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EAN : 9782081433489
400 pages
Éditeur : Flammarion (19/08/2020)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 704 notes)
Résumé :
La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. À qui l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (188) Voir plus Ajouter une critique
ODP31
  20 août 2020
Chant du coq pour cette rentrée littéraire dans les terres lotoises et chant du cygne pour une époque révolue dans nos champs.
En semant ses mots, Serge Joncour vient de soigner mon allergie à la campagne. Après cette lecture, je n'ai qu'une envie, sniffer du pollen, conduire un tracteur et freiner les temps qui courent… trop vite. Si j'ai les yeux rouges, c'est que son histoire vient de labourer ma mémoire en jachère, macarel. La larme à l'oeil succède à la goutte au nez.
Pour construire son roman, je me suis imaginé Serge Joncour en train de ventiler de vieux éphémérides, détachant des pages jaunies qui correspondaient à des évènements climatiques, politiques, sociologiques et pleins d'autres trucs en "iques" survenus entre 1976 et 1999. Peut-être un mirage lié à la désertification des campagnes, fil rouge et vert du récit.
Entre la sécheresse de 76 et la tempête de 99, il s'en est passé des choses dans le monde, en France, dans le Lot et dans la ferme des Fabrier.
Alexandre, la campagne comme compagne, a pris perpette dans la ferme familiale. Ses soeurs vont succomber aux sirènes de la ville. Comme l'amour n'est pas toujours dans le pré, le jeune homme s'éprend à distance de Constanze, étudiante est-allemande qui partage une colocation avec une des soeurs à Toulouse. Pour impressionner sa belle et ne pas trop passer pour un plouc, notre homme va fricoter dangereusement avec des activistes qui ne veulent pas de la centrale nucléaire de Golfech. Dans le genre rebelle et réfractaire au progrès, il y a aussi, Crayssac, un voisin qui participa à la lutte du Larzac et des parents hostiles à l'élevage intensif, pas encore folle la vache, et à un projet d'autoroute.
De l'élection de Tonton au nuage de Tchernobyl, des courses du samedi au Mammouth à l'arrivée du Minitel, Serge Joncour mêle petite et grande histoire. Dans ce roman rétrospectif d'une grande force narrative, la résistance au changement n'est pas une tare mais une vertu tant qu'elle ne vire pas à la violence. Alexandre est un homme des champs pragmatique, pas un utopiste, sauf quand il s'agit d'amour ou de la sauvegarde de ses terres. le progrès l'inquiète mais l'attire. Ces tiraillements donnent vraiment chair aux personnages.
Le récit alterne avec une grande poésie le quotidien austère de la vie à la ferme et les escapades plus ou moins réussies d'Alexandre dans la mythologie urbaine.
Un grand moment de lecture qui permet aussi de comprendre pourquoi nous en sommes là, si las, hélas.
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ninachevalier
  02 août 2020
Version longue suivie d'une version courte
Un nouveau joncour annoncé, en librairie on accourt, tant l'auteur nous a rendus addictifs à ses intrigues. NATURE HUMAINE,(1) ce titre gigogne, qui peut englober bien des sens/des possibilités, d'emblée interroge. C'est avec bonheur que l'on retrouve l'ADN de « l'écrivain national » !
Serge joncour appartient à cette famille d'écrivains, dite « des transfuges », ces enfants de la campagne qui s'en sont éloignés mais en font leur terreau littéraire.
Citons le roman solaire L'amour sans le faire, devenu le film « Revenir » sous la caméra de Jessica Palud qui met en scène le retour de Franck à la ferme familiale.
Rappelons également que l'auteur a signé la préface de Petit paysan de Catherine Ecole-Boivin, qui rend hommage à cet homme, à rebours de la mondialisation, cultivant sa terre comme ses ancêtres, refusant de la tuer avec engrais, pesticides. Rien ne vaut la binette ou le fumier.
Cette fois-ci, avec Nature Humaine l'auteur creuse plus profondément son sillon agraire en mettant en scène les Fabrier dans leur ferme du Lot, paumée au milieu des coteaux aux Bertranges ( lieu familier pour les lecteurs de L'Amour sans le faire). « Une mine d'or végétal » .
Mais « La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s'offre ou se refuse, en fonction des années. », et qui est soumise au dérèglement climatique.
Avec son prologue in media res (daté du 23 décembre 1999), Serge joncour sait ferrer son lecteur.
On s'interroge : Que s'est-il passé pour qu'Alexandre se retrouve seul dans ces murs qui ont abrité toute sa famille ? Comment en est-il arrivé là ?
Que fomente-t-il avec « les mortiers et le fuel » ? « Tout était prêt », nous indique le narrateur, ce qui accroît le mystère. Par sa construction originale, il maintient le suspense avec brio.
L'auteur remonte le temps de 1976 à 1981 d'abord, enjambant les décennies et retrace le quotidien d'éleveurs, d'agriculteurs, maraîchers sur plusieurs générations.
C'est d'abord la chaleur qui saute au visage du lecteur. 76, été caniculaire, « la nature tape du poing ». Les terres sont craquelées, « les prairies s'asphyxient »., les bêtes crèvent de soif.
C'est sur les épaules d'Alexandre, le pilier du roman, 15 ans au début du récit, que repose la transmission du domaine des parents. Il apprend le métier dans un lycée agricole. Un travail sans relâche, qui « embrasse le vivant comme l'inerte », souligne Serge joncour et qui exige d'avoir de multiples compétences. Un métier auquel le romancier rend ses lettres de noblesse.
C'est tout un mode de vie que Serge joncour autopsie et détaille. Des journées rythmées par la télé. le rituel du JT de 20h (violence des luttes au Larzac, attentats...). Midi Première, Apostrophes. Bel hommage rendu à Mitterrand : « un intellectuel champêtre, un stratège ami des fleurs ».
Autre rituel :l'incontournable expédition du samedi au Mammouth en GS ! « l'extase, une fois les portes franchies » de « cette cathédrale de tôle et de béton », l'immanquable goûter à la cafétéria.
Mais pour le père, c'est une affaire de business, l'agriculture sacrifiée sur l'autel de la finance ! S'assurer un revenu, c'est être entraîné dans le système productiviste.
Un vent de nostalgie souffle chez les grands-parents lors de leur dernière plantation de safran. Cette culture n'est plus rentable.
Un crève-coeur pour ces « paysans dépositaires de gestes millénaires qui, demain, ne se feraient plus. ». La concurrence étrangère les a anéantis.
Entre le père et Alexandre, les divergences de vue génèrent des tensions.
Le père, génération charnière, veut agrandir, se moderniser, investir pour respecter les normes.
Cette course à l'agrandissement en vaut-elle la peine ?
Difficile en plus d'accepter les remontrances quand on est devenu adulte. Quand ils sont en froid, Alexandre trouve son refuge dans « ces grands espaces offerts au soleil », sa pampa, son Montana en sorte. Serge joncour dégaine alors sa plume de nature writer et de poète, pose son regard d'artiste sur les paysages et déploie le même talent que Rosa Bonheur pour peindre les animaux.
L'écrivain des champs (2) montre à plusieurs reprises la fracture entre Paris et la province.
Les trois soeurs (dont on suit les parcours), une fois adultes, seront happées par la vie citadine.
Enfin arrive dans ces campagnes reculées le téléphone qui va jouer un rôle important pour les protagonistes du roman. le progrès, c'est comme « une machine qui vous broie » pense Crayssac, le paysan chevrier intemporel, quelque peu visionnaire qui peste contre « les poteaux traités à l'arsenic », « les fils en caoutchouc ». Un voisin perçu comme « un prophète de malheur ».
Et l'amour ? Puisque « joncour a toujours rimé avec amour », selon les journalistes !
On devine l'inquiétude des parents : « quelle fille accepterait de vivre ici ? »
Le narrateur semble avoir un penchant pour des héroïnes à l'accent étranger. Souvenez-vous de Dora, la flamboyante et magnétique Hongroise. (3) Des scènes empreintes de sensualité aussi dans Nature Humaine : c'est la blonde Constanze, la lumineuse étrangère de Leipzig/Berlin-Est, en colocation avec sa soeur aînée, qui ne laisse pas Alexandre indifférent. Une étudiante qui ne rêve que de voyager .
Ce qui donne l'occasion à Serge joncour, lui, l'usager du train, de se livrer à un « bashing » en règle contre tous ceux toujours en partance ! le père d'Alexandre lui aussi « conchie l'avion » quand il évoque ces « tonnes de steaks congelés qui font 20 mille kilomètres avant d'arriver dans votre assiette ». Il privilégie le circuit-court. « Les animaux c'est comme les hommes, faut pas que ça voyage, sinon ça ramène plein de saletés. » ! Et voilà la vache folle qui décime des troupeaux entiers et laisse exsangue financièrement les éleveurs. Un acarien asiatique qui menace les abeilles.
C'est dans un style de la démesure, de l'outrance que le romancier s'insurge contre toutes ces mesures allant contre le bon sens : « la mondialisation heureuse jetait des millions de gens dans les avions », « tout voyage :les céréales, les vaches, les micro-ondes qui viennent de Hongkong ; on vend notre lait aux Chinois, tout ça se croise dans les airs ou sur les bateaux, c'est n'importe quoi. »
Mais cette « déesse teutonne », d'une autre planète, ne serait-elle pas une relation toxique ?
Sa bande d'activistes antinucléaires n'a-t-elle pas fait prendre d'énormes risques à Alexandre ?
Des indices jalonnent le récit : « Cette fille, il vaudrait mieux qu'il s'en détache. Qu'il la plante là. »
Nature Humaine, c'est aussi le goût dans l'assiette : « le poulet rôti dont les arômes hantaient tout le coteau », « les pommes dauphines et la côte de boeuf », « la tarte aux pommes ou aux courgettes ».De quoi saliver ! Notre santé ne se joue-t-elle pas dans notre alimentation ?
C'est l'odeur « de terre exaltée par la fraîcheur du sol », celle émanant d'une boulangerie...
L'écrivain- peintre déplie un riche éventail de couleurs : les boucles blondes de Constanze, l'océan des fleurs bleues de la menthe sauvage, le « vert émouvant des feuilles en pousse », le rouge de la vieille micheline,« le coteau peint du violet éphémère du safran », les grappes blanches du tabac en fleur, le jaune du colza avec des coquelicots au milieu...
de quoi « pimper » votre lecture.
L'écrivain publicitaire nous gratifie d'une séance de photos de jambon (sous blister) au coeur des prairies. Si le père est flatté de voir son décor servir « à vendre du rêve », il s'offusque du rose, synonyme d'un gavage de « nitrates, de colorants... ». Scène cocasse (présence d'un taureau) !
Serge joncour a fait remarquer dans un tweet que « l'homogénéisation et l'intensification des systèmes de culture et d'élevage se font au détriment des milieux naturels ». Ici, le narrateur soulève la dérive de l'agriculture avec le maïs transgénique, l'abus des produits phytosanitaires, le scandale des veaux aux hormones, « gavés d'anabolisants ». Crayssac était contre toutes ces chimies.
Dans cette peinture de l'agonie du monde paysan, du deuil de la disparition des traditions, il y a du Bergounioux, du Marie-Hélène Lafon.
Serge joncour confirme sa connaissance de la ruralité, des superstitions, ausculte Gaïa, et immortalise avec réalisme cette France profonde, « le monde des oubliés » à la manière de Raymond Depardon ( gares à l'abandon, « l'ambiance désuète » d'une salle d'auberge….)
L'auteur réussit ce tour de force de nous tenir dans ses rets, une fois de plus, jusqu'à la fin ! Il n'a pas son pareil pour distiller une phrase énigmatique qui retient notre attention : quelle est donc « cette arme absolue » que Crayssac se targue de détenir pour empêcher la construction de l'autoroute ? Et si « le Rouge », n'était pas un fou mais plutôt un vieux sage ?
Un mystère nimbe le bois de Vielmanay que détient ce réfractaire ermite.
Un jour Alexandre saura. Un jour, cet illuminé, ce précurseur qui dénonce la société de consommation, lui confiera son secret bien enfoui ! On ne peut pas rester insensible au destin bouleversant et tragique de Joseph… Les rivalités entre voisins sont évoquées, ainsi que la ferme communautaire de la bande d'Anton, « vivant en autarcie heureuse », hors du temps.
Au fil des pages, Serge joncour explore les relations de la famille, montre une fratrie délitée au grand dam des parents (jalousie, rapacité). Il décrypte également le couple, les relations amoureuses d'Alexandre dont celle fusionnelle, cependant en pointillé avec Constanze, « celle qui ne s'efface pas ». le souvenir, comme présence invisible ! le romancier rend hommage à ce fils sacrificiel qui a tout perdu, sauf « cette nature grande ouverte », son éden où souffle un « parfum de patchouli ».
En même temps, l'écrivain brosse le portrait de la France entre 1976 et 1999 avec la succession des présidents, des premiers ministres : « Les grands moments de l'Histoire sont la consigne de nos souvenirs personnels ». Les événements surgissent ( Tchernobyl, la marée noire de l'Erika, chute du Mur), passent, cèdent la place à d'autres catastrophes. Des années tumultueuses, secouées par les manifestations, les luttes acharnées des antinucléaires, des paysans, les détonations. Une litanie de lois, de contrôles, de normes contraignantes : « de jour en jour, chaque geste était encadré par une loi, même dans les coins les plus reculés ». On construit des rond-points, le réseau routier s'est transformé en manèges, « les zones périphériques deviennent une succession d'hypermarchés ».
Le suspense court jusqu'à l'épilogue, le lecteur étant au courant des récents projets d'Alexandre.On est tenu en haleine ! Ne vient-il pas de tout vérifier ?! Psychose qui grandit à l'approche du bug de l'an 2000, annoncé comme apocalyptique. Suspense décuplé par le bulletin météo alarmant.
Le romancier traduit avec maestria la panique, l'angoisse paralysante, les peurs au point de les communiquer au lecteur tout comme la sidération qui habite ensuite les Français, pétrifiés.
Et si ce cauchemar exceptionnel et tragique servait de catalyseur pour ressouder la famille Fabrier ?
Nature Humaine offre une traversée vertigineuse qui fait office de mémoire collective, avec une play-list éclectique dont le tube « Ne m'appelez plus jamais France.». Important name-dropping !
Serge joncour signe un livre requiem, foisonnant, d'une ampleur exceptionnelle qui mêle saga familiale, rurale/agricole et amoureuse, fresque historique et sociologique, catastrophes climatiques (l'apocalyptique tempête de 1999), le tout réfléchissant les enjeux politiques, économiques et la mondialisation. Des thèmes qui revêtent une troublante résonance avec l'actualité du moment et qui font réfléchir. Un roman monde qui nous émeut, nous ballotte, nous essore, nous percute, baigné toutefois par la vague verte des paysages apaisés, par le velouté des prairies grasses… On y trouve un plaisir triple : tactile, gustatif, olfactif ! Une fiction coup de poing qui s'empare de la détresse du monde paysan avec empathie. Un roman monument grandiose et explosif, qui grouille de vie, pimenté par l'amour, ourlé de poésie ,toujours autant cinématographique, servi par une écriture d'une parfaite maîtrise.
Du grand art ! « Wunderbar», dirait Constanze !

(1) : Parution de Nature Humaine le 19 août 2020, Flammarion.
(2) : Expression utilisée par Stéphanie Hochet (3) Héroïne de L'écrivain national
(4) : Daishizen : l'art de ressentir la nature, de tisser un lien spirituel avec la terre.
Version courte:
« Chaque vie se tient à l'écart de ce qu'elle aurait pu être. À peu de chose près, tout aurait pu se jouer autrement. »
Serge joncour creuse plus profondément son sillon agraire. Ici il dépeint un monde rural à l'agonie et retrace la vie à la ferme des Fabrier, une famille d'agriculteurs éleveurs, sur plus de deux décennies. En 76, canicule, gaïa souffre, les bêtes crèvent de soif. « La nature s'offre ou se refuse ».
Pour seul repreneur du domaine, le fils, qui devient ainsi « l'otage autant que le bénéficiaire ».
En filigrane, l'auteur souligne le système moribond, productiviste qui pousse les paysans à s'agrandir, s'endetter pour remettre aux normes. Engrenage fatal. Grande solitude pour les sinistrés.
Moment de nostalgie le jour des dernières plantations de safran pour les grands-parents ( concurrence étrangère). Les 3 filles, une fois adultes se détournent de leur décor d'enfance. le clan soudé s'est délité. L'auteur sait nous ferrer : une phrase énigmatique : « Tout était prêt ». Pour quelle action ? L'intrigue tient en haleine, tout comme la relation toxique d'Alexandre avec Constanze liée à des militants antinucléaires, hippies paysans. Une dalle mystérieuse, le secret bien enfoui d'un voisin chevrier. Suspense accru par la psychose liée au nouveau millénaire.
Serge joncour signe un livre requiem, foisonnant, d'une ampleur exceptionnelle mêlant saga familiale, fresque historique et sociologique de la France, le tout réfléchissant les enjeux politiques, économiques et la mondialisation.Troublante résonance avec l'actualité.Atmosphère apocalyptique.
Un roman monde qui émeut, ballotte, essore, percute, baigné toutefois par la vague verte de paysages apaisés, du velouté des prairies. Cette nature que les paysans ne veulent pas voir défigurée par une autoroute. Une fiction coup de poing qui s'empare du malaise paysan avec empathie.
Un roman monument grandiose et explosif, qui grouille de vie, pimenté par l'amour, servi par une écriture cinématographique d'une parfaite maîtrise. Plaisir visuel, gustatif, olfactif. du grand art !
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Jeanfrancoislemoine
  05 septembre 2020
Je ne prendrai aucun risque en affirmant que ce roman sera très certainement mon " coup de coeur " de l'année 2020 , rien moins que ça.
Bon , d'abord , c'est un " Joncour " et Joncour j'adore donc , à chaque fois , j'adhère. Pourtant , ce " Joncour "- là, il me semble dépasser ses autres romans tant il semble maîtrisé à tous points de vue .
1976 - 1999 , c'est la période " couverte " , une période de tous les dangers pour l'évolution de la vie humaine sur terre , les ultimes " avertissements " d'une mère- Nature excédée par le comportement incorrigible d'êtres qui la piétinent, qui , après avoir vécu avec elle , ont décidé de s'émanciper et de lui " en demander encore plus , toujours plus " lui tournant même le dos pour.....
1976 , mon premier poste d'enseignant dans un bourg creusois . Plus de 850 habitants à l'époque, un peu plus de 360 aujourd'hui . Mon village natal? 1250 habitants en 1976 , un peu moins de 650 aujourd'hui . le constat est simple , brutalement mathématique, les campagnes se vident .
Vous comprendrez aisément que tous ceux qui , comme moi , ont traversé cette époque vont peu ou prou se retrouver dans la famille d'Alexandre .Alexandre , il vit aux Bertranges , propriété agricole dans la famille depuis 4 générations. Trois générations y vivent encore , Alexandre sera le dépositaire de l'héritage, ses trois soeurs , elles , ne revent que d'un nouvel Eldorado , la ville ...." Ils seront flics ou fonctionnaires " comme le chantait le poète Jean Ferrat , à moins que " On dirait qu'ca t'géne de marcher dans la boue " comme aurait dit le regretté Michel Delpech....La route est tracée et Serge Joncour nous entraîne à la suite d'Alexandre dans les "évolutions sociales " censées améliorer la vie ....Le téléphone, la télévision qui , au lieu de fédérer les gens , va les séparer, la 4L , la GS à suspension hydraulique , celle dans laquelle on s'entasse le samedi pour aller au " Mammouth " , l'hypermarché qui écrase les prix avant d'écraser les proies qu'il attire comme la glu attire les mouches. Strass et paillettes , les lumières de la ville ....Serge Joncour prend , de ci , de là, des éléments qui réveillent en nous les souvenirs , il " nous endort béatement " dans ce qui pourrait être la nostalgie .....Je vous invite à lire l'épisode où Alexandre et son amie Constanze , dans la 4L .....Bon , il est des choses qui méritent un peu de discrétion, quoi que ....dans une 4L , c'est savoureux...Je le sais , ce fut ma première voiture ...d'occasion .Serge Joncour connaît toutes les ficelles pour " titiller " sans cesse notre curiosité, notre intérêt.....Et puis , cela lui permet de distiller le venin à dose homéopathique d'abord , à gros bouillons ensuite , la cupidité des hommes , les " ripostes implacables "d'une nature de plus en plus bafouée, souillée, piétinée . Les alertes sont nombreuses : sécheresses, naufrages de pétroliers, pollution , vache folle , Tchernobyl....Tous ces événements s'emboitent dans ce roman comme ils l'ont fait dans la " vraie vie " , insidieusement ....Entre la sécheresse de 1976 et la tempête de 1999 , que d'événements naturels tragiques ...Et pourtant , " non , non , rien n'a changé, tout tout à continué " comme dit la chanson .
Les personnages principaux sont très bien " dans leur rôle " avec une mention particulière pour le père Crayssac que je vous laisse découvrir tout comme je vous laisse avec Alexandre et Constanze pour une histoire d'amour ...mais chut !!!
C'est un roman didactique peut être, sûrement, même si le sujet a été abordé , analysé , trituré , sans que les comportements ne changent , hélas..Peut - etre aujourd'hui , avec la COVID , qui sait ? Les dernières lignes du roman ne laissent guère de choix ....A nous tous de voir .
En toute sincérité, ce livre remarquable ( je pèse mes mots ) mériterait vraiment d'être primé , ce serait la moindre des choses , mais , plus encore , on devrait le faire lire dans le secondaire tant la richesse des thèmes abordés ne peut qu'émouvoir et responsabiliser les jeunes générations.
Comme d'habitude , j'ai exprimé mon ressenti , rien que mon ressenti , voilà comment j'ai perçu ce livre que je me permets de vous recommander chaudement , en toute modestie ....Quand vous l'aurez lu , vous me direz , s'il vous plaît.
Une rencontre comme celle- ci ne peut pas " rester sans lendemain " , cependant je ne souhaiterais pas apprendre que ce roman aurait une suite ( rumeur ...) . Restons en là et ...à nous de jouer .
Ma libraire ayant adoré aussi .....1976 - 1999 : nous avons ouvert la boite de Pandore...Vite , vite , le couvercle !!
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Kirzy
  06 septembre 2020
°°° Rentrée littéraire 14 °°°
Ce roman est un tour de force : en 400 pages, il décrypte trente années d'histoire politique et sociale française, trente années de transformations radicales à partir d'une ferme du Lot, parvenant à relier le local et le global, mêlant grands événements et destins individuels scrutés jusqu'à l'intime de façon magistrale.
1976 – 1999, de la grande sécheresse de l'été 1976 comme une annonce du dérèglement climatique à venir, à la tempête dévastatrice du dernier jour de 1999 comme une fin des temps, celle d'Alexandre, éleveur bovin quadragénaire, qui semble attendre l'arrivée des gendarmes. le premier chapitre fait peser une tension et un suspense qui planera durant tout le roman, juste par la force du mot «  détonateur ». A partir de là, c'est toute l'histoire d'Alexandre, de sa famille d'agriculteurs, qui se déroule pour comprendre les mécanismes profonds qui ont conduit Alexandre à cette radicalité annihilatrice.
Le roman dresse un panorama complet à hauteur d'homme d'une agriculture bouleversée par la mondialisation et par trente ans de mutations souvent insensées : de la mort de la polyculture familiale à l'élevage intensif, de l'exode rural à la crise de la vache folle, des paysans activistes d'extrême-gauche à la pression des grandes surfaces qui dérégulent les pratiques, de la désertification des campagnes à la dévitalisation des terres gavées d'ammonitrates. le choix de démarrer ce récit en 1976 est très pertinent car c'est aux alentours de cette période que s'accélère la mondialisation de façon irréversible jusqu'à une folie vertigineuse.
Serge Joncour est un maitre en matière de restitution de toute une époque, multipliant, en plus des thématiques évoquées précédemment, les références à l'histoire de France ( élection de François Mitterrand, nuage de Tchernobyl, marée noire d'Erika ) mais aussi à une culture d'époque ( des téléphones en bakélite en passant par les supermarchés Mammouth ). C'est extrêmement précis, ça bouillonne de vie de partout … peut-trop d'ailleurs par moment, j'aurai aimé voir certains thèmes plus approfondis, mais le projet de l'auteur est d'en faire un cadre dense à son intrigue romanesque.
Car du romanesque, il y en a. On n'est absolument pas dans le récit froid et désincarné d'une époque. Les personnages sont magnifiquement campés, à commencer par l'attachant Alexandre, un superbe personnage que l'on voit grandir, réfléchir, se remettre en question puis s'insurger, lui qui traverse les transformations d'un monde paysan qu'il croyait immuable et qu'il voit menacer de toutes parts. Et puis il y a son histoire d'amour avec Constanze, d'un romantisme fou, atypique et puissante.
En fait, cette épopée rurale est un hymne célébrant la poésie de la vie et de la nature, superbement décrite, enveloppant les personnages de sa bienveillance. Comme le titre l'indique, l'homme n'est pas un élément dissociée du décor, il est un élément du décor, il est un parmi les végétaux et les animaux. Serge Joncour donne une dimension quasi animiste à la terre, animée de forces qu'on ressent pour peu qu'on vive à son contact. Pour autant, ce roman terrien et sensible à la fibre écolo n'est jamais naïvement passéiste ou réactionnaire. Il est juste d'une grande acuité pour nous faire réfléchir sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre, sonnant avec subtilité le réveil des consciences et de l'indignation légitime face aux travers de notre époque. Je regrette juste une écriture un peu terne qui ne m'a pas emportée autant que le sujet.
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cardabelle
  02 septembre 2020
.
Bien que tout soit déjà dit dans les quelques excellentes critiques qui présentent le dernier né de Serge Joncour , je me dois de venir appuyer les louanges .
En effet , je referme " Nature Humaine " à regret avec le sentiment d'avoir fait un beau voyage dans le temps en partageant la vie d'une famille de paysans lotois , attachante et sympathique .
La ferme centenaire , berceau de cette famille ," la matrice " , est le cadre qu'a choisi l'auteur pour nous proposer une rétrospective sociétale aboutie , lucide , et émouvante .
Mais , la marche du temps observée depuis un beau domaine niché au coeur d'une nature luxuriante va devenir une menace et les remous ne vont pas manquer à cette fresque paysanne qui se situe entre 1976 et 1999 .
Parfois , le récit prend aussi l'accent de Toulouse pour rejoindre la jeunesse estudiantine ou alors on quitte le Lot pour un périple en Aveyron où les causses font figure de maquis pour des rebelles repentis (ou pas ) , des écoterroristes aux allures hippies qui firent leurs classes au Larzac . L'auteur en profite pour évoquer en filigrane les motivations perverties se cachant derrière les luttes les plus nobles .
Pas facile de séparer le bon grain de l'ivraie pour Alexandre le jeune héros , fils de la maison et personnage principal que l'on va regarder grandir , évoluer et se construire toujours guidé par une sagesse héréditaire malgré les apparences parfois trompeuses ...je n'en dirai pas plus !

Sinon , le roman présente une alternance constante de l'intrigue avec des chroniques historiques .
Les domaines politiques ou économiques font aussi place à de savoureux souvenirs du quotidien des français , des bribes parfois désuètes et bien souvent nostalgiques .
Bien sûr , l'accent est mis sur l'évolution des campagnes soulignant au passage les drames subis par un désenclavement inévitable .
Mais , j'ai surtout retenu le portrait changeant du monde rural : la désertification des campagnes , la mort des exploitations , la métamorphose du paysan en exploitant agricole et toutes les contraintes qui viennent tuer le sentiment de liberté et de quiétude .
On voit peu à peu s'étioler la sagesse ancestrale , le bon sens paysan rudement mis à mal .
Pourtant , malgré la gravité d'un sujet qu'hélas on connait bien , le roman va garder un caractère lumineux , dynamique porté par une belle écriture empreinte de poésie , de tendresse , de finesse et piquée ici et là de traits d'humour.
le rythme est enlevé , la forme bien pensée pour servir un travail d'investigation très dense et rondement retranscrit où foisonnent les anecdotes de la grande et la petite histoire .
Et , j'oubliais , la trame offre quand même une histoire d'amour plutôt compliquée !
Mais , c'est l'idée maîtresse qui me revient le plus à l'esprit persuadée que la transformation de nos campagnes nous concerne tous et je crois que ce livre souligne la lente évolution de la conscience collective .
Il n'est pas sans me rappeler l'oeuvre de Georges Rouquier dans " Farrebique" ( 1946 ) et "Biquefarre" (1984 ) deux superbes films documentaires retraçant aussi l'évolution d'une famille de paysans aveyronnais face au progrès .
Et voilà que s'achève pour moi un excellent moment de lecture . Des quatre romans de Serge Joncour lus , ce dernier est mon préféré et j'envie ceux qui ont encore à le découvrir !
Bonne rentrée littéraire à tous !


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critiques presse (5)
OuestFrance   03 novembre 2020
Dans Nature humaine, Serge Joncour qui vient de décrocher le Prix Femina mêle l’intime et l’histoire nationale. Une fresque rurale et sociale, entre progrès et catastrophes écologiques.

Lire la critique sur le site : OuestFrance
LeJournaldeQuebec   12 octobre 2020
Entre les années 1970 et 2000 en France, Nature humaine de Serge Joncour parle d'un pays témoin de la fin de la vie paysanne et agricole.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro   01 octobre 2020
En nous racontant des temps révolus, Serge Joncour nous fait réfléchir sur ceux qui viennent.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   16 septembre 2020
La ferme des Fabrier, de la canicule de l’été 1976 à la tempête de décembre 1999. Ample et délicat nouveau roman rural de l’auteur de « Chien-Loup ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   28 août 2020
Nature humaine, de Serge Joncour, est le roman des confrontations : celles de l'Homme avec la nature, de l'homme contre la nature, des hommes entre eux. Et du défi d'une génération que de grands bouleversements (politiques, géopolitiques, culturels...) vont transformer à jamais.
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migdalmigdal   16 mai 2021
— Mais, Jean, c'est le sens de l'Histoire, faut s'ouvrir au monde, regardez vos filles, c'est en bougeant qu'elles ont trouvé du boulot, même votre fils qui est resté là, il est amoureux d'une Allemande ! Dites-vous bien que la mondialisation c'est ce qui nous rend meilleurs, pardon de vous dire ça, Jean, mais faut bouger dans la vie, faut bouger... De toute façon c'est jamais bon de rester dans son coin.

— Vous voyez mon chien, là, le roux, eh bien il a un avantage sur les trois autres.

— Ah oui, et lequel ?

— Il est sourd. Au moins il entend pas vos conneries ! Bouger, bouger, mais bon Dieu quel sens ça a de bouger, maintenant tout le monde se met à bouger...

— Disons que ça ouvre l'esprit.

— Ce qui compte c'est pas de bouger, c'est d'être là.

— Sans doute, mais l'un n'empêche pas l'autre.

— Je vais vous dire, ce décor, eh bien j'en connais tout. Tout. Cette campagne, j'y vis depuis toujours. Ces arbres là-bas, je les connais tous, rien qu'à les voir je sens celui qui flanche, celui qui se fait étouffer par le lierre, celui qui a soif, celui qui repousse les autres, alors si je me mettais à bouger moi aussi, tous ces arbres, ces bêtes, ces prés, ce jardin et ces chiens, ils feraient quoi sans moi, hein, ils feraient quoi ?
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ninachevalierninachevalier   16 mai 2021
La semaine dernière, le Rouge était monté sur le Larzac se replonger dans la lutte contre le champ militaire, soi-disant qu'ils étaient des milliers à cette manif et qu'il y avait eu du grabuge. Des militants avaient envahi les bâtiments militaires pour y détruire les actes d'expropriation, et le soir même tous ces rebelles avaient été jetés en prison par les gendarmes. Seulement Chirac avait ordonné qu'on les relâche dès le lendemain parce que les brebis crevaient de soif à cause de la sécheresse...
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ninachevalierninachevalier   16 mai 2021
Chez les Fabrier on ne parlait jamais de ces histoires, mais Alexandre savait que Crayssac était dans le coup. Sans se l'avouer, cette lutte le fascinait, un genre de Woodstock en moins lointain, avec des filles, des hippies venus d'un peu partout, qui fumaient sec, parait-il, ça devait bien délirer là-bas.
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ninachevalierninachevalier   11 mai 2021
26 avril 1981

Mitterrand lui, était toujours attendu dans un coin perdu de la Nièvre, chacun puisait sa force au sein d'une terre d'origine, signe que la terre, c'était bien de là qu'un Président tirait sa force et sa légitimité, pour être élu il devait d'abord valider sa parcelle d'humanité faite de la même argile que le peuple, de la même terre.Plus les hommes politiques devenaient citadins, et plus ils prétendaient être de la campagne.
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ninachevalierninachevalier   10 mai 2021
10 mai 1981
Dans les bois, les chevreuils et les sangliers devaient se demander pourquoi il y avait tant de coups de klaxon ce soir. C'était un soir étrange, chaque voiture semblait prise d'un besoin de communier. Pourtant Alexandre ne filait pas vers cette harmonie universelle, ce n'est pas vers cette humanité en liesse qu'il fonçait, mais vers une personne seulement.
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