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ISBN : 9791030701470
Éditeur : Au Diable Vauvert (01/06/2017)

Note moyenne : 3.42/5 (sur 6 notes)
Résumé :
À la dérive dans les rues de Bruxelles, un SDF prend conscience qu'il est en train de devenir invisible aux yeux des passants ? réellement invisible. Facétieux, il tire parti de cette nouvelle donne en se jouant des barmen, des touristes, des policiers et des femmes?
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
nebalfr
  10 octobre 2017
LA CONSPI-VODKA DE LA PAPESSE

Retour aux Contes du Soleil Noir d'Alex Jestaire. Je suis un peu à la bourre… J'avais lu Crash et Arbre aux environs de leur parution, grosso merdo, mais, depuis la publication du troisième volet, Invisible, qui va nous intéresser aujourd'hui, le quatrième, Audit, est déjà sorti, et le cinquième (et ultime en principe), Esclave, c'est pour bientôt. Quelle idée, aussi, de publier cinq livres, même petits, la même année ! Tsk.

Invisible, donc – troisième variation sur « les visages de l'horreur d'aujourd'hui, matérielle, sociale, morale… une horreur de fin de civilisation », nous dit-on toujours ; une horreur qui n'en est pas moins sous le bienveillant patronage de quelques grands maîtres, tels, toujours cités, « Stephen King, Clive Barker ou Cronenberg », ce qui me laisse toujours aussi perplexe.

Parce que, cette horreur, je l'avais plus ou moins perçue dans les deux volumes précédents – entendons-nous bien : elle était là, mais très étrangement connotée dans le cas de Crash, et bizarrement malmenée dans Arbre au-delà d'un de ses fils rouges effectivement très barkérien. Plus important peut-être, j'avais, dans les deux cas, eu l'impression que le récit ménageait en dernier recours, quitte à ce que ce soit avec une certaine ironie, une porte de sortie, éventuellement dérisoire en apparence, et pourtant cruciale. À ce compte-là, Invisible ne me paraît pas si différent.

Un autre aspect du récit peut aussi faire le lien, je suppose, et c'est sa dimension (plus ou moins vaguement) conspirationniste – qui ressort à la fois des enquêtes narratives et des montages astucieux de notre spécialiste ès Soleil Noir, le déconcertant Geek, et des mauvaises rencontres que peuvent faire les personnages, Society sado-barkérienne dans Arbre, parlementaires euro-reptiliens dans le présent volume. Mais à ce compte-là, on pourrait en fait remonter à Tourville, au fond…

Quoi qu'il en soit, ce sont des liens plus concrets, je suppose, que ce Soleil Noir qui parle aux mystiques en toutes ces circonstances – quitte à être réduit (?) ici à une bonne bouteille de mauvaise vodka. Ou l'inverse.

Oh, et, pour les amateurs de la symbolique du tarot, qui semble parler à notre auteur (lard, cochon) mais me dépasse complètement, Invisible est placé sous le signe de la Papesse – vous m'en direz tant.

JOFFREY, INVISIBLE

Notre héros, si l'on ose dire, s'appelle Joffrey, et c'est un SDF (bonjour l'acronyme à la con), typé « punk à chien » ; même si ledit chien, Folco, est un petit machin pas vraiment dans la norme généralement plus maousse desdits punks à chiens. Il est relativement jeune ; il est français, par ailleurs, mais zone à Bruxelles – en pestant sur les immigrés.

Joffrey, à tout prendre, n'est pas très sympathique – et pas très futé non plus. Son parcours de galère en galère, affligé par un déterminisme implacable et la poursuite par le menu d'un cycle pervers de la déchéance, incite sans doute à le prendre en pitié – mais la pitié c'est nul, et Joffrey n'en veut pas. Il goûte par ailleurs les plus mauvaises des blagues, les interpellations soudaines et avinées aussi, qui sonnent comme autant d'agressions pour les passants arpentant la gare où Joffrey survit tel jour. Un moyen pour lui d'exister ? Car, et on s'en fout de la poule ou de l'oeuf, le fait est que les passants, à peu près systématiquement, l'ignorent – oh, pas totalement : la tête rentrée dans les épaules, c'est déjà quelque chose, c'est témoigner de ce que l'on a instinctivement pris en compte la présence du fâcheux. Mais, consciemment, ceux qui croisent Joffrey font comme s'ils ne le voyaient pas.

On a pu dire de la SF, notamment, que c'était un genre où un procédé courant consistait à réifier des métaphores. D'une certaine manière, c'est bien ce qui se produit dans ce petit volume même marketé « horreur » : Joffrey, d'invisible métaphorique, devient véritablement invisible – littéralement, concrètement. On ne le voit pas, pas seulement parce qu'on fait le choix de l'ignorer, mais parce qu'on ne peut plus le voir. En fait, cela va même au-delà du seul sens de la vue : on ne le perçoit pas  (plus ?) de quelque manière que ce soit ; et sa vie en est forcément affectée… même si, dans un premier temps, il semble croire que cette malédiction pourrait s'avérer un don. Il ne connaît pas ses classiques ?

DE GYGÈS À JOFFREY

Or, ici, Alex Jestaire ne prétend certainement pas se montrer original, aussi peut-il ouvertement égrener, lui, les références appropriées, pour ensuite passer à autre chose.

Bien sûr, on pense d'abord à L'Homme invisible de H.G. Wells – un sale bonhomme, d'une ambition mégalomane et porté au crime, dans un récit par ailleurs pas dénué d'humour, loin de là. On pense peut-être plus encore à des variations contemporaines sur le personnage du Dr. Griffin, comme le médiocre Hollow Man de Paul Verhoeven, ou l'excellente BD d'Alan Moore et Kevin O'Neill La Ligue des Gentlemen Extraordinaires – notamment quand notre Joffrey, prenant conscience de son pouvoir, en déduit aussitôt que la meilleure utilisation qu'il pourrait en faire consisterait en mesquins accès de voyeurisme dans les toilettes des dames, s'engageant sur la pente toujours plus nauséabonde de l'agression sexuelle voire du viol pur et simple.

Pour Joffrey, les femmes ne sont après tout guère plus que des objets (ou le sont devenues, car il n'en a pas toujours été ainsi pour lui, ainsi que nous l'apprenons assez vite). D'ailleurs, quand le SDF ne manque pas lui non plus de songer à diverses références culturelles concernant son pouvoir supranormal, il s'attarde certes sur le cas de Jane (ou Susan…) Storm, la Femme invisible des Quatre Fantastiques, mais il n'en parle pas dans les termes les plus flatteurs, sans surprise…

Il est vrai qu'il n'a rien d'un super-héros. Joffrey se réjouit d'abord de sa bien étrange faculté, sans guère s'attarder sur les raisons qui pourraient l'avoir amené à la développer (trait récurrent, faut-il croire, de la série – en tout cas, c'était très sensible chez Janaan dans Arbre, mais peut-être guère moins, au fond, chez Malika dans Crash). Mais il en use de la façon la plus mesquine… et qu'un moraliste ne manquerait pas de juger « corrompue », voire « criminelle » (« maléfique » serait carrément beaucoup trop fort). Et il n'y a rien d'étonnant à cela, car, depuis Gygès et via Platon, le procédé imaginaire de l'invisibilité est associé à toutes ces notions morales – à ce compte-là, le Dr. Griffin de Wells n'est d'ailleurs lui aussi qu'un succédané d'une figure bien antérieure. L'anneau de Gygès devenu anneau de Sauron a de même brodé sur la thématique de la corruption, encore que de manière plus subtile peut-être, car plus ample. Ce n'est pas systématique non plus, certes : et la cape de Harry Potter, alors ? C'est plus le genre Storm, non ?

Mais je m'égare. Ce qui compte vraiment ici, ce n'est pas le « mal », car, agressions sexuelles exceptées (c'est certes une putain d'exception, mais je ne voudrais pas SPOILER outre-mesure sur ce que pense et fait Joffrey au juste à cet égard… Noter au passage qu'il y a ici sans doute un reflet très ironique des délires sadiens de la haute, dans Arbre, mais tout autant, dans le même « conte », du sort ultime de Janaan), les « méfaits » du SDF sont avant tout mesquins. Il vole dans les magasins, et personne sans doute n'oserait vraiment lui en faire le reproche, dans sa condition – d'autant que son butin demeure toujours dérisoire, sauciflard et gros rougeot ; un manque d'ambition (macronienne-truc) en soi éloquent ? Il multiplie les « mauvaises blagues », surtout – consistant à chier dans le rayon des bouteilles d'eau minérale (tout ce qu'il touche et tout ce qui vient de lui est également invisible, et c'est tellement rigolo de voir les clients se pincer le nez sans savoir d'où vient cette odeur, avec un peu de chance ça va finir en glissade, warf, warf) ou à renverser leurs cafés sur les genoux des consommateurs (et de préférence les consommatrices) attablés en terrasse, entre deux insultes pas entendues et deux pseudo-selfies où il n'apparaît bien sûr pas, et tant d'autres choses… Des gamineries, finalement, et de peu d'importance. Ce qui est presque aussi navrant que sa condition, au fond. Presque ?

Parler de « corruption », alors ? Certainement pas. S'il y a eu corruption, c'était avant le pouvoir, avant quoi que ce soit, et parce que le monde autour de Joffrey était suffisamment corrompu comme ça – ce que sa virée parano-conspi au Parlement européen pourrait confirmer, même sur un mode plus viscéral et brut, grotesque oui, qu'intellectuel ; à vrai dire, tout cela est sans doute très fantasmatique, fonctionnant à la manière de ces explications simples auxquelles on se raccroche volontiers pour clarifier un monde d'une complexité si intimidante que l'on préfère en faire abstraction : c'est une imposture, oui, mais ça n'en est pas moins le rôle ultime de la conspiration, et elle le remplit depuis le début, chez l'auteur, on dirait bien.

En fait, l'invisibilité n'avilit pas forcément plus que cela Joffrey – malgré Gygès, malgré Griffin. En fait de corruption, elle pourrait même, en dernière mesure, s'avérer porteuse d'une potentialité de « rédemption » (si c'est bien le mot, car s'agit-il de « racheter » quoi que ce soit ?). Très ironique, certes. Et vaguement déprimante ?

Sa véritable fonction narrative est d'une tout autre nature, même si pas des plus originale là non plus : la mise en scène d'une horreur sociale, sur le principe de la métaphore prise au pied de la lettre (et, histoire d'achever cette section croulant sous les références, je suppose qu'on pourrait ici adjoindre à l'invisibilité au sens le plus strict le thème un peu différent de la transparence, par exemple chez Roland C. Wagner, ou, pour ce que j'en sais, chez Ayerdhal ?). C'est ici, enfin, que Joffrey devra admettre que ce qu'il avait voulu prendre pour un don s'avère être une malédiction.
UN SNUFF SOCIAL ?

Oui : les clochards, qu'on ne voit pas parce qu'on refuse de les voir, par protection mesquine, deviennent, en leur plus ou moins porte-parole Joffrey, littéralement invisibles – et c'est fâcheux pour un porte-parole, parce que, cette invisibilité affectant globalement son rapport aux autres, on ne l'entend pas plus qu'on ne le voit. Mais le voyeurisme du lecteur s'en accommode très bien.

Le propos, en tant que tel, n'est sans doute pas d'une originalité stupéfiante, même si j'avoue ne pas avoir là tout de suite tant de précédents littéraires que cela en tête (maintenant, on peut chercher au-delà de la littérature, hein – je vous renverrais bien au scénario pour L'Appel de Cthulhu que je maîtrise actuellement, ça tombe bien : « Au-delà des limites »…).

Cependant, de manière générale, cela nous renvoie à un principe d'horreur sociale qui, dès le premier des Contes du Soleil Noir, Crash, louchait via son titre sur Ballard (et assimilés). le fait est que la notion d'horreur en termes de genre me paraît toujours aussi difficile à accoler à Invisible ; pourtant, comme Crash surtout, le présent court roman exprime bien une situation en tant que telle parfaitement horrible. Mais pas horrifique ? Disons du moins que l'on n'a pas recours ici aux expédients de la peur, et encore moins aux « jump scares » presse-bouton. le cauchemar de Joffrey, comme celui de Malika, ce n'est pas tel monstre incongru, ce n'est pas tel élément surnaturel, même dans le cas de l'invisibilité de Joffrey tournant progressivement à la malédiction, non : c'est sa vie de merde. À la base. Car derrière cette vie de merde, essence de l'horreur sociale à la façon des Contes du Soleil Noir faut-il croire, se profile une horreur « de classe », dont on pourrait donc chercher des antécédents chez J.G. Ballard, entre autres – mais à la façon de reflets déformants : les gares bruxelloises qui puent la pisse constituent après tout, en apparence du moins, l'antithèse de la Riviera criminellement riche de Super-Cannes et compagnie ; et nous fréquentons cette fois les rebuts. Mais justement : le cycle d'Alex Jestaire joue sans doute de ces reflets – et, à maints égards, le parcours de Joffrey est d'autant plus éclairant si on lui associe, comme en split-screen, l'infecte jeunesse dorée d'Arbre…

Du coup, ne pas se méprendre sur mes mots plus haut, quand j'ai décrit Joffrey et son quotidien en termes pas forcément très aimables. Il ne s'agit pas de « mépris de classe », du moins je ne crois pas… Plutôt quelque chose incitant à relever que le discours d'Invisible est pathétique, oui, au sens strict, mais sans être misérabiliste (ou apologétique). Que Joffrey soit un peu un connard contribue à lui donner chair et âme. Qu'il ne soit pas un Jean Valjean engagé sur la voie de la rédemption en dépit de l'hostilité ouverte et maniaque d'un Javert, peut-être plus encore – en fait, que l'adversité à l'encontre de Joffrey soit indifférenciée, anonyme, est très bienvenu ; avec un autre auteur, je n'aurais pas manqué, si ça se trouve, de lâcher les terribles et cyclopéens deux mots « horreur cosmique »… Mais nul tentacule ici – simplement une réalité tellement déprimante, jusque dans son procédé imaginaire, qu'elle acquiert insidieusement les atours d'une horreur « molle », pas moins terrible car pas moins inéluctable : c'est, d'une certaine manière, du TRVE zombie à la Romero – pas pour l'hémoglobine, certes : je parle ici de ce sentiment oppressant que l'horreur frappera d'autant plus certainement qu'elle prendre insupportablement son temps pour le faire, on le sait, on la voit faire, lentement, très lentement…

Et c'est bien pour cela que nous avons besoin que Joffrey existe, au-delà du stéréotype du punk à chien lourdaud à la voix éraillée. Et, oui, il existe – comme Malika dans Crash, à cet égard. Tous deux, à vrai dire, existent peut-être surtout quand ils souffrent – c'est la douleur qui témoigne de leur humanité essentielle ; dans le cas de Joffrey, la scène des photos, particulièrement poignante, en témoigne, à la limite de l'intolérable (et d'autant plus que le personnage prend d'abord tout cela à la blague et même avec un enthousiasme débordant, à vrai dire déjà pathologique). Et tous deux, certes, sont au fond confrontés au même problème : comment exister ? La pire des questions : il est déjà trop tard quand on se la pose. Et, en l'espèce, une question d'autant plus douloureuse que la condition de légume de Malika comme celle de clochard de Joffrey semblent leur dénier d'emblée tout droit à l'existence… Parler alors d'une douleur « palpable » n'en est à vrai dire que plus cruel ; mais le lecteur est-il encore à ça près ?



Mais, là, je persiste – même en me sentant un peu seul, et en me demandant d'autant plus si je ne fais pas totalement fausse route : comme dans Crash (surtout – le thème de base comme la narration plus linéaire que dans le deuxième volume rapprochent les deux livres), mais aussi, sur un mode bien différent, comme dans Arbre, j'ai le sentiment, dans Invisible, d'une ultime échappatoire, même cruellement ironique. En fait de romancier d'horreur, Alex Jestaire me paraît toujours, en ultime mesure, autoriser l'émancipation de ses personnages, d'une manière ou d'une autre (souvent morbide, certes) ; sans que l'on aille jusqu'à parler de happy end, mais cela suffit à mes yeux à distancer l'auteur du genre horrifique, dans ses canons les plus stricts du moins, que les argumentaires de presse associent par nature et sans plus de questions aux Contes du Soleil Noir. C'est peut-être futile – peut-être moins. À chacun d'en juger

LE RÉALISATEUR DE TA VIE

Une autre impression persiste depuis Crash, et c'est que la vraie star dans tout ça, c'est Geek – notre narrateur, et probablement bien plus que ça encore. Au-delà de ce sobriquet bien terne (on peut y préférer, pour la couleur, les avatars de Monsieur Geek, voire Maître Geek – je vous concède que ce dernier a de quoi faire frissonner), qui pourrait le ravaler à la figure un peu balourde d'un pâlichon de banlieue s'empiffrant de Granola en parcourant 24/24 le ouèbe le plus interlope, on devine toujours un peu plus sous cette façade, sinon encore un démiurge (mais en fait si), du moins un artiste – un conteur, c'est à propos, qui perpétue, à l'heure du web profond et de l'exploration de données, les trucs de ses prédécesseurs, les aèdes, bardes et scaldes, plus encore sans doute ceux qui narraient dans les souks les fantasmes chatoyants des Mille et Une Nuits. Qu'importe si ses récits à lui sont en nuances de gris.

Car c'est bien ce qu'il fait – en adaptant. Même s'il semble recevoir ses auditeurs chez lui (pensez à la pizza et au Coca Zéro), son art est celui d'un monteur et d'un réalisateur : il enchaîne les vidéos improbables, s'il ne filme pas lui-même, préférant avoir recours aux réseaux de surveillance mondialisés et éventuellement à la sous-veillance un peu perverse des zélés citoyens du net. C'est lui qui nous dit de regarder, et ce qu'il faut regarder – en s'accaparant sans doute les attributions de ses sources anonymes, car il prétendra toujours que ses « dossiers », Malika, Janaan, Joffrey maintenant, consistent avant tout à regarder ce que personne d'autre ne regarde ou n'est censé regarder. Et peut-être est-ce bien le cas, au fond ? Car c'est en définitive son montage qui crée le document final, et par là-même l'histoire. Prises indépendamment, les nombreuses vidéos dont il use ne servent à rien ; c'est leur corrélation qui est signifiante. En cela, il n'est pas si éloigné du narrateur de « L'Appel de Cthulhu », dans le fameux paragraphe introductif de la nouvelle – à ceci près qu'il ne joue pas de la carte de l'avertissement, encore moins de celle du regret : bien au contraire, il veut que nous regardions – et c'est bien ce que nous faisons, avec une certaine délectation trouble, probablement un tantinet SM.

Dans le cas précis d'Invisible, c'est pourtant problématique. Littéralement, ici, Geek veut que nous voyions l'invisible. Il semblerait bien que ces vidéos de surveillance témoignent de quelque chose – mais de manière explicite ou implicite, ce n'est pas toujours très clair. Qu'importe : ce qui compte, c'est le récit – le conte (aha). Et le conte a besoin d'un conteur, et des effets que maîtrise ce conteur, pour acquérir du sens, ou ne serait-ce, et ce n'est pas négligeable, que les atours un peu exubérants du bon divertissement – quand bien même une sorte de snuff social, à y regarder de plus près.

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BlackWolf
  12 juin 2017
En Résumé : J'ai passé un sympathique moment de lecture avec ce troisième conte du soleil noir. On découvre ainsi ici Joffrey, un SDF qui va se rendre compte qu'il est devenu invisible. Il va alors décider de profiter de ce don, mais va se rendre rapidement compte qu'il en devient une malédiction. On plonge ainsi dans un récit dont l'angoisse va monter lentement au fil des pages, dévoilant une certaine solitude qui entoure notre héros, accentué par son nouveau « pouvoir ». L'auteur ne cherche pas l'horreur de son récit, mais plus le questionnement qui se dégage devant ce récit troublant. On se retrouve ainsi à se poser des questions sur notre société, la technologie, mais aussi principalement d'un point de vue social, sur ces laissés pour compte, ces abandonnés sur lesquels on ferme les yeux. Surtout les réflexions ne sont jamais imposées ou forcé, chacun se fait ainsi on propre avis. Alors c'est vrai, parfois elles sont quand même amenées de façon un peu simpliste et facile, mais rien de non plus trop bloquant. Les passages sur le Geek m'ont paru plus intéressant que dans Crash, même s'il continue à en faire un peu trop sur la véracité de son récit, cherchant trop à instiller le doute, mais bon rien de gênant. La plume est toujours incisive, efficace et percutante et je pense que je vais me laisser tenter par le quatrième conte prévu dans quelques mois.

Retrouvez la chronique complète sur le blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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Charybde2
  25 juin 2017
Lorsque les invisibles sociaux deviennent réellement et sombrement invisibles. Un terrifiant troisième conte contemporain.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/06/25/note-de-lecture-contes-du-soleil-noir-invisible-alex-jestaire/

Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations & extraits (2) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   25 juin 2017
Niveau références on a la culture qu’on a – mais le mythe de l’homme invisible remonte à bien plus loin que H.G. Wells et son docteur psychopathe. Tu trouves déjà ça chez Platon, dans La République – l’anneau de Gygès, pas si loin de l’anneau de Sauron – quand tu le mets tu deviens invisible, ce qui offre quelques avantages, seulement ça pose aussi une question morale : si tu pouvais le faire, en toute impunité, jusqu’où t’arrêterais-tu ? Saurais-tu rester vertueux ? Bon, pour Joffrey, je ne crois pas qu’il faille trop se poser la question. Platon l’aurait sans doute pas pris comme exemple. En même temps c’est dommage, parce que c’est tout de même un citoyen de Bruxelles, cette belle ville qui ces derniers temps se pique de réapprendre la philosophie à Athènes. En même temps je ne vous promets pas un conte philosophique. Joffrey étant ce qu’il est, on aura ce qu’on aura. Comme je vous disais, on voit ce qu’on veut bien voir, et la question demeure : si l’arbre qui tombe au fond de la forêt n’est vu ni entendu par personne, s’est-il vraiment passé quelque chose ?
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Charybde2Charybde2   25 juin 2017
Ce type n’a pas bougé depuis plus d’une heure. Pas du tout. J’imagine que si vous passiez là vous jetteriez un œil, vous vous diriez : « Ah tiens, un SDF. Du genre punk à chien. » Vous serez peut-être attendri par le petit teckel à poil ras enroulé devant lui, un knacki rouquin court sur pattes avec la tête d’un détective dans un Walt Disney – trop chou. Vous ne verrez peut-être rien d’autre si vous n’avez pas le temps, que vous ne faites que passer. Au deuxième coup d’œil quand même vous allez vous dire que ce type a l’air stone, genre défoncé – ça saute aux yeux si tu t’y attardes. Déjà il est vachement pâle – c’est quand même le mois d’août, les gens ont plutôt des couleurs, même pour la Belgique. Lui est de la teinte de quelqu’un qui sortirait pour la première fois en six mois des couloirs du métro. Bon OK, là vous seriez déjà repartis – pourquoi se taper des frissons glauques comme ça – c’est la vie, c’est le monde, on voit de tout. Mais quand même, on va jeter un coup d’œil de plus, dans l’idée de dire : ce type n’a pas bougé depuis plus d’une heure. Pas du tout. Si vous vous arrêtiez et que vous observiez vraiment, assez vite vous vous demanderiez si le bonhomme n’est pas en train de faire un malaise, ou s’il n’en a pas déjà fait un, et même carrément : est-ce qu’il serait pas déjà mort ?
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