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Critique de berni_29


berni_29
  27 septembre 2020
Je suis allé tout d'abord un peu à reculons vers ce roman graphique de Jim. Non pas le titre, Une nuit à Rome, qui m'évoquait une chanson d'Étienne Daho, Week-end à Rome, sur laquelle je me suis bien éclaté il y a quelques années... Non, c'est l'accroche qui faisait ralentir mon enthousiasme : « À vingt ans ; ils se sont promis de passer ensemble la nuit de leur quarante ans. »
Le synopsis est très classique : Raphaël vit depuis un an avec Sophia. Ils s'aiment et une merveilleuse harmonie les unit, qu'on imagine inébranlable. Quelques jours avant ses quarante ans, il reçoit une cassette vidéo. En la visionnant à sa fête d'anniversaire, il se revoit vingt ans plus tôt avec Marie, son amour de jeunesse. Les deux s'étaient promis de passer la nuit de leurs quarante ans ensemble à Rome, quoi qu'il arrive... Et c'est à partir de là que tout va basculer, l'impensable vers le possible...
Je craignais quelque chose de déjà-vu : "ils se sont aimés, ils se sont perdus de vue pendant vingt ans, ils se retrouvent, etc..."
Mais contre toute attente, la magie a pris, elle m'a saisi dans le graphisme et le scénario.
Effectivement, il s'agit d'un sujet universel, les amours de jeunesse et la nostalgie que cela peut susciter au cours des années. Un sujet qui peut paraître banal. Mais voilà ! le sujet est traité ici avec élégance, délicatesse, sensibilité, réalisme aussi... le sujet va plus loin et il entre dans nos vies tranquilles comme une vrille.
En préambule du roman graphique, j'ai été saisi par cette magnifique et douloureuse citation de Françoise Giroud « Se souvenir, c'est s'écorcher. » Elle résonne puissamment tout au long de cette BD.
La mélancolie s'invite comme un voyageur indésirable, mais qu'on ne peut refuser et qui met un pied dans la porte au moment de l'éconduire. Je dirai que c'est peut-être cela la définition de la mélancolie pour moi...
Il y a aussi une autre jolie manière de dire la mélancolie dans cette BD. Je vous la laisse découvrir à travers une citation que j'en ai faite par ailleurs ici...
Ainsi Marie revient dans la pensée et la vie de Raphaël vingt ans plus tard. Elle surgit comme un ouragan, quelque chose d'imprévisible.
On craint le pire, on se dit non, il ne va pas le faire, et pourtant...
Ce roman graphique a cette grâce de nous inviter dans cette histoire qui pourrait nous arriver, de la poser sans jugement, avec légèreté. Il est possible que cela nous soit arrivé, que cela nous arrive un jour, ou que cela ne nous arrive jamais...
Les plus belles histoires d'amour sont souvent des accidents de parcours...
La dimension dramatique des premières pages offre sans doute une force incroyable à ce récit.
Et puis nous sommes saisis par une intrigue amoureuse qui ne nous lâche plus jusqu'à la fin.
Le propos dit avec acuité le vertige, le sol qui se dérobe, comment brusquement il est possible de perdre pied dans une vie qu'on croyait totalement réglée comme du papier à musique. La scène du train est à ce titre décrite de manière magistrale.
Le graphisme élégant et réaliste m'a séduit. Cette histoire a réveillé des sortilèges qui sommeillaient dans ma mémoire, je sais qu'ils peuvent surgir du passé n'importe quand, il est possible de rester serein à condition de savoir les tenir à distance, ce que n'a peut-être pas su faire Raphaël, mais y aurait-il eu alors cette histoire, ce vertige incandescent comme celui du papillon de nuit s'approchant de si près de la flamme d'une bougie ?
C'est un magnifique récit d'amour sur le poids de la nostalgie et le vacillement possible de nos coeurs.
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