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marina53
  05 septembre 2021
Dans la voiture qui les ramène de Cadaquès, alors que Romy est au volant, Benjamin peine à détacher ses yeux d'une photo prise au hasard sur la plage. Dessus, une jeune femme, dont on ne voit pas le visage, allongée sur la plage, la cheville gauche suspendue en l'air. Tandis qu'il se pose mille questions la concernant, c'est la violence du crissement d'un pneu qui lui fait relever la tête et découvrir, horrifié, une voiture qui bascule sur eux... Si lui s'en est plutôt bien sorti physiquement, avec juste quelques blessures, le cas de Romy est bien plus inquiétant. le choc a été violent et la jeune femme souffre d'un traumatisme crânien sévère avec oedème cérébral et est plongée dans le coma. Benjamin est abattu et s'imagine mal vivre ces prochains jours sans elle. Qui plus est dans l'incertitude... Pour autant, il cache à son entourage l'accident et l'état de Romy d'autant qu'une exposition de ses sculptures est prévue à Paris. S'il essaie de se consacrer à son travail, il repense à cette photo prise sur la plage et cette belle inconnue...


Après un terrible accident, alors que sa compagne est dans le coma et que son avenir reste incertain, Benjamin, pour garder en lui cette étincelle de vie qui le guide vers le futur, se met en tête de retrouver une inconnue prise en photo au hasard sur une plage de Cadaquès. Et ce, malgré les remords et la culpabilité de se tourner déjà vers un ailleurs... Jim, auteur le plus souvent complet, connu pour ses albums la plupart romantiques, nous offre, avec L'étreinte, une parenthèse douce-amère et sensible abordant, avec beaucoup d'émotions, les thèmes du deuil, de l'amour mais aussi de l'art, celui qui redonne vie. le personnage de Benjamin est particulièrement touchant, tiraillé dans ses sentiments et ressentis. Les rencontres qu'il fera au gré de sa quête l'aideront à aller de l'avant. Pour cet album, les deux auteurs ont oeuvré à contresens : Jim a, en effet, écrit le scénario au fil des dessins que lui remettait Laurent Bonneau, ce dernier voulant mettre en scène son ami et sculpteur Olivier Delobel. Ces planches sont d'ailleurs remarquables : saisissantes de réalisme, profondes, expressives et lourdes de sens.

Un récit émouvant...

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Christophe_bj
  11 juillet 2021
Lors d'un weekend à Cadaqués, Romy et Benjamin ont un terrible accident de voiture. Si Benjamin s'en sort indemne, Romy est plongée dans un coma profond. Pendant qu'elle est à l'hôpital, Benjamin va se lancer à la recherche d'une inconnue qu'il a prise en photo par hasard sur une plage de Cadaqués. ● Si j'ai apprécié quelque chose dans cet album inégal ce sont les dessins, que j'ai trouvés absolument somptueux. L'expressivité des visages, l'ambiance, les ombres, c'est vraiment magnifique, un enchantement. ● J'ai en revanche été beaucoup moins conquis par le scénario, qui traîne en longueur (plus de trois cents pages pour une situation simplissime qui connaît peu de développements), qui aligne à la fois les clichés (la vie, c'est court) et les situations complètement invraisemblables (faire des pieds et de mains pour retrouver une parfaite inconnue prise en photo pendant que sa femme se meurt sur un lit d'hôpital…). ● J'ai trouvé que c'était un scénario pour bobo, un peu dans le genre des romans de Sylvain Prudhomme que je déteste. Curieux mélange de chiqué qui se veut naturel et de niaiserie qui plaît à un certain public.
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SamDLit
  01 juillet 2021
"Mes nuits, je les passe à rêver
Je rêve que je te sculpte
Il n'y a que moi et ton visage


Et je caresse et j'entaille
Au plus près de ton épiderme
Je te cherche
Je cherche ta vie
Je m'en approche parfois


C'est presque comme retrouver le bruit de ta peau
les voix et les souvenirs qui y sont accrochés...
Ils se libèrent, et courent vers la surface
La mémoire me revient


j'entrevois des souvenirs perdus, qui ne sont que de petits riens
de ceux qu'on enregistre à peine, qu'on pensait égarés à jamais
mais qu'ils me sont doux ces petits riens


Aimer la vie; Embrasser les gens; Se mettre à genoux
et les Serrer contre soi, et les serrer fort.
Et leur dire qu'on les aime, et leur redire, et leur redire encore.
Pleurer de bonheur chaque jour"


Et j'ai fermé le livre
L'histoire n'est plus à suivre
Romy, il me faut te quitter

Le soleil reviendra
Comme dans un dessin d'enfants


Un Tome 2 est annoncé (tbc)
Je retrouverai Benjamin, le sculpteur,
Jim et Laurent, auteur et dessinateur


Des hommes
qui nous parlent d'amours passées, d'amours à venir,
d'amours perdues, d'amours futures


Des hommes qui étreignent


une fleur rouge qui bat
qui bat en nous
au rythme des émotions
au rythme des mots sons
au rythme de la colorisation


Dans une étreinte dansent les choses de la vie


Magnifique album de 300 planches avec un processus comme inversé : Ici c'est le graphisme qui sert d'élan au scénario.
Le dessin emporte l'histoire au gré du rythme du ressac qui donne et qui reprend et est servi par des dialogues et une colorisation plus que réussis.

Deux artistes y ont invité un troisième: le hasard. Ce hasard, brouillon comme la vie parfois, et l'ont laissé faire, un temps seulement, pour ensuite lui donner un sens. S'ouvre alors la fenêtre sur du construit, du sculpté, du sur-mesure et un pur bonheur pour le lecteur que L'Etreinte, une fois l'album abouti. [Enfin pour moi]


L'histoire est simple comme la vie parfois, cruelle comme la vie parfois,
belle comme la vie parfois. Benjamin va apprendre à dépasser les épreuves qu'il traverse avec Romy, porté par la nécessité absolue de sublimer le réel pour survivre d'abord et ensuite pour continuer à vivre.
Nous le suivons alors qu'il improvise ce chemin vers la beauté.


Tout le récit est empreint d'onirisme, de poésie et aussi de réalisme.
Entre(nt) Dali et sa Gala, Entre(nt) Michel Piccoli et son Hélène (*)
Entre Benjamin et Romy. Entre Benjamin et Francesca. Entre Benjamin et Marie-Lucy. Entre Benjamin et Benjamin. Entre Benjamin et la vie.


L'histoire de Ben et de Romy, racontée par Jim et Laurent, de cet accident de la vie qui un jour les frappe de plein fouet comme cela arrive parfois, de leur étreinte, m'a fait pleurer comme quand on pleure dans un sourire, quand tout se mélange dans un sourire.


"Comment il s'appelait déjà ce film ?
Tu sais celui avec l'accident ?
Un film de Sautet je crois
- Les choses de la vie -
J'y conduisais une Alfa Roméo Giulietta Sprint de 1959
Belle voiture --- beau film ---
Je le connais par coeur. J'aime beaucoup ce film.
Tu as accroché ta ceinture, Romy ? "


(*) https://www.youtube.com/watch?v=WnywcqlEbfg


"N'oubliez pas de vivre. -- C'est important de ne pas s'oublier"
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Erik_
  17 octobre 2021
Avec cette collaboration avec Laurent Bonneau et son graphisme si particulier, Jim atteint une autre dimension dans son récit beaucoup plus profond qu'auparavant. Il humanise ses personnages mais va encore plus loin dans le ressenti des situations dramatiques.

La perte d'un être cher est toujours assez difficile à supporter. Son personnage principal Benjamin se cherche une quête afin d'exorciser ses démons et sans doute sa grande peine. Cela paraît futile à première vue mais ce n'est qu'apparence.

Après un départ assez tonitruant, j'ai failli lâcher à cause d'une broutille qui m'a un peu titillé dans le déroulement plus qu'improbable de ce récit. Comment une jeune et belle inconnue se laisse approcher aussi facilement après avoir été suivie et donner un coup à notre jeune sculpteur névrosé ? Je me suis tout de même accroché et c'est vrai que la suite a plutôt été convaincante et immersive. Quelques fausses pistes ont pimenté un peu le tout.

La conclusion de cette histoire d'amour est poignante à souhait. Il est vrai que le thème traité semble assez délicat. J'ai bien aimé l'originalité de cette mise en scène sur quelque chose de finalement assez classique. C'est tout l'art de savoir raconter un récit sans ennuyer le lecteur dans des considérations philosophiques. Peu d'auteurs y arrivent à ce niveau sans jouer sur les cordes de la sensiblerie. le talent résulte véritablement de cette association d'auteurs que je n'avais pas vu pourtant ensemble tant les univers peuvent sembler éloigné.

Les dialogues tout comme les silences peuvent en dire beaucoup dans cette quête étrange et salutaire à la fois. Certes, il y aura les doutes et la culpabilité du survivant mais il y aura également le fait d'avancer et de tourner la page. La vie continue malgré tout.

Au final, l'étreinte est une bd qui peut marquer et qui ne laissera pas le lecteur indifférent dans l'intensité de son message de rédemption.
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le_chartreux
  14 novembre 2021
Cet album (L'étreinte) sur la vie qui file entre les doigts comme du sable chaud et sec et la mort qui surgit au tournant est tellement étrange... Un malaise me gagne doucement.
Je l'ai terminé hier soir et je ne sais qu'en penser... Je le feuilletais encore ce matin à la poursuite de quelque chose que je n'avais pas compris, pas encore saisi...
Il s'agit de la vie d'un jeune sculpteur qui rentre avec sa compagne de vacances passées dans la province de Gérone en Catalogne ; une voiture les percute de plein fouet sur la route du retour ; il réchappe de l'accident tandis qu'elle est gravement blessée et se retrouve au seuil de la mort plongée dans un coma artificiel.
De drôles de semaines puis de drôles de mois passent ; lui au chevet de sa fiancée, croisant des parents, d'anciens amis, d'autres personnes à l'hôpital aussi perdues que lui. Dans le même temps, il est fasciné par un cliché qu'il avait pris de son portable d'une plage ; au centre de la photographie, le corps d'une femme allongée sur sa serviette de plage occupée à lire, le visage indéchiffrable, une pose parfaite dévoilant une cambrure de déesse, une cheville suspendue en l'air, l'autre jambe étendue dans l'axe de son corps. Il ne sait rien d'elle mais son oeil de sculpteur va graver dans son mémoire le souvenir de ces courbes idéales et il va vivre ou subir une quête impossible ; retrouver cette femme qui l'a éblouie le temps d'une pose et dont il ne sait rien.
Ses pas vont croiser d'autres pas, d'autres trajectoires, d'autres existences ; mais comment des êtres à l'esprit perturbé par le deuil, par une quête insensée ou par la colère, par le doute, par le repli sur soi ou bien par la mésestime de soi peuvent-ils reconnaitre dans l'autre leur alter ego ?
Trahison, opportunisme, vivre tout simplement ? Pourquoi est-ce si difficile de vivre une histoire normale ? Pourquoi est-ce si difficile de vivre sa vie ?
Entre la peur et l'attente, il y a certainement de l'espace pour les rêveurs…
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Emylit23
  05 décembre 2021
Benjamin et Romy rentrent d'un voyage à Cadaquès. Pendant le trajet en voiture, Benjamin regarde ses photos sur son téléphone. Une photo l'interpelle. Une jeune femme allongée sur le sable dans un maillot noir. Et soudain, l'accident … Benjamin s'en sort mais Romy est plongée dans un coma…
Coup de coeur!! À peine lue que j'ai envie de la relire pour ne pas quitter ces personnages et rester encore un peu avec eux.
Le scénario et les planches sont sublimes. Tellement d'émotions se dégagent des dessins et des personnages ( Benjamin, le sculpteur personnage principal, sa compagne et sa muse Romy et Marie-Yvonne, vieille dame lumineuse irrésistible).
Il y a une telle profondeur dans ce roman graphique! L'introspection, l'amour, la vie, la fin de vie,… autant de sujets qui nous poussent à la réflexion également.
Une lecture qui nous fait évoluer et les dessins sont tellement beaux. Laissez-vous tenter, vous ne regretterez pas le voyage…
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Bdotaku
  05 juillet 2021
Quand apparaissent sur une même couverture les noms de Jim et de Laurent Bonneau, l'alliance semble a priori surprenante. le premier est un auteur à succès prolifique avec 90 albums au compteur, en tant que scénariste ou dessinateur, allant de la bd d'humour à la bd de moeurs. le second, poly artiste plus confidentiel, est à la fois photo-vidéaste, peintre et bédéiste. Tous deux souhaitaient travailler ensemble depuis longtemps mais ne trouvaient pas de voie/ voix communes. C'est désormais chose faite avec une oeuvre expérimentale et ô combien réussie : « L'Etreinte » parue aux éditions Bamboo dans la collection grand Angle dont la musique intimiste ne saurait vous laisser indifférents.
*
C'est l'histoire d'un sculpteur prometteur, Benjamin. Il vient de passer de belles vacances à Cadaquès avec sa femme Romy. Sur le trajet du retour, alors que Romy est au volant, il fait défiler sur son téléphone les photos prises durant le séjour. Il s'arrête sur un cliché pris sur une petite plage au centre duquel une femme énigmatique est allongée sur le ventre, en train de lire. Cette inconnue le subjugue, il apprécie son attitude gracieuse qui semble l'inviter à la sculpter. Et puis soudain, il entend un crissement de pneu et relève la tête juste à temps pour voir une voiture les percuter de plein fouet.

Quand il se réveille à l'hôpital, il est miraculeusement indemne. Sa compagne, elle, est plongée dans le coma. Les jours puis les semaines passent … les nouvelles ne sont pas bonnes. Pour tromper l'attente insupportable, Benjamin se raccroche à son art et à la photo de Cadaquès. Il décide de mener une enquête et de partir à la recherche de l'inconnue sur le cliché…

UNE TRAME A QUATRE MAINS

Jim et Laurent Bonneau ont au départ essayé d'oeuvrer ensemble sur un projet traditionnel mais, comme ils l'avouent eux-mêmes, le « résultat semblait contraint ». Ils ont donc décidé d'inverser le processus habituel de création en octobre 2019 et cherché à se surprendre mutuellement. Quand traditionnellement l'écriture précède le dessin et le borne, ils ont opté pour l'inverse : le dessin suscite l'écriture. Ils se sont lancés sans plan de départ et sans contraintes. Laurent Bonneau a apporté au projet son envie de mettre en scène son ami sculpteur Olivier Delobel à qui il avait déjà consacré un court métrage « Chaque jour je me réveille » en 2014 et une série de 66 portraits lors d'une récente exposition. Il l'a ainsi « croqué » en train de marcher, de sculpter, de téléphoner ou de prendre sa voiture… Jim a choisi, quant à lui, d'y faire figurer un cliché pris à la volée avec son portable lors de vacances en Catalogne : celui d'une femme inconnue lisant sur la plage dans une attitude presque posée. Ces deux arcs narratifs sont d'ailleurs mis à l'honneur sur les couvertures : la photo de Jim pour l'édition classique et le sculpteur et ses oeuvres pour l'édition limitée.
*
Reprenant finalement le jeu du cadavre exquis littéraire, Bonneau et Jim ont beaucoup échangé et ajouté d'autres éléments : un accident de voiture, des références cinématographiques, des rencontres, une narration en voix off à la première personne… Dans un fécond « ping-pong » artistique tissant peu à peu la trame de l'oeuvre, les deux auteurs agissent finalement comme des sculpteurs qui taillent le marbre et dégrossissent sans savoir par avance ce que donnera la pierre.

« LE COeUR DES HOMMES »

Malgré leurs apparentes différences, Jim et Bonneau partagent dans leurs oeuvres le goût pour l'intime et des thématiques communes. Ainsi, ils dressent dans « Une nuit à Rome » et « On sème la folie », le portrait d'une bande d'adulescents qui peinent à grandir.
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Dans les albums où Bonneau officie en tant qu'auteur complet, il affectionne comme Jim le monologue intérieur et les longues tirades introspectives entre amis. On retrouve cela dans le mode narratif choisi pour « l'Etreinte ». Une grande partie de la narration est prise en charge par le monologue intérieur de Benjamin et ses dilemmes et remords apparaissent grâce à ses conversations imaginaires avec Romy. Comme souvent dans les albums de Laurent Bonneau on a aussi de longues séquences muettes qui invitent le lecteur à s'immiscer et à donner son interprétation. Ceci permet alors une plongée dans « le coeur des hommes »…
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Enfin, on retrouve ici comme dans « le Regard d'un père », une réflexion sur la transmission et sur le rôle consolateur et mémorial de l'art. A travers les références à des artistes mythiques d'abord : Dali et Gala, Chagall et Bella, grâce ensuite à l'exposition de Benjamin consacrée à Romy qui lui offre une vie prolongée et démultipliée grâce à la reproduction obsessionnelle de bustes d'elle à des âges différents mais également grâce à la démarche plus « amateur » du mari de Marie Yvonne qui l'a immortalisée tout au long de leur vie commune dans des clichés publiés à compte d'auteur. Sur les planches originales de « l'Etreinte » avant la mise en couleur par ordinateur, on remarque l'utilisation de la bichromie : la voiture accidentée et les sculptures sont dessinées au crayon rouge et cela crée des connections souterraines. L'art apparaît donc comme un moyen pour Dali, Chagall, Benjamin, Jean-Jacques, Jim et Bonneau de figer le temps, d'immortaliser et même de redonner vie dans une tentative - peut-être dérisoire - de contrer la mort.

LES CHOSES DE LA VIE

Les deux auteurs abordent en effet tous deux le thème du deuil et du manque dans « Où sont passés les beaux jours » et « le regard d'un père ». Mais ce qui sous-tend profondément leurs albums c'est aussi le « memento mori ». Sans dogmatisme et sans emphase, ils rappellent chacun à leur façon, la fugacité de la vie et l'importance de profiter des « Beaux moments » et de dire à ses proches qu'on les aime avant qu'il ne soit trop tard. C'est l'un des leitmotivs de ce dernier album. Et c'est ce que souligne la référence aux « Choses de la vie » de Sautet dans la scène onirique et traumatique de l'accident. A la manière du cinéaste, Bonneau et Jim s'attachent aux choses anodines et fugaces dont on ne perçoit l'importance qu'une fois qu'on les a perdues…et ils s'intéressent, comme lui, particulièrement à la confusion et à la complexité des sentiments qui sont formidablement retranscrits dans les dialogues, les non-dits et les visages expressifs des personnages. C'est peut-être un hasard également mais juste avant la parution de ce dernier opus, un film de Lionel Bergery s'intitulant lui aussi « L'Etreinte » est sorti avec une Emmanuelle Béart campant une veuve qui n'arrive pas à faire son deuil et à s'autoriser à vivre.
*
Si le livre renferme des références cinématographiques car Jim est un grand cinéphile, il ne faudrait pas non plus oublier que les deux artistes sont également vidéastes. Après plusieurs courts-métrages, Jim met enfin en scène son premier long, « Belle enfant » et la façon dont l'album a été construit s'apparente aux techniques du 7e art. Il fonctionne en effet par séquences tournées - pardon dessinées ! - dans un ordre complètement différent du montage final effectué par le scénariste. Certaines scènes « coupées » apparaissent même en appendice de l'édition limitée de Canal Bd comme autant de « bonus » dans un DVD. le découpage et le graphisme de Laurent Bonneau vont dans ce sens également : il aime dessiner d'après modèle vivant et fait ses castings à la manière d'un réalisateur. Il a d'ailleurs commencé par filmer son ami sculpteur dans les rues de Cadaquès pour le mettre en situation et ses crayons virevoltent comme une caméra. Il multiplie les angles de prise de vue et les plans et pratique souvent le travelling avant ou arrière pour donner du dynamisme aux conversations tandis que la multiplication de gros voire très gros plans permet au lecteur d'entrer en empathie avec le héros.
*
Et puis il y a un côté charnel et incarné qui renvoie également au 7e art. Laurent Bonneau qui a publié un recueil de croquis intitulé « Corps », s'intéresse particulièrement à la représentation des corps. Dans la palette restreinte de couleurs qu'il utilise dans l'album, ressort le pêche couleur peau : cette peau omniprésente et tant absente dans la quête du héros … Tel un chef opérateur qui choisit ses éclairages pour créer des ambiances et des atmosphères, Bonneau introduit des échos grâce aux couleurs. le rouge est associé en permanence à Benjamin : rouge du sang de l'accident, rouge de la honte, rouge de la colère, rouge de l'amour aussi, rouge comme cette « fleur de chair » qu'est le coeur … et le réalisme se mue alors en poésie.


« L'Etreinte » c'est donc un choc narratif et graphique et une expérimentation réussie,
« L'Etreinte » c'est un livre aux thème universels qui nous oppresse mais en même temps nous fait du bien,
« L'Etreinte » c'est un album qui rappelle l'essentiel,
« l'Etreinte » c'est une petite musique mélancolique interprétée par un duo de virtuoses,
« L'Etreinte » c'est aussi une anagramme d'éternité … mon coup de coeur de ce début d'été !
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Maplumedepaon
  28 août 2021
L'histoire n'est plus à suivre
Et j'ai fermé le livre
Le soleil n'y entrera plus...

Quand la vie vole en éclats en quelques secondes, quand la vie vous prends par urgence, quand l'obsession vous permet d'affronter la vie et ses épreuves, de les surmonter et de combler le vide, voilà ce qu'est L'étreinte.

Un accident qui fait basculer une vie, la photo d'un inconnue qui obsède, une exposition à préparer... Benjamin est à plusieurs moments clés de sa vie, là où les émotions se bousculent, s'entrechoquent pour mieux éclater, exploser.

Une lecture qui vient nous retourner le coeur, L'étreinte fait partie de ces histoires qui une fois le livre refermé, nous donne envie de vivre à 200 à l'heure, de dire tout de suite et tout le temps à nos proches qu'on les aime, de profiter de chaque moment passé auprès d'eux, une bande dessinée qui nous rappelle qu'il y a urgence à vivre et à aimer.

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ClarineB
  06 juillet 2021
Apprendre à vivre seul, tout en laissant une place pour ce qui n'est plus, du moins pour l'instant, mais qui pourrait être encore.
Nourrir l'espoir. L'espoir d'un rétablissement, d'un retour en arrière, l'espoir aussi d'une solution, pour avancer.

Benjamin part en vacances avec sa compagne. Soudés, vivants, ils ne reviendront pas comme avant. Accident de voiture. Fulgurance. Elle, restera couchée, coma. Lui, il lui faudra reprendre une vie, entre attente et vide. Entre discussions rêvées avec la femme de sa vie et quête insensée pour la trouver, la ressentir dans la matière qu'il sculpte inlassablement, dans les bras d'une femme prise en photo et qu'il lui faut urgemment retrouver.
C'est un album sensible, beau, intense aussi. L'histoire d'un bouleversement, l'histoire de la vie, imprévisible, aussi cruelle que belle.

C'est une histoire d'amour, qui laisse le coeur béant.

J'ai peu à dire. Si peu. Mais j'ai pourtant ressenti tellement. J'ai pas envie de gâcher.

Si, graphiquement, je suis peu habituée à ce style, je me suis pourtant laissée guider autant par le trait et les couleurs que par le texte qui se complètent merveilleusement. Un bien joli travail en duo, fruit d'une collaboration peu conventionnelle, Jim et Laurent Bonneau travaillant ensemble, simultanément, sans scénario prédéfini, pour tisser à l'instinct cette histoire d'impulsions, de battement de coeurs.

Une franche réussite.


Lien : https://merveilleuses-escapa..
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Little_stranger
  08 novembre 2021
Il y la plage de Cadaqués, Romy Desquillières, Benjamin Rosenfield et une photo pris au smartphone par Benjamin, d'une femme allongée sur le ventre et sur le sable en maillot de bain noir une pièce.
Romy, la fille aux longue jambes, institutrice, aime Benjamin le sculpteur et Benjamin aime Romy, mais il y a un événement et puis ensuite une longue et très cruelle attente d'une guérison d'abord, d'une fin ensuite. Il y a Benjamin sans Romy ou plutôt avec Romy qu'il questionne, lui répond qu'elle soit à côté de lui ou non. Il y a une première exposition pour Benjamin, qui cherche des réponses sans sa muse. Il y a aussi l'enquête de Benjamin pour retrouver la femme de la plage, qui l'obsède.
C'est un très beau roman graphique qui m'a beaucoup touché. J'ai lu que les auteurs avaient avancé un peu au hasard dans l'histoire et je trouve cela encore plus beau. La palette de couleurs utilisées résonne avec élégance avec le crayon qui dessine les formes, les personnages, les cernant de noir pour parfois se dissoudre. Comment vit-on quand votre amour s'éloigne ? comment envisager d'autres relations après un lien aussi exceptionnel ? Peut-on continuer à le faire vivre à travers l'art ?
Cadaqués, Dali et Gala, la muse, la femme de dos, la femme dédoublée dont le corps devient architecture, escalier, colonnes.
Et comme il y a Romy, on y croise aussi Michel Piccoli évidemment et sa voiture qui va vite.
Une histoire élégante et grave comme ce dos de femme sur la couverture, qui m'a aussi obsédé, une sorte de persistance rétinienne.
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