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Laurent Barucq (Traducteur)
EAN : 9782749173009
608 pages
Le Cherche midi (07/04/2022)
4.05/5   11 notes
Résumé :
1095. L’empereur de Byzance demande l’aide militaire des chrétiens d’Occident afin de restaurer sa puissance menacée par les musulmans. Le pape Urbain II, saisissant l’occasion, exhorte ses fidèles à délivrer la Terre sainte de l’emprise islamique. Les volontaires sont légion, d’autant que l’absolution des péchés leur est promise.
Si la première croisade, qui s’achève par la prise de Jérusalem, est vécue comme un succès par les chrétiens, les musulmans y voi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Avec Croisés, l'historien britannique Dan Jones propose de revisiter deux siècles et demi du moyen-âge pendant lesquels l'Occident chrétien s'est confronté à l'Orient musulman. À un suivi strict des événements, il préfère une vision plus globale de la période et des intervenants. Sa présentation ne se limite pas aux aventures militaires successives, mais permet aussi de comprendre comment ces arrivées d'étrangers furent vécues côté musulman. Il cite à l'appui de ses propos les textes de l'époque. Une biographie conséquente figure en annexe.

Jones commence son récit… en Sicile, avec l'irruption des Normands avec le comte Roger de Sicile et Robert Guiscard, et en Espagne avec Alphonse VI de Castille et Léon qui reprend Tolède. Autant de progressions chrétiennes face au monde musulman. le onziéme siècle est celui d'un début de reconquête soutenue par les papes successifs. L'action militaire mélange intérêts privés et ferveur religieuse.
Aussi quand l'empereur de Byzance va demander l'aide de l'Occident face à la progression des Turcs seldjoukides, le contexte est prêt pour qu'une aventure militaire en Orient soit tentante pour les chevaliers ou le peuple de l'époque.

La réussite de la première croisade est ahurissante quand on voit les obstacles, les erreurs de jugement commises, et les premiers débuts de dissensions entre grands seigneurs. Cette force militaire parvient malgré les embûches à prendre Jérusalem en 1099 et à établir des principautés entre l'est de l'actuelle Turquie, au Liban et un royaume de Jérusalem en Palestine.
Sans surprise, dans un monde où le religieux est omniprésent, ce succès ne peut être vu que comme la preuve du soutien de Dieu.

La suite est une succession de campagnes, plus ou moins connues. Dan Jones consacre notamment un chapitre au roi viking Sigurd, qui, parti de Norvège, a été jusqu'à Jérusalem avec ses troupes, un déplacement peu connu. de même, la façon dont Jérusalem fut reprise en 1229 par Frédéric II de Hohenstaufen, après avoir été perdue en 1187 après les victoires de Saladin, est ici clairement expliquée. Cela tient plus de la diplomatie que la guerre.

Les travers des seigneurs francs, l'attitude ambiguë de Byzance s'alliant parfois avec les Seldjoukides contre le comté d'Edesse par exemple, l'absence d'unité du monde musulman entre califat fatimide au Caire (chiite) et califat Abasside à Bagdad (sunnite), vont rythmer les chapitres de l'auteur. L'époque est rude, d'une violence infinie. On tue, décapite, massacre, plus pour impressionner l'ennemi, pour terrifier la prochaine cité à conquérir, que par nécessité. Mais pour les perdants, quand ils ne sont pas exécutés, c'est l'esclavage, ou la conversion forcée pour les civils. Et le cycle de la violence reprend.

A chaque fois, Jones s'appuie sur les personnages qui font l'Histoire. Il les présente en détail, côté croisé, comme côté musulman. On découvre au fil des pages Godefroy de Bouillon, avoué du Saint-Sépulcre et de fait premier roi de Jérusalem, Richard d'Angleterre dit coeur de lion, Louis VII et Aliénor d'Aquitaine qui emmenèrent en croisade leurs disputes conjugales, Beaudoin IV de Jérusalem, le roi lépreux, Bernard de Clairvaux qui prêche la deuxième croisade, Bohémond de Tarente, chef normand batailleur qui se taille un territoire en Orient aux dépens des Seldjoukides mais aussi de Byzance, Enrico Dandolo, le doge de Venise qui détourna la croisade vers Zara, puis indirectement vers Byzance, Hermann von Salza le maître des chevaliers teutoniques, qui après la perte de l'Orient exportèrent la croisade vers les pays baltes, Imad al-Din Zengi, puis son fils Nur ad-Din, qui combattirent les Francs et unirent les cités musulmanes de Syrie, Saladin, soldat de petite extraction qui unit l'Egypte et la Syrie sous son autorité avant de mettre fin à l'aventure croisée avec la bataille de Hattin, Simon de Monfort, où comment le pape bénit une croisade contre les Cathares qui permit au royaume de France de s'étendre vers le sud...

La forme est remarquable d'efficacité. Jones permet de comprendre l'époque, les motivations de chacun et colle aux personnages. le lecteur suit chaque chapitre comme un nouvel épisode d'une longue histoire, plus complexe que ce qu'on en retient généralement.
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Si vous avez ce livre entre les mains vous avez une nouvelle histoire majeure des croisades et d'une ampleur sans précédent, racontée dans un tableau de portraits de personnes de tous bords de ces guerres, qui ont émaillé le Moyen-Âge.

Pendant plus de mille ans, chrétiens et musulmans ont vécu côte à côte, parfois en paix et parfois en guerre. Lorsque les armées chrétiennes s'emparèrent de Jérusalem en 1099, elles commencèrent la période de conflit la plus notoire entre les deux religions. Selon qui vous demandez, la chute de la ville sainte était soit une légende inspirante, soit la plus grande des horreurs.

Dans Croisés, Dan Jones déjà auteur de l'ouvrage "Les Plantagenêts" cette famille hors-norme qui a fait les riches heures de notre Moyen Âge, interroge les nombreux aspects d'une histoire beaucoup plus large que l'on peut l'imaginer, plus  , traçant un chemin profondément humain et ouvertement pluraliste à travers l'ère des croisades.

Bien sûr il y a eu pléthore de livre sur les croisades, on pense notamment aux livres de René Grousset : "l'épopée des croisades" une synthèse destinée à un plus vaste public , où alors en 3 volumes la fameuse "histoire des croisades et du royaume franc de jérusalem". D'autres s'y sont essayés avec plus ou moins réussite, tant le sujet est vaste à tous points de vue, et généralement le lecteur peut très vite se retrouver perdu voire "largué", que ce soit avec les personnages, les alliances, les retournement de ces mêmes alliances, les différentes factions religieuses quelqu'elles soient, etc ....

Élargissant le cadre temporel habituel, Dan Jones se penche sur les racines des relations entre chrétiens et musulmans au VIIIe siècle et suit l'influence de la croisade jusqu'à nos jours.
Il élargit la portée géographique aux régions lointaines qui abritent les soi-disant ennemis de l'Église, notamment l'Espagne, l'Afrique du Nord, le sud de la France et les États baltes.
L'ouvrage couvre les années qui ont précédé la première croisade, lorsque les soldats chrétiens ont pris d'assaut Jérusalem avec succès en 1099, et se termine avec l'explorateur italien Christophe Colomb qui est tombé aux Bahamas en 1492.
En racontant des histoires intimes de voyages individuels, Dan Jones éclaire ces siècles de guerre non seulement du point de vue des papes et des rois, mais aussi des poètes arabo-siciliens, des princesses byzantines, des érudits sunnites, des vizirs chiites, des soldats esclaves mamelouks, des chefs mongols et des frères aux pieds nus.

À titre d'exemple, Marguerite de Beverley probablement née au XIIe siècle au Moyen-Orient de parents francs et a grandi dans le nord de l'Angleterre. À l'âge adulte, elle est retournée à Jérusalem en pèlerinage, déclenchant des événements qui feraient d'elle une figure historique dont les chrétiens se souviendront pour son courage lors du siège de la ville. Pendant qu'elle était à Jérusalem, le célèbre guerrier musulman Saladin a mené un siège contre la ville.
" « Bien que femme, je ressemblais à un guerrier », raconta-t-elle. Armée d'une fronde, elle lançait des projectiles sur les armées de Saladin au bas des remparts et faisait des allers-retours entre les rues et les murailles pour porter de l'eau à ses camarades, mettant sa peur de côté. À un moment donné, un rocher de la taille d'une meule, expédié par l'une des catapultes de Saladin, vint s'écraser dans la ville et la manqua de peu. Elle fut blessée par un éclat de pierre qui lui laissa une cicatrice. Grâce à une intervention médicale rapide, cette blessure ne fut pas mortelle, mais lorsque Jérusalem tomba, Marguerite fut capturée et contrainte comme les autres chrétiens de racheter sa liberté. le prix de la liberté d'une femme pendant la trêve que Saladin avait accordée à Balian d'Ibelin était de cinq dinars."
Pour être reprise peu après par un autre groupe de soldats. Pendant les 15 mois de sa captivité ultérieure, Margaret a fait face à la misère des travaux forcés ainsi qu'à de fréquents passages à tabac. Ses souvenirs d'avoir été retenue prisonnière étaient vifs : « Mes chaînes rouillées par mes larmes », écrit-elle. Elle quitta la Terre sainte avec les guerriers qui rentrèrent de la troisième croisade. Ses mémoires forment un récit haut en couleur, quoique légèrement idéalisé, de ses aventures.

Et, comme il l'explique dans son introduction, le titre traduit son approche pour raconter l'histoire des siècles violents et sanglants où les combattants chrétiens et musulmans se sont affrontés de manière quasi constante.
À l'aide de journaux intimes, d'histoires et d'autres sources, il se concentre sur les expériences de ceux qui ont participé et de ceux qui ont été témoins des horreurs de la période, et dont les destins se croisent.
En choisissant ces ou ses croisés, il élargit la vision que l'on peut avoir de cette période au travers le destin de femmes et d'hommes, chrétiens des églises orientales et occidentales, musulmans sunnites et chiites, arabes, juifs, turcs, kurdes, syriens, égyptiens, berbères et mongols.
Il y a dans ces ou ses pages des gens d'Angleterre, du Pays de Galles, de France, de Scandinavie, d'Allemagne, d'Italie, de Sicile, d'Espagne, du Portugal, des Balkans, d'Afrique du Nord. Il y a même une bande de Vikings.
Il y a aussi, parmi ses personnages, à la fois ceux qui détenaient un grand pouvoir et ceux qui ont enduré ce que les puissants ont fait subir à tous les autres.

La croisade reste un appel au ralliement à ce jour, mais son rôle dans l'imaginaire populaire ignore la coopération et la coexistence compliquée qui étaient tout autant une caractéristique de l'époque que la guerre. Les relations séculaires entre la foi, la conquête, la richesse, le pouvoir et le commerce signifiaient que la croisade ne consistait pas seulement à combattre pour la gloire de Dieu, mais aussi, entre autres raisons terrestres, à propos de l'or. Dans ce récit richement dramatique qui donne la parole à des sources généralement repoussées à la marge, Dan Jones a écrit une étude faisant autorité sur les guerres saintes avec une portée mondiale et une orientation humaine.
Plus que tout, il montre de manière impartiale à quel point la propagande sans fin, la cupidité et l'ambition politique nue ont conduit les batailles et les alliances des guerres de Terre Sainte autant que la ferveur religieuse.

"Croisés" comprend également une conclusion plus contemporaine montrant comment les guerres saintes d'il y a longtemps continuent d'être référencées et détournées par des extrémistes et des terroristes - chrétiens et musulmans - dans le but de susciter de vrais croyants parmi eux. Et l'auteur de prendre pour exemple le manifeste du tireur de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui faisait référence aux croisades et à l'ordre militaire catholique médiéval des Templiers.
En effet, il existe aujourd'hui un certain nombre d'extrémistes qui pensent que la croisade reste un concept important qui peut (ou doit) continuer de définir les relations modernes entre les deux religions. Dans leur tête, les croisades ne sont pas qu'une simple métaphore, ni même un exemple macabre de reconstitution historique à suivre, mais un phénomène bien réel qui continue d'exister : une guerre à livrer au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, et dans les rues des villes occidentales ; Londres, New York, Paris, Berlin, Madrid, Christchurch.

"Les croisades ne sont plus. Mais tant qu'il restera des croisés – bien réels ou imaginaires – dans le monde, la guerre continuera."
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J'ai beaucoup apprécié la façon de Dan Jones d'appréhender le récit historique. Ce livre sur les croisades est donc un texte précis sur la période traitée mais il se lit aussi comme un roman. On s'aperçoit que « Game of Thrones » n'a rien inventé, l'Histoire est cruelle, qui sont les bons et les mauvais, les retournements de situations sont légions et des héros existent aussi. On pourrait très facilement imaginer une série Netflix tirée de l'ouvrage de cet historien. Avec ce sens aigu de la narration, l'auteur fait revivre quelques siècles de guerre entre croisés et musulmans tout en passionnant le lecteur durant 500 pages.

Tout commence en 1095 quand l'empereur de Byzance demanda l'appui des princes d'Occident pour l'aider à lutter contre la pression des musulmans. le pape profite, alors, de cet appel pour mobiliser les Chrétiens afin de délivrer la Terre sainte de la domination musulmane. Il ne savait pas, à ce moment-là, que des milliers d'hommes et de femmes partiraient, exaltés et fanatisés, à la conquête de Jérusalem. La première croisade était lancée, brisant dans l'horreur des guerres, des générations entières.

Ce mélange du grand récit historique et de focus sur des personnages donne un récit extrêmement vivant des croisades. Les individus, connus ou non, sont donc au coeur de l'ouvrage de Dan Jones qui sait aussi ménager l'intrigue, l'intérêt et l'addiction. le propos est aussi nourri d'éléments géopolitiques qui resituent l'ensemble dans le sens de l'histoire. Une nouvelle façon, passionnante, de raconter l'Histoire.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Puis, en 1258, des nouvelles choquantes vinrent de Bagdad, l’ancienne capitale religieuse du monde sunnite. Les cavaliers mongols étaient arrivés en janvier, avaient assiégé la ville en moins de douze jours et causé des dommages irréparables durant une mise à sac : ils brûlèrent d’anciens bâtiments et profanèrent des mosquées, détruisirent les hôpitaux et pillèrent la grande bibliothèque surnommée la « Maison de la sagesse », qui contenait la plus grande et la plus belle collection de livres sur terre. Des milliers de volumes et de manuscrits inestimables furent jetés dans le Tigre, tant et si bien que les eaux auraient pris la couleur noire de l’encre.
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Cet homme, c’était son neveu, l’émir kurde Yusuf ibn Ayyub, qui deviendrait sultan d’Égypte et de Syrie, pourfendeur des Fatimides, véritable plaie des Zengides, fléau des Francs et presque à lui seul la cible de plusieurs milliers de croisades individuelles. Son ombre s’étendrait sur toute la période et son surnom résonnerait sur plusieurs générations – plusieurs siècles, même – après la fin de ses exploits. Yusuf ibn Ayyub fut plus connu sous le nom de Salah ad-Dîn, un sobriquet qui signifiait « la rectitude de la foi », et que l’histoire et la légende contactèrent et mythifièrent en « Saladin ».
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Le jugement typiquement misogyne de Guillaume de Tyr était sans appel : « une femme déraisonnable ». Mais quoi que Guillaume ait pu en penser, c’était Aliénor qui vivait entourée d’hommes encore plus déraisonnables.
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Bref, Frédéric (Frédéric II de Hohenstaufen) était un intellectuel scandaleusement progressiste et un souverain franchement pragmatique. Pourtant, ces tendances ne provenaient pas d’une quelconque ambivalence vis-à-vis de la foi, mais bien d’une forme d’intelligence, de nécessité, d’une capacité à compartimenter et à user de faux-fuyants, et – au fond – de son côté sicilien.
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Comme l’a un jour écrit sir Steven Runciman : « L’histoire romantique des croisades fut une épopée écrite dans le sang. »
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Vidéo de Dan Jones
Book Of the Year and Bestselling Author of The Plantagenets Dan Jones. The Plantagenets are explored and shared with brilliant author, Dan Jones, and he articulates the importance and influence of the "Warrior Kings and Queens," who steered England and laid the foundations of contemporary democracies.
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