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EAN : 9782843449291
200 pages
Le Bélial' (15/02/2018)
3.35/5   80 notes
Résumé :
Vellitt Boe est enseignante à la prestigieuse université d'Ulthar.
Quand l'une de ses étudiantes les plus douées s'enfuit avec un rêveur du monde de l'éveil, Vellitt décide de partir sur ses traces avec l'espoir de ramener son élève dans le giron des rêves du monde de Kadath.
Mais après tout, l'Amour ne vaut-il pas le Rêve ?
Quête initiatique au coeur d'une des plus fascinantes créations d'H.P. Lovecraft, récit hommage à la mythologie du Maître ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
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sur 80 notes

Ça fait quand même un moment que l'industrie hollywoodienne nous impose son hypocrisie, ses quotas et sa pseudo morale avec un acteur noir par ci, un acteur latino par là (c'est plus récent), un acteur asiatique par ici (c'est encore plus frais), un homosexuel par là, etc., etc. Les deux derniers trucs à la mode, c'est de transformer un héros blanc bon teint en héros à la peau noir, ou, dernière trouvaille merveilleuse, en femme. Alexandre Astier lui-même, qui n'est en général pas peu fier de son originalité créative, s'est moulé tout gentiment dans le modèle consensuel nord-américain.Ça peut fonctionner parfois, ça peut avoir un intérêt réel (même si c'est franchement rare), mais la plupart du temps, non seulement ça ne fait pas sens, non seulement ça fleure bon la mascarade, mais ça fait carrément contre-sens. Dernier exemple désastreux en date : le remake des chevaliers du Zodiaque par Netflix, qui n'a strictement rien compris à la philosophie de l'anime, et a transformé en femme badasse un personnage masculin qui incarnait justement une autre image de la virilité que celle du combattant lourdingue. Cela dit, comme il existe un réel problème d'accès à la culture aux États-Unis, et c'est rien de le dire, on peut comprendre que le public nord-américain gobe ça tout cru. On fait semblant de gommer sur écran les inégalités sociales et sociétales en tous genres, et les flics blancs peuvent continuer à flinguer tranquillement des citoyens noirs dans la rue, les femmes sont toujours priées de faire du bénévolat (excellente démarche pour lutter contre le chômage, mais il est bien connu qu'il n'y a pas de chômage aux États-Unis), de bosser à temps partiel et de rester dépendantes sur le plan financier, les Latinos ont toujours autant de mal à trouver un boulot correct, voire un boulot tout court, le communautarisme est un modèle de vie, et j'en passe. Mais pas de problème, du moment qu'Hollywood pratique un joli lifting qui masque tout ça.

Et quel rapport avec La quête onirique de Vellit Boe ? Tout. Kij Johnson, en bonne citoyenne des États-Unis qui n'a jamais réfléchi à la tartuferie que tout ça représente mais tout ingéré sans se poser de questions, a repris tous ces codes pour concocter une bouse prétendant dénoncer la misogynie et le racisme de Lovecraft. Oui, parce qu'avant Kij Johnson, absolument personne ne s'était rendu compte que Lovecraft était raciste. Donc, heureusement qu'elle était là pour nous apporter LA révélation. À ce point, on ne peut même plus parler de révélation mais carrément d'épiphanie : je pense que le mot n'est pas trop fort. Donc, Kij Johnson se veut, ni plus ni moins, l’écrivain qui a remis Lovecraft à sa place. Sauf que... Sauf que déjà, pour écrire, il faut avoir des idées. Je ne suis a priori pas contre le fait de reprendre un personnage, un univers, de le rendre malléable et de l'enrichir. Mais reprendre le schéma d'un autre roman, avec en gros les mêmes péripéties, en changeant juste deux-trois trucs par-ci par-là et en transformant le héros en femme, sous un prétexte fallacieux et, pire qui recèle des clichés qui valent largement ceux de Lovecraft, on ne peut pas appeler ça de la création. Bon, je peux reconnaître à Johnson un meilleur sens du rythme que celui de Lovecraft dans La quête onirique de Kadath, qui manque cruellement, à mon sens, à ce roman (roman que je n'aime pas plus que ça, d'ailleurs). Mais pour le reste, ça revient juste à surfer sur la vague très lucrative de la mode lovecraftienne, mode bien juteuse ces temps-ci. Mais ce n'est évidemment pas le but de Johnson que de faire des ventes faciles avec un roman qui se vendra de toute façon comme des petits pains...

Passons au plat principal : la misogynie et le racisme. Où est-il question de dénoncer le racisme d'une société (américaine ou autre) dans La quête onirique de Vellit Boe ? Jamais. Les personnages sont presque tous d'une blancheur de peau immaculée, dont Vellit Boe, l’héroïne. Un ou deux autres ont vaguement le teint hâlé, et voilà. Y a-t-il une interrogation posée sur les discriminations ethniques ? Non. Y a t-il des manifestations de discrimination de la part de Vellit Boe envers des créatures qui ne lui ressemblent pas du tout ? Oui, et pas qu'un peu. On peut clairement noter son dégoût pour plusieurs créatures des mondes oniriques, même si elle finit par s'y habituer parfois vaguement. Las chats, c'est cool, elle connaît. Les autres créatures qu'elle n'a jamais appris à côtoyer, c’est cracra. Et puis celle des créatures "dégoûtantes" qui la suit le plus longtemps va se transformer en bagnole à la fin : ben ouais, un bel objet utilitaire, c'est quand même mieux qu'un ami qu'on trouve moche (oui, je divulgâche, et je m'en fous). Voilà pour le racisme : Johnson nous fait une belle démonstration de ses propres préjugés (et vu ce qu'elle dit des créatures fantastiques des mondes oniriques, je n'ose même pas imaginer ce qu’elle pense des clochards, par exemple. Je suppose qu'elle les trouverait plus charmants si on les transformait en voitures).

Quid à présent de la misogynie ? Comme je l'écrivais en début de critique, ce serait si facile si on se contentait de remplacer un héros masculin par une héroïne et qu'on réglait ainsi tous les problèmes. Visiblement, c'est ce que prétend réussir Johnson. Sauf que là encore, il y a un léger hic. Car La quête onirique de Vellit Boe est un roman sexiste. Alors en effet, ce ne sont pas les femmes qui sont en première ligne. Ce sont les hommes. Ici, les hommes sont lâches, voire brutaux, rêveurs donc puérils, incapables d'affronter la vie, pénibles, inutiles. Remplacer un type de sexisme par un autre, voilà qui est constructif, ma foi ! Quant aux petites phrases de Kij Johnson, qui joue l'innocence dans l’interview de fin de livre, tout en affirmant que certaines femmes violées ont tout intérêt à donner dans le déni et à éviter se considérer comme victimes, je ne crois pas que ça aide beaucoup les victimes (car oui, ce sont des victimes) de viols... Par conséquent, et au-delà de cette dernière et épineuse question, on a là un roman aux tendances discriminatoires, et clairement sexiste. Et quand vous saurez qu'en 2017 , Johson n'a rien de trouvé de mieux que d'écrire le remake du Vent dans les saules en remplaçant les personnages masculins par des personnages féminins, vous aurez compris qu'elle explpite juste un bon filon, sur la base d’œuvres littéraires inventées par d'autres qu'elle. On attend donc dans les années à venir Le Hobbit avec une hobbite et des naines, Vingt mille lieues sous les mers avec une capitaine et un équipage féminin, un docteur Jekyll qui se transformerait en femme, etc. etc. C'est à pleurer.

Et je ne sais même pas ce que me dérange le plus dans tout ça. Parce qu’en sus, Kij Johnson, ça se sent dans le roman mais ça se se confirme dans l'interview, ne connaît pratiquement rien à Lovecraft. Pire, elle n'a rien compris à La quête onirique de Kadath, qui est une ode à la nostalgie de l’enfance. C'est pourtant clair, faut pas un QI de 180 pour le comprendre, mais elle est complètement passée à coté de ça ; là aussi, c'est à pleurer. Parce que la conclusion de La quête onirique de Vellit Boe, c'est qu'être serveuse à mi-temps dans un café miteux aux États-Unis pour pouvoir se payer des études au rabais, c'est le pied, que conduire un 4x4, c'est le pied (message hautement écologique), que se nourrir en se faisant livrer de la bouffe industrielle, c'est le pied, et, cerise sur la gâteau (je l'ai déjà dit, mais il faut que je le répète), que les créatures vivantes qui nous dérangent parce qu'elles sont trop différentes de nous, c'est le pied de les voir être reléguées au statut d’objets utilitaires. Belle morale, ma foi, qui fait sacrément honneur à son auteur ! Ah oui, et j’oubliais un détail, Kij Johnson affirme ceci dans son interview : "J'ai grandi dans un coin de campagne où tout le monde était d'origine allemande, norvégienne ou suédoise, sans trop penser aux questions de races [en France, on n’utilise pas le terme de race, évidemment], une problématique qui me semblait essentiellement urbaine." Alors c'est marrant ; qu’elle n'ait jamais réfléchi au racisme, ça, on l'avait bien compris, mais on notera au passage qu'il n'est pas question dans ce coin de campagne, dont le racisme était - évidemment ! - absent, d’Africains, d'Asiatiques, de Latino-Américains, d'Océaniens...

Et j'ai donc envie de dire que, franchement, on ne prétend pas se réapproprier Lovecraft (ou n’importe qui d'autre) quand on connaît très peu et très mal son œuvre. Qu'on ne prétend pas donner des leçons d'anti-misogynie lorsqu’on est soi-même sexiste, ou d’anti-racisme quand on suinte les clichés discriminatoires. Et qu'on ne prétend pas donner des cours d'écriture fictive (c'est le métier de Johnson) quand on écrit des nullités soi-même. Mais ce qui me rend le plus triste, que Le Bélial', d'abord, s'abaisse à publier ce genre de bouse sous prétexte de faire du chiffre, et ensuite de me rendre compte que le lectorat français se fait avoir aussi facilement que le lectorat nord-américain avec ce genre de supercherie. Misère !

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Il y a quelques années j'avais beaucoup apprécié ma lecture de la novella « Un pont sur la brume » et je m'étais promis de suivre l'auteure Kij Johnson. Me voilà donc à lire le roman « la quête onirique de Vellit Boe » qui se veut une variation du roman de Lovecraft « La quête onirique de Kadath l'inconnue ». Une auteure qui m'avait fait une première bonne impression, HPL, les ingrédients étaient là pour me séduire. Il n'en est rien. Je ressors de ma lecture plus que déçue, presque en colère car « la quête onirique de Vellit Boe » est très mauvais, navrant.

Je n'ai pas lu le roman de Lovecraft dont s'inspire ici Johnson mais je connais suffisamment les écrits du maître de Providence pour pouvoir comparer les deux oeuvres. Il me semble que Johnson n'aime pas Lovecraft, c'est ce qui transparait tout au long du roman et aussi dans l'interview qui suit. L'auteure explique pourquoi elle a voulu proposer une variation de l'oeuvre de HPL, gênée qu'elle était par le racisme et le côté rétrograde de Lovecraft. Elle ajoute qu'elle n'a pas lu Lovecraft de la même façon adulte qu'elle l'avait lue étant adolescente. Et bien moi, je lis Lovecraft aujourd'hui comme je le lisais autrefois, toujours aussi enthousiasmée par l'angoisse qu'il sait susciter. J'avoue en outre que le racisme de Lovecraft ne pollue en rien le plaisir que j'ai à le lire. J'en fais abstraction, je le mets de côté et je me délecte de l'atmosphère et du talent de l'écrivain. Dans l'interview, Johnson ose même dire que « la quête onirique de Kadath » n'est pas très bien écrit ni très bien mené, que le personnage principal est plat et mal caractérisé. C'est là que la moutarde me monte au nez. Comment Johnson se permet-elle de juger de façon si péremptoire et si prétentieuse l'oeuvre d'un auteur dont elle ne parvient pas à la cheville ? Prétend-elle faire mieux avec son « Vellit Boe » ? C'est ce que laisse penser cette interview. Or, « la quête onirique de Vellit Boe » est un roman absolument désolant en tous points. Tout d'abord, le personnage principal est totalement insipide, plate et sans intérêt. D'autre part, le récit est extrêmement mal mené et raconté. Chez Lovecraft, il ne se passe pas forcément des choses tout le temps, ses récits ne sont pas vraiment trépidants. Mais, il sait installer une ambiance, une atmosphère et créer un crescendo qui met le récit sous tension et le rend addictif. Chez Johnson, tout est une platitude infinie, il n'y a aucun relief. Les péripéties s'enchaînent en donnant l'impression qu'il ne se passe strictement rien, que le personnage n'est jamais en danger. Quel ennui ! le périple de Vellit Boe ressemble à une randonnée du 3ème âge qui l'emmène jusqu'à un dénouement totalement ridicule avec son héroïne qui sait tout instinctivement du monde dans lequel elle vient d'arriver au volant de sa créature transformée en voiture.

Il ne suffit pas d'utiliser l'univers créé par un autre pour prétendre le révolutionner. Il ne suffit pas de mettre du Lovecraft à toutes les pages pour prétendre qu'on a compris son oeuvre. Ah ça oui, Johnson ne cesse de citer Lovecraft, Ulthar, Kadath, les zoogs, les chats… mais ce qu'elle est bien incapable de faire c'est de créer une atmosphère. du coup, j'en viens à me demander si la réussite d'un « Pont sur la brume » était un coup de chance ou bien si je m'étais faite avoir à l'époque. En tout cas, Kij Johnson c'est fini pour moi mais par contre, je compte bien lire tout plein d'autres Lovecraft.

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UN MIROIR À LOVECRAFT

Il y a, ces temps-ci, comme un tsunami de littérature lovecraftienne, para-lovecraftienne, post-lovecraftienne, etc. La production est telle, en quantité, qu'elle a de quoi effrayer l'amateur, bien obligé de se résoudre à ce constat, au fond pas si navrant, qu'il lui est impossible de tout lire en la matière. Alors faut sélectionner – et tant mieux ! Parce que, disons-le, ce sous-genre improbablement devenu un genre à part entière a longtemps été submergé par la médiocrité, voire pire. Les derletheries, les lumleyries, ont longtemps fait un tort considérable à l'exercice (en le perpétuant, certes) – et notamment en raison de leur vaste diffusion… avec l'escroquerie que l'on sait concernant les « collaborations posthumes ». Ce qui avait de quoi écoeurer à jamais (ou presque) l'amateur insatiable d'Indicible et de Cyclopéen – j'ai donné. Ces livres ont été bien plus néfastes que la quantité de publications plus hermétiques, éventuellement liées au jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, que d'obscurs ou moins obscurs éditeurs publiaient de temps à autre, sous le signe du Poulpe Cosmique – entre fanfictions et potacheries, je ne crache pas dessus de temps à autre, à chacun ses tares. Maintenant, que ça se vende ou pas, la qualité n'était qu'assez rarement au rendez-vous – c'est peu dire. Il y avait de belles exceptions, mais voilà – il s'agissait bien d'exceptions.

Les choses ont pu changer. La critique lovecraftienne américaine, avec s(ain)t Joshi pour patron, a fait le ménage dans l'héritage, et même ledit pourfendeur de la lovecrafterie non orthodoxe a pu changer son pseudopode d'épaule, en publiant à son tour des anthologies mieux pensées, plus fines, plus justes, enfin dégagées du schéma chiant « vieux sorcier + grimoire impie + tentacules cyclopéens + dieux putain d'imprononçables = Lovecraft ». Les anthologies Black Wings, pour ce que j'en ai lu, constituent de beaux exemples d'une nouvelle littérature lovecraftienne, para-lovecraftienne, post-lovecraftienne, etc., plus pertinente, et ô combien plus satisfaisante. Même si la nécessité du tri demeure – le contraire eût été étonnant.

Mais la vague va bien au-delà de ces publications qui demeurent globalement confidentielles – sachant que d'autres, s'affichant dans un registre similaire, perpétuent sans doute la vielle tradition de médiocrité du pastiche, et que le poulpe est devenu un argument commercial en tant que tel. Il est heureusement des auteurs plus intéressants qui s'exercent dans ce registre, et dont les oeuvres passent moins inaperçues et/ou peuvent être davantage appelées à durer. Kij Johnson, avec le présent ouvrage, en témoigne – ou devrait en témoigner ? Et sans doute aussi Victor LaValle, dont les mêmes et bénies éditions du Bélial' publieront prochainement The Ballard of Black Tom dans l'excellente collection « Une Heure-Lumière ». On verra ça.

De cette collection, Un pont sur la brume, de Kij Johnson, constituait d'ailleurs un des meilleurs titres. de cette autrice, en France, nous ne savions peu ou prou rien, et il était sans doute bien temps de réparer cette injustice. Un pont sur la brume a constitué un excellent argument pour avoir envie d'en lire d'autres choses. Et donc, La Quête onirique de Vellitt Boe ? Une relecture « moderne » de la Quête onirique de Kadath l'inconnue ? Et tant qu'à faire dans une jolie édition illustrée ? Je devais forcément lire ça… Avec une certaine impatience même.

Mais sans doute faut-il noter que cette littérature lovecraftienne-ci (car ça vaut aussi pour le LaValle à venir, entre autres – et, tant qu'on y est là encore, pour l'excellente bande dessinée Providence d'Alan Moore et Jacen Burrows) ne peut faire autrement que composer avec l'héritage lovecraftien, mais en se réservant à bon droit le bénéfice d'inventaire. C'est une littérature critique – et c'est sans doute bienvenu. le tsunami de publications lovecraftiennes, jusqu'à l'overdose, le sacre bien improbable du gentleman de Providence comme icône de la culture pop (ça lui aurait fait tout bizarre, ça), peluches Cthulhu incluses, s'est aussi accompagné d'échanges houleux (j'ai du mal à parler de « débats ») sur le, euh, « côté sombre » de l'auteur, son racisme au premier chef, l'absence sidérante des femmes dans son oeuvre, etc. Bien au-delà du fandom – même s'il en a concentré les épisodes les plus notoires, encore.

Gag : La Quête onirique de Vellitt Boe a été récompensée par le World Fantasy Award 2017 – ce prix dont la figuration avait longtemps été un buste de Lovecraftlui-même, aussi s'est-on écharpé à ce propos dans les cercles intéressés (et au-delà). Avec plus ou moins de pertinence ? Kij Johnson en touche inévitablement quelques mots dans l'utile entretien en fin de volume, et c'est sans doute la voix de la sagesse. Les pro et les contra bourrins, en ce qui me concerne, bon… Dieu vomit les tièdes ? Heureusement qu'il n'existe pas, alors.

KADATH ET CARTER, QUAND ON EST ADO ET QUAND ON NE L'EST PLUS

La relecture critique est plus que légitime, elle est peut-être nécessaire. Avec La Quête onirique de Vellitt Boe, Kij Johnson tend comme de juste un miroir à La Quête onirique de Kadath l'inconnue. Toujours dans cet entretien en fin de volume, l'autrice expose son point de vue de manière très pertinente – le pourquoi de ce miroir.

La base devrait tenir de l'évidence, mais visiblement ce n'est pas toujours le cas : on ne lit pas Lovecraft ado comme on le relit adulte. Pour des raisons purement littéraires, et pour d'autres davantage… idéologiques ? politiques ? philosophiques ? Tout ça, sans doute. Peut-être d'autres choses encore. En même temps, Kij Johnson complète ainsi : même ado, elle sentait bien qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas… Quelque chose de probablement beaucoup moins évident pour un ado mâle. Et blanc. Etc. Serviteur.

Au plan de l'analyse littéraire, la critique de la Quête onirique de Kadath l'inconnue par Kij Johnson me paraît parfaitement fondée, irréfutable même. La trame ? Pas top-top, hein… Randolph Carter ? Un héros bidon, qui ne tient pas tout seul ; un bonhomme passablement puéril, par ailleurs, et pas toujours très sympathique… C'est ici que le miroir tendu par Kij Johnson se montre le plus pertinent, à vrai dire – y compris en jouant de cette idée d'un Carter très ado quand il vivait ses aventures. Restons-en pour l'heure au texte de Lovecraft : tout cela ne fait guère envie, hein ? Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain (enfin, si vous voulez, je dis pas, ça peut être fun), il y a des choses qui fonctionnent beaucoup mieux – notamment, ce récit très picaresque enchaîne les péripéties (sur un mode pas du tout typique de l'auteur, d'ailleurs), et ces péripéties sont toutes intéressantes, dixit Kij Johnson herself. Voire palpitantes. Ici, cependant, le miroir ne se montre pas aussi pertinent, en ce qui me concerne… Et il y a peut-être un oubli regrettable, celui qui pourtant associe tous ces aspects : un univers. Et là, en ce qui me concerne, Kij Johnson a raté son coup – et c'est notamment pour cela que, autant le dire dès maintenant, La Quête onirique de Vellitt Boe m'a plutôt déçu… à la mesure de mon adhésion pour le travail sur l'univers qui avait été fait dans Un pont sur la brume, et qui constituait un atout très marqué, essentiel même, de cette très chouette novella.

Au plan idéologique, etc., bien sûr, le, euh, « côté sombre » de Lovecraft resurgit, inévitablement. Ou les côtés sombres. le court roman de Kij Johnson met l'accent sur la place des femmes, avec justesse, mais d'autres aspects sont envisagés, racisme et conservatisme exacerbé inclus – forcément. Mais ça, nous y reviendrons plus en détail.

DEUX VOYAGES – EN SENS INVERSE

Rapidement, un petit aperçu de l'intrigue, pour la forme – et attention, les gens, il n'est pas exclu que je SPOILE çà et là, au fil de cette chronique, aussi bien le texte de Kij Johnson que celui de Lovecraft (s'il est encore possible de SPOILER ce dernier) ; en fait, c'est même certain… Beware.

La Quête onirique de Kadath l'inconnue, résumée à la hache (ou à la tronçonneuse). Randolph Carter est un homme, et un rêveur – il est passé du monde de l'éveil aux Contrées du Rêve. Dans cet univers bigarré, il s'est assigné pour tâche d'aller à la rencontre des dieux, pour comprendre en dernier ressort que ce qu'il cherchait véritablement se trouvait en lui dès le départ – plus précisément dans le souvenir idéalisé de (la ville de) son enfance.

La Quête onirique de Vellitt Boe, toujours à la hache, mais en distinguant dans le tranchant le reflet de l'original. À l'homme Randolph Carter répond la femme Vellitt Boe. Carter était puéril, Vellitt est quinquagénaire (ou par-là, sauf erreur) et incomparablement plus mature. le rêveur était passé du monde de l'éveil aux Contrées du Rêve, Vellitt Boe en bon reflet est amené à faire le voyage en sens inverse. Et la quête des dieux s'avère en dernier ressort (car entre-temps l'idée de revivre sa jeunesse demeure, même sacrément transformée) la quête d'un monde sans dieux – ou sans leur tyrannie, qui est explicitement la tyrannie des hommes ; c'est que le monde arpenté par Carter, comme, allez, 97,43 % de la fiction lovecraftienne, était un monde d'hommes, dont les femmes étaient tout bonnement absentes – l'approche de Kij Johnson est diamétralement opposée, dès la première page et jusqu'à la dernière. D'ici-là, au monde très fantasque que parcourt le rêveur, répond un monde « normal », entendez un monde où l'on vit – et pas seulement des aventures. L'idée d'un « ailleurs » n'en a que davantage des connotations distinctes dans les deux textes : depuis le rêve, on rêve l'éveil, et on a peut-être tort (sans se l'avouer).

Dès lors, dans ce miroir, il y a des choses qui marchent très bien… et d'autres moins bien.

UN VRAI PERSONNAGE

Déjà, un point essentiel, dès le titre : Vellitt Boe, à la différence de Randolph Carter, est un vrai personnage, et, mieux que ça, un bon personnage. Dans l'entretien, l'autrice semble avancer la possibilité de livrer d'autres histoires autour d'elle, pas nécessairement lovecraftiennes d'ailleurs, et, ben, oui, ça pourrait être très intéressant.

Les héros, on le sait, ce n'est vraiment pas le fort de Lovecraft. Ou même, pour employer un terme moins ambigu, disons que, les personnages, ça n'est vraiment pas son fort. Au travers de l'ensemble du corpus lovecraftien, il est difficile de mentionner un personnage un tant soit peu marquant. Les narrateurs ou points de vue sont généralement en creux, voire creux tout court. Ils reproduisent presque tous un schéma qui est en même temps une (double) fonction : savoir, et ressentir – dans cet ordre ou dans l'autre. Et ils doivent beaucoup à l'auteur lui-même, ces érudits un peu rêveurs. S'il fallait en relever d'un peu plus mémorables que les autres, j'aurais tendance à les chercher dans les dernières oeuvres de Lovecraft – Robert Olmstead dans « Le Cauchemar d'Innsmouth » (peut-être – parce qu'en définitive ce personnage très naïf n'acquiert une véritable ampleur que dans la conclusion de la nouvelle, en forme de bascule), ou plus probablement Nathaniel Wingate Peaslee dans « Dans l'abîme du temps ». Les « méchants » sont un peu plus convaincants – parfois (les Whateley dans « L'Abomination de Dunwich », le cas très particulier d'Asenath Waite dans « Le Monstre sur le seuil »). L'héroïsme, a fortiori, ça n'est vraiment pas la came de Lovecraft – de son propre aveu.

(No shit, Sherlock.)

Alors on avance parfois le nom de Randolph Carter… mais du simple fait de son caractère récurrent, je suppose. Comme les autres, mais de manière peut-être plus marquée, il est un alter-ego de l'auteur. Il n'a absolument rien d'héroïque dans les premiers textes où il figure – et pourtant ce rôle lui échoit dans ce récit très singulier qu'est La Quête onirique de Kadath l'inconnue (et rappelons que cet « exercice », unique, Lovecraft ne l'a jamais soumis pour publication). Mais il n'y brille pas exactement… Kij Johnson souligne que ce faux héros ne peut absolument rien faire seul. Presque au point de constituer un très ironique avatar de « damsel in distress » ? Il s'évanouit, il se fait kidnapper, il doit être sauvé de l'extérieur – vive les chats, etc. Et sa personnalité, si c'est bien le mot ? Pas grand-chose à son crédit. Et je crois que l'autrice, là encore, a raison de pointer son caractère un tantinet puéril. Par ailleurs, il n'est pas forcément très sympathique – ou du moins peut-il à bon droit agacer…

Vellitt Boe, on l'a vu, est son opposée à tous points de vue. Mais il ne faut certainement pas pour autant la réduire à ce bête jeu des contraires : ce personnage a de la chair et de l'âme – et c'est surtout cela qui fait défaut à Randolph Carter. Elle est une femme, bien plus âgée, incomparablement plus mure ; mais aussi plus solide, car elle a beaucoup encaissé ; et, si elle n'est pas toujours parfaitement sympathique elle non plus, c'est parce qu'elle est humaine, elle – bien qu'étant une créature du rêve, c'est en cela surtout qu'elle l'emporte sur le falot en même temps qu'arrogant Randolph Carter. Elle n'est pas une fonction en forme de coquille, mais quelqu'un qui a vécu, et compte vivre encore un bout de temps. Elle est intégrée dans une société sinon la société, elle côtoie ses semblables – sans pour autant tout accepter, car la jeune rebelle demeure dans le corps de la vieille dame (dont à vrai dire la fonction de prof constitue en elle-même la cristallisation adaptée à son âge de sa rébellion juvénile). La quête onirique, ici, ne porte pas sur un lieu, mais sur un personnage – qui est amené à revenir sur son passé, avec un mélange subtilement équilibré de nostalgie et de lucidité, de regrets et d'envies. de la chair, et de l'âme. Ce qui ne ressort jamais autant que de la confrontation des deux voyageurs – car Veline (à l'époque) et Randolph ont voyagé ensemble, il y a de cela quelque temps ; ils se sont même aimés – ou pas tant que ça. Quand ils se retrouvent, l'un est un roi qui se morfond dans sa propre pompe et s'est interdit sa propre raison de vivre, l'autre accepte son âge tout en renouant avec son passé, l'avenir sous les yeux – il est passif, elle est active.

Et parfaitement convaincante.

UN VRAI SUJET

En même temps, elle est un véhicule pour le traitement d'un thème, mais sans jamais être réduite à ce caractère purement fonctionnel – et c'est peut-être là que réside l'opposition la plus marquée avec Randolph Carter. Ce thème, de toute évidence à l'origine du projet littéraire, c'est la condition des femmes.

Ah, Lovecraft et les femmes… Sans faire dans la psychanalyse à dix balles (pitié !), on peut légitimement poser que le gentleman de Providence avait comme un souci avec… une bonne moitié de l'humanité ? Je veux dire, sans même faire intervenir la race et compagnie. Eh. Il n'est pas tout seul, notez…

Si ce n'était qu'un trait de sa biographie, ma foi, il n'y aurait peut-être pas grand-chose de plus à en dire. Seulement, cela ressort de son oeuvre littéraire – par défaut, et l'illustration n'en est que plus éclatante. Je reste convaincu que cela allait plus loin que son conditionnement WASP (qui dans son cas n'est probablement jamais une explication suffisante – ça serait un peu trop facile, trouvé-je). Quoi qu'il en soit, les femmes sont tout bonnement absentes de la quasi-totalité de son oeuvre. Ce qui n'avait probablement rien de délibéré de sa part – reste que sa fiction, si elle est tout sauf virile (au sens le plus vulgaire et machiste donc re-vulgaire), opère dans un monde d'hommes, presque naturellement. Cas des révisions (très) éventuellement mis à part, il n'y a guère que trois personnages féminins un minimum développés dans toute la fiction de l'Oncle Theobald : la première est une simplette albinos violée par un dieu-truc et qui accouche d'abominations (à vrai dire, parler de « personnage féminin un minimum développé » pour Lavinia Whateley sonne déjà comme une triste blague), la deuxième est une sorcière géniale mais dingue et profondément maléfique et re-dingue et re-maléfique (Keziah Mason), et la dernière… SPOIL ! est un homme (et ça reste la plus singu


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Un bien étrange roman a paru chez les éditions le Bélial' en ce mois de mars 2018...

Oui, La Quête onirique de Vellitt Boe est d'abord un récit étrange et beau. Nous suivons l'aventure, au début charmante, de Vellitt Boe, enseignante cinquantenaire au Collège de femmes d'Ulthar, est réveillée en sursaut car l'une des pensionnaires, la meilleure même semble-t-il, a quitté l'institution en catimini pour suivre un « Rêveur ». Imaginez donc une professeure McGonagall réveillée en panique par Ginny Weasley parce que Hermione Granger a fugué pour rejoindre un puissant Moldu dont elle est amoureuse… Minerva ne s'en laisserait pas compter, eh bien Vellitt encore moins, d'autant que celle-ci a connu dans sa jeunesse des aventures ô combien trépidantes et aventureuses. Courir après la fugueuse est ainsi l'occasion de reprendre la route, de s'échapper d'un quotidien peut-être devenu banal et de retrouver l'onirisme des Contrées du rêve. Dans cette quête, tout semble à la fois logique et réaliste dans les descriptions, mais tout aussi bizarre et impossible quand des étrangetés surviennent, comme le fait que certaines distances des Contrées du rêve dépendent au fond du bon vouloir des dieux endormis et peuvent parfois s'étirer ou se rapprocher sans cohérence. La beauté du texte tient à la fois au contenu (des portes enchantées, des villes qui émergent de l'océan, ce chat qui suit constamment l'héroïne, etc.), à la forme (l'autrice aime s'appuyer sur les sensations de son héroïne, cela est visible dès l'incipit et son réveil progressif, comme un retour à la réalité, alors qu'elle s'éveille dans les Contrées du rêve) et à l'onirisme trouble qui rôde à chaque coin de forêt, de montagne ou de rivière.

Les sous-entendus sont particulièrement évidents pour ceux qui connaissent l'oeuvre de H. P. Lovecraft, mais ce n'est sûrement pas le cas pour tous. Donc, il faut bien préciser que ce roman est un hommage particulièrement référencé aux Contrées du rêve de ce maître du fantastique horrifique. Toutefois, c'est un hommage à double sens. En effet, d'un côté, tous les détails (en tout cas, à ce que je peux en cerner) des canons lovecraftiens sont respectés (les lieux, certains personnages et créatures, la puissance des dieux endormis), au point que la quête ressemble parfois à un méticuleux guide de voyage. D'un autre côté, Kij Johnson use de cet hommage pour glisser vers le pastiche astucieux en pointant l'un des grands travers de Locevraft : le sexisme. Là où celui-ci ne considérait que des hommes, société patriarcale oblige (et on peut faire les mêmes remarques pour le racisme d'époque), Kij Johnson propose une aventure où les personnages féminins ont le beau rôle : elles déclenchent l'intrigue, elles tentent des choses, elles résolvent leurs problèmes… au fond, elles se débrouillent seules. L'apparition voulue du héros lovecraftien, Randolph Carter, renvoit à sa propre Quête onirique de Kadath l'inconnue, mais c'est surtout l'occasion de placer un contrepoint bienvenu mais un brin machiste face à cette héroïne qui dépote au fur et à mesure qu'elle retrouve ses habitudes de jeune aventurière.

Enfin, il ne faut pas négliger l'aspect graphique et visuel de ce roman. En effet, les éditions le Bélial' ont opté pour un objet particulièrement décoré, histoire d'agrémenter le texte qui, au départ, n'est pas très long (une novella pour la terminologie anglo-saxonne). C'est Nicolas Fructus qui officie ici, non seulement à la couverture, où le symbole du roman est bien saisi et attire l'oeil, mais aussi et surtout dans les illustrations intérieures. Ainsi, c'est l'occasion d'avoir des visions parfois ensorcelantes, parfois cauchemardesques de certains lieux et personnages du roman, c'est à voir. Et si jamais vous le croisez en dédicace, il semble partant pour ajouter un visuel à votre exemplaire. Enfin, notez bien que le roman est agrémenté dans les rabais de début et de fin d'ouvrage d'une carte des Contrées du rêve tout à fait charmante, qui se révèle bien utile pour suivre le long périple de Vellitt Boe pour trouver la clé du monde de l'Éveil.

La Quête onirique de Vellitt Boe est donc un bien bel ouvrage recellant un récit charmant (c'est définitivement ce mot qui correspond le mieux). Lisez-le avant de rêver.

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C'est bel et bien la couverture exceptionnelle du roman qui m'a poussée à le lire ! Et je ne le regrette pas car j'ai voyagé plaisamment dans un univers singulier.

Bien sûr, j'avais lu des avis et des informations autour de ce roman. Je sais qu'il est une sorte de prolongement d'une oeuvre de Lovecraft, que je n'ai jamais lu et qui ne me tente pas du tout pour l'instant (n'en déplaise aux amateurs). Alors lorsque j'ai trouvé qu'il manquait des explications ou des descriptions pour appréhender le monde dans lequel évoluent les personnages, je savais que cela était dû à cette lacune. Cela dit, je n'ai pas été gênée outre mesure.

Je suis entrée progressivement dans cette lecture, me laissant porter par le style qui m'a touchée dès les premières lignes avec ce vocabulaire précis et riche, ces phrases mesurées et empruntes d'une certaine poésie. le personnage de Vellitt est d'emblée charismatique et j'ai aussitôt apprécié son regard sur les choses et son recul vis-à-vis du passé. Il ne s'agit pas d'un roman initiatique puisque Vellitt est âgée et a déjà fait le plein de très nombreuses expériences avant de s'installer dans une vie calme et rangée. C'est peut-être davantage la conclusion de toutes ses expériences pour parvenir au bout de cette quête.

Si le parcours de Vellitt m'a semblé intéressant, j'en ai surtout apprécié la deuxième partie malgré quelques passages peu vraisemblables et des facilités excessives parfois.

Il me restera en mémoire de nombreuses images, certaines lumineuses d'autres plus sombres, de ce parcours.

Une expérience de lecture enrichissante.

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critiques presse (3)
Syfantasy
07 janvier 2022
Le titre ne ment pas : plonger dans ce roman signifie s’immerger dans un rêve. Les paysages, les mots, les personnages, l’univers dépeint, les couleurs choisies, le thème, le mobilier, les habitations… L’auteure nous décrit chaque chose avec poésie ; un lyrisme certain parcourt cet ouvrage incroyable.
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Elbakin.net
12 février 2018
Lecture fort plaisante aux nombreux développements parfois aussi lapidaires que pertinents, ce livre ne paie pas de mine, tout comme son personnage principal de prime abord, mais il est bien difficile de ne pas se laisser happer au bout de quelques lignes à peine.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Elbakin.net
24 août 2016
Lecture fort plaisante aux nombreux développements parfois aussi lapidaires que pertinents, The Dream-Quest of Vellitt Boe ne paie pas de mine, tout comme son personnage principal de prime abord, mais il est bien difficile de ne pas se laisser happer au bout de quelques lignes à peine jusqu’à une conclusion finalement presque plus douce qu’amère…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation

Vellitt Boe rêvait d’une grande route et de dix millions d’oiseaux volant dans un ciel d’un triste bleu uniforme. La route : large et noir telle une fosse à bitume. Les oiseaux : une vraie nuée, brume agitée qui évoquait les moucherons grouillant au-dessus des lugubres marécages de Lomar ou les bancs de poissons scintillants des mers de cristal par-delà Oriab. Le ciel : vide, sans texture, plat. Assise à côté d’elle, une grande bête grognait, mais les oiseaux faisaient plus de vacarme. L’un d’eux sifflotait d’une voix mélodieuse : « Professeur Boe ? Professeur Boe ! »

Elle revint à la réalité par petites étapes successives : son éternelle douleur dorsale, puis, contre son visage, la douceur de draps si usés à force de passages par la blanchisserie du collège qu’ils avaient pris la douceur de la soie. Le froid. Le clair de lune que la fenêtre à deux battants carrelait sur le grand sol nu de sa chambre plongée dans la pénombre. Les coups pressants assénés sur sa porte et la puissante voix de soprano de l’une de ses étudiants, terrifiée : « Professeur ! Vous êtes là ? S’il vous plaît, réveillez-vous ! »

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Le hameau où elle fit étape n’avait pas de nom officiel ; des siècles plus tôt, ses habitants avaient estimé que l’anonymat rendrait la tâche plus difficile aux Anciens tentés de les retrouver – sans parler des inspecteurs des impôts. Bien entendu, nul n’avait prévu que tout le monde finirait par surnommer l’endroit le Village Sans Nom, le baptisant par la même occasion.

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Pourtant plus gros, les ghasts et les gugs l’épouvantaient beaucoup moins. Ces êtres monstrueux avaient l’avantage de ne présenter aucun caractère humain, et on ne voyait nul trace d’intelligence dans leurs yeux effrayants. Quand on observait les goules, du point de vue de leur morphologie comme de leur comportement, rien n’était plus simple que d’envisager la possibilité de sa propre dégénérescence ; comme si la seule chose qui les séparait des humains, en définitive, se résumait aux articulations grotesques de leurs jambes. Parfois, Vellitt palpait sa mâchoire pour s’assurer que celle-ci ne s’était pas allongée, qu’elle n’avait toujours rien de canin.

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– Toutes ces étoiles… » Elle avait soupiré, pensive. « Est-ce qu’elles possèdent des dieux? Qui passent leur temps à s’annihiler, comme les nôtres?

– Ce n’est pas pareil, dans le monde réel. » Il parlait de la Terre, bien sûr.

Elle avait tenté de visualiser la chose. « Si le ciel est infini, pourquoi venir ici? Vous avez des milliards d’étoiles rien que pour vous !

– Notre monde n’a aucun élan, aucune ampleur, avait-t-il répondu. Pas la moindre poésie ténébreuse. Les astres sont hors de notre portée. Même la lune est à des centaines de milliers de kilomètres ! Ces étoiles n’ont aucun sens.

– Doivent-elles en avoir un? » avait-elle alors murmuré.

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Par égard pour son statut de seule femme à bord, le nautonier lui attribua une cabine à contrecoeur. Nantie d’une couchette minuscule, située juste derrière la cuisine, elle sentait l’oignon et l’ail : le cuistot venait d’Asagehon.

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Videos de Kij Johnson (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Kij Johnson
A l'occasion des Utopiales de Nantes 2018, Kij Johnson vous présente son ouvrage "La quête onirique de Vellit Boe" aux éditions le Bélial .
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2159140/kij-johnson-la-quete-onirique-de-vellit-boe
Notes de Musique : Audio Library YouTube.
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