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Karine Laléchère (Traducteur)
EAN : 9782258193680
376 pages
Presses de la Cité (10/09/2020)
3.85/5   78 notes
Résumé :
« Mon père, James Witherspoon, est bigame. »
C’est par cette confession percutante que Dana Lynn Yarboro débute le récit d’une enfance pas comme les autres au sein de la communauté afro-américaine d’Atlanta, dans les années 1980. Bien que née quatre mois avant sa demi-sœur, Chaurisse, Dana est pourtant l’enfant illégitime, fruit d’une union illicite.
L’une est un secret à qui James rend visite une fois par semaine tandis que l’autre mène une vie stabl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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« Mon père, James Whitherspoon, est bigame »
Incipit sans anesthésie, le coeur à vif pour ce roman de l'auteure afro-américaine Tayari Jones.
Ces mots sont ceux de Dana, enfant illégitime, qui doit grandir dans l'ombre de la famille officielle de son père, James. Elle vit avec Gwen, sa mère, à Atlanta, dans le milieu des années 80 et elle doit se contenter de la visite hebdomadaire et clandestine de ce géniteur, courant d'air qui brille plus par ses absences que par son courage.
La première partie du roman raconte cette adolescence passée à épier et jalouser avec sa mère l'autre famille, la « vraie », à essayer d'exister malgré les frustrations. C'est la politesse humiliante « des seconds choix » de passer toujours après, pour les études, les cadeaux ou les loisirs. Dana collectionne les amertumes comme d'autres les livres.
Récit double face, comme le souligne magnifiquement la couverture, histoire reflet de deux solitudes, puisque c'est au tour de Chaurisse, l'autre soeur, celle qui a le droit de figurer sur les photos de famille, de prendre ensuite la parole. Elle vit dans la lumière et à la différence de Dana, ignore tout de la double vie de son père. C'est l'histoire de sa propre mère, Laverne, qui va bouleverser son existence. Elle apprend que celle-ci a rencontré son père à l'âge 14 ans, qu'elle est tombée enceinte dans des conditions glauques, qu'ils ont dû se marier et abandonner certains rêves. La généalogie est parfois douloureuse.
Bien sûr, le lecteur attend le moment inévitable de la rencontre des deux soeurs, le choc des deux mères. Est-ce qu'un lien va pouvoir se créer entre Dana et Chaurisse, au-delà du sang ? La réponse de Tayari Jones sonnera très juste et trouvera écho aux oreilles de tous ceux qui qui ont été dépossédés d'une partie de leur enfance.
Une des autres réussites de ce roman repose sur ce que j'appelle les personnages satellites, ces seconds rôles qui gravitent tellement autour d'une histoire qu'ils finissent par la faire sortir de son orbite. Il y a l'oncle Raleigh, sorte de Casque Bleu serviable de la famille et amoureux transi de Gwen. N'oublions pas la grand-mère lucide et extralucide, Mlle Bunny, ou Marcus, le petit ami volage qui épaississent le trait de l'histoire.
Même si la question raciale et le combat pour les droits civiques sont évoqués, ils ne constituent pas le coeur de cette histoire. Ce n'est pas un film de Spike Lee. Femmes avant d'être noires, ce roman est avant tout celui de mères, de soeurs, de filles ou de filles-mères tourmentées par la figure du père ou du mari et dont le salut passera par différentes formes d'émancipation.
Après les roses, les épines. Dans ce récit, il m'a vraiment manqué la parole de ce père bigame. J'aurai aimé qu'une partie lui soit consacrée. Il n'est raconté qu'à travers les mots de ses filles. Sans rien lui pardonner, ses deux femmes et ses enfants l'aiment et il n'est pas présenté comme un serial lover incapable de brider ses instincts. Prisonnier de ses mensonges, son égoïsme et son obsession de ne pas détruire la vie qu'il s'est construite avec sa société de location de Cadillacs avec chauffeur dictent sa mauvaise conduite. J'aurai aimé entendre sa conscience. Il ne reste que la mystification d'un homme prisonnier de ses mensonges et qui se pose en victime.
Je peux aussi reprocher au roman la crue lacrymale qui noie parfois le propos. C'est dommage car le récit est bien rythmé et les dialogues très réussis.
Au final, un roman original et touchant, de très beaux portraits de femmes, de vrais sujets de société, mais l'absence de parole du père a frustré le lecteur que je suis.
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Dana et Chaurisse sont soeurs. Et pourtant, si Dana connaît l'existence de Chaurisse, celle-ci ignore qu'elles partagent le même père. Malgré l'interdit, Dana tente de créer des liens avec elle.

C'est ainsi que le récit révèle peu à peu l'histoire de ce père bigame, qui s'épuise entre ses deux foyers, subissant les reproches de l'illégitime, et contraint même certains jours de diner deux fois!
C'est d'abord Dana qui prend la parole pour conter son histoire, les relations avec son père et le frère de coeur de celui-ci. La génération précédente s'était déjà construite sur des manques, des départs et des adoptions tacites.
Elle a pour elle la beauté, elle voudrait une famille. Alors peu à peu elle s'approche de celle qu'elle envie dans a légitimité.

Lorsque Chaurisse s'immisce dans la narration, Dana fait partie de son univers restreint, c'est sa meilleure amie, mais elle ignore toujours le lien qui les unit. le secret pourra t-il tenir?

A travers les confidences d'adolescentes des deux jeunes filles, Tayari Jones se livre à une analyse ouverte de la question du lien familial, des secrets qui affectent des destinées, de la reproduction d'un modèle. Une histoire tissée autour d'un père qui semble ne pas maitriser ses choix, jamais à la bonne place, et incapable d'assumer ses actions, et qui ne disposera cependant pas d'un avocat de la défense puisque les deux jeunes filles sont plutôt des témoins à charge.

Dans un style assez factuel, mais avec une réelle empathie pour les personnages féminins, Tayari Jones dresse le portrait d'une famille à la fois hors du commun, et sans doute pas si exceptionnelle que ça.

Merci à Netgammey et aux éditions Presses de la cité
#Desbaisersparfumtabac #NetGalleyFrance
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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James Witherspoon a une galère, il est amoureux de deux femmes. Mais pas au même moment. Il en a épousé une avant de rencontrer l'autre des années plus tard mais fermement décidé à mener ses deux amours de front, il se marie avec les deux et leur donne une fille chacune.
Une fois ce décor posé, on commence déjà à se faire une idée des difficultés et quiproquos que va rencontrer ce père de familles atypiques quand on apprend qu'en plus sa famille n°1 (composée de sa femme Laverne et de Chaurisse, sa fille) ignore tout de sa famille n°2 (dans le même ordre : Gwendolyn et Dana) qui elle, étant la famille officieuse qui vit dans l'ombre, est parfaitement au courant de cette nébuleuse situation.
Dur surtout pour Dana qui doit choisir ses écoles et autres activités extra-scolaires en fonction de sa « soeur » afin de ne jamais la croiser, enfin conformément au souhait de James parce qu'en réalité, Dana et sa mère espionnent et suivent Laverne et Chaurisse partout où elles peuvent : rues, grands magasins, école etc.

A partir de ce fil rouge, Tayari Jones multiplie les incursions dans l'Amérique discriminatoire des années 80 (ces deux familles étant africaine-américaines), dénonçant les difficultés à occuper des métiers dignes et à mériter le respect dû à tout un chacun quand la couleur de peau s'en mêle, le tout sans jamais sombrer dans le manichéisme ou le jugement (ce père bigame n'est à aucun moment montré du doigt, au contraire, il fait de son mieux pour ses familles selon ses possibilités).

Une histoire pas simple mais une écriture limpide et des personnages (féminins pour la plupart) brillamment dessinés et attachants nous boulonnent à ce roman qu'on a bien du mal à quitter avant la dernière page avec comme intéressant concept de raconter la bigamie vu par les descendants et leur exploration des rapports familiaux.
Peut-être pas le chef-d'oeuvre de l'année non, mais un roman profond qui analyse intelligemment les relations humaines inhabituelles, nos racines et notre capacité de rédemption. Un excellent moment de littérature d'une auteure que je découvre et dont Un Mariage Américain me fait maintenant méchamment de l'oeil.
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Comment se construire lorsque l'on est une enfant illégitime ? Habituée dès son plus jeune âge à rester dans l'ombre, à ne pas faire de vague, Dana se forge une existence qui n'appartient qu'à elle. C'est du moins ce qu'elle veut croire et laisser croire.

Nous la découvrons dans la première partie du roman, enfant solitaire auprès de sa mère qui l'élève seule. Il y a pourtant une présence masculine auprès de l'enfant, un presque père, un père en pointillé qui vit ailleurs, qui aime ailleurs son autre famille, son autre fille, son autre épouse. « Mon père, James Witherspoon, est bigame ».
Dana raconte son quotidien, les sacrifices qu'elle doit faire au profil de Chaurisse, cette soeur qu'elle envie, déteste, voudrait tellement pouvoir aimer.

Dans la seconde partie du roman, Tayari Jones donne la parole à l'enfant légitime. Bien loin de la fillette gâtée que l'on imagine, Chaurisse découvre les circonstances de sa naissance alors que sa mère n'avait que 14 ans, elle a dû se marier et renoncer à ses rêves.
Nous suivons la vie des deux adolescentes mais aussi celle de leur mère respective.

Tayari Jones ne s'érige à aucun moment en juge d'une situation improbable. Elle énonce les faits et rend compte des difficultés de la vie.
L'auteure dépeint avec justesse les relations familiales complexes mais aussi les émotions humaines. Elle dresse avec beaucoup de finesse le portrait et le parcours de vie de chacun des personnages, leurs blessures et leurs fragilités, tout en révélant les malentendus, les non-dits et les secrets enfouis.

« Des baisers parfum tabac » est un beau roman qui donne la part belle à des jeunes filles et des femmes courageuses.

Je remercie NetGalley et les Editions Presses de la Cité.
#Desbaisersparfumtabac #NetGalleyFrance


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Bouleversant !
Magistral !
Poignant !
Renversant !
J'en perds mes mots….

Avec la magie des mots, Tayari Jones aborde un sujet tabou et délicat : LA BIGAMIE !

Au-delà de l'acte illégal, l'auteure se penchera sur les états d'âme de la fille dite « bâtarde » et la « légitime ». Petit plongeon dans les États-Unis des années 80, où la femme n'a pas sa place dans la société. Les esprits sont encore étriqués. Elle fera un tour d'horizon des envies de la femme Noire émancipées des années 80.

Un décor sensible où le racisme est bien présent…Et dans ce cadre malsain, j'ai deux soeurs Dana et Chaurisse qui se cherchent. Une connaît l'autre. Une est archi protégée. Une est mise de côté. Une passera toujours en second. Une jalouse l'autre. Une détestera l'autre. le lecteur aura droit aux deux voix et sera surpris des pensées profondes de ces jeunes filles.

Deux soeurs qui ont le même âge. Des envies. Des rêves. Deux soeurs qui vont perdre du jour au lendemain leur insouciance mais à deux moments différents.

Tayari Jones nous brosse deux portraits atypiques et glaçants. J'avoue ne pas avoir vu venir l'inacceptable. On souffre avec l'une des soeurs…

Des baisers parfum tabac fera des merveilles auprès du public. On sent une influence Toni Morrison. Un magnifique bijou livresque.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Dès la maternelle, j'avais pourtant compris que je n'étais pas jolie. C'est horrible à cet âge, car les adultes ne font même pas l'effort de cacher ce qu'ils pensent. Le pompier qui vous apprend à vous arrêter, à tomber et à vous rouler par terre si vous êtes en feu : c'est toujours la fille la plus mignonne qui s'assied sur ses genoux et qui a le droit d'essayer son casque. Pour le spectacle de Noël, ce sont toujours les dix plus jolies filles qui forment le choeur des anges. Celles qui ont un physique banal se retrouvent à tournoyer en jupette rayée. Les moches distribuent le programme.
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Ma mère n'a gâché ni mon enfance ni le mariage de qui que ce soit. C'est quelqu'un de bien. Elle m'a préparée. La connaissant, c'est essentiel. C'est pour çà qu'on n'est pas à plaindre. Oui, on a souffert, mais on était conscientes de bénéficier d'un avantage singulier en ce qui concernait le plus important : j'étais au courant pour Chaurisse, alors qu'elle ignorait tout de moi. Ma mère savait à propos de Laverne, alors que celle-ci était persuadée de mener une vie ordinaire. Ni ma mère ni moi n'avons jamais perdu de vue cette donnée fondamentale.
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Même dans les églises baptistes, on garde toujours des sels à portée de main, au cas où l'épouse endeuillée découvrirait à l'enterrement une seconde veuve éplorée et sa progéniture. Les employés de pompes funèbres et les juges savent que ça arrive tout le temps et que ce n'est pas l'apanage des fanatiques religieux, des représentants de commerce, des sociopathes séduisants et des célibataires désespérées.
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Mon père traversa le parking et frappa délicatement, une habitude qu'il avait acquise après m'avoir surprise dans mon bain quand j'avais douze ans. Pendant des semaines après cet épisode, il avait frappé sur tout ce qui ressemblait à une porte. Une fois, je l'avais même vu toquer au placard avant de prendre une bouteille d'eau gazeuse.
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On dit souvent que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. C'est faux. Ce qui ne nous tue pas ne nous tue pas. C'est tout. Parfois, il faut juste espérer que ça suffise.
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