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Critiques sur Une femme en contre-jour (131)
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Cannetille
  13 mai 2020
Les photographies réalisées sa vie durant par Vivian Maier, Américaine d'origine française et autrichienne née en 1926, n'ont été découvertes qu'après sa mort, tout à fait par hasard. Désormais au panthéon des plus grands photographes de son siècle, cette gouvernante d'enfants issue d'un milieu modeste, voire misérable, grandie sans amour auprès d'une mère dysfonctionnelle, mena une existence solitaire et étrangement libre pour l'époque, centrée sur l'obsession de sa collection d'images qu'elle n'a jamais cherché à faire connaître, qu'elle n'a parfois même jamais vues elle-même, faute de moyens suffisants pour développer ses plaques et pellicules. Elle a laissé la trace de son regard sur le monde et sur elle-même, au travers de scènes de rues croquées sur le vif où elle s'intéresse aux failles de ses sujets, souvent marginaux et laissés-pour-compte, et d'auto-portraits sans coquetterie où elle ne se profile que sous la forme d'ombres ou de reflets. Son personnage reste un mystère, que Gaëlle Josse tente d'approcher au travers de son histoire, étonnante à plus d'un titre, et qu'elle nous restitue fidèlement, avec sensibilité et élégance.


Ce qui frappe chez Vivian Maier est sa volonté de ne pas exister et de s'effacer, qui la fait se transformer en témoin quasi invisible, en regard qui traverse le monde sans se donner le droit d'y laisser sa marque ni d'y devenir quelqu'un : dans ses images d'êtres souvent misérables et marqués par la vie, ces invisibles anonymes qui la fascinent, on est tenté de voir une projection d'elle-même, elle qui assiste au naufrage de ses proches dans le dénuement, la violence, les addictions et la folie, et qui, privée d'amour dans une famille où chaque naissance engendre honte et rejet, ne se reconnaît aucune valeur et préfère se faire discrète pour moins souffrir.


Au fur et à mesure que l'on devine les failles de la personnalité de Vivian, que certains témoignages viennent même teinter d'une suspicion de pathologie quasi psychiatrique, l'on perçoit aussi l'importance vitale qu'a pu revêtir pour elle la prise quotidienne d'images. Loin d'un hobby, la photographie est chez elle un acte salvateur, un moyen qui lui permet sans doute, inconsciemment, d'exprimer et de mettre à distance sa souffrance, de vivre sous la protection de reflets qui la dévoilent et la masquent en même temps. L'appareil-photo de Vivian devient une sorte d'instrument de camouflage, qui en la transformant en miroir réfléchissant, lui permet d'exister au travers de ses sujets, sécurisée par son invisibilité.


L'on ne peut désormais plus que s'émouvoir de la trace fantomatique laissée par cette artiste, et frémir à l'idée que son oeuvre aurait bien pu disparaître corps et bien avec elle.


Gaëlle Josse a donné à son récit un équilibre parfait : sans ajouter aux prédispositions romanesques de cette biographie, avec fidélité, sobriété et discrétion, elle réussit à faire revivre cette femme et son histoire de façon crédible et vivante, dans un style élégant, sensible et soigné qui hypnotise de la première à la dernière ligne. Il ne reste plus ensuite qu'à courir découvrir les clichés de Vivian Maier, et à éternellement s'interroger sur la manière dont elle aurait considéré sa notoriété posthume. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Bookycooky
  07 mars 2019
2007 Chicago, un jeune agent immobilier, John Maloof cherche des anciennes photos pour illustrer un livre qu'il projette d'écrire sur un quartier de la ville. Au détour d'une vente aux enchères, il achète pour quatre cent dollars des cartons remplis de photos, planche-contacts, pellicules non développées négatifs et paperasses. Mais grosse déception ! Rien dans ces cartons qui puisse lui servir. Pourtant curieux, mais ignare sur la photo, il poste quelque deux cents clichés sur internet, pour avoir une idée de ce qu'il a dans les mains. Vu les réactions, il se rend compte qu'il tient quelque chose de rare......Ainsi débute la célébrité, la gloire et la reconnaissance posthume de l'oeuvre de Vivian Maier, photographe américaine d'origine française, sujet du dernier livre de Gaëlle Josse.

Viviane Maier personne ne l'a vraiment connue à part ses employeurs, chez qui elle travailla comme nounou . le reste c'est presque le néant. Un néant que Josse va combler à partir de ses photos, quelques témoignages et manuscrits et surtout avec son imagination.

Des photos en noir et blanc, surtout de l'Amérique d'après guerre, de nombreux portraits de clochards, ouvriers épuisés, ivrognes ramassés par la police, enfants, nourrices, vieilles femmes, enfants de la rue, couples, adolescents,......bref une majorité de démunis. Et surtout beaucoup d'autoportraits. Ce personnage complexe à la personnalité ambivalente, cette solitaire, vieille fille au passé familial désastreux, semble tenir par le biais de ces photos, jamais vues et exposées aux yeux d'autrui, un carnet intime d'une histoire qu'elle “tente de s'inventer, de se construire, elle qui ne possède rien, ni biens ni famille”.

Qui est la vraie Vivian Maier ? Vu les témoignages contradictoires, personne n'en saura rien, “seules ses photos parleront pour elle “. Et Josse ajoute « Peut-être sommes-nous tous condamnés, dans le regard de l'autre, à être, selon le mot pirandellien, un, personne et cent mille. »

J'ai un avis mitigé sur ce livre. Aprés la découverte de son histoire et le tapage médiatique autour, j'étais allée voir deux de ses expositions , différents lieux et dates. Personnellement j'aime beaucoup la photo comme art plastique, ca me fascine, c'est tout, aucune compétence particulière. J'ai trouvé les photos de Maier non dénuées d'intérêt, mais aprés un moment on s'en lasse. À mon avis elles n'ont rien d'exceptionnel pour mériter tout cet acharnement sur son oeuvre. Dans le livre de Josse, aussi j'ai senti comme un creux, un vide que même l'imagination et la prose de l'écrivaine que j'aime beaucoup, n'arrive pas à combler, surtout dans la première partie où on se perd dans des histoires de familles aux détails à mon avis sans intérêt. Dans la deuxième moitié du livre elle se rattrape insérant ses propres réflexions et instiguant un parallèle entre Meier et elle. Elle, écrivaine, Meier photographe, même travail, "faire passer un peu de lumière dans l'opacité des êtres, dans leur mystères, leur fragilité, dans leurs errances, et dire ce qu'on entrevoit, ce qu'on devine, ce qui se dérobe."
Bien que Josse a finalement réussi un livre intéressant sur un personnage quasi invisible, malheureusement il ne m'a pas touchée, émue pour autant. Je le conseillerais quand même, vu sa prose ( ayant un peu perdu ici de sa verve) et nos sensibilités différentes aux divers lectures.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia pour l'envoi de ce livre !
# Une Femme En Contre-Jour #NetGalleyFr

"L'oeuvre, nourrie de la vie, plus grande que la vie".
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Kittiwake
  17 avril 2019
Quelle belle idée de rendre hommage à cette femme au destin si particulier! La photographe célèbre s'inscrit au coeur d'une histoire d'exils, de fuites, de rencontres déjà remarquable. Mais ce qui est plus frappant est l'incroyable rôle du hasard qui a permis d'exhumer cette oeuvre magnifique, qui, de portraits en scènes de vie dresse un état des lieux remarquable des Etats-Unis d'après guerre.

Totalement inconnue de son vivant, elle n'a jamais cherché ou peu insisté pour faire connaitre ses travaux, et n'en a pas tiré profit. Plus étrange encore, elle n'a pas vu toutes ses photos, comme si l'instant même de la scène captée comptait plus que le résultat.

Si les âmes peuvent assister en spectateur à la suite de ce qui fut leur film, combien elle doit se réjouir de ce succès posthume. Encore que la part de mystère qui entoure sa personnalité puisse permettre d'en douter. Car peu d'éléments permettent d'affirmer avec certitude qui elle fût. Pas de journal, pas de commentaires des clichés, pas d'avis de son entourage, qui s'est limité longtemps aux familles qui l'ont employée en tant que nurse. Sa propre famille est trop bancale ou en dérive pour aider à construire le portrait de l'artiste. Monstre ou ange gardien? Les témoignages font parfois douter du fait que l'on parle d'une personne unique.

C'est avec la plume élégante et délicate que l'on connait que s'esquisse la silhouette inachevée, avec sa part d'ombre, sans romancer ce qui reste nébuleux, laissant la part au doute et aux questions.

"Entrer dans une vie, c'est brasser les ténèbres, déranger des ombres, convoquer les fantômes. C'est interroger le vide et tendre l'oreille vers les échos perdus."


Très bel hommage à cette artiste qui a sans doute elle-même ignoré son talent.

#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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marina53
  17 juin 2019
En 2007, John Maloof achète, aux enchères, tout un fatras de photographies, de planches-contacts, de pellicules non développées, de négatifs et de papiers entassés. Malheureusement, rien de tout cela ne peut lui servir pour son projet d'écrire sur Chicago. Ignare en photographie, il poste parfois, sur internet, quelques photos. Ces clichés font l'unanimité. On lui propose d'en acheter, un professeur d'art attire même son attention sur le travail exceptionnel de l'auteur. Mais qui, justement, est l'auteur ? Et qui est cette femme qui apparait dans d'innombrables clichés ? En 2009, il finit par découvrir un nom, à peine lisible sur une enveloppe. Vivian Maier. Sur internet, il tombe avec stupéfaction sur son avis de décès, rédigé par les frères Gensburg. Il les contacte et apprend que Vivian était nurse et qu'elle ne se séparait jamais de son appareil. John Maloof en est alors certain : il a découvert un trésor...

Vivian Maier, c'est cette femme sur la couverture du livre. Une femme discrète, androgyne, presque austère. Les cheveux courts, retenus par une barrette, les lèvres bien dessinées, une silhouette solide. le regard grave, concentré, jamais un sourire. C'est cette femme à qui Gaëlle Josse rend un vibrant témoignage... de son enfance chaotique, de la France aux États-Unis, à son travail de nurse en passant par ses nombreux voyages, l'auteure retrace, à travers cette biographie, certes romancée, la vie de celle qui ne quittait jamais son appareil-photo. Méconnue de ceux qui l'ont côtoyé, Vivian Maier laisse derrière elle des milliers de clichés, la plupart en noir et blanc, qu'elle n'a jamais eu l'occasion de voir. Des clichés pris sur le vif, pleins de vie, d'humanité mais aussi mélancoliques. Des scènes de l'Amérique d'après-guerre au coeur desquelles elle dévoile tous ses talents. Des auto-portraits si brillamment mis en scène. Artiste unique, femme insaisissable et indépendante, Vivian Maier prend vie et âme à travers la plume sensible de Gaëlle Josse.

Pour en savoir plus : un documentaire coréalisé par John Maloof et Charlie Siskel, intitulé "Finding Vivian Maier", le site de l'Association Vivian Maier et le Champsaur (www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr), le site "officiel" réalisé par John Maloof (www.vivianmaier.com).

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rabanne
  10 juillet 2019
"L'histoire d'un bouleversant effacement devant l'oeuvre"...
C'est ce que Gaëlle Josse a voulu écrire sur (ou dire de) Vivian Maier, dont la renommée internationale ne fut que posthume.

Une existence chaotique et précaire, dont on sait peu de choses à vrai dire, entre secrets de famille, traumatismes et ruptures.
Une nurse étrange, à la fois humble et contrastée, résignée, solitaire, invisible. Une artiste cachée, qui ignorait elle-même toute l'étendue et la valeur réelle de son talent.

Cette biographie romancée superpose le parcours de vie de Vivian avec sa passion de la photographie : une opposition constante entre ombre et lumière, pauvreté et richesse, séparations et retrouvailles...
Et que de visages croisés et capturés dans la rue, des nantis aux exclus, des oubliés aux invisibles, des scènes de la vie ordinaire à perte de pellicule !

Inconditionnelle de la plume de l'auteure (mon 6ème livre), j'avoue n'avoir pas été autant captivée par ce dernier opus que par tous les précédents.

(Merci à Hélène pour le prêt !)
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Eve-Yeshe
  02 avril 2019
John Maloof découvre dans un lot qu'il a acheté dans une vente aux enchères, des photos, des pellicules jamais développées, des papiers ayant appartenu à Vivian. Il va lancer des recherches sur Internet et découvrir peu à peu qui est cette femme et prend contact avec les frères Gensburg dont elle a été la nounou autrefois. Ils sont les auteurs de la nécrologie parue dans le journal.

C'est grâce aux frères Gensburg qu'elle a pu échapper à l'indigence : ils lui ont trouvé un logement lorsqu'ils l'ont découverte, quelques années plus tôt dans l'indigence absolue, dans la détresse. Une ancienne nurse qui faisait les poubelles.

Peu à peu on découvre l'histoire de Vivian, qui naît le 1er février 1926, deuxième enfant de Maria Jaussaud et Charles Maier qui ont déjà un fils Karl, alias Charles comme son grand-père, alias Carl. Tous deux sont des enfants du rêve américain. Mais, le couple s'entend mal, du fait de l'alcoolisme et la violence et Carl est très vite confié à un foyer…

Comment grandir quand on naît dans une famille dysfonctionnelle ? du côté maternel, sa grand-mère Eugénie, a confié sa fille Maria âgée de trois ans à sa soeur avant de partir en Amérique car le père biologique n'a pas voulu la reconnaître. On sait comment étaient considérées celles qu'on appelait les filles-mères. Elle la rejoindra quatorze ans plus tard. L'entente sera compliquée.

Une partie d'elle est restée dans la vallée de son enfance, dans les Hautes-Alpes, mais quand elle tente d'y retourner elle n'est pas la bienvenue, c'est l'Américaine.

On a donc une répétition des scenarii : des abandons, des mensonges qui se répètent d'une génération à l'autre, des perturbations mentales : il s'avère très vite que Carl dérive vers la psychose et Vivian n'est pas en reste, car en interrogeant les enfants dont elle a été la nurse, certains ont conservé un souvenir chaleureux d'elle alors que d'autres disent qu'elle a été violente maltraitante.

Ceci se retrouve dans ses autoportraits où les images se renvoient, se multiplient comme autant de personnalités différentes, qui cohabitent. Elle a photographié aussi les laissés pour compte, lors d'un périple de neuf mois, dans le monde, et là encore, les clichés sont fascinants.

Cette femme, hors du commun, m'a fascinée tant par son histoire que par son talent. Je suis allée sur le site internet qui lui est dédié, ou les vidéos, expos que j'ai pu trouver, et son parcours, tout comme la manière dont elle devenue célèbre alors que, de son vivant, elle était inconnue, voire insignifiante, comme d'autres artistes de l'époque, sont passionnants.

J'ai retrouvé la sensibilité qui me plaît tant chez Gaëlle Josse lorsqu'elle brosse des portraits d'artistes ou de gens ordinaires comme vous et moi… J'aime beaucoup découvrir des artistes méconnus, qu'il s'agisse de peintres, sculpteurs, ou comme ici, une photographe… Il s'agit ici plutôt d'une « biographie romancée » mais Anne Marx a écrit une biographie complète sur Vivian Maier que j'aimerais bien découvrir.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia qui m'ont permis de découvrir ce livre…

#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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LoloKiLi
  15 février 2020
Au départ il y a cette anecdote incroyable, poignante et véridique : en 2007, au hasard d'une vente aux enchères à Chicago, le jeune John Maloof se portait acquéreur d'un lot de photos et de centaines de négatifs, planches contact ou pellicules non développées. Déçu de ne pas y trouver ce qu'il cherchait, ce n'est que deux ans plus tard qu'il découvrira la stupéfiante valeur artistique de ces clichés anonymes.

Ses recherches le mèneront à une certaine Vivian Maier, hélas décédée juste avant qu'il l'ait identifiée comme étant l'auteure de ces oeuvres saisissantes. Quand ça veut pas, ça veut pas… l'énigmatique photographe amateure d'origine franco-américaine aura achevé ses quatre-vingt-trois ans d'existence dans une quasi indigence et l'anonymat le plus complet.

Vivian Maier sera néanmoins passée post-mortem au statut d'artiste de renommée planétaire puisque depuis 2009 Maloof s'emploie à la révéler au monde à partir des milliers de documents qu'il a pu rassembler. Jetez-y un petit noeil, la vigueur et la sensibilité de ces prises de vue sont étonnantes.
http://www.vivianmaier.com/

C'est donc le parcours de cette femme insaisissable que Gaëlle Josse a entrepris de retracer dans son roman, tentant de combler les zones d'ombre d'un destin chaotique et d'une personnalité pour le moins ambivalente. Mais son écriture que je découvre ici m'a toutefois beaucoup moins conquise que l'histoire qu'elle entend servir, l'auteure semblant en outre osciller entre données factuelles et biographie romancée sans parvenir à choisir, d'où le sentiment d'un récit un peu trop inconsistant à mon goût.

Il n’en reste pas moins qu’«Une femme en contre-jour» m’aura permis de découvrir une artiste singulière que, honte sur moi, je ne connaissais pas.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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Annette55
  17 juin 2019
Je ne retracerai pas l'histoire des planches - contact, photos , pellicules et la trace d'un nom presque effacé , découvert par le jeune John Maloof, agent immobilier , carton acquis dans une vente aux enchères en 2007 , d'autres l'ont fait avant moi.

Ce qui m'importe c'est la découverte de la personnalité de Vivian Maier.
Mais qui était - elle vraiment ? Une gouvernante , une nourrice ? Une photographe talentueuse à l'égal des plus grands ? Une oeuvre découverte par hasard ? Par erreur ?

La plume sensible , la prose incomparable de l'auteure nous convoque à entrer dans la vie de cette femme discrète , insaisissable et austère , cheveux courts retenus par une barrette, regard grave , jamais un sourire , lèvres bien dessinées, solide silhouette, enfance chaotique , personnalité ambivalente , complexe, indépendante , méconnue, une ombre grise , anonyme , dans les rues de la ville ....ouverte sur le monde , obsédée par le secret , sacrément têtue, téméraire, si méconnue ....

Elle met un cadenas sur ses émotions , serrure à double tour toute sa vie, le silence , son leitmotiv......
L'histoire de sa vie , son destin particulier : fuites, exils, rencontres, recommencements ... la création comme oeuvre de réparation , mais avait- elle conscience de son talent ?

J'ai surtout apprécié la dernière partie de l'ouvrage , passionnante , vraiment intéressante où L'auteure fait un parallèle entre le métier d'écrivaine et celui de photographe ....

«  Entrer dans une vie, c'est brasser les ténèbres , déranger des ombres, convoquer les fantômes .
C'est interroger le vide et tendre l'oreille vers Les Échos perdus ... »

L'auteure décrit avec une rare empathie comme elle sait si bien le faire dans chacun de ses livres (je les ai tous lus ) , le portrait en creux des blessés de la vie, des perdants, des abandonnés , des blessures, des ruptures , des douleurs d'une vie , des secrets familiaux éprouvants, d'une abyssale solitude, d'une personnalité ambivalente , déroutante , d'une effacée magnifique à l'histoire désespérante ....mais passionnément humaine, ancrée, aux facettes multiples , de celles qui ne « sont » rien, qui ne demandent rien, n'attendent rien, n'exigent rien . ....une invisible ....
Elle prenait des clichés en noir et blanc , pétris d'humanité, mélancoliques , des centaines de milliers de visages fixés sur la pellicule avec ce désir de déchiffrer les êtres ...

Elle fait le parallèle avec Camille Claudel et d'autres artistes , Séraphine de Senlis ....
L'auteure voit la «  littérature tel l'or des Mots, qui transfigure un banal voyage en traversée
Transssibérienne .
C'est la première fois que je ne mets pas cinq étoiles , seulement quatre même si cet ouvrage est un bel hommage à une artiste qui ignorait sans doute son talent .
Peut - être l'accumulation des faits concernant les tourments de sa vie familiale ....Je redis ma préférence pour les parallèles entre l'écrivaine et la photographe ....
+ Lire la suite
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colka
  18 janvier 2021
"Entrer dans une vie, c'est brasser les ténèbres, déranger des ombres, convoquer des fantômes".
Si j'ai mis en exergue cette citation de Gaëlle Josse c'est qu'elle résume assez bien la problématique de l'auteure lorsqu'elle écrivit cette biographie de la photographe de rue VIvian Maier dont le talent fut miraculeusement découvert par John Maloof au début des années 2000. C'est grâce à la curiosité et l'acharnement de ce dernier que fut portée à la connaissance du grand public les milliers de clichés qui étaient jusque là entassés dans des cartons...
Destinée hors du commun que celle de cette femme : sous les feux de la rampe à titre posthume, elle mena par ailleurs, dans "l'effacement" le plus complet, une existence anonyme et douloureuse.
La scène inaugurale de l'essai résume bien à elle seule ce que fut la vie de Vivian Maier. Gaëlle Josse nous donne à voir dans ce passage très visuel, une vieille femme, seule, assise sur un banc devant le lac Michigan à Chicago. Un beau cliché en noir et blanc... Nous tenons là les deux clés de l'existence de Vivian Maier : solitude et passion pour la photographie.
Avec un talent de conteuse qui ne se dément pas tout au long du récit, l'auteure nous emmène sur les chemins de vie de celle qui fut "un regard sur le monde". Mais avant de trouver sa voie et ce qui donna un sens à sa vie , que d'errances, d'absences et de manques de liens a-t-elle dû affronter. Une enfance dévastée, aux côtés d'un père violent et d'une mère complètement instable, tous deux enfants d'immigrants aux Etats-Unis. Une adolescence livrée à elle-même auprès de sa mère et de son frère schizophrène, elle ne trouvera de réconfort qu'auprès de ses deux grands-mères et devra très vite gagner sa vie.
C'est là que vont commencer ses déambulations photographiques dans New-York avec un modeste Kodack. Bientôt "sa vie avance entre deux pôles le plus souvent emmêlés, son métier de gouvernante de jeunes enfants à domicile et ses déambulations photographiques". Cette "carrière" de photographe de rue connaîtra son apogée lorsqu'elle devra quitter le foyer des Gensburg au service desquels elle resta dix-sept ans. Sans doute la période la plus stable de sa vie et celle où elle tissa des liens suffisamment forts pour que les trois fils Gensburg prennent soin d'elle lorsqu'elle tombera dans l'extrême pauvreté.
La suite de son existence ressemble un peu à une descente aux enfers et Gaëlle Josse aborde cette période avec tact en nous renvoyant à une séries de questionnement relatifs à l'équilibre mental de Vivian Maier, peut-être rattrapée, à cette époque par la lourde hérédité familiale sur le plan psychologique... Ce qui demeure et ce que défend l'auteure avec beaucoup d'empathie et de chaleur c'est le talent de Vivian Maier fait d'une ouverture sur le monde, d'un sens aigu de la rencontre et du moment à saisir, ainsi que d'une poignante humanité, celle qui montre sans voyeurisme l'abandon et la pauvreté.
Les dernières pages de l'essai sont très belles et émouvantes car l'auteure élargissant son propos, rend aussi un vibrant hommage à toutes celles et tous ceux qui vécurent leur art jusqu'à la mort et parfois la folie, dans le dénuement et l'abandon le plus complet...
PS Si vous êtes touché(e) par la destinée hors pair de cette femme et par son talent, allez faire un tour sur le site créé par John Maloof www.vivianmaier.com
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isabelleisapure
  07 avril 2019
Sans Gaëlle Josse dont je suis une fidèle lectrice, je n'aurais peut-être jamais entendu parler de Vivian Maier.
C'est donc avec intérêt que j'ai découvert la vie de cette femme photographe de génie qui pour payer son loyer gardait des enfants.
Ces clichés ont été découverts par hasard dans un garde meuble près de Chicago ainsi que de nombreuses pellicules non développées.
Sous la plume de l'auteure nous découvrons une Américaine d'origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, son Rolleiflex autour du cou photographiant inlassablement les femmes, les enfants, les hommes travailleurs où mendiants et multipliant les autoportraits.

Une lecture agréable, grâce à la plume de Gaëlle Josse, mais je n'ai pas ressenti d'émotion face à ce destin hors du commun.
L'émotion je l'ai ressentie en allant découvrir sur Internet les visages de ces anonymes photographiés le plus souvent à leur insu par une femme qui n'avait pas la moindre notion de son immense talent.

Merci à NetGalley et aux Editions Noir sur blanc - Notabilia
#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance
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