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Jean Dagen (Éditeur scientifique)
ISBN : 2080703935
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 90 notes)
Résumé :
" En achevant ces paroles, elle baissa les yeux, comme si elle eût été honteuse de m'en avoir tant dit. Malgré le tour sérieux que notre conversation avait pris sur sa fin, je me souvenais parfaitement du ridicule que Madame de Lursay avait jeté sur mes craintes. Je la pressai tendrement de me regarder ; je l'obtins. Nous nous fixâmes. Je lui trouvai dans les yeux cette impression de volupté que je lui avais vue le jour qu'elle m'apprenait par quelles progressions o... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  25 décembre 2016
Après avoir découvert le père, j'ai eu envie de le comparer au fils. J'avais déjà lu Les égarements du coeur et de l'esprit il y a un très très longtemps, j'en avais gardé un souvenir un peu confus, d'un roman d'apprentissage au siècle du libertinage. Je pensais juste le parcourir, au final je l'ai lu en entier, ou presque (je suis passée très rapidement sur quelques passages).
Le terme « libertin » renvoi à deux concepts, la liberté de pensée qui dès le XVIe siècle commence à mettre en doute, en particulier la religion, jusqu'à dans certains cas l'athéisme, et un libertinage de moeurs, apparu dans un deuxième temps, en quelques sorte comme une conséquence du premier, et qui est aussi une remise en cause d'un certain ordre social. On associe beaucoup plus facilement le libertinage actuellement au libertinage de moeurs, mais il ne faut pas oublier l'origine du concept. Un roman libertin, même s'il contient des éléments érotiques voire pornographiques (et c'est loin d'être le cas pour tous) contient aussi des éléments philosophiques et/ou artistiques. le libertinage procède d'une conception matérialiste, d'une primauté accordée à la Nature, de la recherche d'une morale naturelle fondée sur l'épanouissement des instincts vitaux de l'homme, d'où découle une certaine conception de la sexualité.
En même temps, ce type de littérature est vraiment le produit d'une époque, et encore plus particulièrement d'une classe sociale, véhicule une conception aristocratique. Que ce soit dans les personnages, dans le langage employé, dans les stratégies de séduction.
Pour en revenir à Crébillon et à son roman, la première partie paraît en 1736, la deuxième et troisième en 1738, et le roman ne sera jamais achevé, même s'il est suffisamment prévisible pour qu'on se doute de la fin. Il s'agit d'un roman d'apprentissage, le personnage principal, Meilcour a 17 au début du livre, et va vivre, par le biais de son éducation sentimentale, sa formation en tant qu'homme.
« La première et la seconde partie roulent sur cette ignorance et sur ses premières amours. C'est, dans les suivantes un homme plein de fausses idées, et pétri de ridicules, et qui y est moins entraîné encore par lui-même, que par des intéressées à lui corrompre le coeur, et l'esprit. On le verra enfin, dans les dernières, rendu à lui-même, devoir toutes ses vertus à une femme estimable. »
Donc notre Meilcour, sot et imbu de lui-même, de surcroît terriblement timide, rencontre dans le monde Mme de Lursay, une femme bien plus âgée que lui.
« Telles étaient les dispositions de Mme de Lursay lorsqu'elle forma le dessein de m'attacher à elle. Depuis son veuvage et sa réforme, le public, qui pour n'être pas toujours bien instruit n'en parle pas moins, lui avait donné des amants que peut-être elle n'avait pas eus. Ma conquête flattait son orgueil et il lui parut raisonnable, puisque sa sagesse ne la sauvait de rien, de se dédommager par le plaisir de la mauvaise opinion qu'on avait d'elle. »
Et donc notre veuve entreprend de séduire notre jeune homme, tout en essayant de lui faire croire que c'est lui qui en a envie et qui est l'élément moteur dans toute cette histoire. Vu la stupidité du dit jeune homme, le moins que l'on puisse dire que ce n'est pas gagné, et cela donne lieu à quelques passages hilarants.
Par exemple, elle réussit à le garder le soir dans son boudoir, espérant qu'il se montre un peu entreprenant :
« Je ne me vis pas plutôt seul avec elle que je fus saisi de la plus horrible peur que j'aie eue de ma vie….elle s'aperçut aisément de mon embarras, et me dit, mais du ton le plus doux, de m'asseoir auprès d'elle sur un sopha où elle s'était mise. Elle y était à demi couchée, sa tête était appuyée sur des coussins, et elle s'amusait nonchalamment et d'un air distrait à faire des noeuds…..
Vous faites donc des noeuds, madame ? lui demandai-je d'une voix tremblante.
A cette intéressante et spirituelle question, Madame de Lursay me regarda avec étonnement. Quelque idée qu'elle se fût faite de ma timidité et du peu d'usage que j'avais du monde, il lui parut inconcevable que je ne trouvasse que cela à lui dire. »
Et entre temps, Meilcour rencontre une ravissante jeune fille de bonne famille, dont il tombe amoureux, et qui aussi n'est pas insensible à ses charmes. Mais niais comme il est, il pense qu'elle en aime un autre. Il subit également l'attraction d'un petit maître, séducteur, cynique, Versac.
Le livre s'achève, alors qu'il vient enfin de succomber à Mme de Lursay, mais sur laquelle, à cause d'une intervention de Versac, il ne se fait guère d'illusions.
C'est très bien écrit, parfois très drôle (surtout au dépend du pauvre Meilcour) et même si c'est un peu didactique (il y a de longues considérations, en particulier sur l'amour mais pas que) cela constitue une lecture très agréable, même si la fin nous est annoncée d'emblée, et que les personnages restent plus des types que des vrais personnes.
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mjaubrycoin
  12 juillet 2016
Quand on a eu comme moi, l'audace d'emprunter à Crébillon une partie du titre de son beau roman pour en couronner ses propres écrits, le moins que je puisse faire c'est de publier une chronique pour témoigner de mon admiration pour cet auteur phare du 18ème siècle qui a enchanté ses contemporains et continue à illustrer à travers les siècles, l'esprit français dans toute son élégance.
C'est bien une comédie sociale qu'il nous livre à travers les mésaventures du jeune Meilcour qui découvre les tourments du coeur et les incertitudes de l'amour à travers ses relations avec trois femmes.
Mme de Lursay, l'amie de sa mère, belle femme mûre et expérimentée qu'il admire et rêve de séduire alors que celle-ci lutte contre le tendre attachement qu'il lui inspire.
Mme de Sénanges, la voluptueuse coquine qui vit pour les plaisirs de l'amour et ne dédaignerait pas d'ajouter à son tableau de chasse ce joli jeune homme
Enfin la belle Hortense, mystérieuse et inaccessible qui enflamme les sens de notre héros par son indifférence.
C'est bien la maxime: suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis qui est ici illustrée avec un raffinement extraordinaire, porté par la merveilleuse langue du 18ème siècle qui berce son lecteur et le laisse imaginer qu'il lit, pelotonné dans une vaste bergère douillette aux moelleux coussins de satin.
Le monde révolutionnaire est encore loin et c'est la douceur de vivre d'une aristocratie oisive qui donne le ton au récit.
Toutefois, il ne faut pas être dupe des apparences et Versac, le mondain aguerri qui se pique de donner au jeune Meilcour de judicieux conseils pour se frayer un chemin dans le monde, traduit dans son discours le regard sans concession que porte Crebillon sur la socièté de son temps dans laquelle "le coeur et l'esprit sont forcés de s'y gâter, tout y est mode et affectation ".
Nous voici dans le royaume de l'imposture, de la dissimulation et du paraître, là où triomphe "l'esprit frivole et méchant, le discours entortillé".
Mais qui a dit que ce monde est tellement éloigné du nôtre et qu'il est impossible de s'y reconnaître et de s'y projeter ?
Regardez autour de vous. La nature humaine reste diablement identique et au détour d'un cocktail mondain , vous aurez certainement la surprise de croiser Versac qui aura troqué son jabot de dentelles et son habit de soie, pour un costume Hugo Boss. Ne manquez pas de le saluer de ma part ...
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Folfaerie
  26 février 2013
Une oeuvre qui est au programme de ma deuxième année de licence et qui m'a inspiré des sentiments contrastés.
L'écriture du XVIIIème est un régal et justifie à elle seule la lecture de ce classique.
L'intrigue est (trop ?) simple. le très jeune M. de Meilcour, qui fait son entrée dans le monde, se retrouve partagé entre la marquise de Lursay, une amie de sa mère et amante expérimentée qui souhaite l'initier aux plaisirs de l'amour, et la jeune Hortense de Théville qui éveille chez lui le sentiment amoureux mais qui semble irrémédiablement indifférente au jeune homme. Quand il n'est pas occupé par ces deux femmes, Meilcour tente de copier celui qu'il considère comme un modèle, l'élégant, le cynique et le cruel Versac, qui fait et défait la réputation d'une femme en un battement de cils, et de se dépêtrer de l'intérêt marqué que lui portent deux vieilles... catins dont La Senanges.
Meilcour est d'une sottise consternante, il est vaniteux et se laisse manipuler d'un bout à l'autre du roman sans jamais rien comprendre réellement à ce qui se passe.
Le libertinage était extrêmement codifié, on ne séduisait pas grâce à une oeillade enflammée, non. Il suffit de lire et relire les dialogues, les échanges entre les protagonistes pour s'en convaincre.
Les mémoires de Meilcour sont souvent très drôles d'ailleurs. J'ai souri plus d'une fois, fort heureusement, car cela m'a évité de bailler continuellement.
Le problème c'est que je n'ai m'empêcher de songer aux Liaisons dangereuses presque tout au long de ma lecture. Valmont et la marquise de Merteuil sont d'une autre trempe. Nul ennui avec le roman de Choderlo de Laclos, et surtout parce qu'on y trouve une réelle tension dramatique, un suspense, des morts qui vous arrachent une larme ou deux, une fin presque morale, et une véritable histoire d'amour.
Ici, on cause, on s'observe, on cause encore, on se fuit, on se cherche, on cause toujours... Cela m'a ennuyée considérablement. Versac n'est pas Valmont, il est antipathique au possible, Mme de Lursay n'a rien de particulièrement intéressant et Meilcour est une catastrophe ambulante, le jeune sot que l'on a envie de gifler au bout de deux pages...
Sans la Fac, je n'aurai probablement jamais lu Les Egarements, soyons honnête...
A ceux et celles qui hésitent, je dirai : lisez plutôt les Liaisons dangereuses. Mais ce n'est que mon humble avis.
Lien : http://lectures-au-coin-du-f..
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AmandineMM
  21 août 2011
Ce n'est pas mon Crébillon fils préféré, mais il reste l'un de ceux qui me plaisent particulièrement. Il y aborde, sous la forme d'un roman-mémoire, l'initiation et la formation du jeune Meilcour. J'avais oublié depuis ma lecture précédente combien celui-ci pouvait être agaçant de naïveté et de stupidité d'ailleurs. Heureusement, Madame de Lursay, puis Monsieur de Versac le prendront sous leur aile et le guideront, avec plus ou moins de succès. Je ne qualifierais pas la première de libertine : il s'agit plutôt d'une femme sensible (au sens du 18e siècle), voire d'une « machine à plaisir » dont parle la Marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses. Quant au second, je le considère par contre tout à fait comme un libertin, autant de moeurs que d'esprit, et comme un homme de son siècle : dans le long monologue à Meilcour, il lui révèle les clés pour réussir dans le monde aussi bien que lui. Ce faisant, il lui livre une analyse de la société de son temps qu'il a patiemment observée afin de la maîtriser. En cela, il m'a rappelé la Marquise de Merteuil, en moins joueur peut-être. Mon seul regret majeur après la relecture de cette oeuvre est qu'on ne dispose pas de la suite du monologue de Versac (si elle a lieu), celui qui devait porter sur les femmes et qui a été reporté à un autre jour.
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Lismonde
  19 février 2014
un petit chef d'oeuvre ! je me souviendrai longtemps de mon exposé en fac de lettres sur "l'ironie et l'humour" dans ce délicieux ouvrage de Crébillon fils - j'y ai contracté pour toujours l'amour de l'esprit du XVIIIè siècle, tout en finesse et subtilité, avant la Révolution !
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
ZilizZiliz   19 juin 2018
Ce qu'alors [XVIIIe siècle] les deux sexes nommaient Amour, était une sorte de commerce, où l'on s'engageait, souvent même sans goût, où la commodité était toujours préférée à la sympathie, l'intérêt au plaisir, et le vice au sentiment.
On disait trois fois à une femme, qu'elle était jolie ; car il n'en fallait pas plus : dès la première, assurément elle vous croyait, vous remerciait à la seconde, et assez communément vous en récompensait à la troisième.
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IrisaIrisa   15 juin 2009
Je revins brusquement sur mes pas ; et, en coupant par différentes allées, je m'y trouvai presque dans l'instant qu'elle y arrivait : je lui fis place respectueusement, et cette politesse m'attira de sa part une révérence, qu'elle me fit sèchement, et les yeux baissés. Je me rappelai alors toutes les occasions que j'avais lues dans les romans de parler à sa maîtresse, et je fus surpris qu'il n'y en eût pas une dont je pusse faire usage. Je souhaitai mille fois qu'elle fît un faux pas, qu'elle se donnât même une entorse : je ne voyais plus que ce moyen pour engager la conversation ; mais il me manqua encore, et je la vis monter en carrosse, sans qu'il lui arrivât d'accident dont je pusse tirer avantage.
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lecteur84lecteur84   08 février 2019
Il parle un jargon qui éblouit: il a su joindre, au frivole du petit maître, le ton décisif du pédant, il ne se reconnait à rien, et juge de tout. Mais il porte un grand nom. A force de dire qu'il a de l'esprit, il a persuadé qu'il en avait; sa méchancenté le fait craindre et, parce que tout le monde l'abhorre, tout le monde le voit.
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IrisaIrisa   15 juin 2009
En lui donnant la main pour la ramener à son carrosse, je crus sentir qu'elle me la serrait : sans savoir les conséquences que cette action entraînait avec Madame de Lursay, je le lui rendis : elle me remercia en redoublant d'une façon plus expressive : pour ne pas manquer à la politesse, je continuai sur le ton qu'elle avait pris : elle me quitta en soupirant, et très persuadée que nous commencions enfin à nous entendre, quoique au fond il n'y eût qu'elle qui se compris.
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mellemarsmellemars   26 mars 2013
En achevant ces paroles, elle baissa les yeux, comme si elle eût été honteuse de m'en avoir tant dit. Malgré le tour sérieux que notre conversation avait pris sur sa fin, je me souvenais parfaitement du ridicule que Madame de Lursay avait jeté sur mes craintes. Je la pressai tendrement de me regarder ; je l'obtins. Nous nous fixâmes. Je lui trouvai dans les yeux cette impression de volupté que je lui avais vue le jour qu'elle m'apprenait par quelles progressions on arrive aux plaisirs, et combien, l'amour les subdivise. Plus hardi, et cependant encore trop timide, j'essayais en tremblant jusque où pouvait aller son indulgence. Il semblait que mes transports augmentassent encore ses charmes, et lui donnassent des grâces plus touchantes. Ses regards, ses soupirs, son silence, tout m'apprit, quoique un peut tard, à quel point j'étais aimé. J'étais trop jeune pour ne pas croire aimer moi-même. L'ouvrage de mes sens me parut celui de mon cœur. Je m'abandonnai à toute l'ivresse de ce dangereux moment, et je me rendis enfin aussi coupable que je pouvais l'être.
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