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EAN : 9782264080578
144 pages
10-18 (20/10/2022)
3.81/5   83 notes
Résumé :
Qu’avait vu le garçon ? Son père, tendant la main. La gorge sans fin de la bête. Quoi d’autre ? Peut-être était-ce allé si vite qu’il n’avait rien vu. Rien compris. De grâce.

Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt to... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
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Rentrée littéraire 2021 # 32

Il est très rare de lire 140 pages aussi éprouvantes par l'intensité émotionnelle propulsée, dévastatrice. Apprendre à se noyer raconte le genre d'histoire qui hante. Celle d'un père qui voit disparaître son fils sous ses yeux, happé par le fleuve le long duquel il lui apprenait à pêcher.

Alors que les premières pages posaient le père comme une figure forte, protectrice, fournissant à son fils amour, soutien, leçon de vie précieuse, nourriture et construction physique, on le voit se déliter sous nos yeux. Saisissante métamorphose en animal blessé hurlant au bord d'un fleuve, basculant dans une folie quasi hallucinatoire

La prose puissante de Jérémy Robert Johnson met au défi le lecteur, l'engageant totalement dans le cauchemar désespéré du père. La lecture devient de plus en plus physique, les phrases s'ensauvagent, le récit se fait sinueux, imprévisible avec des changements de braquet allegro furioso qui magnétisent. le genre d'écriture à vous couper en milliers de scalpels.

C'est d'autant plus puissant que l'auteur convoque tout ce qu'il y a de plus universel. Aucun prénom. Aucun indice temporel. Aucun nom de lieu ( même si on devine l'Amazonie ). Juste un père et son garçon. Juste un homme confrontait au deuil, à la culpabilité, à l'impossible résilience.

Le tout dans une ambiance mythologique brassant et fusionnant magnifiquement moultes cultures. Pêle mêle, j'ai pensé au mythe biblique du Leviathan ou du Jörmungand nordique. A la baleine de Pinocchio avec la quête de Gepetto. Au folklore latino-américain avec l'extraordinaire personnage de la Cuja qui fait basculer le récit vers une magie noire ( presque horrifique ) qui pactiserait avec le royaume des Morts. Au mythe d'Orphée et d'Eurydice. Et même, j'ai trouvé du capitaine Achab dans l'obsession du père à retrouver le monstre qui a emporté son fils. Je ne sais quelles références correspondent aux intentions de l'auteur ( peut-être aucune ) mais ce syncrétisme tragique empli de poésie macabre renforce l'intensité de la lecture, à l'image du magnifique titre. Apprendre à se noyer, assurément.

Lu dans le cadre du Picabo River Book Club
https://www.facebook.com/groups/806652162778979
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Apprendre à se noyer…Apprendre à couler…Apprendre à suffoquer…Apprendre à lâcher prise lorsque le pire est arrivé.

Apprendre à se noyer dans les larmes, dans le marais du chagrin, dans le cloaque de la honte, dans l'océan de la culpabilité.

Peut-on apprendre d'ailleurs ? Lorsque son propre enfant meurt ? Par sa faute, par défaut de vigilance, par excès de confiance, par excès de vie…A défaut d'apprendre, est-il possible d'accepter en défiant la mort ?

Accepter de se noyer…Accepter de couler….Accepter de suffoquer….Accepter de lâcher prise lorsque le pire est arrivé. « Un jour de plus sur le Chemin. Son coeur était lourd, mais son corps tenait bon ».

Ce livre est un conte tragique, un conte initiatique, horrifique, sur la disparition d'un enfant vécu par un père. Un récit à la fois cruel et poétique, intime et délicat qui m'a fait l'effet d'une claque. Un cri. Nous sommes dans la jungle, sans doute en Amérique du Sud, peut-être en Amazonie, un père emmène son fils de sept ans pêcher, l'autorisant pour la première fois à s'aventurer au milieu d'un fleuve dont les eaux, chargées du poison d'une certaine plante, au courant rapide et envahies de poissons menaçants, sont à la fois généreuses mais, nous l'aurons compris, extrêmement dangereuses. le rite d'initiation, qui offre des scènes idylliques de connivence entre un père et son garçon, va tourner au cauchemar lorsque le petit garçon disparait subitement, englouti par un requin.

« A ce moment-là, le sourire sur le visage du garçon était un soleil ».

C'est alors de la détresse absolue et intime d'un père dont nous sommes les témoins, un père qui va fuir pour ne pas affronter la douleur de la mère, un père éperdu de chagrin, rongé de remord, de culpabilité. Un père qui va tenter de rechercher son enfant. L'homme va débarquer sur un rivage hostile peuples de tribus craintes, de chamans mystérieux et de vieilles sorcières, transformant le récit en un conte fantastique et baroque, dans lequel les inspirations dans d'autres contes sont très nombreuses, je n'ai pu m'empêcher de penser notamment à Peter Pan et le capitaine Crochet (dont le crochet frémit dès que le crocodile approche) ou encore à cette fameuse scène coupée dans Pinocchio dans laquelle Gepetto, le chat Figaro et le poisson Cléo, avalés vivants par une baleine, commencent à mourir de faim au sein même du ventre du cétacé...J'ai senti également la présence de contes plus liés à la culture amérindienne, leur exotisme renforçant la flamboyance du récit, leur message étant proche des enseignements édictés par les peuples premiers, des enseignements plein de sagesse. Ainsi, les sermons édictés par la vieille sorcière alors que l'homme est quasi-mort et certainement drogué :

« Il y a un poison dans ton esprit qui brouille tout. Je t'ai amené ici. Tu crois qu'un enfant, que ton enfant, est spécial. Pourtant tu es imprégné de l'odeur de la chasse. Tu tuerais un enfant pour assouvir ta faim, comme la plupart le feraient »

L'écriture n'est pas en reste et nourrit cette flamboyance. Elle enroule le lecteur telle une liane pour mieux l'étouffer, serrant parfois davantage pour asphyxier, desserrant son étreinte ensuite pour mieux redonner espoir, passant par-dessus les yeux pour mieux embrouiller et jouer avec les clairs obscurs. L'écriture est un entrelacement de lianes courtes et de lianes longues. En effet, parfois l'épure permet de dire beaucoup en seulement quelques mots. Des injonctions que le lecteur s'est sans doute dit lui-même. Quelques mots quand le drame survient. Puis des phrases de plus en plus flamboyantes, baroques, sauvages, à l'image de la jungle, à l'image des pensées confuses du père, pleines de circonvolutions inattendues. Et nous d'haleter ne sachant pas ce que va devenir ce père, si même il est toujours vivant ou déjà dans un autre monde, donnant lieu à des scènes d'un onirisme magnifique…

« Encore un pas. Les murs autour de la clairière s'opacifièrent. La lumière rouge éclaira une surface qui ondulait devant lui, une superbe salle voûtée de pierre dure envahie de lianes mouvantes. de l'eau semblait couler des fissures dans la pierre, au mépris de la gravité, nourrissant le feuillage. Des fleurs s'épanouissaient avec fluidité et laissaient échapper un liquide clair de leurs pistils. Des cosses libéraient des spores et des insectes rongeaient les feuilles ou s'entredévoraient, et l'homme n'était pas sûr de devoir faire un pas de plus. Plus la lumière rouge brillait, plus la vie autour de lui tressaillait, se développait et son appétit croissait ».

Ce livre est un détonateur…petit par la taille, grand par la déflagration émise. C'est une fable inoubliable sur l'amour, sur la mort d'un enfant, sa disparition et la possibilité pour les parents d'avoir le courage d'accepter, malgré tout. A noter qu'à la suite de ce récit, à la fin du livre, parole est donnée à d'autres parents qui ont vécu des situations semblables…ces récits de vie à la toute fin du texte m'ont bouleversée. Un chapelet de morts pour connaitre l'infinie cruauté du monde, afin de tenter de l'accepter, le cas échéant…

Apprendre à accepter.

Merci à Nicola (@NicolaK) et Marie-Laure (@Kirzy) à qui je dois cette lecture !



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Quelque part dans la jungle en Amérique du Sud, peut-être en Amazonie, un père emmène son fils pêcher. C'est encore un garçonnet, qui a tout à apprendre des dangers du grand fleuve et des gestes ancestraux de leur tribu pour profiter malgré tout de ses largesses. Mais, au beau milieu de la partie de pêche, survient le drame : l'enfant qui s'avançait dans les eaux avec son père est soudain emporté, happé par une bête rapidement entrevue dans le courant.


Pas de nom, de date, ni de lieu précis : juste un garçon et son père, dans un milieu naturel, qui, s'il pourvoit à leur subsistance à condition qu'ils sachent s'y prendre, n'en demeure pas moins rude et inquiétant, entre prédateurs, tribus ennemies et esprits menaçants. Nous voici comme ramenés à l'origine du monde, face à nos peurs primitives, seuls et fragiles dans un univers aussi mirifique qu'effrayant tant il recèle de dangers et de mystères. Et si l'on a vite fait d'y passer de vie à trépas, la frontière du monde réel avec l'irrationnel et l'au-delà s'y avère elle aussi incertaine, en tout cas aisément franchissable par l'entremise des chamans et des sorcières.


Alors commence pour le père, éploré et dévoré de culpabilité, un combat contre l'inexorable, un terrible voyage au bout de lui-même et de la magie noire, dans l'espoir insensé de retrouver ce qui lui a été arraché. Son odyssée dantesque prend des résonances mythologiques, alors que, pêle-mêle, viennent à l'esprit le folklore macabre de l'Amérique latine, mais aussi de multiples références allant du Léviathan à Pinocchio en passant par Jonas, ou même Orphée. Dès lors, ce conte prend une véritable dimension universelle, celle de la tragédie de l'homme refusant la mort de ceux qu'il aime.


Le talent de conteur de Jeremy Robert Johnson nous jette d'emblée dans une évocation des plus vivides, dont on ressortira hanté. Les ruptures de rythme s'enchaînent pour nous faire basculer dans une horreur brutale exprimée avec une singulière délicatesse, puis pour nous maintenir en apnée dans un tourbillon hallucinatoire, où de l'épreuve la plus noire surgira finalement une sorte de lumière : celle de l'amour et de la rédemption, par-delà la mort. Un livre court et intense, aux mille subtilités, aussi sombre et terrible que poétique et magnifique, à l'image de la vie-même.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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L'Amazonie... Un fleuve, un homme, son fils.
.
L'homme veut apprendre à pêcher à son garçon de 7 ans.
Pour ce faire, il lui enseigne comment tout d'abord sécuriser les berges du fleuve, et lui prodigue maints consignes et avertissements sur les dangers qui les entourent.
.
Parmi ces précautions, la plus importante : ne pas boire l'eau du fleuve, dans laquelle les feuilles de paraja, très nocives, se prélassent.
.
L'homme et l'enfant se mettent à l'oeuvre, travaillent d'arrache-pied, transpirent sous l'impitoyable soleil.
.
L'homme n'a peut-être pas prévu assez d'eau potable et l'enfant... est un enfant. Alors en cachette, il s'abreuve à l'eau du fleuve.
.
Près d'eux, l'homme avait disposé son arc et ses flèches. L'enfant supplie son père de le laisser essayer une seule fois. le père cède.
.
Mais alors qu'ils sont à demi immergés, le poison fait son office et les membres de l'enfant s'engourdissent.
Il lâche l'arc et les flêches au moment ou un énorme "poisson" se précipite sur lui, la gueule garnie de lames de rasoir grand ouverte.
.
Tétanisé, l'enfant appelle son père, celui-ci le rejoint et le hisse sur ses épaules, mais le courant le fait chuter, lâcher son fils, et emporte ce dernier...
.
Alors l'homme n'aura de cesse de traquer la créature au-travers des territoires hostiles.
.
En avançant, il doit traverser la jungle, territoire des Urutrus, où règne la Cuja, créature fantastique ayant l'apparence d'un arbre gigantesque envahi par des lianes mouvantes.
.
Mais quel autre choix s'offre-t-il à lui ? Il doit fuir les hommes de sa tribu qui les cherchent, l'enfant et lui... hors de question de dire à sa femme que l'enfant n'est plus.
.
Et sa profonde et insoutenable douleur le guide...
.
*******
.
Ce roman d'une centaine de pages est remarquable.
Les phrases courtes, voire très courtes, sont comme jetées sur le papier pour mieux nous transpercer.
.
Dans la tête de cet homme primitif, on ressent absolument toutes ses sensations. Ses joies, sa fierté, puis son immense douleur.
.
C'est aussi un grand cri d'amour qui résonne à chaque paragraphe.
.
De ce style épuré, faussement basique, voire simpliste, il ressort une plume magnifique.
.
Premier roman de cet auteur que je suivrai de près.
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Il m'est très difficile de faire mon retour sur cette lecture. C'est une histoire fantastique vraiment triste.
Un homme et son fils vont pêcher. le fils disparaît "absorber par les eaux".
A partir de là, l'homme va chercher son fils à travers une jungle hostile où règne sorcières pas spécialement sympathiques...
Beaucoup d'émotions.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
« Papa ? »
L’homme se retourna et vit son fils – peau brunie et cheveux éclaircis après un été passé à jouer au soleil, corps affiné et grandi, ses dernières rondeurs enfantines consumées, l’angularité naissante d’un visage d’homme se dessinant chez le garçonnet d’à peine sept ans – et il sentit quelque chose lui vriller le cœur, une envie irrépressible d’étreindre le garçon, de le soulever de terre et d’apaiser ses craintes.
Mais l’homme avait appris à pêcher à sept ans, et le garçon ferait de même, et le temps de le dorloter était révolu.
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« Il y a un poison dans ton esprit qui brouille tout. Je t’ai amené ici. Tu crois qu’un enfant, ton enfant, est spécial. Pourtant tu es imprégné de l’odeur de la chasse. Tu tuerais un enfant pour assouvir ta faim, comme la plupart le feraient. »
L’homme s’aperçut qu’il pouvait de nouveau respirer et sentit qu’il lui fallait s’élever contre le noir sortilège que jetait la Cuja. « Un enfant ? Par faim ? Jamais. »
« Quelle conception erronée du monde est la tienne pour considérer que les humains portent les seuls enfants ? Que seul l’homme peut être accablé de chagrin ou gémir dans la nuit ?
L’homme n’avait rien à répondre. Il savait que la jungle se nourrissait d’elle-même. Il savait que son peuple était de la jungle, et mangeait comme il était mangé. Tous ceux de sa tribu le savaient – raison pour laquelle les nuits sans lune ils se réveillaient au moindre bruit venant de l’extérieur.
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"Si jamais il meurt, je me tuerai."
"Quoi ?"
"C'est la fin s'il meurt. Je ne pourrai pas le supporter en ce monde. Je l'aime trop."
Elle énonçait un fait. Le soleil brille. Le vent souffle. S'il meurt, moi aussi.
Ce fut à ce moment-là que l'homme comprit enfin qu'une partie d'eux-mêmes avait déjà disparu dès l'instant où cette nouvelle vie était née au monde. Ils étaient devenus un sein nourricier, un cocon protecteur, sagesse et amour, mais désormais leurs vies étaient dédiées à celle de l'enfant et ils priaient à son autel.
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L'homme adorait le garçon, ce n'était pas un poison. Le temps avant l'enfant paraissait opaque. Le temps avec l'enfant, même avec ses difficultés, ses inquiétudes et ses nuits sans sommeil, revêtait l'éclat du jour.
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"J'aimerais n'avoir jamais existé, mais je suis en vie et maintenant je vais devoir être mort"
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