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Jean-Yves Cotté (Traducteur)
EAN : 9782749168036
160 pages
Le Cherche midi (26/08/2021)
3.88/5   56 notes
Résumé :
Qu’avait vu le garçon ? Son père, tendant la main. La gorge sans fin de la bête. Quoi d’autre ? Peut-être était-ce allé si vite qu’il n’avait rien vu. Rien compris. De grâce.

Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt to... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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Kirzy
  01 octobre 2021
Rentrée littéraire 2021 # 32
Il est très rare de lire 140 pages aussi éprouvantes par l'intensité émotionnelle propulsée, dévastatrice. Apprendre à se noyer raconte le genre d'histoire qui hante. Celle d'un père qui voit disparaître son fils sous ses yeux, happé par le fleuve le long duquel il lui apprenait à pêcher.
Alors que les premières pages posaient le père comme une figure forte, protectrice, fournissant à son fils amour, soutien, leçon de vie précieuse, nourriture et construction physique, on le voit se déliter sous nos yeux. Saisissante métamorphose en animal blessé hurlant au bord d'un fleuve, basculant dans une folie quasi hallucinatoire

La prose puissante de Jérémy Robert Johnson met au défi le lecteur, l'engageant totalement dans le cauchemar désespéré du père. La lecture devient de plus en plus physique, les phrases s'ensauvagent, le récit se fait sinueux, imprévisible avec des changements de braquet allegro furioso qui magnétisent. le genre d'écriture à vous couper en milliers de scalpels.
C'est d'autant plus puissant que l'auteur convoque tout ce qu'il y a de plus universel. Aucun prénom. Aucun indice temporel. Aucun nom de lieu ( même si on devine l'Amazonie ). Juste un père et son garçon. Juste un homme confrontait au deuil, à la culpabilité, à l'impossible résilience.
Le tout dans une ambiance mythologique brassant et fusionnant magnifiquement moultes cultures. Pêle mêle, j'ai pensé au mythe biblique du Leviathan ou du Jörmungand nordique. A la baleine de Pinocchio avec la quête de Gepetto. Au folklore latino-américain avec l'extraordinaire personnage de la Cuja qui fait basculer le récit vers une magie noire ( presque horrifique ) qui pactiserait avec le royaume des Morts. Au mythe d'Orphée et d'Eurydice. Et même, j'ai trouvé du capitaine Achab dans l'obsession du père à retrouver le monstre qui a emporté son fils. Je ne sais quelles références correspondent aux intentions de l'auteur ( peut-être aucune ) mais ce syncrétisme tragique empli de poésie macabre renforce l'intensité de la lecture, à l'image du magnifique titre. Apprendre à se noyer, assurément.
Lu dans le cadre du Picabo River Book Club
https://www.facebook.com/groups/806652162778979
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Cannetille
  09 février 2022
Quelque part dans la jungle en Amérique du Sud, peut-être en Amazonie, un père emmène son fils pêcher. C'est encore un garçonnet, qui a tout à apprendre des dangers du grand fleuve et des gestes ancestraux de leur tribu pour profiter malgré tout de ses largesses. Mais, au beau milieu de la partie de pêche, survient le drame : l'enfant qui s'avançait dans les eaux avec son père est soudain emporté, happé par une bête rapidement entrevue dans le courant.

Pas de nom, de date, ni de lieu précis : juste un garçon et son père, dans un milieu naturel, qui, s'il pourvoit à leur subsistance à condition qu'ils sachent s'y prendre, n'en demeure pas moins rude et inquiétant, entre prédateurs, tribus ennemies et esprits menaçants. Nous voici comme ramenés à l'origine du monde, face à nos peurs primitives, seuls et fragiles dans un univers aussi mirifique qu'effrayant tant il recèle de dangers et de mystères. Et si l'on a vite fait d'y passer de vie à trépas, la frontière du monde réel avec l'irrationnel et l'au-delà s'y avère elle aussi incertaine, en tout cas aisément franchissable par l'entremise des chamans et des sorcières.

Alors commence pour le père, éploré et dévoré de culpabilité, un combat contre l'inexorable, un terrible voyage au bout de lui-même et de la magie noire, dans l'espoir insensé de retrouver ce qui lui a été arraché. Son odyssée dantesque prend des résonances mythologiques, alors que, pêle-mêle, viennent à l'esprit le folklore macabre de l'Amérique latine, mais aussi de multiples références allant du Léviathan à Pinocchio en passant par Jonas, ou même Orphée. Dès lors, ce conte prend une véritable dimension universelle, celle de la tragédie de l'homme refusant la mort de ceux qu'il aime.

Le talent de conteur de Jeremy Robert Johnson nous jette d'emblée dans une évocation des plus vivides, dont on ressortira hanté. Les ruptures de rythme s'enchaînent pour nous faire basculer dans une horreur brutale exprimée avec une singulière délicatesse, puis pour nous maintenir en apnée dans un tourbillon hallucinatoire, où de l'épreuve la plus noire surgira finalement une sorte de lumière : celle de l'amour et de la rédemption, par-delà la mort. Un livre court et intense, aux mille subtilités, aussi sombre et terrible que poétique et magnifique, à l'image de la vie-même.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Julitlesmots
  12 mars 2022
Aux fins de fond de la jungle que l'on imagine être, l'Amazonie, un père emmène son fils s'adonner à l'art de la pêche, aussi l'occasion de l'apprentissage de la vie, des gestes transmis de génération en génération ainsi que celui des dangers du Grand Fleuve, à la fois père nourricier et tueur en puissance. Tout pourrait être idyllique, pourtant cette virée se transforme en drame, lorsque l'enfant est emporté par une bête que le père a entraperçu.
Jeremy Robert Johnson, nous entraîne dans un conte initiatique peuplé de sorciers, des peurs primitives, auxquelles l'homme doit faire face. Plus rien n'existe que cette quête dans laquelle l'homme se lance, pour faire face à sa culpabilité, dans l'espoir illusoire de retrouver ce fils qu'il sait avoir perdu, mais dont il ne se résout pas à abandonner la quête.
C'est un conte universel, dans lequel se côtoient aussi bien la rédemption, le pardon, la fuite, que le refus de la mort. Comment accepter l'inacceptable ?
L'auteur exprime avec une infinie délicatesse la perte de l'enfant, la culpabilité, l'amour, la perte de soi. On ressort, un peu sonné après cette lecture, au rythme parfois lent, parfois haletant, permettant de faire le parallèle avec les battements du coeur. Tout est illusion, illusoire, comme un tourbillon dans lequel la vie, nous aspire, malgré les épreuves. 
Un parallèle tout en poésie, grandiose entre la grandeur de la nature, la profondeur de la forêt et la douleur indescriptible de la perte d'un enfant.
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gruz
  27 août 2021
L'amour filial peut rendre fou, fou de douleur.
Pas besoin d'un pensum pour décrire un déchirement extrême. 150 pages, écriture déliée, le roman de Jeremy Robert Johnson tient de la novella. Mais c'est un concentré d'émotions fortes et de poésie. Une sorte de fable terrible et déchirante qui se lit en apnée.
Pas de descriptions, pas de mise en place, le lecteur entre immédiatement dans une scène du quotidien d'un père et de son fils partis pêcher, et qui vire très vite au cauchemar.
S'ensuit une quête du père, qui va plonger profondément dans la jungle tout autant qu'en lui-même. Quand on perd ainsi subitement la tête, il n'y a peut-être qu'un seul chemin à suivre…
Le roman surprend déjà par son contexte, un pays non cité d'Amérique du Sud, difficile aussi de savoir à quelle date. En tout cas, très loin des métropoles et d'une civilisation de masse.
Cet environnement rajoute une forte touche de magie à cette histoire, l'adulte se retrouvant à vivre un rite initiatique durant sa marche. Un cheminement avant tout intérieur, au-delà des kilomètres parcourus. Au-delà des dangers extérieurs, ceux de l'intime sont encore plus pernicieux. le titre du roman est bien trouvé.
Le tour de force de l'écrivain est de donner immédiatement une âme aux mots, à ce que ressent ce père, alors qu'on n'a même pas appris à le connaître vraiment. Empathique au possible. Et de réussir aussi à insuffler de la délicatesse dans une réalité crue et morbide.
A travers le drame, le livre questionne sur la culpabilité, l'acceptation, l'impossible résilience. Sur l'amour qui ne peut se remettre d'une disparition.
Tout tient de l'écriture de Johnson. Aussi poétique qu'évocatrice et hyper émotionnelle.
Certains ont pensé classer ce livre aux coté du Sukkwan Island, pour moi il en est un peu l'opposé. Même s'il est question de deuil, de survie et de mort, à la froideur glaciale du ton de David Vann s'oppose celui tout en chaleur et en bouillonnement de ce roman-là.
Une exaltation noire d'un homme qui tombe dans l'irrationalité tant son mal le déchire de l'intérieur.
En peu de pages, peu de mots, Apprendre à se noyer se révèle d'une grande richesse d‘émotions. Une lecture presque hallucinatoire qui montre le talent de Jeremy Robert Johnson à infuser de la magie dans une histoire terriblement difficile. de quoi faire ressentir au lecteur des sensations marquantes. C'est ça le pouvoir d'un bon livre.
Lien : https://gruznamur.com/2021/0..
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calypso
  19 septembre 2021
Je ne sais pas si je peux parler de coup de coeur mais Apprendre à se noyer m'a incontestablement secouée. C'est certainement la chose la plus importante, la capacité qu'a un roman à vous procurer des émotions. À vous couper le souffle. Pendant toute ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de penser que pour écrire un tel roman, il fallait avoir ressenti un jour cette douleur absolue qui hante chacune des pages… et qu'il fallait avoir cherché, par le biais de l'écriture, un moyen de l'expulser avant qu'elle ne finisse par vous étouffer complètement. Je me trompe peut-être. Quoi qu'il en soit, ce texte est pour moi une métaphore de la douleur, on est dans une atmosphère de conte, avec ses fantaisies et ses imprécisions et le message est, au fond, universel. Un homme perd son fils, dans des conditions atroces, mais ces conditions ne sont que le reflet de sa propre douleur et de son propre déchirement, elles sont le point de départ d'une quête paternelle et d'une réflexion sur la perte. Je ne sais pas si j'ai tout compris à cette histoire, mais j'ai été séduite par la simplicité, la beauté et la fragilité d'un texte que j'ai lu avec une réelle émotion.

Lien : http://aperto-libro.over-blo..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   09 février 2022
« Il y a un poison dans ton esprit qui brouille tout. Je t’ai amené ici. Tu crois qu’un enfant, ton enfant, est spécial. Pourtant tu es imprégné de l’odeur de la chasse. Tu tuerais un enfant pour assouvir ta faim, comme la plupart le feraient. »
L’homme s’aperçut qu’il pouvait de nouveau respirer et sentit qu’il lui fallait s’élever contre le noir sortilège que jetait la Cuja. « Un enfant ? Par faim ? Jamais. »
« Quelle conception erronée du monde est la tienne pour considérer que les humains portent les seuls enfants ? Que seul l’homme peut être accablé de chagrin ou gémir dans la nuit ?
L’homme n’avait rien à répondre. Il savait que la jungle se nourrissait d’elle-même. Il savait que son peuple était de la jungle, et mangeait comme il était mangé. Tous ceux de sa tribu le savaient – raison pour laquelle les nuits sans lune ils se réveillaient au moindre bruit venant de l’extérieur.
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calypsocalypso   15 septembre 2021
"Si jamais il meurt, je me tuerai."
"Quoi ?"
"C'est la fin s'il meurt. Je ne pourrai pas le supporter en ce monde. Je l'aime trop."
Elle énonçait un fait. Le soleil brille. Le vent souffle. S'il meurt, moi aussi.
Ce fut à ce moment-là que l'homme comprit enfin qu'une partie d'eux-mêmes avait déjà disparu dès l'instant où cette nouvelle vie était née au monde. Ils étaient devenus un sein nourricier, un cocon protecteur, sagesse et amour, mais désormais leurs vies étaient dédiées à celle de l'enfant et ils priaient à son autel.
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YuyineYuyine   19 août 2021
Quelle conception erronée du monde est la tienne pour considérer que les humains portent les seuls enfants ? Que seul l’homme peut être accablé de chagrin ou gémir dans la nuit ?
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JulitlesmotsJulitlesmots   26 septembre 2021
"J'aimerais n'avoir jamais existé, mais je suis en vie et maintenant je vais devoir être mort"
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YuyineYuyine   19 août 2021
Il était si petit. Un scarabée épinglé sur une planche, tête en bas, ses jambes ne le menant nulle part.
Il n’était rien.
Il regarda dans toutes les directions.
Il n’y avait rien.
Oh, mon Dieu.
Mon Dieu non. Rien.
Rien. Rien. Le garçon : parti.
Son garçon.
Mort
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