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EAN : 9782911188336
329 pages
Éditeur : Allia (19/05/1998)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 17 notes)
Résumé :
Lorsque Montesquieu croise Machiavel, les idées des Lumières sont passées au filtre du réalisme politique dans sa version cynique. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande... l'action de tous les chefs d'états peut se comprendre dans cette balance entre l'idéal démocratique et la prise en compte factuelle de ce qu'est l'âme humaine. Dans son Dialogue aux enfers, Maurice Joly signe un pamphlet intemporel dont l'actualité étonne. Pour autant, les amateurs d'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
BVIALLET
  06 janvier 2014
Sous le règne despotique de Napoléon III, Maurice Joly, juriste très opposé au régime, a l'idée de faire dialoguer sur la politique contemporaine deux morts célèbres, Montesquieu qui représente celle du droit et Machiavel celle du totalitarisme, de la force brutale et cynique. Dans une série de dialogues fort bien rédigés, il commence par opposer les principes politiques développés dans les écrits des deux hommes célèbres puis il s'attache à prouver comme thèse générale que le despotisme sans complexe présenté par Machiavel dans « Le Prince » est parvenu par toutes sortes de moyens assez peu avouables à s'imposer définitivement dans les sociétés modernes. Il démontre qu'une perversion de la démocratie et un abâtardissement du principe monarchique traditionnel est parvenu à égarer le bon sens populaire, à dégrader le caractère foncièrement honnête du pays et au bout du compte a corrompu ses moeurs, le livrant sans réaction aux affres de tyrannies plus ou moins ouvertement assumées. C'est de loin la partie la plus passionnante de ce livre de philosophie politique qui a un peu vieilli mais pas tant que cela...
Joly pose la problématique politique sur le terrain de l'affrontement de deux principes opposés (en apparence). D'un côté, Montesquieu, légaliste, libéral, républicain, progressiste, démocrate. En gros, le camp du beau, du bien, de l'idéal et du progrès. Et de l'autre Machiavel, réaliste, roué, pragmatique, réactionnaire, autoritaire, monarchiste et quasi fasciste. A la louche, le camp du moche, du mal, des heures les plus sombres et du retour à la guerre et à la barbarie. Mais si l'on analyse plus finement les arguments des deux bords (et Dieu sait s'ils fusent et pleuvent drus dans cet affrontement de titans de la pensée), on s'aperçoit que rien n'est aussi simple ni aussi tranché. L'enfer est pavé de bonnes intentions. de jolis idéaux souvent utopiques peuvent facilement évoluer en sanglantes dérives totalitaires. Et surtout qu'il suffit de peu de choses pour tromper un peuple et l'asservir. A ce titre, il faut classer ce « Dialogue aux enfers » comme un livre majeur entre « La Psychologie des foules » de le Bon et « 1984 » d'Orwell. Joly fait montre d'une véritable vision prémonitoire de dérives sans doute en germe à son époque mais qui arrivent à leur paroxysme de nos jours. Un peu moins intéressante est la partie où Machiavel tombe le masque et s'exprime comme un Napoléon III sans complexe et surtout l'épilogue, composé de sept courts dialogues de moins haute volée, qui furent écrits plus tard pour un journal et rajoutés dans cette nouvelle édition. Pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à la « chose publique » et à un homme qui paya d'années de prison puis de la vie d'avoir osé se lever contre le totalitarisme.
Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Dem7
  27 août 2018
A lire absolument
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   04 février 2016
Premier dialogue

MACHIAVEL
Sur les bords de cette plage déserte, on m’a dit que je rencontrerais l’ombre du grand Montesquieu. Est-ce elle-même qui est devant moi ?
MONTESQUIEU
Le nom de Grand n’appartient ici à personne, ô Machiavel ! Mais je suis celui que vous cherchez.
MACHIAVEL
Parmi les personnages illustres dont les ombres peuplent le séjour des ténèbres, il n’en est point que j’aie plus souhaité de rencontrer que Montesquieu. Refoulé dans ces espaces inconnus par la migration des âmes, je rends grâces au hasard qui me met enfin en présence de l’auteur de l’Esprit des lois.
MONTESQUIEU
L’ancien secrétaire d’État de la République florentine n’a point encore oublié le langage des cours. Mais que peuvent avoir à échanger ceux qui ont franchi ces sombres rivages, si ce n’est des angoisses et des regrets ?
MACHIAVEL
Est-ce le philosophe, est-ce l’homme d’État qui parle ainsi ? Qu’importe la mort pour ceux qui ont vécu par la pensée, puisque la pensée ne meurt pas ? Je ne connais pas, quant à moi, de condition plus tolérable que celle qui nous est faite ici jusqu’au jour du jugement dernier. Être délivré des soins et des soucis de la vie matérielle, vivre dans le domaine de la raison pure, pouvoir s’entretenir avec les grands hommes qui ont rempli l’univers du bruit de leur nom ; suivre de loin les révolutions des États, la chute et la transformation des empires, méditer sur leurs constitutions nouvelles, sur les changements apportés dans les mœurs et dans les idées des peuples de l’Europe, sur les progrès de leur civilisation, dans la politique, dans les arts, dans l’industrie, comme dans la sphère des idées philosophiques, quel théâtre pour la pensée ! Que de sujets d’étonnement ! que de points de vue nouveaux ! Que de révélations inouïes ! Que de merveilles, s’il faut en croire les ombres qui descendent ici ! La mort est pour nous comme une retraite profonde où nous achevons de recueillir les leçons de l’histoire et les titres de l’humanité. Le néant lui-même n’a pu briser tous les liens qui nous rattachent à la terre, car la postérité s’entretient encore de ceux qui, comme vous, ont imprimé de grands mouvements à l’esprit humain. Vos principes politiques règnent, à l’heure qu’il est, sur près de la moitié de l’Europe ; et si quelqu’un peut être affranchi de la crainte en effectuant le sombre passage qui conduit à l’enfer ou au ciel, qui le peut mieux que celui qui se présente avec des titres de gloire si purs devant la justice éternelle ?
MONTESQUIEU
Vous ne parlez point de vous, Machiavel ; c’est trop de modestie, quand on laisse après soi l’immense renommée de l’auteur du Traité du Prince.
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stekasteka   03 décembre 2013
Au début du XXème siècle paraît à Moscou un extraordinaire pamphlet, qui allait bientôt devenir un best-seller, et être le livre le plus vendu au monde après la bible : Les protocoles des sages de Sion. L'origine de ce pamphlet est aujourd'hui connue : c'est une falsification du Dialogue aux enfers de Maurice Joly. (...). Ce procédé qui consiste à s'emparer d'un texte important, à en changer certains mots, à supprimer quelques phrases, à en intercaler d'autres, permet de conserver la structure d'une analyse politique (dont on sait qu'elle rencontre déjà trop d'esprits disposés à la comprendre), mais d'en modifier la cible et d'entraîner ainsi un courant d'opposition qui risquerait de devenir dangereux, vers des actions inoffensives ou même utiles aux manipulateurs. Il permet de capter les esprits pour les égarer ensuite.
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GastGast   03 janvier 2011
Le principal secret du gouvernement consiste à affaiblir l’esprit public, au point de le désintéresser complétement des idées et des principes avec lesquels on fait aujourd’hui les révolutions.
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lilianelafondlilianelafond   06 janvier 2020
Dans tous les temps, les peuples comme les hommes se sont payés de mots. Les apparences leur suffisent presque toujours ; ils n’en demandent pas plus. On peut donc établir des institutions factices qui répondent à un langage et à des idées également factices ; il faut avoir le talent de ravir aux partis cette phraséologie libérale, dont ils s’arment contre le gouvernement. Il faut en saturer les peuples jusqu’à la lassitude, jusqu’au dégoût. On parle souvent aujourd’hui de la puissance de l’opinion, je vous montrerai qu’on lui fait exprimer ce qu’on veut quand on connaît bien les ressorts cachés du pouvoir.
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stekasteka   03 décembre 2013
C'est que vous ne connaissez pas... ce qu'il y a d'impuissance et même de niaiserie chez la plupart des hommes de la démagogie européenne. Ces tigres ont des âmes de mouton, des têtes pleines de vent; il suffit de parler leur langage pour pénétrer dans leur rang. Leurs idées ont presque toutes, d'ailleurs, des affinités incroyables avec les doctrines du pouvoir absolu. Leur rêve est l'absorption des individus, dans une unité symbolique.
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>Conjoncture et conditions politiques>Union européenne (Conjoncture politique))>Politique en France (149)
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