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EAN : 9782290252765
480 pages
J'ai Lu (05/01/2022)
4.05/5   1144 notes
Résumé :
La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (239) Voir plus Ajouter une critique
4,05

sur 1144 notes

ODP31
  20 août 2020
Chant du coq pour cette rentrée littéraire dans les terres lotoises et chant du cygne pour une époque révolue dans nos champs.
En semant ses mots, Serge Joncour vient de soigner mon allergie à la campagne. Après cette lecture, je n'ai qu'une envie, sniffer du pollen, conduire un tracteur et freiner les temps qui courent… trop vite. Si j'ai les yeux rouges, c'est que son histoire vient de labourer ma mémoire en jachère, macarel. La larme à l'oeil succède à la goutte au nez.
Pour construire son roman, je me suis imaginé Serge Joncour en train de ventiler de vieux éphémérides, détachant des pages jaunies qui correspondaient à des évènements climatiques, politiques, sociologiques et pleins d'autres trucs en "iques" survenus entre 1976 et 1999. Peut-être un mirage lié à la désertification des campagnes, fil rouge et vert du récit.
Entre la sécheresse de 76 et la tempête de 99, il s'en est passé des choses dans le monde, en France, dans le Lot et dans la ferme des Fabrier.
Alexandre, la campagne comme compagne, a pris perpette dans la ferme familiale. Ses soeurs vont succomber aux sirènes de la ville. Comme l'amour n'est pas toujours dans le pré, le jeune homme s'éprend à distance de Constanze, étudiante est-allemande qui partage une colocation avec une des soeurs à Toulouse. Pour impressionner sa belle et ne pas trop passer pour un plouc, notre homme va fricoter dangereusement avec des activistes qui ne veulent pas de la centrale nucléaire de Golfech. Dans le genre rebelle et réfractaire au progrès, il y a aussi, Crayssac, un voisin qui participa à la lutte du Larzac et des parents hostiles à l'élevage intensif, pas encore folle la vache, et à un projet d'autoroute.
De l'élection de Tonton au nuage de Tchernobyl, des courses du samedi au Mammouth à l'arrivée du Minitel, Serge Joncour mêle petite et grande histoire. Dans ce roman rétrospectif d'une grande force narrative, la résistance au changement n'est pas une tare mais une vertu tant qu'elle ne vire pas à la violence. Alexandre est un homme des champs pragmatique, pas un utopiste, sauf quand il s'agit d'amour ou de la sauvegarde de ses terres. le progrès l'inquiète mais l'attire. Ces tiraillements donnent vraiment chair aux personnages.
Le récit alterne avec une grande poésie le quotidien austère de la vie à la ferme et les escapades plus ou moins réussies d'Alexandre dans la mythologie urbaine.
Un grand moment de lecture qui permet aussi de comprendre pourquoi nous en sommes là, si las, hélas.
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ninachevalier
  02 août 2020
Version longue suivie d'une version courte
Un nouveau joncour annoncé, en librairie on accourt, tant l'auteur nous a rendus addictifs à ses intrigues. NATURE HUMAINE,(1) ce titre gigogne, qui peut englober bien des sens/des possibilités, d'emblée interroge. C'est avec bonheur que l'on retrouve l'ADN de « l'écrivain national » !
Serge joncour appartient à cette famille d'écrivains, dite « des transfuges », ces enfants de la campagne qui s'en sont éloignés mais en font leur terreau littéraire.
Citons le roman solaire L'amour sans le faire, devenu le film « Revenir » sous la caméra de Jessica Palud qui met en scène le retour de Franck à la ferme familiale.
Rappelons également que l'auteur a signé la préface de Petit paysan de Catherine Ecole-Boivin, qui rend hommage à cet homme, à rebours de la mondialisation, cultivant sa terre comme ses ancêtres, refusant de la tuer avec engrais, pesticides. Rien ne vaut la binette ou le fumier.
Cette fois-ci, avec Nature Humaine l'auteur creuse plus profondément son sillon agraire en mettant en scène les Fabrier dans leur ferme du Lot, paumée au milieu des coteaux aux Bertranges ( lieu familier pour les lecteurs de L'Amour sans le faire). « Une mine d'or végétal » .
Mais « La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s'offre ou se refuse, en fonction des années. », et qui est soumise au dérèglement climatique.
Avec son prologue in media res (daté du 23 décembre 1999), Serge joncour sait ferrer son lecteur.
On s'interroge : Que s'est-il passé pour qu'Alexandre se retrouve seul dans ces murs qui ont abrité toute sa famille ? Comment en est-il arrivé là ?
Que fomente-t-il avec « les mortiers et le fuel » ? « Tout était prêt », nous indique le narrateur, ce qui accroît le mystère. Par sa construction originale, il maintient le suspense avec brio.
L'auteur remonte le temps de 1976 à 1981 d'abord, enjambant les décennies et retrace le quotidien d'éleveurs, d'agriculteurs, maraîchers sur plusieurs générations.
C'est d'abord la chaleur qui saute au visage du lecteur. 76, été caniculaire, « la nature tape du poing ». Les terres sont craquelées, « les prairies s'asphyxient »., les bêtes crèvent de soif.
C'est sur les épaules d'Alexandre, le pilier du roman, 15 ans au début du récit, que repose la transmission du domaine des parents. Il apprend le métier dans un lycée agricole. Un travail sans relâche, qui « embrasse le vivant comme l'inerte », souligne Serge joncour et qui exige d'avoir de multiples compétences. Un métier auquel le romancier rend ses lettres de noblesse.
C'est tout un mode de vie que Serge joncour autopsie et détaille. Des journées rythmées par la télé. le rituel du JT de 20h (violence des luttes au Larzac, attentats...). Midi Première, Apostrophes. Bel hommage rendu à Mitterrand : « un intellectuel champêtre, un stratège ami des fleurs ».
Autre rituel :l'incontournable expédition du samedi au Mammouth en GS ! « l'extase, une fois les portes franchies » de « cette cathédrale de tôle et de béton », l'immanquable goûter à la cafétéria.
Mais pour le père, c'est une affaire de business, l'agriculture sacrifiée sur l'autel de la finance ! S'assurer un revenu, c'est être entraîné dans le système productiviste.
Un vent de nostalgie souffle chez les grands-parents lors de leur dernière plantation de safran. Cette culture n'est plus rentable.
Un crève-coeur pour ces « paysans dépositaires de gestes millénaires qui, demain, ne se feraient plus. ». La concurrence étrangère les a anéantis.
Entre le père et Alexandre, les divergences de vue génèrent des tensions.
Le père, génération charnière, veut agrandir, se moderniser, investir pour respecter les normes.
Cette course à l'agrandissement en vaut-elle la peine ?
Difficile en plus d'accepter les remontrances quand on est devenu adulte. Quand ils sont en froid, Alexandre trouve son refuge dans « ces grands espaces offerts au soleil », sa pampa, son Montana en sorte. Serge joncour dégaine alors sa plume de nature writer et de poète, pose son regard d'artiste sur les paysages et déploie le même talent que Rosa Bonheur pour peindre les animaux.
L'écrivain des champs (2) montre à plusieurs reprises la fracture entre Paris et la province.
Les trois soeurs (dont on suit les parcours), une fois adultes, seront happées par la vie citadine.
Enfin arrive dans ces campagnes reculées le téléphone qui va jouer un rôle important pour les protagonistes du roman. le progrès, c'est comme « une machine qui vous broie » pense Crayssac, le paysan chevrier intemporel, quelque peu visionnaire qui peste contre « les poteaux traités à l'arsenic », « les fils en caoutchouc ». Un voisin perçu comme « un prophète de malheur ».
Et l'amour ? Puisque « joncour a toujours rimé avec amour », selon les journalistes !
On devine l'inquiétude des parents : « quelle fille accepterait de vivre ici ? »
Le narrateur semble avoir un penchant pour des héroïnes à l'accent étranger. Souvenez-vous de Dora, la flamboyante et magnétique Hongroise. (3) Des scènes empreintes de sensualité aussi dans Nature Humaine : c'est la blonde Constanze, la lumineuse étrangère de Leipzig/Berlin-Est, en colocation avec sa soeur aînée, qui ne laisse pas Alexandre indifférent. Une étudiante qui ne rêve que de voyager .
Ce qui donne l'occasion à Serge joncour, lui, l'usager du train, de se livrer à un « bashing » en règle contre tous ceux toujours en partance ! le père d'Alexandre lui aussi « conchie l'avion » quand il évoque ces « tonnes de steaks congelés qui font 20 mille kilomètres avant d'arriver dans votre assiette ». Il privilégie le circuit-court. « Les animaux c'est comme les hommes, faut pas que ça voyage, sinon ça ramène plein de saletés. » ! Et voilà la vache folle qui décime des troupeaux entiers et laisse exsangue financièrement les éleveurs. Un acarien asiatique qui menace les abeilles.
C'est dans un style de la démesure, de l'outrance que le romancier s'insurge contre toutes ces mesures allant contre le bon sens : « la mondialisation heureuse jetait des millions de gens dans les avions », « tout voyage :les céréales, les vaches, les micro-ondes qui viennent de Hongkong ; on vend notre lait aux Chinois, tout ça se croise dans les airs ou sur les bateaux, c'est n'importe quoi. »
Mais cette « déesse teutonne », d'une autre planète, ne serait-elle pas une relation toxique ?
Sa bande d'activistes antinucléaires n'a-t-elle pas fait prendre d'énormes risques à Alexandre ?
Des indices jalonnent le récit : « Cette fille, il vaudrait mieux qu'il s'en détache. Qu'il la plante là. »
Nature Humaine, c'est aussi le goût dans l'assiette : « le poulet rôti dont les arômes hantaient tout le coteau », « les pommes dauphines et la côte de boeuf », « la tarte aux pommes ou aux courgettes ».De quoi saliver ! Notre santé ne se joue-t-elle pas dans notre alimentation ?
C'est l'odeur « de terre exaltée par la fraîcheur du sol », celle émanant d'une boulangerie...
L'écrivain- peintre déplie un riche éventail de couleurs : les boucles blondes de Constanze, l'océan des fleurs bleues de la menthe sauvage, le « vert émouvant des feuilles en pousse », le rouge de la vieille micheline,« le coteau peint du violet éphémère du safran », les grappes blanches du tabac en fleur, le jaune du colza avec des coquelicots au milieu...
de quoi « pimper » votre lecture.
L'écrivain publicitaire nous gratifie d'une séance de photos de jambon (sous blister) au coeur des prairies. Si le père est flatté de voir son décor servir « à vendre du rêve », il s'offusque du rose, synonyme d'un gavage de « nitrates, de colorants... ». Scène cocasse (présence d'un taureau) !
Serge joncour a fait remarquer dans un tweet que « l'homogénéisation et l'intensification des systèmes de culture et d'élevage se font au détriment des milieux naturels ». Ici, le narrateur soulève la dérive de l'agriculture avec le maïs transgénique, l'abus des produits phytosanitaires, le scandale des veaux aux hormones, « gavés d'anabolisants ». Crayssac était contre toutes ces chimies.
Dans cette peinture de l'agonie du monde paysan, du deuil de la disparition des traditions, il y a du Bergounioux, du Marie-Hélène Lafon.
Serge joncour confirme sa connaissance de la ruralité, des superstitions, ausculte Gaïa, et immortalise avec réalisme cette France profonde, « le monde des oubliés » à la manière de Raymond Depardon ( gares à l'abandon, « l'ambiance désuète » d'une salle d'auberge….)
L'auteur réussit ce tour de force de nous tenir dans ses rets, une fois de plus, jusqu'à la fin ! Il n'a pas son pareil pour distiller une phrase énigmatique qui retient notre attention : quelle est donc « cette arme absolue » que Crayssac se targue de détenir pour empêcher la construction de l'autoroute ? Et si « le Rouge », n'était pas un fou mais plutôt un vieux sage ?
Un mystère nimbe le bois de Vielmanay que détient ce réfractaire ermite.
Un jour Alexandre saura. Un jour, cet illuminé, ce précurseur qui dénonce la société de consommation, lui confiera son secret bien enfoui ! On ne peut pas rester insensible au destin bouleversant et tragique de Joseph… Les rivalités entre voisins sont évoquées, ainsi que la ferme communautaire de la bande d'Anton, « vivant en autarcie heureuse », hors du temps.
Au fil des pages, Serge joncour explore les relations de la famille, montre une fratrie délitée au grand dam des parents (jalousie, rapacité). Il décrypte également le couple, les relations amoureuses d'Alexandre dont celle fusionnelle, cependant en pointillé avec Constanze, « celle qui ne s'efface pas ». le souvenir, comme présence invisible ! le romancier rend hommage à ce fils sacrificiel qui a tout perdu, sauf « cette nature grande ouverte », son éden où souffle un « parfum de patchouli ».
En même temps, l'écrivain brosse le portrait de la France entre 1976 et 1999 avec la succession des présidents, des premiers ministres : « Les grands moments de l'Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels ». Les événements surgissent ( Tchernobyl, la marée noire de l'Erika, chute du Mur), passent, cèdent la place à d'autres catastrophes. Des années tumultueuses, secouées par les manifestations, les luttes acharnées des antinucléaires, des paysans, les détonations. Une litanie de lois, de contrôles, de normes contraignantes : « de jour en jour, chaque geste était encadré par une loi, même dans les coins les plus reculés ». On construit des rond-points, le réseau routier s'est transformé en manèges, « les zones périphériques deviennent une succession d'hypermarchés ».
Le suspense court jusqu'à l'épilogue, le lecteur étant au courant des récents projets d'Alexandre.On est tenu en haleine ! Ne vient-il pas de tout vérifier ?! Psychose qui grandit à l'approche du bug de l'an 2000, annoncé comme apocalyptique. Suspense décuplé par le bulletin météo alarmant.
Le romancier traduit avec maestria la panique, l'angoisse paralysante, les peurs au point de les communiquer au lecteur tout comme la sidération qui habite ensuite les Français, pétrifiés.
Et si ce cauchemar exceptionnel et tragique servait de catalyseur pour ressouder la famille Fabrier ?
Nature Humaine offre une traversée vertigineuse qui fait office de mémoire collective, avec une play-list éclectique dont le tube « Ne m'appelez plus jamais France.». Important name-dropping !
Serge joncour signe un livre requiem, foisonnant, d'une ampleur exceptionnelle qui mêle saga familiale, rurale/agricole et amoureuse, fresque historique et sociologique, catastrophes climatiques (l'apocalyptique tempête de 1999), le tout réfléchissant les enjeux politiques, économiques et la mondialisation. Des thèmes qui revêtent une troublante résonance avec l'actualité du moment et qui font réfléchir. Un roman monde qui nous émeut, nous ballotte, nous essore, nous percute, baigné toutefois par la vague verte des paysages apaisés, par le velouté des prairies grasses… On y trouve un plaisir triple : tactile, gustatif, olfactif ! Une fiction coup de poing qui s'empare de la détresse du monde paysan avec empathie. Un roman monument grandiose et explosif, qui grouille de vie, pimenté par l'amour, ourlé de poésie ,toujours autant cinématographique, servi par une écriture d'une parfaite maîtrise.
Du grand art ! « Wunderbar», dirait Constanze !

(1) : Parution de Nature Humaine le 19 août 2020, Flammarion.
(2) : Expression utilisée par Stéphanie Hochet (3) Héroïne de L'écrivain national
(4) : Daishizen : l'art de ressentir la nature, de tisser un lien spirituel avec la terre.
Version courte:
« Chaque vie se tient à l'écart de ce qu'elle aurait pu être. À peu de chose près, tout aurait pu se jouer autrement. »
Serge joncour creuse plus profondément son sillon agraire. Ici il dépeint un monde rural à l'agonie et retrace la vie à la ferme des Fabrier, une famille d'agriculteurs éleveurs, sur plus de deux décennies. En 76, canicule, gaïa souffre, les bêtes crèvent de soif. « La nature s'offre ou se refuse ».
Pour seul repreneur du domaine, le fils, qui devient ainsi « l'otage autant que le bénéficiaire ».
En filigrane, l'auteur souligne le système moribond, productiviste qui pousse les paysans à s'agrandir, s'endetter pour remettre aux normes. Engrenage fatal. Grande solitude pour les sinistrés.
Moment de nostalgie le jour des dernières plantations de safran pour les grands-parents ( concurrence étrangère). Les 3 filles, une fois adultes se détournent de leur décor d'enfance. le clan soudé s'est délité. L'auteur sait nous ferrer : une phrase énigmatique : « Tout était prêt ». Pour quelle action ? L'intrigue tient en haleine, tout comme la relation toxique d'Alexandre avec Constanze liée à des militants antinucléaires, hippies paysans. Une dalle mystérieuse, le secret bien enfoui d'un voisin chevrier. Suspense accru par la psychose liée au nouveau millénaire.
Serge joncour signe un livre requiem, foisonnant, d'une ampleur exceptionnelle mêlant saga familiale, fresque historique et sociologique de la France, le tout réfléchissant les enjeux politiques, économiques et la mondialisation.Troublante résonance avec l'actualité.Atmosphère apocalyptique.
Un roman monde qui émeut, ballotte, essore, percute, baigné toutefois par la vague verte de paysages apaisés, du velouté des prairies. Cette nature que les paysans ne veulent pas voir défigurée par une autoroute. Une fiction coup de poing qui s'empare du malaise paysan avec empathie.
Un roman monument grandiose et explosif, qui grouille de vie, pimenté par l'amour, servi par une écriture cinématographique d'une parfaite maîtrise. Plaisir visuel, gustatif, olfactif. du grand art !
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Jeanfrancoislemoine
  05 septembre 2020
Je ne prendrai aucun risque en affirmant que ce roman sera très certainement mon " coup de coeur " de l'année 2020 , rien moins que ça.
Bon , d'abord , c'est un " Joncour " et Joncour j'adore donc , à chaque fois , j'adhère. Pourtant , ce " Joncour "- là, il me semble dépasser ses autres romans tant il semble maîtrisé à tous points de vue .
1976 - 1999 , c'est la période " couverte " , une période de tous les dangers pour l'évolution de la vie humaine sur terre , les ultimes " avertissements " d'une mère- Nature excédée par le comportement incorrigible d'êtres qui la piétinent, qui , après avoir vécu avec elle , ont décidé de s'émanciper et de lui " en demander encore plus , toujours plus " lui tournant même le dos pour.....
1976 , mon premier poste d'enseignant dans un bourg creusois . Plus de 850 habitants à l'époque, un peu plus de 360 aujourd'hui . Mon village natal? 1250 habitants en 1976 , un peu moins de 650 aujourd'hui . le constat est simple , brutalement mathématique, les campagnes se vident .
Vous comprendrez aisément que tous ceux qui , comme moi , ont traversé cette époque vont peu ou prou se retrouver dans la famille d'Alexandre .Alexandre , il vit aux Bertranges , propriété agricole dans la famille depuis 4 générations. Trois générations y vivent encore , Alexandre sera le dépositaire de l'héritage, ses trois soeurs , elles , ne revent que d'un nouvel Eldorado , la ville ...." Ils seront flics ou fonctionnaires " comme le chantait le poète Jean Ferrat , à moins que " On dirait qu'ca t'géne de marcher dans la boue " comme aurait dit le regretté Michel Delpech....La route est tracée et Serge Joncour nous entraîne à la suite d'Alexandre dans les "évolutions sociales " censées améliorer la vie ....Le téléphone, la télévision qui , au lieu de fédérer les gens , va les séparer, la 4L , la GS à suspension hydraulique , celle dans laquelle on s'entasse le samedi pour aller au " Mammouth " , l'hypermarché qui écrase les prix avant d'écraser les proies qu'il attire comme la glu attire les mouches. Strass et paillettes , les lumières de la ville ....Serge Joncour prend , de ci , de là, des éléments qui réveillent en nous les souvenirs , il " nous endort béatement " dans ce qui pourrait être la nostalgie .....Je vous invite à lire l'épisode où Alexandre et son amie Constanze , dans la 4L .....Bon , il est des choses qui méritent un peu de discrétion, quoi que ....dans une 4L , c'est savoureux...Je le sais , ce fut ma première voiture ...d'occasion .Serge Joncour connaît toutes les ficelles pour " titiller " sans cesse notre curiosité, notre intérêt.....Et puis , cela lui permet de distiller le venin à dose homéopathique d'abord , à gros bouillons ensuite , la cupidité des hommes , les " ripostes implacables "d'une nature de plus en plus bafouée, souillée, piétinée . Les alertes sont nombreuses : sécheresses, naufrages de pétroliers, pollution , vache folle , Tchernobyl....Tous ces événements s'emboitent dans ce roman comme ils l'ont fait dans la " vraie vie " , insidieusement ....Entre la sécheresse de 1976 et la tempête de 1999 , que d'événements naturels tragiques ...Et pourtant , " non , non , rien n'a changé, tout tout à continué " comme dit la chanson .
Les personnages principaux sont très bien " dans leur rôle " avec une mention particulière pour le père Crayssac que je vous laisse découvrir tout comme je vous laisse avec Alexandre et Constanze pour une histoire d'amour ...mais chut !!!
C'est un roman didactique peut être, sûrement, même si le sujet a été abordé , analysé , trituré , sans que les comportements ne changent , hélas..Peut - etre aujourd'hui , avec la COVID , qui sait ? Les dernières lignes du roman ne laissent guère de choix ....A nous tous de voir .
En toute sincérité, ce livre remarquable ( je pèse mes mots ) mériterait vraiment d'être primé , ce serait la moindre des choses , mais , plus encore , on devrait le faire lire dans le secondaire tant la richesse des thèmes abordés ne peut qu'émouvoir et responsabiliser les jeunes générations.
Comme d'habitude , j'ai exprimé mon ressenti , rien que mon ressenti , voilà comment j'ai perçu ce livre que je me permets de vous recommander chaudement , en toute modestie ....Quand vous l'aurez lu , vous me direz , s'il vous plaît.
Une rencontre comme celle- ci ne peut pas " rester sans lendemain " , cependant je ne souhaiterais pas apprendre que ce roman aurait une suite ( rumeur ...) . Restons en là et ...à nous de jouer .
Ma libraire ayant adoré aussi .....1976 - 1999 : nous avons ouvert la boite de Pandore...Vite , vite , le couvercle !!
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Kirzy
  06 septembre 2020
°°° Rentrée littéraire 14 °°°
Ce roman est un tour de force : en 400 pages, il décrypte trente années d'histoire politique et sociale française, trente années de transformations radicales à partir d'une ferme du Lot, parvenant à relier le local et le global, mêlant grands événements et destins individuels scrutés jusqu'à l'intime de façon magistrale.
1976 – 1999, de la grande sécheresse de l'été 1976 comme une annonce du dérèglement climatique à venir, à la tempête dévastatrice du dernier jour de 1999 comme une fin des temps, celle d'Alexandre, éleveur bovin quadragénaire, qui semble attendre l'arrivée des gendarmes. le premier chapitre fait peser une tension et un suspense qui planera durant tout le roman, juste par la force du mot «  détonateur ». A partir de là, c'est toute l'histoire d'Alexandre, de sa famille d'agriculteurs, qui se déroule pour comprendre les mécanismes profonds qui ont conduit Alexandre à cette radicalité annihilatrice.
Le roman dresse un panorama complet à hauteur d'homme d'une agriculture bouleversée par la mondialisation et par trente ans de mutations souvent insensées : de la mort de la polyculture familiale à l'élevage intensif, de l'exode rural à la crise de la vache folle, des paysans activistes d'extrême-gauche à la pression des grandes surfaces qui dérégulent les pratiques, de la désertification des campagnes à la dévitalisation des terres gavées d'ammonitrates. le choix de démarrer ce récit en 1976 est très pertinent car c'est aux alentours de cette période que s'accélère la mondialisation de façon irréversible jusqu'à une folie vertigineuse.
Serge Joncour est un maitre en matière de restitution de toute une époque, multipliant, en plus des thématiques évoquées précédemment, les références à l'histoire de France ( élection de François Mitterrand, nuage de Tchernobyl, marée noire d'Erika ) mais aussi à une culture d'époque ( des téléphones en bakélite en passant par les supermarchés Mammouth ). C'est extrêmement précis, ça bouillonne de vie de partout … peut-trop d'ailleurs par moment, j'aurai aimé voir certains thèmes plus approfondis, mais le projet de l'auteur est d'en faire un cadre dense à son intrigue romanesque.
Car du romanesque, il y en a. On n'est absolument pas dans le récit froid et désincarné d'une époque. Les personnages sont magnifiquement campés, à commencer par l'attachant Alexandre, un superbe personnage que l'on voit grandir, réfléchir, se remettre en question puis s'insurger, lui qui traverse les transformations d'un monde paysan qu'il croyait immuable et qu'il voit menacer de toutes parts. Et puis il y a son histoire d'amour avec Constanze, d'un romantisme fou, atypique et puissante.
En fait, cette épopée rurale est un hymne célébrant la poésie de la vie et de la nature, superbement décrite, enveloppant les personnages de sa bienveillance. Comme le titre l'indique, l'homme n'est pas un élément dissociée du décor, il est un élément du décor, il est un parmi les végétaux et les animaux. Serge Joncour donne une dimension quasi animiste à la terre, animée de forces qu'on ressent pour peu qu'on vive à son contact. Pour autant, ce roman terrien et sensible à la fibre écolo n'est jamais naïvement passéiste ou réactionnaire. Il est juste d'une grande acuité pour nous faire réfléchir sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre, sonnant avec subtilité le réveil des consciences et de l'indignation légitime face aux travers de notre époque. Je regrette juste une écriture un peu terne qui ne m'a pas emportée autant que le sujet.
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Fandol
  19 janvier 2022
En près de quatre cents pages, Serge Joncour (L'amour sans le faire, L'écrivain national, Repose-toi sur moi, Chien-Loup), avec son talent habituel de conteur, balaie des vingt-quatre dernières années du XXe siècle. Dans Nature humaine, au travers de l'histoire émouvante d'Alexandre Fabrier, c'est toute une époque qui défile avec la transformation des paysans en exploitants agricoles, l'arrivée des hyper et supermarchés, plus l'extension des zones commerciales causant l'artificialisation des meilleures terres.
Si tous les chapitres sont soigneusement datés, tout tourne autour de cette fin décembre 1999, avec ce fameux 1er janvier 2000 qui approche. Quatre grandes parties se succèdent : 1976-1981, 1986, 1991 et 1996.
1976, c'est une terrible canicule qui assomme le pays. Alexandre a quinze ans et il apprécie de voir les filles dénudées à la télé. Par contre, aux Bertranges, dans la ferme familiale, aux confins du Lot, proche de l'Aveyron, sur la commune de Cénevières, il faut travailler dur, trouver à boire pour les vaches, élevées ici uniquement pour la viande.
Si les grands-parents ont passé le relais aux parents d'Alexandre, ils vivent tout près, au bord de la rivière, et s'adonnent au maraîchage. Alexandre a trois soeurs : Caroline (16 ans) qui est brillante élève au lycée, Vanessa (11 ans) qui ne pense qu'à son Instamatic, et Agathe (6 ans), la petite dernière.
Tout près de la ferme, vit le père Crayssac qui refuse tout ce modernisme castrateur et destructeur. Il va même se battre au Larzac contre l'extension du camp militaire car il ne se contente pas d'élever ses chèvres et de vendre ses fromages, il refuse aussi ces poteaux téléphoniques en bois traité qui empoisonne les sols.
Au fil du récit, je vais retrouver tous les combats d'une époque, contre le nucléaire, comme à Creys-Malville ou à Golfech, avec la violence des manifs réprimées très sévèrement et les attentats ou sabotages menés par certains activistes. C'est d'ailleurs en 1980 que la vie d'Alexandre prend une tournure décisive. Caroline est étudiante à Toulouse et Alexandre la ramène en GS jusqu'à son appartement qu'elle partage avec quelques colocataires. Là, il est captivé par Constanze, Allemande de l'Est venant de Leipzig, qui étudie la biologie et le droit, blonde sublime…
Le dimanche 21 septembre 1980, c'est la fête dans l'appartement de Caroline, à Toulouse, et Alexandre se sent ringard devant ces militants politiques anti-nucléaires. Cela ne l'empêche pas d'écouter Xabi, basque espagnol, et Anton, une autre Allemand. Quand Constanze le voit avec eux, elle commence à s'intéresser à lui. C'est le début d'une histoire d'amour très chaotique qui va beaucoup influencer Alexandre, fou amoureux de Constanze.
Serge Joncour dont j'avais bien apprécié l'humour lors de la présentation de Nature humaine aux Correspondances de Manosque 2020, m'a maintenu captivé par son récit branché sur une actualité me rappelant beaucoup de souvenirs. Il démonte avec talent toute l'évolution du monde agricole aspiré par la grande distribution en plein essor. le nombre de fermes diminue de plus en plus car, pour les jeunes, pas question de travailler aussi dur tout en se privant de loisirs. C'est pendant ces années-là que la société de consommation et le libéralisme triomphant ont signé l'arrêt de mort de toute une civilisation basée sur l'amour des bêtes et de la nature.
Quand Constanze découvre les Bertranges et tout l'environnement préservé, elle est ébahie. Elle apprécie, adore même mais ce n'est pas suffisant pour qu'elle reste là… À cause d'elle, par amour pour elle, Alexandre se retrouve complice des activistes mais cela lui a permis de vivre une expérience inoubliable avec cette distribution de tracts en 4L.
Bien sûr, 1981 scelle l'arrivée de la gauche au pouvoir avec l'élection inimaginable de François Mitterrand. Hélas, il faudra déchanter quelques années plus tard.
En 1986, on commence à parler d'une autoroute qui détruirait tout l'équilibre de la vallée. On évoque aussi la donation-partage pour la ferme avec les conséquences financières pour Alexandre qui devra rembourser ses soeurs. C'est surtout l'année de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl mais, par bonheur, les nuages radioactifs ont eu le bon goût de s'arrêter à la frontière de notre pays…
1991 et tout s'accélère. Alexandre a 30 ans. Caroline enseigne au collège et sa petite Chloé captive toutes les conversations.
En 1996, si Alexandre a la ferme pour lui seul, la surprise annoncée par Crayssac fait son effet mais Constanze est bien loin. Tout est fait pour le pousser à moderniser ce qui devient une exploitation agricole, élever toujours plus de vaches et s'endetter pour quinze ans.
Poussé à bout, Alexandre n'en peut plus comme beaucoup d'agriculteurs qui ont cru bien faire en suivant les conseils des banquiers, des spécialistes agricoles et de la grande distribution. Tout se termine avec la terrible tempête du mardi 28 décembre 1999. Plus d'électricité, des dégâts considérables, beaucoup de victimes mais, pour Alexandre, c'est l'occasion d'un sursaut qui, peut-être, sera salvateur.
Finalement, avec cette fin ouverte, Serge Joncour pourrait, s'il le souhaite, nous faire vivre encore un peu avec Alexandre…

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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critiques presse (5)
OuestFrance   03 novembre 2020
Dans Nature humaine, Serge Joncour qui vient de décrocher le Prix Femina mêle l’intime et l’histoire nationale. Une fresque rurale et sociale, entre progrès et catastrophes écologiques.

Lire la critique sur le site : OuestFrance
LeJournaldeQuebec   12 octobre 2020
Entre les années 1970 et 2000 en France, Nature humaine de Serge Joncour parle d'un pays témoin de la fin de la vie paysanne et agricole.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro   01 octobre 2020
En nous racontant des temps révolus, Serge Joncour nous fait réfléchir sur ceux qui viennent.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   16 septembre 2020
La ferme des Fabrier, de la canicule de l’été 1976 à la tempête de décembre 1999. Ample et délicat nouveau roman rural de l’auteur de « Chien-Loup ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   28 août 2020
Nature humaine, de Serge Joncour, est le roman des confrontations : celles de l'Homme avec la nature, de l'homme contre la nature, des hommes entre eux. Et du défi d'une génération que de grands bouleversements (politiques, géopolitiques, culturels...) vont transformer à jamais.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (610) Voir plus Ajouter une citation
ninachevalierninachevalier   12 février 2021
Roman décliné en mots clés et citations par ordre alphabétique.

Agriculteur :
« Par chance, être agriculteur c’était travailler sans cesse, c’était embrasser le vivant comme l’inerte, ça suppose d’être à la fois éleveur, soigneur, comptable, agent administratif, vétérinaire, maçon, mécanicien, géologue, diététicien, zoologiste, chimiste, paysagiste et tout un tas de choses encore... »


Autoroute
« Édouard ne s’était jamais figuré cela en roulant sur une autoroute, il n’avait jamais pensé aux milliers de petits désastres que ça avait dû occasionner, chaque kilomètre d’autoroute recouvrait mille drames, de fermes coupées en deux, des exploitants expulsés, des forêts déchirées en deux et des maisons sacrifiées, des chemins coupés net et des rivières détournées, des nappes phréatiques sucées... »

Bertranges :
«  En plus, grâce à la rivière le maïs poussait bien, les rendements étaient bons, les Bertranges étaient une vraie mine d’or végétale, la vallée de l’or vert. »

Binette :
« Selon Crayssac, rien ne valait la binette ou le fumier, un coup de labour à la rigueur. »


Constanze
«  Cette fille c’était pas rien, elle parlait trois langues, elle voulait être doctorante ou agrégée, il ne savait pas la différence, sinon que c’était une pure intellectuelle, il n’imaginait pas bien de quoi il pourrait parler avec elle. »

Canicule :
« Depuis que la canicule essorait les corps, aux Bertranges le journal télévisé de 20 heures était devenu plus important que jamais. »

Dalle :
« Cette terre froide , cette dalle enterrée, tout ça lui faisait peur. Ce n’était sans doute pas une source, puisque d’autres dalles semblaient enfouies dans la continuité. »

Explosif :
« Faut pas jouer avec ces trucs-là. Les feux d’artifice, c’est des explosifs, ça rigole pas. Il sentit le regard de ses trois sœurs converger vers lui, explosifs, c’est lui qui avait utilisé le mot, ce parfait tabou qui leur parlait à tous les quatre uniquement. Pour le moment du moins. »

Engrais :
« Cette histoire d’engrais le travaillait, jamais il n’aurait dû se fourrer là-dedans, à la limite il n’aurait même jamais dû leur parler à ces types. »

« Ce soir-là, Alexandre traîna les sacs d’engrais de la vieille grange jusqu’au nouveau bâtiment de mise en quarantaine. »

Embrouilles
« Son malaise venait aussi de tous les doutes qui le taraudaient, se répétant que si cette fille était là en ce moment même, c’était avant tout pour fuir des embrouilles à Toulouse.


Fabrier :
« Chez les Fabrier, cette dernière récolte ( de safran) était vécue comme un changement d’époque. »

Ferme :
« Pour la première fois il se retrouvait seul dans la ferme, sans le moindre bruit de bêtes ni de qui que ce soit, pas le moindre signe de vie. Pourtant ,dans ces murs, la vie avait toujours dominé, les Fabrier y avaient vécu durant quatre générations, et c’est dans cette ferme que lui-même a grandi avec ses trois sœurs, trois lumineuses flammèches dissemblables et franches qui égayaient tout. »

Golfech
« Dans cette campagne verdoyante, le chantier de Golfech était un véritable cancer. »

Haché :
« J’en pense que le haché c’est un nid à microbes. »

Humidité
« Ce qu’Alexandre et ses sœurs avaient toujours entendu de la bouche de leur père, c’est que l’ammonitrate il fallait le protéger de l’humidité, le mettre à l’écart de tout fil électrique,de toute baladeuse, et surtout ne jamais jouer avec les pétards ou des fusées de feu d’artifice à côté. »

Inde :
«  Alexandre était profondément blessé de la voir là, en face de lui, toute dévouée à quelqu’un d’autre, à des terres autres, celles de l’Inde, ce pays tellement lointain qu’il en devenait improbable. »

« Quant à Constanze, son avenir était le plus lisible de tous, après-demain elle remonterait dans un avion pour Berlin , elle ne parlait que de sauver le monde, de secourir l’Inde. »


Juteuse :
«  Comme en plus le mois de mars avait été chaud, avril un peu froid, mais sans trop de vent, le tout avec beaucoup de pluie, l’herbe était juteuse comme jamais, et le trèfle bien sucré. »


klarer kerl :
Constanze rapporte à Alexandre ce qu’Anton avait dit de lui : «  Je viens de rencontrer un mec bien, un type clair, ein klarer kerl. »


Larzac :
« Les citadins semblaient avoir pris fait et cause pour le Larzac, comprenant que ces militants ne s’opposaient pas seulement à l’extension d’un camp militaire, mais aussi à un modernisme qui défigurait la planète. »

Mammouth
«  Aller au Mammouth, c’était encore plus fort que d’aller en ville. Plutôt que de passer de boutique en boutique, au Mammouth, dans ce ventre fabuleux et sans cesse renouvelé, on rentrait au coeur des choses. »

Minitel :
« Depuis que cet engin était indispensable pour déclarer les naissances de bêtes et faire le suivi du cheptel, Alexandre pianotait tous les jours sur ce bijou de technologie. »


Mondialisation :
« Les pays s’ouvraient les uns aux autres, le monde semblait s’apaiser, les grandes puissances parlaient de désarmement, dans cette grande sphère calme et prospère, les êtres comme les marchandises ne connaissaient plus de frontières, la mondialisation heureuse jetait des millions de gens dans les avions. »

Nature :
«  La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. »
« Alexandre aimait vivre au grand air, dans la nature comme ici, c’était un vrai besoin... »

Odeurs
« il lui dit que cette année les fleurs de menthe sauvage sentaient bon comme jamais, qu’il y en avait des milliers, marcher dans le grand pré sur la colline d’en face, c’était comme de plonger dans une mer de menthe fraîche. »

« En pénétrant dans la vieille bicoque, Alexandre se fit immédiatement rattraper par l’odeur, une odeur de terre exaltée par la fraîcheur du sol. Dans le fond cette odeur il l’aimait bien, c’était le parfum d’un antre intemporel, une odeur qui existait depuis des siècles et dont on se débarrassait aujourd’hui en mettant du carrelage partout... »


Phytosanitaire :
«  Ici l’usage des phytosanitaires était toujours source de conflit, soit le père disait qu’on n’en mettait pas assez, soit l’ancien disait qu’on en mettait trop, sachant que le coup d’après ce serait l’inverse. »

Poteaux de téléphone :
« Va pas raconter des conneries dans tout le canton, toi, j’ai juste scié leurs putains de poteaux, des saloperies de troncs traités à l’arsenic, vous n’allez pas me fourrer de l’arsenic le long de mes terres. »
«  Finalement, il y a quatre ans, les gars des PTT avaient fini de planter leurs poteaux pendant que Crayssc ruminait en garde à vue, puis il avait payé l’amende. »


Patchouli :
«  Le cortège des jours aux Bertranges ne souffle rien d’autre qu’un parfum de patchouli. »
« Dans le couloir il ne retrouva pas cette odeur de patchouli qui environnait toujours Constanze. »




Quarantaine
« C’était pourtant bien eux ( les parents) qui avaient obligé Alexandre à racheter l’exploitation, de fait c’était bien à cause d’eux que ces bâtiments avaient poussé, le bâtiment pour les vaches de réforme, celui pour les broutards, six mètres de haut au faîtage, avec en prime un parfait local de mise en quarantaine pour les bêtes accueillies... »



Ronds-points
«  pour réguler la circulation née de tous ces parkings et de ces nouvelles routes, on construisait un rond-point tous les cinq mètres. »


Stabule :
« Si vraiment t’es sûr de continuer la ferme, ça vaudrait peut-être le coup d’agrandir la stabule ou d’en faire une neuve. »


Safran :
« Ce dimanche 4 juillet était une journée cruciale aux Bertranges. Pour la dernière fois on plantait du safran. »

Tracteur :
« Alors, acheter un tracteur sur lequel on ne se casse pas le dos et qui ne menace pas de verser dans les terres en pente, ce serait mettre un peu de modernité dans ce travail-là. »


Tchernobyl :
« Depuis le nuage de Tchernobyl, tout le monde disait qu’il ne fallait plus toucher aux champignons. »

Téléphone
« Dans le fond le père Crayssac avait raison, le téléphone était une invention maléfique, une vraie calamité , soit on en était réduit à attendre qu’il sonne, soit on craignait de manquer les sonneries. »




URSS :
« Le correspondant d’Antenne 2 ne disait rien au sujet du nuage qui se baladait au-dessus de l’Europe, pour Moscou ce nuage n’existait pas, en URSS la réaction était le reflet de ce que les dirigeants voulaient qu’elle soit. »

Vaches :
« Depuis toujours Jean élevait ses vaches à l’herbe, dans des proportions qui dépassaient le cahier des charges. »
«  Chez Mammouth tu comprends bien qu’on ne peut pas leur vendre une vache tous les trois mois, pour que ce soit valable faudrait faire l’engraissement... »



Viaduc :
« En tout cas, une chose était certaine, c’était bien le vieux chevrier qui, grâce à son bois et à son sous-sol millénaire, avait réussi à repousser le viaduc... »


Voyager :
«  Alexandre repensait souvent à Constanze, à ce qu’aurait été sa vie s’ils ne s’étaient jamais rencontrés, ou s’il l’avait suivie dans sa manie de voyager, de courir le monde et de toujours bouger. A coup sûr il n’en aurait pas été là. Mais il ne regrettait rien. De toute façon il n’aimait pas les voyages. »


Week-end
« Constanze lui avait laissé entendre qu’elle reviendrait ce week-end, qu’elle l’ appellerait. »


Xabi :
« Xabi avait tout préparé au millimètre près. Il avait défini l’axe de tir de tous les mortiers du feu d’artifice qu’Alexandre déclencherait à minuit, mais surtout il avait calculé l’angle pour cette fusée qui, elle, partirait à 0h 08, non pas en direction des astres comme les précédentes, mais à l’horizontale vers le local technique. »


Yes :
« Dans la grande pièce, la musique était de plus en plus forte, Pink Floyd puis Yes recouvraient les flaques de mots et d’éclats de rires, une mer de conversations tenues par des esprits divagants. »


Zéro :
« Avril (1986) avait
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ninachevalierninachevalier   09 septembre 2020
Roman décliné en mots clés et citations par ordre alphabétique.

Agriculteur :
 Par chance, être agriculteur c’était travailler sans cesse, c’était embrasser le vivant comme l’inerte, ça suppose d’être à la fois éleveur, soigneur, comptable, agent administratif, vétérinaire, maçon, mécanicien, géologue, diététicien, zoologiste, chimiste, paysagiste et tout un tas de choses encore... 


Autoroute
Édouard ne s’était jamais figuré cela en roulant sur une autoroute, il n’avait jamais pensé aux milliers de petits désastres que ça avait dû occasionner, chaque kilomètre d’autoroute recouvrait mille drames, de fermes coupées en deux, des exploitants expulsés, des forêts déchirées en deux et des maisons sacrifiées, des chemins coupés net et des rivières détournées, des nappes phréatiques sucées... 

Bertranges :
En plus, grâce à la rivière le maïs poussait bien, les rendements étaient bons, les Bertranges étaient une vraie mine d’or végétale, la vallée de l’or vert. 

Binette :
Selon Crayssac, rien ne valait la binette ou le fumier, un coup de labour à la rigueur. 

Constanze
  Cette fille c’était pas rien, elle parlait trois langues, elle voulait être doctorante ou agrégée, il ne savait pas la différence, sinon que c’était une pure intellectuelle, il n’imaginait pas bien de quoi il pourrait parler avec elle. 

Canicule :
Depuis que la canicule essorait les corps, aux Bertranges le journal télévisé de 20 heures était devenu plus important que jamais. 

Dalle :
 Cette terre froide , cette dalle enterrée, tout ça lui faisait peur. Ce n’était sans doute pas une source, puisque d’autres dalles semblaient enfouies dans la continuité. 

Explosif :
 Faut pas jouer avec ces trucs-là. Les feux d’artifice, c’est des explosifs, ça rigole pas. Il sentit le regard de ses trois sœurs converger vers lui, explosifs, c’est lui qui avait utilisé le mot, ce parfait tabou qui leur parlait à tous les quatre uniquement. Pour le moment du moins. 

Engrais :
 Cette histoire d’engrais le travaillait, jamais il n’aurait dû se fourrer là-dedans, à la limite il n’aurait même jamais dû leur parler à ces types. 

 Ce soir-là, Alexandre traîna les sacs d’engrais de la vieille grange jusqu’au nouveau bâtiment de mise en quarantaine. 

Embrouilles
Son malaise venait aussi de tous les doutes qui le taraudaient, se répétant que si cette fille était là en ce moment même, c’était avant tout pour fuir des embrouilles à Toulouse.


Fabrier :
 Chez les Fabrier, cette dernière récolte ( de safran) était vécue comme un changement d’époque. 

Ferme :
 Pour la première fois il se retrouvait seul dans la ferme, sans le moindre bruit de bêtes ni de qui que ce soit, pas le moindre signe de vie. Pourtant ,dans ces murs, la vie avait toujours dominé, les Fabrier y avaient vécu durant quatre générations, et c’est dans cette ferme que lui-même a grandi avec ses trois sœurs, trois lumineuses flammèches dissemblables et franches qui égayaient tout. 

Golfech
 Dans cette campagne verdoyante, le chantier de Golfech était un véritable cancer. 

Haché :
J’en pense que le haché c’est un nid à microbes. 

Humidité
 Ce qu’Alexandre et ses sœurs avaient toujours entendu de la bouche de leur père, c’est que l’ammonitrate il fallait le protéger de l’humidité, le mettre à l’écart de tout fil électrique,de toute baladeuse, et surtout ne jamais jouer avec les pétards ou des fusées de feu d’artifice à côté. 

Inde :
Alexandre était profondément blessé de la voir là, en face de lui, toute dévouée à quelqu’un d’autre, à des terres autres, celles de l’Inde, ce pays tellement lointain qu’il en devenait improbable. 

 Quant à Constanze, son avenir était le plus lisible de tous, après-demain elle remonterait dans un avion pour Berlin , elle ne parlait que de sauver le monde, de secourir l’Inde. 


Juteuse :
Comme en plus le mois de mars avait été chaud, avril un peu froid, mais sans trop de vent, le tout avec beaucoup de pluie, l’herbe était juteuse comme jamais, et le trèfle bien sucré. 


klarer kerl :
Constanze rapporte à Alexandre ce qu’Anton avait dit de lui : «  Je viens de rencontrer un mec bien, un type clair, ein klarer kerl. 


Larzac :
 Les citadins semblaient avoir pris fait et cause pour le Larzac, comprenant que ces militants ne s’opposaient pas seulement à l’extension d’un camp militaire, mais aussi à un modernisme qui défigurait la planète. 

Mammouth
  Aller au Mammouth, c’était encore plus fort que d’aller en ville. Plutôt que de passer de boutique en boutique, au Mammouth, dans ce ventre fabuleux et sans cesse renouvelé, on rentrait au coeur des choses. 

Minitel :
 Depuis que cet engin était indispensable pour déclarer les naissances de bêtes et faire le suivi du cheptel, Alexandre pianotait tous les jours sur ce bijou de technologie. 


Mondialisation :
 Les pays s’ouvraient les uns aux autres, le monde semblait s’apaiser, les grandes puissances parlaient de désarmement, dans cette grande sphère calme et prospère, les êtres comme les marchandises ne connaissaient plus de frontières, la mondialisation heureuse jetait des millions de gens dans les avions. 

Nature :
  La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. 
 Alexandre aimait vivre au grand air, dans la nature comme ici, c’était un vrai besoin... 

Odeurs
 il lui dit que cette année les fleurs de menthe sauvage sentaient bon comme jamais, qu’il y en avait des milliers, marcher dans le grand pré sur la colline d’en face, c’était comme de plonger dans une mer de menthe fraîche. 

 En pénétrant dans la vieille bicoque, Alexandre se fit immédiatement rattraper par l’odeur, une odeur de terre exaltée par la fraîcheur du sol. Dans le fond cette odeur il l’aimait bien, c’était le parfum d’un antre intemporel, une odeur qui existait depuis des siècles et dont on se débarrassait aujourd’hui en mettant du carrelage partout... 


Phytosanitaire :
  Ici l’usage des phytosanitaires était toujours source de conflit, soit le père disait qu’on n’en mettait pas assez, soit l’ancien disait qu’on en mettait trop, sachant que le coup d’après ce serait l’inverse. 

Poteaux de téléphone :
 Va pas raconter des conneries dans tout le canton, toi, j’ai juste scié leurs putains de poteaux, des saloperies de troncs traités à l’arsenic, vous n’allez pas me fourrer de l’arsenic le long de mes terres. 
  Finalement, il y a quatre ans, les gars des PTT avaient fini de planter leurs poteaux pendant que Crayssac ruminait en garde à vue, puis il avait payé l’amende. 

Patchouli :
  Le cortège des jours aux Bertranges ne souffle rien d’autre qu’un parfum de patchouli. 
« Dans le couloir il ne retrouva pas cette odeur de patchouli qui environnait toujours Constanze. »

Quarantaine
C’était pourtant bien eux ( les parents) qui avaient obligé Alexandre à racheter l’exploitation, de fait c’était bien à cause d’eux que ces bâtiments avaient poussé, le bâtiment pour les vaches de réforme, celui pour les broutards, six mètres de haut au faîtage, avec en prime un parfait local de mise en quarantaine pour les bêtes accueillies... 

Ronds-points
pour réguler la circulation née de tous ces parkings et de ces nouvelles routes, on construisait un rond-point tous les cinq mètres. 


Stabule :
 Si vraiment t’es sûr de continuer la ferme, ça vaudrait peut-être le coup d’agrandir la stabule ou d’en faire une neuve. 


Safran :
Ce dimanche 4 juillet était une journée cruciale aux Bertranges. Pour la dernière fois on plantait du safran. 

Tracteur :
Alors, acheter un tracteur sur lequel on ne se casse pas le dos et qui ne menace pas de verser dans les terres en pente, ce serait mettre un peu de modernité dans ce travail-là. 


Tchernobyl :
Depuis le nuage de Tchernobyl, tout le monde disait qu’il ne fallait plus toucher aux champignons. 

Téléphone
 Dans le fond le père Crayssac avait raison, le téléphone était une invention maléfique, une vraie calamité , soit on en était réduit à attendre qu’il sonne, soit on craignait de manquer les sonneries. 

URSS :
Le correspondant d’Antenne 2 ne disait rien au sujet du nuage qui se baladait au-dessus de l’Europe, pour Moscou ce nuage n’existait pas, en URSS la réaction était le reflet de ce que les dirigeants voulaient qu’elle soit. 

Vaches :
 Depuis toujours Jean élevait ses vaches à l’herbe, dans des proportions qui dépassaient le cahier des charges. 
  Chez Mammouth tu comprends bien qu’on ne peut pas leur vendre une vache tous les trois mois, pour que ce soit valable faudrait faire l’engraissement... 


Viaduc :
 En tout cas, une chose était certaine, c’était bien le vieux chevrier qui, grâce à son bois et à son sous-sol millénaire, avait réussi à repousser le viaduc... 

Voyager :
  Alexandre repensait souvent à Constanze, à ce qu’aurait été sa vie s’ils ne s’étaient jamais rencontrés, ou s’il l’avait suivie dans sa manie de voyager, de courir le monde et de toujours bouger. A coup sûr il n’en aurait pas été là. Mais il ne regrettait rien. De toute façon il n’aimait pas les voyages. 


Week-end
 Constanze lui avait laissé entendre qu’elle reviendrait ce week-end, qu’elle l’ appellerait. 


Xabi :
 Xabi avait tout préparé au millimètre près. Il avait défini l’axe de tir de tous les mortiers du feu d’artifice qu’Alexandre déclencherait à minuit, mais surtout il avait calculé l’angle pour cette fusée qui, elle, partirait à 0h 08, non pas en direction des astres comme les précédentes, mais à l’horizontale vers le local technique. 

Yes :
 Dans la grande pièce, la musique était de plus en plus forte, Pink Floyd puis Yes recouvraient les flaques de mots et d’éclats de rires, une mer de conversations tenues par des esprits divagants. 

Zéro :
 Avril (1986) avait ramené la neige et des gelées pires qu’en février, partout le thermomètre était descendu au-dessous de zéro et aux Bertranges la neige
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hcdahlemhcdahlem   10 septembre 2020
Samedi 10 mai 1980
Ce téléphone, voilà quatre ans qu’il était là. Les filles l’auraient voulu orange, mais sous prétexte qu’un truc orange qui se mettrait à sonner ça ferait peur, les parents l’avaient pris gris. De toute façon les téléphones de couleur étaient réservés à Paris. En province il fallait des semaines d’attente dès qu’on demandait un autre coloris que le modèle de base, le bakélite gris béton. Finalement on s’y était fait au gris béton. Pourtant avec sa coque creuse et son cadran à crécelle il était moche, on aurait dit un parpaing en plastique injecté.
Et puis, l’embêtant avec ce modèle gris, c’est que tout le monde avait le même, aussi bien M. Troquier, le directeur de l’agence du Crédit agricole, que le vétérinaire ou la station Antar, et avec la même sonnerie. À le voir trôner sur son petit guéridon dans le couloir, il avait plus l’air d’un ustensile administratif que d’un lien familial. N’empêche que grâce à lui l’absence de Caroline se faisait moins abrupte, au moins on savait qu’à tout moment on pouvait la joindre. Les sœurs l’appelaient au moins deux fois la semaine, le mardi et le jeudi, chaque fois ça bataillait ferme pour tenir l’écouteur, alors que ça revenait à coller l’oreille à une porte, ou à voyager dans le coffre d’une voiture.
Depuis que Caroline habitait à Toulouse, elle ne rentrait qu’un week-end sur deux. En règle générale elle arrivait le vendredi en fin de journée, soit à la gare de Cahors, soit déposée par les parents de la fille Chastaing qui était elle aussi étudiante là-bas. Tout le reste du temps ça faisait drôle de voir cette place vide en bout de table, la chaise muette de la grande sœur, une place que Caroline s’était attribuée à titre d’aînée mais aussi parce qu’elle se levait à tout moment pour aider. Dans cette fratrie, sa manière de s’intéresser à tout, d’amener les conversations sur un peu tous les sujets, avait fait d’elle l’animatrice de la famille, la sœur en chef. Cette place, elle ne la retrouvait qu’un vendredi soir sur deux, et plus que jamais elle avait des choses à raconter. À propos de ses études bien sûr, de sa vie à Toulouse, de tous les nouveaux amis qu’elle s’y était faits, des étrangers et non plus des jeunes du coin. Elle racontait mille choses sur la grande ville, le grand appartement dans le quartier Saint-Cyprien qu’ils partageaient à cinq, un cinq-pièces dans un vieil immeuble avec la Garonne pas loin, et comme le plus souvent ils y étaient bien plus que cinq, ça occasionnait une animation folle. Caroline s’ouvrait sur tout, comme si elle n’avait rien à cacher, que tout pouvait se dire. Par chance elle avait trouvé cette combine de vie plus ou moins communautaire. Elle parlait tout le temps de la bande d’étudiants qui passaient régulièrement à l’appartement, Diego, Trevis, Richard, Kathleen, de deux ou trois autres aussi, mais surtout de cette fille qui venait d’Allemagne, Constanze. Si Caroline parlait souvent de Constanze, c’était un peu par provocation, chaque fois qu’elle prononçait le prénom de la grande blonde, elle lançait un coup d’œil à son frère, parce qu’elle avait bien vu que les dimanches soir où Alexandre la raccompagnait, il restait boire un verre avant de reprendre la route, parfois il s’incrustait une bonne partie de la soirée, mais uniquement lorsque Constanze était là. Si la blonde Allemande était absente, ou qu’il soit prévu qu’elle ne vienne pas, alors Alexandre repartait beaucoup plus tôt.
— Pas vrai ?
— Arrête ! Tu racontes n’importe quoi. Si quelquefois je pars plus tôt, c’est juste qu’il y a des soirs où je suis plus fatigué, c’est tout…
— Non, non, ne l’écoutez pas ce grand cachotier, je vous jure que les soirs où Constanze est là, il est pas pressé de s’en aller !
— C’est vrai qu’elle est grande comme ça ? demanda Agathe en projetant sa main loin au-dessus de sa tête…
— Par contre je te préviens, frérot, c’est une bosseuse, elle fait de la biologie et du droit, c’est pas une fille pour toi.
— En plus les Allemandes, c’est des sportives, glissa la mère. À Moscou elles ont tout gagné, en natation elles vont plus vite que les hommes…
— Oui, mais ça c’est les Allemandes de l’Est, trancha le père. Des armoires à glace avec un cou de taureau…
— Pas toutes, nuança Caroline. La preuve, Constanze vient de Leipzig.
— Et alors ?
— Et alors, Leipzig c’est à l’Est!
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migdalmigdal   16 mai 2021
— Mais, Jean, c'est le sens de l'Histoire, faut s'ouvrir au monde, regardez vos filles, c'est en bougeant qu'elles ont trouvé du boulot, même votre fils qui est resté là, il est amoureux d'une Allemande ! Dites-vous bien que la mondialisation c'est ce qui nous rend meilleurs, pardon de vous dire ça, Jean, mais faut bouger dans la vie, faut bouger... De toute façon c'est jamais bon de rester dans son coin.

— Vous voyez mon chien, là, le roux, eh bien il a un avantage sur les trois autres.

— Ah oui, et lequel ?

— Il est sourd. Au moins il entend pas vos conneries ! Bouger, bouger, mais bon Dieu quel sens ça a de bouger, maintenant tout le monde se met à bouger...

— Disons que ça ouvre l'esprit.

— Ce qui compte c'est pas de bouger, c'est d'être là.

— Sans doute, mais l'un n'empêche pas l'autre.

— Je vais vous dire, ce décor, eh bien j'en connais tout. Tout. Cette campagne, j'y vis depuis toujours. Ces arbres là-bas, je les connais tous, rien qu'à les voir je sens celui qui flanche, celui qui se fait étouffer par le lierre, celui qui a soif, celui qui repousse les autres, alors si je me mettais à bouger moi aussi, tous ces arbres, ces bêtes, ces prés, ce jardin et ces chiens, ils feraient quoi sans moi, hein, ils feraient quoi ?
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FandolFandol   16 février 2022
… toutes ces zones périphériques devenaient d’interminables successions d’hypermarchés, de magasins de sport ou de bricolage, de jardineries et de grandes surfaces d’ameublement, et pour réguler la circulation née de tous ces parkings et de ces nouvelles routes on construisait un rond-point tous les cinq cents mètres… Le paysage urbain changeait du tout au tout. Le plus fou c’est que toutes ces terres qu’ils bétonnaient, ces terres de sortie de ville, c’étaient des terres de bord de rivière ou de fond de vallée, autant dire les meilleures, c’étaient donc sur des terres agricoles de la plus haute qualité qu’on bétonnait à n’en plus finir pour y faire pousser des hypermarchés.
(page 374)
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5 novembre 2020 Maison de la Poésie. Scène littéraire.
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Nature humaine : Serge Joncour

Les événements du roman se déroulent entre 1976 et 1999

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