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ISBN : 202079912X
Éditeur : Seuil (13/05/2005)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 139 notes)
Résumé :
Élevé dans la misère, Alain Colmont a quand même réussi à devenir prof puis scénariste pour la télé. Mais un jour sa fille, Cécile, a un accident de scooter qui La défigure. Alain, qui l'adore, se ruine pour lui redonner un visage.

À la Courneuve, un vieillard qui titube au milieu de la route à 11 heures du soir est récupéré par la BAC. Pas moyen de savoir son nom, l'inconnu a la maladie d'Alzheimer. À Belleville, une bande de Clodos se retrouve rég... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
andreas50
  14 avril 2019
Paris, été 2003, la canicule écrase la ville. Une vague de chaleur qui emporte les plus faibles. Dans tout le pays, Les personnes âgées meurent par milliers. À Belleville et à la Courneuve, le climat n'influe pas sur la vie quotidienne du monde de la rue, des êtres à la dérive, des exclus de la société, des clochardisés.
La plupart de ceux-ci se regroupent en micro-tribus pour tenir, pour se défendre, par besoin de contact de l'Autre. Rien de plus humain que cette quête de fraternité dans cet univers sans repères, sans lois sinon celle du plus fort, du plus combinard. Hier n'est plus, demain n'existe pas ; alors aujourd'hui on soigne sa misère, son ennui, à coup de gros rouge. le destin va faire croiser les chemins de trois de ces hommes.
Il y a Nanard et sa bande de clodos, véritable cour des miracles, qui survit grâce à la mendicité et aux petits larcins.
Daniel Tessandier ; quant à lui ; parvient encore à surnager grâce au RMI. Vraiment pas de quoi pavoiser ; juste une location d'une chambre miteuse avec la hantise de se faire virer du jour au lendemain par sa marchande de sommeil. le reste, c'est pour un verre de blanc au bar du coin , avec, au mieux , un jambon-beurre de temps à autre. Daniel a aussi une combine pour arrondir ses fins de mois : délester de leur portefeuille les touristes un peu trop naïfs ou distraits.
Alain Colmont, écrivaillon à ses heures, scénariste à temps plus que partiel, doit assurer les soins hospitaliers de sa fille Cécile, suite à un grave accident de la route.
Il a choisi une clinique de luxe pour assurer sa reconstruction physique et atténuer les séquelles psychologiques que connait sa fille. La note est lourde, très lourde. Les économies d'Alain fondent à vue d'oeil, mais notre homme n'a pas fini de plonger. On vient de retrouver son père qui les avait abandonnés, Alain et sa mère, il y a quarante ans. Son Vieux, comme il l'appelle, a la maladie d'Alzheimer et est soigné depuis plusieurs années à l'hôpital Lyautey. L'Administration de l'Assistance Publique recherchait activement un membre de la famille pour régler les honoraires. Une catastrophe pour Alain Colmont.
Heureusement, ce dernier peut compter sur le soutien moral de l'un de ses voisins devenu pote ; Jacques Brévart.
Pour sortir de ce gouffre, Alain et Jacques vont mettre au point un scénario digne des plus grands polars.
Thierry Jonquet en connait un bout sur ce quartier de Belleville où il a passé près de vingt ans dans sa jeunesse. Vingt ans à côtoyer ces femmes et ces hommes cabossés par la vie, ballotés par le hasard, la malchance, la solitude. Des êtres victimes de la pauvreté, du racisme, de la violence, de l'addiction à l'alcool, aux drogues. Jonquet sait raconter la rue, sait comment interpeller le lecteur de ses romans-reportages. Il décrit cet univers sordide dans un style simple, clair, fluide. Chez cet auteur, il n'y a pas de grands effets de manche quand il fait dans le social. Il parle de ce qu'il connait, de ce qu'il a vécu.
Thierry Jonquet, plus qu'un grand du polar français, c'est aussi un humaniste plein de tendresse et d'amour pour ses personnages, ces êtres que la vie a laissé sur le bord de la route.
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marina53
  13 août 2013
La journée commence bien mal pour Daniel Tessandier. Sa propriétaire vient de lui annoncer qu'elle a besoin de récupérer le logement qu'elle lui loue pour sa petite-fille. RMIste de surcroît, ce n'est pas avec son maigre revenu qu'il pourra de sitôt retrouver un appart' et craint de se retrouver réellement à la rue. Mais, Daniel est prêt à tout pour conserver un semblant de vie sociale.
Alain Colmont, écrivain en mal d'inspiration, est scénariste à ses heures pour des téléfilms, seul moyen pour lui de pouvoir manger à sa faim mais surtout de payer les frais d'hospitalisation de sa fille qui lui coûtent les yeux de la tête. En effet, après un terrible accident de scooter, cette dernière s'est retrouvée défigurée et se trouve dans un établissement haut de gamme. Déjà anéanti depuis la mort de sa femme, sa vie tourne autour de sa fille à qui il ne peut rien refuser.
Mathurin Debion, lui, est aide-soignant. Entre ses quelques gorgées de rhum goulûment avalées, ses vieux patients dont il faut nettoyer la merde et ses heures de garde qui l'ennuient, il n'attend qu'une chose: ses vacances tant espérées sur son île. Sa seule petite escapade est la promenade avec le patient de la chambre 29, un vieil homme retrouvé dépouillé de ses affaires il y a plus de 3 ans, qui souffre de la maladie d'Alzheimer et dont personne ne semble s'inquiéter.
Et il y a aussi Gégé, Nanard, Florence ou Mécano, des clodos qui squattent du côté de Belleville ou encore Jacques Brévart, aide-soignant et voisin d'Alain.
Toute une galerie de personnages qui de prime abord n'ont rien en commun et qui, pourtant, vont se croiser... pour le meilleur mais surtout pour le pire....
Thierry Jonquet n'a pas son pareil pour nous montrer toute la noirceur de l'homme. Au fil des pages, on sent que ses héros risquent bien d'en baver. le contexte de la canicule de 2003 ajoute à cela une certaine moiteur, une ambiance étouffante qui deviendra vite insupportable pour chacun. Jonquet a voulu nous montrer que personne n'était à l'abri de la précarité et que les soucis d'argent peuvent faire faire de bien drôles de choses. Passant d'un personnage à l'autre, donnant au polar un rythme très soutenu, des liens se tissent ainsi entre les personnages et l'on comprend d'autant mieux la descente aux enfers de chacun. D'une écriture enlevée et détaillée, l'auteur nous plonge dans un monde sordide et poisseux et nous livre un polar réaliste, saisissant et efficace.
Y avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux....
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ibon
  13 février 2019
Eté 2003. Paris. La longue canicule de 2003: sale temps pour les gros, les vieux, les clodos, les bobos, les aide-soignants en maison de retraite (oui, je sais, aujourd'hui on dit Ehpad), les écrivains qui partent en sucette et les Rmistes.
C'est un roman plus ambitieux que les autres productions de Jonquet mais, hélas, pas forcément le meilleur. A mon avis à cause de la multiplication des lignes narratives qui ne traduit pas véritablement le talent de l'auteur. Pari risqué. Cela peut parfois conduire à la confusion, aux digressions ennuyeuses, mais aussi au désastre.
Ici rien de tout cela, juste un peu d'agacement, car il n'est pas passé loin du chef d'oeuvre, Jonquet!
En effet, quand il décrit la misère, cela prend véritablement véritablement aux tripes. le Rmiste qui sombre dans la délinquance pour ne pas être déclassé et devenir clodo est un tableau de maître.
Quant à la bande de clochards qui vit de liches et d'embrouilles, on s'aperçoit que la frontière entre horreur et fraternité n'est plus très bien définie. Encore un tableau remarquable.
Puis mon enthousiasme est retombé car le personnage de l'écrivain Alain Colmont ne m'a pas saisi comme le coup d' effroi qui vous cloue (au lit) comme les précédents. Pourquoi? Parce qu'il ne fait pas le poids avec les premiers.
Bien sûr c'est aussi la description d'un déclassement mais comment dire, ce personnage est trop lisse, trop gentil, j'oserais dire aussi ennuyeux qu'un débat sur la dimension des poteaux en bois du carport pour faire passer la Porsche Cayenne break de mes voisins. Personnellement, je n'ai rien contre les écrivains en manque d'inspiration qui ne collent plus au marché ni contre les carports mais voilà, je n'y ai pas cru.
La partie polar m'a paru moins intense que dans bien d'autres que ses oeuvres. Savoir qui était "Mon vieux" n'était pas vraiment une surprise et la machination finale, même assez bien vue, peut s'oublier. Mais peut-être est-ce un ressenti qui découle du précédent point avec la présence trop importante du personnage de l'écrivain raté ou qui a raté sa vie?
Toutefois, ce livre vaut largement le détour en tant que roman social.
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Ziliz
  13 janvier 2016
Eté 2003, canicule en Europe, plusieurs pics de grosse chaleur entre entre juin et août.
Quelques chiffres : à Paris, la température a dépassé les 39°C, avec 9 jours de températures supérieures à 35°C. Selon une étude de l'Inserm publiée le 25 septembre, 14 802 décès ont été enregistrés en France entre le 1e et le 20 août (essentiellement de personnes âgées ou fragilisées), soit une surmortalité de 55 %.
Cette année-là, le Smic est à 893 euros, le RMI à 405. Une chambre dans un 'mouroir' (hôpital public sinistre) pour une personne atteinte d'Alzheimer : 1 750 euros mensuels aux frais des proches - débrouillez-vous pour débourser une telle somme. -> « On hypothèque une baraque, un appart' qu'on a mis des années et des années à acheter, pour lequel on s'est endetté, on renonce aux études trop onéreuses d'un gamin, je sais pas, moi... Et tout ça pour tenir à bout de bras un vieillard qui n'en finit plus de souffrir et dont la tête est devenue vide. »
Ce roman s'inscrit dans ce contexte étouffant, au carrefour Belleville, dans l'Est de Paris. Jonquet y met en scène trois univers qui se croisent et s'entrecroisent.
Histoire de SDF tombés très bas. Une meute de loups efflanqués avec son individu alpha, Nanard, protecteur mais profiteur, une âme de négrier et de proxénète. Les esprits sont anesthésiés par la piquette et la bière, ça vaut mieux pour tous.
Histoire d'un quinqua jusqu'alors plutôt à l'aise financièrement, mais qui cumule les guignes depuis trois ans, autour duquel l'étau se resserre suite à une nouvelle tuile.
Entre ces deux univers, histoire de Daniel, pas encore du côté de ceux qui ont tout perdu et qui survivent dans la rue, plus tout à fait 'intégré' à la société, mais sur le fil.
Nous sommes chez Jonquet, alors l'intrigue est sombre et la peinture sociale crue, sans fards. Sinistre monde que celui de la rue (violence, saleté, faim, soif) où les chances de retour en arrière semblent inexistantes.
J'ai souvent pensé à Virginie Despentes au cours de cette lecture, et à son Vernon en particulier. Ces deux auteurs possèdent un sens de l'observation acéré, qui leur permet de décrire de manière pertinente et cynique une société en crise, et le sort d'individus malmenés par le 'destin'. Malgré des styles d'écriture différents, les portraits de leurs personnages se ressemblent (mise à nu de leurs pensées les moins avouables, leurs sentiments, leurs échanges).
Cette histoire m'a plombée et m'a paru interminable, bien qu'elle ne soit en fait pas plus tragique que celle de 'Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte' (roman que j'ai beaucoup apprécié). Sentiment d'oppression croissant à la lecture, exacerbé par la chaleur de cette canicule - qui laisse imaginer les odeurs de la rue, des corps négligés, de l'inconfort dans des hôpitaux sordides... J'avais hâte de m'en extraire, même si les idées, les propos et la plume de Thierry Jonquet me séduisent toujours autant.

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Kittiwake
  14 février 2015
C'est la construction du ce polar qui en fait tout l'intérêt : on assiste à la présentation successive d'une galerie de personnages dont on se doute que l'histoire va les rassembler , mais voilà, on ne sait ni comment, ni pourquoi, ni quand (en général c'est à la fin du roman). Et nous voilà, lecteur, à faire connaissance avec un écrivain veuf dont la fille est dépressive à la suite d'un accident qui l'a défigurée, un RMIste qui se retrouve à la rue, une bande de SDF, et pour couronner le tout, un vieillard amnésique et sans papier. Il n'y a plus qu'à tisser peu à peu la toile de fond et le rendez-vous se fera avec des conséquences plus ou moins dramatiques pour chacun.
L'argent est le noeud de l'histoire, pour les sans-abris bien sûr, mais aussi pour l'écrivain qui après un roman à succès a du mal à vivre de ses écrits, d'autant que sa fille lui coûte une fortune en chirurgie plastique et hébergement psychiatrique.
Comme d'habitude, le récit abonde en anecdotes médicales (c'est le métier de notre auteur), qui ne font pas avancé le sujet mais ne font pad tache non plus, car elles illustrent les scènes au cours desquelles elles apparaissent.
Un bon polar, parce qu'on s'attache vite aux personnages plus vrais que nature, et qu'on attend avec plaisir que le puzzle se mette en place.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
andreas50andreas50   10 avril 2019
Alain se demanda pourquoi on baptise parfois les hôpitaux du nom de massacreurs galonnés : Foch, Joffre, Lyautey. Mais les généraux en sont souvent les meilleurs fournisseurs, après tout.
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ZilizZiliz   06 janvier 2016
[2003]
Une qu'il aimait bien, c'était Arlette [Laguiller]. Elle au moins ne mâchait pas ses mots. Sincère, toute simple, elle allait droit au but. Les capitalistes, c'étaient eux les responsables de toute la merde. Elle le disait franchement. Elle le criait. Et elle avait bien raison. Elle avait bossé toute sa vie comme employée de banque, sans s'enrichir comme les autres politicards, on ne pouvait rien lui reprocher, mais alors là, vraiment rien. Elle ne s'était pas sali les mains dans des combines douteuses, il suffisait de la voir deux minutes à la télé pour s'en convaincre. [...] D'un autre côté, Arlette cachait un peu la vérité à propos des Mamadou et des Mustapha, parce que quand même, on ne pouvait pas ignorer cette donnée du problème si on voulait redresser la France, c'était un peu hypocrite de faire comme si de rien n'était. Le Pen, lui, a contrario, il y allait carrément. Il cognait de toutes ses forces contre les Mamadou et les Mustapha et il n'avait pas tort non plus, à bien y regarder. Daniel était forcé d'en convenir. Quand il y réfléchissait, avec toute son expérience du Parti [communiste], même s'il n'avait jamais pris la carte des Jeunesses, il ne pouvait s'empêcher de penser que la vraie solution pour sortir de la mouise, c'était une alliance entre Arlette et Le Pen. Un truc plutôt raisonnable malgré les apparences.
(p. 36)
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ZilizZiliz   08 janvier 2016
D'autres dames bien moins décaties que Martine fréquentaient la bande à Nanard [SDF]. Certaines ne faisaient que passer, deux, trois jours, le temps de partager quelques cuites ; d'autres s'attardaient un peu plus, avant de rejoindre un autre groupe sur une autre ligne de métro ou d'être récupérées in extremis par un travailleur social qui croyait encore à sa mission et parvenait à les ancrer dans un foyer d'accueil pour leur éviter à tout prix de chuter aussi bas que Martine.
L'arrivée d'une de ces nouvelles créatures mettait aussitôt la bande en grand émoi, et Nanard le premier. Il ne manquait jamais de se renseigner sur le parcours de la belle et confessait chaque novice après une rasade de pinard. Leurs histoires ne variaient guère. Assourdissante litanie de la débine. Tantôt un amant violent qui les avait persécutées et qu'elles cherchaient à fuir, trouvant auprès de Nanard et des siens une protection approximative pour peu qu'elles ne se montrent pas trop farouches... Tantôt une débilité légère, aggravée par l'alcoolisme, la perte de tous les liens familiaux, voire le décès des parents, et la voie était toute tracée pour mener au même résultat. Parfois encore, c'était un cocktail de tous ces ingrédients. La main du destin agitait le shaker et c'était parti pour la dégustation.
(p. 49-50)
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ZilizZiliz   11 janvier 2016
[vieillard atteint d'Alzheimer hospitalisé - réaction indignée de son fils]
- 18 000 francs* par mois ? reprit Alain. 18 000 francs pour ce que je viens de voir ? Une chambre sinistre, la puanteur, et je passe sur les lanières de cuir, ça, ça vaut 18 000 francs par mois ?
- Monsieur Colmont, je sais que ça peut vous paraître excessif, mais sachez que des centaines de personnes y travaillent. Si ça vous intéresse, je peux vous adresser un rapide état des lieux, le budget global de l'établissement, le... [...]
(p. 199)
- Si ça peut te consoler, dis-toi bien qu'il y a des dizaines, voire des centaines de milliers de familles dans ce cas ! Ce qui provoque des drames, la plupart du temps. On hypothèque une baraque, un appart' qu'on a mis des années et des années à acheter, pour lequel on s'est endetté, on renonce aux études trop onéreuses d'un gamin, je sais pas, moi... Et tout ça pour tenir à bout de bras un vieillard qui n'en finit plus de souffrir et dont la tête est devenue vide.
(p. 210)
* 2 750 euros
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ZilizZiliz   10 janvier 2016
Le pauvre Gégé ne fréquentait pas la filière normale du collège. Estampillé 'débile léger', il avait été relégué en classe de SES, la section d'éducation spécialisée. Spécialisée en quoi, on ne savait pas trop. Toujours est-il qu'en compagnie de congénères jugés inaptes à suivre le cursus habituel, il végétait du matin au soir dans les algécos que le principal avait fait dresser au fond de la cour en attendant que la ligne budgétaire permette d'installer les débiles légers dans des locaux dignes de ce nom. Gégé et ses compagnons d'infortune tuaient le temps sous la houlette d'un pauvre instit stagiaire qui tentait de les divertir tantôt en 'atelier poterie' tantôt en 'atelier BD', la plupart du temps sur un terrain de foot.
(p. 130-131)
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