anciens comme l'épopée de Gilgamesh. Puis viendront les poètes latins Virgile (l'Enéide), Ovide (« Les métamorphoses »). le mythe était un état d'esprit qui permettait de conjurer les angoisses et de créer un certain type stable de culture. La conscience philosophique est issue de la conscience mythique. « C'est ainsi qu'aux VIe-Ve siècle av. J.-C., dans le monde grec, se manifeste l'ébauche d'une rationalisation de l'expérience : la philosophia. » (page 42). À cette époque on passe du mythe à la raison, mais les premiers philosophes sont encore des demi-dieux qui s'adressent aux hommes en vers, la parole est magique. Ils s'intéressent à l'origine du monde et à la nature.
 Thales (vers 625-620 av. J.-C) est l'un des premiers à rechercher une substance primordiale à l'origine du tout. C'est une démarche scientifique, plus exactement de physiologue. Pour Thalès cette substance première c'est l'eau, pour les philosophes qui lui succéderont ce sera l'air (Anaximene), le feu (Héraclite), la terre ou les quatre réunis (Empédocle). Les philosophes (le mot a été créé par Pythagore) prennent quelques distances avec les mythes. Avec Pythagore la notion de « Cosmos » (monde organisé) s'oppose au « Chaos », le tohu-bohu originel de la genèse. Il considère que les nombres régissent le monde. Puis viennent les sophistes, ce sont des professeurs qui enseignent aux enfants de la haute société l'art de la parole pour devenir avocats ou politiciens (Protagoras, Gorgias). La vérité objective n'est pas le but recherché par les sophistes, ils veulent surtout développer la capacité d'argumenter pour convaincre.
 Socrate (470-399 av. J.-C.) est considéré comme le père de la philosophie. Rejeté par la classe politique, il sera condamné à boire la ciguë pour avoir, par ces idées jugées nocives, « corrompu » la jeunesse. Il s'intéresse à la morale, à l'éthique, il est opposé aux sophistes. Pour lui, le beau et le bien existent objectivement, indépendamment du sujet. On connaît sa pensée grâce à son élève Platon, qui va s'attacher, après la mort de son maître, à redresser le jugement politique de ses contemporains en recherchant des vérités solides sur lesquelles asseoir les décisions politiques. Pour Platon le monde des idées est fondamental, si le beau, le bien et le juste existent c'est grâce à l'idée que l'on s'en fait et qui nous permet de la concrétiser par des actes soumis à ces idées. La pensée de Platon est résumée dans son « mythe de la caverne » que Lucien Jerphagnon prend le temps de bien expliquer. Pour Platon seules les idées sont réelles, tout le reste n'est qu'illusions. Sa doctrine va être exploitée par le christianisme et va conduire au rejet du corps au profit de l'âme qui s'élève vers Dieu. À cette époque, les grands philosophes grecs ont encore un pied dans la mythologie, Pythagore est considéré comme un demi-dieu, un descendant de Zeus, Platon serait le petit fils d'un roi légendaire d'Athènes et Aristote est issu du demi-dieu Esculape.
Aristote (384-322 av. J.-C.), précepteur d'Alexandre le Grand, est un savant. Il a une démarche empirique, il observe puis classe les phénomènes. Il va remettre en cause le système de Platon dont il a été l'élève (à l'académie). Il va créer sa propre école « le lycée » pour combattre les théories monistes des présocratiques.
 Après Aristote les philosophes vont s'occuper plus du bonheur individuel que de la cité. Épicure  (342-270 av. J.-C) voulait se délivrer de la crainte des dieux et de la peur de la mort. Pour cela il va énoncer le principe selon lequel « La mort n'est pas à craindre, car quand je suis vivant la mort n'est pas là et quand elle est là je n'y suis plus. »
 Pour Épicure le plaisir c'est l'absence de douleur, c'est ce que doit rechercher le sage : « Ne rien désirer trop fort. Pour faire bombance, il lui suffisait d'un rien de fromage et d'un quart de vin. » Un précurseur des théories sur la décroissance.
 Jerphagnon nous parle ensuite des Romains : Cicéron, Lucrèce, Sénèque, Epictète… Puis vient le temps du christianisme, cette religion va devenir dominante en occident. Elle écarte pour un long moment les philosophes, c'est Saint-Augustin (354-430 ap. J.-C) qui va s'imposer dans le monde des idées jusqu'au XVIIIe siècle. Sa philosophie est fondée sur le platonisme. Il va mettre en évidence la convergence entre platonisme et christianisme. La chute de l'Empire romain et les invasions barbares vont faire oublier progressivement les philosophes grecs et leur tentative de penser le monde rationnellement. Ces évènements entraînent l'oubli des grands penseurs grecs et romains au profit d'un sentiment religieux qui s'est répandu dans le monde du IVe siècle jusqu'à la fin du moyen âge. La bible devient presque l'unique texte de référence pour tous les lettrés. Pendant cette longue période, la religion est considérée comme la vraie philosophie. Tout juste admet-on que la philosophie doit être la servante de la théologie. «  Une bibliothèque doit contenir la bible et rien d'autre. » (page 392). C'est le temps des cathédrales. le rationalisme d'Aristote est écarté il faudra attendre Saint-Anselme, Saint Thomas d'Aquin et plus tard Descartes et la renaissance pour renouer avec la dialectique des philosophes antiques sur lesquels vont s'appuyer, en renouvelant leurs idées, les philosophes modernes. Ce retour à une pensée rationnelle favorisa une certaine prise de liberté avec les dogmes de l'église. En réaction, pour combattre les hérétiques, l'Église catholique va créer au XIIIe siècle une juridiction spécialisée : l'inquisition. Seul le christianisme va permettre d'assurer une certaine stabilité et cohérence des sociétés. Il va se développer au détriment de la culture gréco-latine. Après cette longue éclipse, Aristote reviendra en faveur notamment grâce aux philosophes arabes grands lecteurs d'Aristote, Al-Kindi, Avicenne et Averroès. Saint-Thomas d'Aquin (1225-1274) tente une synthèse de la raison et de la foi, il cherche à concilier la pensée chrétienne et la philosophie d'Aristote.
 J'ai eu un peu de mal à m'intéresser à la philosophie des pères de l'Église les spéculations sur la nature de l'âme, de dieu et les débats sur la trinité échappent à ma compréhension. L'un de leurs principaux représentants, Saint Augustin, semble pourtant avoir marqué non seulement son temps, mais les siècles suivants. Si je résume ses travaux il a développé l'idée de l'enfer, du péché originel, il a interdit l'accès au paradis pour les enfants non baptisés ou les païens quand bien même leur vertu serait établie, il prétend également que la foi est essentielle pour comprendre le monde « il faut croire pour comprendre », « Crois et tu comprendras ; la foi précède, l'intelligence suit ». L'influence de Saint-Augustin sur la doctrine du christianisme a sans doute été fondamentale, mais je ne vois pas en quoi ces idées ont pu faire progresser la pensée philosophique. Sans doute que mes connaissances sont trop rudimentaires encore pour porter un jugement valable, je m'en tiendrais donc à ces quelques impressions. le dogmatisme qui s'impose dans le domaine de la religion me gêne un peu, je rejoins sur ce point le camp des sceptiques.
« À l'aube du 13e siècle, les ingrédients se trouvent réunis d'un puissant, d'un irrépressible renouveau de la spéculation philosophique. Elle ne s'affranchira évidemment pas du cahier des charges imposé par le christianisme, mais elle se verra reconnaître un territoire précis, où la raison exercera ses pouvoirs en toute autonomie à la condition expresse de ne jamais outrepasser ses frontières. » Page 423
 Que dire pour conclure ? Anaximandre (vers 610 av. J.-C. — vers 546) pensait que les humains descendaient des poissons (c'est une thèse qui est toujours d'actualité), Thales de Milet (Vers 625-620 avant J.-C) estimait que l'univers était infini, Démocrite (vers 460-370 av. J.-C) expliquait que la matière était constituée d'atomes, Aristarque de Samos (vers 310-230 av. J.-C.) avait compris que la Terre n'était pas le centre de l'univers il avait aussi calculé les diamètres de la Lune et du Soleil, relativement à celui de la Terre, et la distance de la Terre au Soleil. On peut se poser la question de l'essor qu'auraient pu prendre de telles intuitions géniales si la pensée n'avait pas été enfermée dans le raisonnement religieux et les discussions infinies sur la nature de la trinité à l'aube du premier millénaire. Cette domination du religieux était déjà en puissance au temps où Socrate était éliminé en raison de sa prétendue impiété.
Lucien Jerphagnon pose sur la philosophie un regard lucide, amusé, érudit, parfois ironique, mais toujours au service de la passion des idées et de la transmission des savoirs. Je ne regrette pas ce long voyage qui m'a ouvert de nombreuses perspectives de lectures. Je dois d'ailleurs constater un paradoxe ; plus je lis et plus ma liste de livres à lire s'allonge. La connaissance semble susciter plus d'interrogations qu'elle n'apporte de réponses.
Vocabulaire :
Antilogie : L'antilogie consiste en une contradiction ou incompatibilité entre deux idées ou deux opinions dans une même phrase ou un même texte. C'est aussi le fait de soutenir avec le même brio une thèse et son contraire comme savent le faire les sophistes.
Apophatique : Se dit d'une théologie qui approche de la connaissance de Dieu en partant de ce qu'il n'est pas plutôt que de ce qu'il est.
Anagogique : Interprétation des Écritures, par laquelle on s'élève du sens littéral au sens spirituel.
Simarre : 1 (anciennement) Longue robe d'homme ou de femme, faite de riche étoffe. 2 Partie antérieure de la robe des magistrats.
Numineux : Phénomène que l'on ne parvient pas à expliquer de manière rationnelle, et qui par conséquent laisse à penser qu'il est relatif au divin.

Bibliographie :
— « Histoire de la pensée, d'Homère à Jeanne d'Arc », Lucien Jerphagnon, Pluriel (2017), 528 pages. Cartes et bibliographie détaillée en fin d'ouvrage.
— « La philosophie pour les nuls », Christian Godin, First Editions (2010), trois volumes. Ouvrage de vulgarisation rédigé dans un style détendu. Très complet et didactique. La mise en page est particulièrement agréable et le plan bien structuré.
— An
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Frederic524
  30 août 2018
« L'histoire de la pensée d'Homère à Jeanne d'Arc » couvre près de deux mille ans de débats, de controverses, de bûchers et d'inquisition de toutes sortes. La fracture entre le monde de la pensée grecque et celui d'un Occident qui à partir du IVème siècle voit le christianisme devenir religion d'état est parfaitement analyser dans cet ouvrage, avec toujours cette saveur de l'écriture de Jerphagnon, mélange subtil d'érudition et d'anecdotes croustillantes sur les philosophes et autres penseurs qui ont jalonnés ces siècles. le livre est malgré tout d'une lecture exigeante et certains passages sur les scolastiques notamment sont des plus complexes. le chapitre sur les cyrénaïques m'a, à l'inverse, particulièrement plu. Nous sommes ici en présence d'un ouvrage précieux, véritable manuel de survie en ces temps de pensée unique. Une odyssée au pays des idées qui nous fait un bien fou.
Lien : https://thedude524.com/2011/..
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gigi55
  01 septembre 2012
Une histoire de la pensée remarquable fruit d'une érudition sans faille et d'un esprit pertinent mais toujours léger et pétillant.
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DouzDicet
  09 août 2018
Un ouvrage de référence, pas un roman à lire en continu mais un ouvrage à consulter et relire régulièrement. du grand Jerphagnon tout plein d'humour... ah qu'on aime alors la philosophie :-D
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BlackRadis
  04 décembre 2021
Lucien Jerphagnon est un historien de la philosophie, catholique et spécialiste de l'antiquité auquel rend souvent hommage un de ses anciens élèves : Michel Onfray.
Tous ses livres sont un mélange bien dosé d'érudition et d'espièglerie.
Ici un livre somme, comme on dit....
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Jean-DanielJean-Daniel   07 novembre 2020
Il ne fait pas de doute qu’à la charnière des XIe et XIIe siècles, un renouveau de la spéculation philosophique se fait jour, et il va s’épanouir avec le temps. Comme si après un si long hiver, on retrouvait un bonheur à penser et à dire, dont on voyait l’exemple entraînant chez les auteurs des âges révolus à mesure qu’on les redécouvrait. Ce revival ne faisait du reste que suivre d’autres bouleversements dans les structures, considérées jusqu’alors comme immuables, de la société. Mise en minorité de la grande féodalité par les jeunes royautés à mesure qu’elles s’affirment, essor des communes, émancipation relative des plus basses couches rurales de la population, croisades aussi, entraînant une mobilité des esprits comme des troupes : le monde bouge. On y invente de nouvelles manières de vivre, autant que possible plus heureux, les yeux plus ouverts. On reprend goût à la langue latine par-delà le sabir, on retrouve une certaine familiarité avec le droit romain, on étoffe le peu de science médicale dont on disposait. En face des vieilles écoles monastiques, les écoles urbaines imposent leur dynamisme tout neuf. Comme Le Goff, on peut dire qu’avec le développement des villes, une nouvelle sorte d’homme apparaît, que nous appellerions aujourd’hui l’intellectuel. Son esprit entreprenant, parfois frondeur, n’est pas sans rappeler, par son souci de rationalité, par son goût de renouveler les problématiques, celui des sophistes aux temps lointains de Socrate et de Platon.
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Jean-DanielJean-Daniel   03 décembre 2020
Crées dans la première moitié du XIIIe siècle, les ordres dits « mendiants », franciscains et dominicains, s’étaient tôt imposés, encore que non sans mal, dans les Universités naissantes. Ils n’allaient pas tarder à en constituer les cadres, chaque ordre gardant son style. Et c’est ainsi qu’à l’Université de Paris, les frères de saint François, dits « frères mineurs », avaient conquis une chaire de théologie, illustrée par ses deux premiers titulaires. L’Anglais Alexandre de Hales (vers 1180-1245) a laissé l’inévitable Commentaire des Sentences qu’on va trouver désormais dans les œuvres de tout maître en théologie. Ce clergyman y utilisait à peu près tout Aristote, et tout autant les « platoniciens » : saint Augustin, Boèce et le Pseudo-Denys. Le schéma en était celui dont tout le monde userait désormais : objections à la thèse qu’on se propose de défendre, argument d’autorité, réponse magistrale, réfutation finale des objections. On lui prêta longtemps une Somme, plus pesante, aux dires de Roger Bacon, que le cheval qui l’eût portée, mais elle n’est qu’en partie de lui. Son élève et successeur, Jean de La Rochelle († 1245) défendait sur la culture un point de vue qui eût sans doute mené saint Pierre Damien au bord de l’infarctus.
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gigi55gigi55   27 août 2012
Tout bouge, tout change, et c'est pourtant toujours de l'être. Il faut à tout cela une explication cohérente, conciliant les deux exigences dont l'évolution de la philosophie a permis de prendre conscience : la mobilité universelle qu'impose l'expérience et sur laquelle Héraclite a mis l'accent ; mais aussi la permanence de l'Être mise en lumière par l'intuition de Parménide. Sous des formes affinées, c'est bien toujours le même problème.
p. 79
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