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Critique de jovidalens


jovidalens
  03 août 2014
Jamais entendu parler de ce livre ni de son auteur.
Nancy Huston, dans "L'espèce Fabulatrice" le cite à plusieurs reprises et c'est elle qui m'a donné envie de le lire.
Pour faire simple, l'action se situe de nos jours, sur une île paradisiaque pas loin de l'Australie, en proie à une guerre civile. Tous ceux qui le pouvaient ont fui, et ceux qui restent sont coincés, isolés, victimes de l'une et l'autre "armées". Au fond, cela pourrait se passer "tranquillement" puisque la nature est suffisamment généreuse pour leur apporter leur subsistance : les pêcheurs pêchent, les femmes font la cuisine et les enfants, les enfants s'ennuient puisqu'il n'y a plus d'institutrice.
Dans ce village, un vieil anglais, M. Watts, dont les excentricités amusent les enfants, va décider de "faire l'école" et pour ce faire, va motiver ces enfants jusque là laissés à eux-mêmes à venir régulièrement suivre son enseignement. Il n'est pas instituteur. Sa brillante idée sera d'une part de lire chaque jour un chapitre de son livre préféré « De grandes espérances » de Dickens, mais aussi de faire venir, à tour de rôle l'un des parents qui racontera son expérience, sa croyance. Et c'est ainsi que l'enseignement prend forme, qu'un dialogue s'instaure, intime entre chacun des élèves et leur maître non sans éveiller une sourde rivalité de certains parents envers ce drôle de « professeur » prenant de plus en plus d'influence. Et nous lecteur émerveillé, nous assistons au développement de tout un imaginaire dans la tête de ces gamins : ils se passionnent pour l'histoire. le héros, Mister Pip, devient pour chacun d'eux une réalité, un ami et pour les adultes un "étranger" invisible.
Le problème, c'est que ce « Mister Pip » devient une sorte de célébrité mais une célébrité corporellement ... absente, pour tous ceux qui n'ont pas lu le livre. Or, les guerriers, il n'y a rien qui ne les agacent plus que d'entendre parler de quelqu'un qu'ils ne connaissent pas. Ils viendront donc dans le village pour que ce « Mister Pip » leur soit livré. En représailles, puisque les villageois restent muets, le village sera brûlé et le livre, caché dans une maison partira en fumée.
Seconde brillante idée de instituteur improvisé : faire reconstituer tout le roman par ses jeunes élèves qui vont plonger dans leurs mémoires, pour retrouver, « déterrer » quelques anecdotes, quelques locutions qu'ils assembleront ensemble pour reconstituer le roman de Dickens. Bien sûr, on ne peut s'empêcher de penser à « Fahrenheit 451 » avec ses hommes-livres. Mais plus encore, l'auteur nous fait toucher du doigt comment chaque lecteur s'accapare une histoire, la fait sienne, comment par la lecture nous créons un monde parallèle complètement personnel et qui restera à jamais secret et intime.
La suite de l'histoire est cruelle et pourtant, le livre refermé il ne reste que de l'émerveillement. Quelle chance a eu cette délicieuse Matilda qui nous raconte cette histoire vécue pendant son adolescence, cette rencontre tellement improbable qui lui a fait découvrir LA littérature, tout un imaginaire, et permis de démarrer une nouvelle vie. C'est en la faisant parler cette petite Matilda que Llyod Jones rend un hommage plus au pouvoir des mots, à la magie des belles histoires qui marquent les vies et permettent de dépasser les douleurs subies. Petite Matilda deviendra grande et sera elle aussi un vecteur de mots.
Même si je ne suis pas toujours entièrement convaincue par ce qu'écrit Nancy Huston dans « L'espèce fabulatrice » je la remercie de m'avoir offert l'opportunité de découvrir un si bel auteur.
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