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Critiques sur Une femme en contre-jour (76)
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Bookycooky
  07 mars 2019
2007 Chicago, un jeune agent immobilier, John Maloof cherche des anciennes photos pour illustrer un livre qu'il projette d'écrire sur un quartier de la ville. Au détour d'une vente aux enchères, il achète pour quatre cent dollars des cartons remplis de photos, planche-contacts, pellicules non développées négatifs et paperasses. Mais grosse déception ! Rien dans ces cartons qui puisse lui servir. Pourtant curieux, mais ignare sur la photo, il poste quelque deux cents clichés sur internet, pour avoir une idée de ce qu'il a dans les mains. Vu les réactions, il se rend compte qu'il tient quelque chose de rare......Ainsi débute la célébrité, la gloire et la reconnaissance posthume de l'oeuvre de Vivian Maier, photographe américaine d'origine française, sujet du dernier livre de Gaëlle Josse.

Viviane Maier personne ne l'a vraiment connue à part ses employeurs, chez qui elle travailla comme nounou . le reste c'est presque le néant. Un néant que Josse va combler à partir de ses photos, quelques témoignages et manuscrits et surtout avec son imagination.

Des photos en noir et blanc, surtout de l'Amérique d'après guerre, de nombreux portraits de clochards, ouvriers épuisés, ivrognes ramassés par la police, enfants, nourrices, vieilles femmes, enfants de la rue, couples, adolescents,......bref une majorité de démunis. Et surtout beaucoup d'autoportraits. Ce personnage complexe à la personnalité ambivalente, cette solitaire, vieille fille au passé familial désastreux, semble tenir par le biais de ces photos, jamais vues et exposées aux yeux d'autrui, un carnet intime d'une histoire qu'elle “tente de s'inventer, de se construire, elle qui ne possède rien, ni biens ni famille”.

Qui est la vraie Vivian Maier ? Vu les témoignages contradictoires, personne n'en saura rien, “seules ses photos parleront pour elle “. Et Josse ajoute « Peut-être sommes-nous tous condamnés, dans le regard de l'autre, à être, selon le mot pirandellien, un, personne et cent mille. »

J'ai un avis mitigé sur ce livre. Aprés la découverte de son histoire et le tapage médiatique autour, j'étais allée voir deux de ses expositions , différents lieux et dates. Personnellement j'aime beaucoup la photo comme art plastique, ca me fascine, c'est tout, aucune compétence particulière. J'ai trouvé les photos de Maier non dénuées d'intérêt, mais aprés un moment on s'en lasse. À mon avis elles n'ont rien d'exceptionnel pour mériter tout cet acharnement sur son oeuvre. Dans le livre de Josse, aussi j'ai senti comme un creux, un vide que même l'imagination et la prose de l'écrivaine que j'aime beaucoup, n'arrive pas à combler, surtout dans la première partie où on se perd dans des histoires de familles aux détails à mon avis sans intérêt. Dans la deuxième moitié du livre elle se rattrape insérant ses propres réflexions et instiguant un parallèle entre Meier et elle. Elle, écrivaine, Meier photographe, même travail, "faire passer un peu de lumière dans l'opacité des êtres, dans leur mystères, leur fragilité, dans leurs errances, et dire ce qu'on entrevoit, ce qu'on devine, ce qui se dérobe."
Bien que Josse a finalement réussi un livre intéressant sur un personnage quasi invisible, malheureusement il ne m'a pas touchée, émue pour autant. Je le conseillerais quand même, vu sa prose ( ayant un peu perdu ici de sa verve) et nos sensibilités différentes aux divers lectures.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia pour l'envoi de ce livre !
# Une Femme En Contre-Jour #NetGalleyFr

"L'oeuvre, nourrie de la vie, plus grande que la vie".
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Kittiwake
  17 avril 2019
Quelle belle idée de rendre hommage à cette femme au destin si particulier! La photographe célèbre s'inscrit au coeur d'une histoire d'exils, de fuites, de rencontres déjà remarquable. Mais ce qui est plus frappant est l'incroyable rôle du hasard qui a permis d'exhumer cette oeuvre magnifique, qui, de portraits en scènes de vie dresse un état des lieux remarquable des Etats-Unis d'après guerre.

Totalement inconnue de son vivant, elle n'a jamais cherché ou peu insisté pour faire connaitre ses travaux, et n'en a pas tiré profit. Plus étrange encore, elle n'a pas vu toutes ses photos, comme si l'instant même de la scène captée comptait plus que le résultat.

Si les âmes peuvent assister en spectateur à la suite de ce qui fut leur film, combien elle doit se réjouir de ce succès posthume. Encore que la part de mystère qui entoure sa personnalité puisse permettre d'en douter. Car peu d'éléments permettent d'affirmer avec certitude qui elle fût. Pas de journal, pas de commentaires des clichés, pas d'avis de son entourage, qui s'est limité longtemps aux familles qui l'ont employée en tant que nurse. Sa propre famille est trop bancale ou en dérive pour aider à construire le portrait de l'artiste. Monstre ou ange gardien? Les témoignages font parfois douter du fait que l'on parle d'une personne unique.

C'est avec la plume élégante et délicate que l'on connait que s'esquisse la silhouette inachevée, avec sa part d'ombre, sans romancer ce qui reste nébuleux, laissant la part au doute et aux questions.

"Entrer dans une vie, c'est brasser les ténèbres, déranger des ombres, convoquer les fantômes. C'est interroger le vide et tendre l'oreille vers les échos perdus."


Très bel hommage à cette artiste qui a sans doute elle-même ignoré son talent.

#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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marina53
  17 juin 2019
En 2007, John Maloof achète, aux enchères, tout un fatras de photographies, de planches-contacts, de pellicules non développées, de négatifs et de papiers entassés. Malheureusement, rien de tout cela ne peut lui servir pour son projet d'écrire sur Chicago. Ignare en photographie, il poste parfois, sur internet, quelques photos. Ces clichés font l'unanimité. On lui propose d'en acheter, un professeur d'art attire même son attention sur le travail exceptionnel de l'auteur. Mais qui, justement, est l'auteur ? Et qui est cette femme qui apparait dans d'innombrables clichés ? En 2009, il finit par découvrir un nom, à peine lisible sur une enveloppe. Vivian Maier. Sur internet, il tombe avec stupéfaction sur son avis de décès, rédigé par les frères Gensburg. Il les contacte et apprend que Vivian était nurse et qu'elle ne se séparait jamais de son appareil. John Maloof en est alors certain : il a découvert un trésor...

Vivian Maier, c'est cette femme sur la couverture du livre. Une femme discrète, androgyne, presque austère. Les cheveux courts, retenus par une barrette, les lèvres bien dessinées, une silhouette solide. le regard grave, concentré, jamais un sourire. C'est cette femme à qui Gaëlle Josse rend un vibrant témoignage... de son enfance chaotique, de la France aux États-Unis, à son travail de nurse en passant par ses nombreux voyages, l'auteure retrace, à travers cette biographie, certes romancée, la vie de celle qui ne quittait jamais son appareil-photo. Méconnue de ceux qui l'ont côtoyé, Vivian Maier laisse derrière elle des milliers de clichés, la plupart en noir et blanc, qu'elle n'a jamais eu l'occasion de voir. Des clichés pris sur le vif, pleins de vie, d'humanité mais aussi mélancoliques. Des scènes de l'Amérique d'après-guerre au coeur desquelles elle dévoile tous ses talents. Des auto-portraits si brillamment mis en scène. Artiste unique, femme insaisissable et indépendante, Vivian Maier prend vie et âme à travers la plume sensible de Gaëlle Josse.

Pour en savoir plus : un documentaire coréalisé par John Maloof et Charlie Siskel, intitulé "Finding Vivian Maier", le site de l'Association Vivian Maier et le Champsaur (www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr), le site "officiel" réalisé par John Maloof (www.vivianmaier.com).

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rabanne
  10 juillet 2019
"L'histoire d'un bouleversant effacement devant l'oeuvre"... C'est ce que Gaëlle Josse a voulu écrire sur (ou dire de) Vivian Maier, dont la renommée internationale ne fut que posthume.
Une existence chaotique et précaire, dont on sait peu de choses à vrai dire, entre secrets de famille, traumatismes et ruptures.
Une nurse étrange, à la fois humble et contrastée, résignée, solitaire, invisible.
Une artiste cachée, qui ignorait elle-même toute l'étendue et la valeur réelle de son talent.
Cette biographie romancée superpose le parcours de vie de Vivian avec sa passion de la photographie : une opposition constante entre ombre et lumière, pauvreté et richesse, séparations et retrouvailles...
Et que de visages croisés et capturés dans la rue, des nantis aux exclus, des oubliés aux invisibles, des scènes de la vie ordinaire à perte de pellicule !
Inconditionnelle de la plume de l'auteure (mon 6ème livre), j'avoue n'avoir pas été autant captivée par ce dernier opus que par tous les précédents.

(Merci à Hélène pour le prêt !)
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Eve-Yeshe
  02 avril 2019
John Maloof découvre dans un lot qu'il a acheté dans une vente aux enchères, des photos, des pellicules jamais développées, des papiers ayant appartenu à Vivian. Il va lancer des recherches sur Internet et découvrir peu à peu qui est cette femme et prend contact avec les frères Gensburg dont elle a été la nounou autrefois. Ils sont les auteurs de la nécrologie parue dans le journal.

C'est grâce aux frères Gensburg qu'elle a pu échapper à l'indigence : ils lui ont trouvé un logement lorsqu'ils l'ont découverte, quelques années plus tôt dans l'indigence absolue, dans la détresse. Une ancienne nurse qui faisait les poubelles.

Peu à peu on découvre l'histoire de Vivian, qui naît le 1er février 1926, deuxième enfant de Maria Jaussaud et Charles Maier qui ont déjà un fils Karl, alias Charles comme son grand-père, alias Carl. Tous deux sont des enfants du rêve américain. Mais, le couple s'entend mal, du fait de l'alcoolisme et la violence et Carl est très vite confié à un foyer…

Comment grandir quand on naît dans une famille dysfonctionnelle ? du côté maternel, sa grand-mère Eugénie, a confié sa fille Maria âgée de trois ans à sa soeur avant de partir en Amérique car le père biologique n'a pas voulu la reconnaître. On sait comment étaient considérées celles qu'on appelait les filles-mères. Elle la rejoindra quatorze ans plus tard. L'entente sera compliquée.

Une partie d'elle est restée dans la vallée de son enfance, dans les Hautes-Alpes, mais quand elle tente d'y retourner elle n'est pas la bienvenue, c'est l'Américaine.

On a donc une répétition des scenarii : des abandons, des mensonges qui se répètent d'une génération à l'autre, des perturbations mentales : il s'avère très vite que Carl dérive vers la psychose et Vivian n'est pas en reste, car en interrogeant les enfants dont elle a été la nurse, certains ont conservé un souvenir chaleureux d'elle alors que d'autres disent qu'elle a été violente maltraitante.

Ceci se retrouve dans ses autoportraits où les images se renvoient, se multiplient comme autant de personnalités différentes, qui cohabitent. Elle a photographié aussi les laissés pour compte, lors d'un périple de neuf mois, dans le monde, et là encore, les clichés sont fascinants.

Cette femme, hors du commun, m'a fascinée tant par son histoire que par son talent. Je suis allée sur le site internet qui lui est dédié, ou les vidéos, expos que j'ai pu trouver, et son parcours, tout comme la manière dont elle devenue célèbre alors que, de son vivant, elle était inconnue, voire insignifiante, comme d'autres artistes de l'époque, sont passionnants.

J'ai retrouvé la sensibilité qui me plaît tant chez Gaëlle Josse lorsqu'elle brosse des portraits d'artistes ou de gens ordinaires comme vous et moi… J'aime beaucoup découvrir des artistes méconnus, qu'il s'agisse de peintres, sculpteurs, ou comme ici, une photographe… Il s'agit ici plutôt d'une « biographie romancée » mais Anne Marx a écrit une biographie complète sur Vivian Maier que j'aimerais bien découvrir.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia qui m'ont permis de découvrir ce livre…

#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Annette55
  17 juin 2019
Je ne retracerai pas l'histoire des planches - contact, photos , pellicules et la trace d'un nom presque effacé , découvert par le jeune John Maloof, agent immobilier , carton acquis dans une vente aux enchères en 2007 , d'autres l'ont fait avant moi.

Ce qui m'importe c'est la découverte de la personnalité de Vivian Maier.
Mais qui était - elle vraiment ? Une gouvernante , une nourrice ? Une photographe talentueuse à l'égal des plus grands ? Une oeuvre découverte par hasard ? Par erreur ?

La plume sensible , la prose incomparable de l'auteure nous convoque à entrer dans la vie de cette femme discrète , insaisissable et austère , cheveux courts retenus par une barrette, regard grave , jamais un sourire , lèvres bien dessinées, solide silhouette, enfance chaotique , personnalité ambivalente , complexe, indépendante , méconnue, une ombre grise , anonyme , dans les rues de la ville ....ouverte sur le monde , obsédée par le secret , sacrément têtue, téméraire, si méconnue ....

Elle met un cadenas sur ses émotions , serrure à double tour toute sa vie, le silence , son leitmotiv......
L'histoire de sa vie , son destin particulier : fuites, exils, rencontres, recommencements ... la création comme oeuvre de réparation , mais avait- elle conscience de son talent ?

J'ai surtout apprécié la dernière partie de l'ouvrage , passionnante , vraiment intéressante où L'auteure fait un parallèle entre le métier d'écrivaine et celui de photographe ....

«  Entrer dans une vie, c'est brasser les ténèbres , déranger des ombres, convoquer les fantômes .
C'est interroger le vide et tendre l'oreille vers Les Échos perdus ... »

L'auteure décrit avec une rare empathie comme elle sait si bien le faire dans chacun de ses livres (je les ai tous lus ) , le portrait en creux des blessés de la vie, des perdants, des abandonnés , des blessures, des ruptures , des douleurs d'une vie , des secrets familiaux éprouvants, d'une abyssale solitude, d'une personnalité ambivalente , déroutante , d'une effacée magnifique à l'histoire désespérante ....mais passionnément humaine, ancrée, aux facettes multiples , de celles qui ne « sont » rien, qui ne demandent rien, n'attendent rien, n'exigent rien . ....une invisible ....
Elle prenait des clichés en noir et blanc , pétris d'humanité, mélancoliques , des centaines de milliers de visages fixés sur la pellicule avec ce désir de déchiffrer les êtres ...

Elle fait le parallèle avec Camille Claudel et d'autres artistes , Séraphine de Senlis ....
L'auteure voit la «  littérature tel l'or des Mots, qui transfigure un banal voyage en traversée
Transssibérienne .
C'est la première fois que je ne mets pas cinq étoiles , seulement quatre même si cet ouvrage est un bel hommage à une artiste qui ignorait sans doute son talent .
Peut - être l'accumulation des faits concernant les tourments de sa vie familiale ....Je redis ma préférence pour les parallèles entre l'écrivaine et la photographe ....
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isabelleisapure
  07 avril 2019
Sans Gaëlle Josse dont je suis une fidèle lectrice, je n'aurais peut-être jamais entendu parler de Vivian Maier.
C'est donc avec intérêt que j'ai découvert la vie de cette femme photographe de génie qui pour payer son loyer gardait des enfants.
Ces clichés ont été découverts par hasard dans un garde meuble près de Chicago ainsi que de nombreuses pellicules non développées.
Sous la plume de l'auteure nous découvrons une Américaine d'origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, son Rolleiflex autour du cou photographiant inlassablement les femmes, les enfants, les hommes travailleurs où mendiants et multipliant les autoportraits.

Une lecture agréable, grâce à la plume de Gaëlle Josse, mais je n'ai pas ressenti d'émotion face à ce destin hors du commun.
L'émotion je l'ai ressentie en allant découvrir sur Internet les visages de ces anonymes photographiés le plus souvent à leur insu par une femme qui n'avait pas la moindre notion de son immense talent.

Merci à NetGalley et aux Editions Noir sur blanc - Notabilia
#UneFemmeEnContrejour #NetGalleyFrance
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hcdahlem
  02 avril 2019
Vivian Maier loin des clichés
En exhumant la vie de la photographe Vivian Maier, Gaëlle Josse réussit non seulement à retracer un parcours hors du commun, entre la France et l'Amérique, mais nous offre aussi une réflexion sur l'émigration et le rêve américain.

«La femme qu'on emmène dans un hurlement de sirène s'appelle Vivian Maier, elle aura quatre-vingt-trois ans le 1er février. Personne, ici, ne sait qui elle est. Une silhouette familière du quartier, une de celles qui semblent faire partie d'un lieu, comme un élément du décor, et un jour elles ne sont plus là. On se fait la remarque, on s'interroge un instant, et on oublie. Une vieille dame solitaire qui perd un peu la tête par moments. Qui se montre encore drôle, parfois, et sacrément têtue. 
Les seuls qui pourraient en dire quelque chose, ce sont John, Matthew et Lane Gensburg, les trois frères que cette femme âgée a élevés pendant dix-sept ans. Aujourd'hui, ce sont eux qui paient son loyer; ils lui ont trouvé ce logement lorsqu'ils l'ont découverte, quelques années plus tôt, dans l'indigence absolue, dans la détresse. Oui, leur ancienne nurse faisait les poubelles.
À sa sortie de l'hôpital, ils l'installeront dans une maison de repos pour qu'elle guérisse sans avoir à se soucier de rien. La chute, le choc à la tête, les médecins ont prévenu, vous savez, à cet âge-là, on ne peut rien dire. Nous ferons tout ce que nous pourrons. Pendant quatre mois, Vivian va errer, entre conscience et inconscience, dans cet état cotonneux, assourdi, où se dénoue doucement l'écheveau d'une vie et qui préfigure le grand sommeil. Puis ce 26 avril 2009. Elle ne verra pas ce printemps, cette reverdie qui s'épanouit derrière les fenêtres. La photo se brouille, devient floue. Illisible. C'est fini.» 
C'est avec la fin de Vivian Meier que Gaëlle Josse a choisi d'ouvrir son roman, à la fois parce que cette scène forte raconte le destin de la femme sur laquelle elle va se pencher et parce que le hasard veut qu'au moment où les frères John, Matthew et Lane Gensburg dispersent les cendres de leur «seconde maman», un homme fait l'acquisition de quelques milliers de clichés réalisés par la défunte et qui dormaient dans un garde-meubles.
L'acquéreur, à la recherche de photos d'un quartier de Chicago pour un livre, est déçu de son achat. Mais en fait John Maloof a entre les mains un trésor. Si les prises montrent surtout les immigrés, les afro-américains, les gens de rien, ils racontent aussi l'Amérique, comme les spécialistes ne tardent pas à s'en rendre compte. Des clichés superbes qui vont assurer une gloire posthume à celle dont le nom griffonné au dos d'un cliché mérite une place dans le panthéon des plus grands photographes.
Par l'intermédiaire de généalogistes engagés pour la circonstance, John Maloof va essayer de démêler le vrai du faux et refaire le parcours de Vivian et de ses parents et grands-parents depuis la France jusqu'aux États-Unis. «Il remonte aux sources. Il va retrouver des témoins, d'anciens employeurs et des enfants naguère élevés par Vivian, il part sur la piste de ses séjours en France, dans le Champsaur, ce territoire des Hautes-Alpes, le berceau familial de sa mère, où il rencontre des cousins de Vivian et offre au village une série de clichés qu'elle a pris là-bas.»
Une quête passionnante qui permet de découvrir une personne tout sauf lisse. Certains témoins la voient comme une femme désagréable et sévère, d'autres en font un portrait d'une mère de substitution, attentionnée et soucieuse de leur bien-être et de leur éducation. Ses rapports familiaux et avec la France sont de même nature. Ses allers et ces retours ne permettent pas une lecture claire de ses desseins. Reste un grand mystère: elle n'a jamais indiqué ce que l'on devait faire de ses milliers de clichés, de cette oeuvre magistrale.
Gaëlle Josse semble elle-même fascinée par l'artiste et dubitative sur la femme, même si la création, l'art doit sans doute toujours l'emporter. Son livre souligne à la fois le côté romanesque de la vie de Vivian Maier et remet en lumière une oeuvre que je vous invite à découvrir sans plus attendre sur vivianmaier.com


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Litteraflure
  20 mars 2019
Cherche Vivian désespérément ! Tel pourrait être le titre de ce petit livre dans lequel Gaëlle Josse, avec la délicatesse et l'élégance qu'on lui connaît, donne chair à une photographe virtuose, inconnue de son vivant. Avec émotion, on suit la trajectoire insolite de cette femme à la silhouette d'épouvantail, au regard acéré, incapable de s'intégrer au monde mais si douée pour en capter l'humanité. Gaëlle Josse relie l'enfance malheureuse de Vivian Maier à celle des déshérités qu'elle immortalise dans l'objectif de son appareil photo. La souffrance et le déficit d'identité de Vivian Maier résident dans chacun de ses portraits et en cela, elle devient leur ambassadrice officieuse. Je reste un peu frustrée, cependant, car souvent, « Une femme en contre-jour » ressemble à une fiche Wikipedia, dans une version plus romanesque. le récit devient plus intéressant quand Gaëlle Josse essaye de percer les mystères de l'artiste, et notamment le plus intrigant : pourquoi n'a-t-elle jamais fait développer ses photos ? Par fierté, par amour-propre, par ces excès de paranoïa dont elle était coutumière ? L'auteure effleure le sujet. Après le merveilleux « Une longue impatience », j'attendais un récit plus long, plus dense - plus ambitieux, oserais-je dire. Je ne suis pas la seule à savourer son oeuvre et partout j'entends : « Gaëlle a tout d'une grande, il suffirait d'un roman plus imposant pour qu'elle touche le firmament ». Mais peut-être les trompettes de la renommée vous sont-elles insupportables, chère Gaëlle, et ce serait tout à votre honneur ! On vous pardonne tout, même ce péché mignon de l'écrivain(e) français(e) contemporain(e) : romancer une biographie. Vous n'avez pu résister à la personnalité et à l'oeuvre de cette femme si singulière, presqu'étrangère à son siècle et pourtant, si douée pour le représenter. Vos regards se sont croisés, et vous ne vous êtes plus quittées. Je comprends… L'intime urgence d'écrire et de décrire.
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Nat_85
  10 mars 2019
J'attendais avec impatience son dernier roman. Chaque lecture est un voyage poétique dont l'anonyme devient personnage central ; l'invisible prend forme sous sa plume délicate. Gaëlle Josse revient avec » Une femme en contre-jour « publié en cette rentrée littéraire 2019 aux éditions Noir sur Blanc, dans la collection Notabilia. Un récit poignant et humble de la vie de la photographe Vivian Maier. C'est seulement après sa mort que son travail sera reconnu, par la main réparatrice du destin. Vivian Maier se révélera alors comme l'une des photographes les plus brillantes de la street photography. Et ce roman de Gaëlle Josse est un vibrant hommage à cette femme libre et audacieuse.
C'est par un pur hasard que le jeune John Maloof découvre un lot contenant des milliers de négatifs, ainsi que des pellicules non développées et quelques tirages, lors d'une vente aux enchères à Chicago en 2007. Agent immobilier de vingt-cinq ans, il ne connaît alors pas la valeur de son acquisition. Intuitif mais ignare, Maloof entreprend des recherches sur internet et questionne les réseaux sociaux pour connaître la qualité et la valeur de ces clichés. Il finit par comprendre qu'il tient quelque chose de rare, probablement unique.
Mais lorsqu'un avis de décès est publié en 2009 dans le Chicago Tribune, indiquant que Vivian Maier est décédée quelques jours plus tôt, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, John Maloof a la sensation d'un rendez-vous manqué. Il a alors l'incroyable idée de lui redonner vie, à travers son oeuvre.
p. 16 : » John Maloof va en effet inventer Vivian Maier. La révéler, au sens photographique du terme. Naissance et résurrection d'une artiste de génie. Naissance d'une énigme. «
Malgré l'indifférence initiale du monde artistique, John Maloof organise une première exposition de ses clichés au Centre culturel de Chicago, en partie financée par ses ventes sur eBay. C'est un succès planétaire, la reconnaissance d'une artiste inconnue jusqu'alors. En collaboration avec Charlie Siskel, l'agent immobilier produit un documentaire : » À la recherche de Vivian Maier « .
p. 19 : » Sa surexposition posthume est aussi brillante que sa vie fut obscure. «
Il est indéniable que pour pénétrer et comprendre les oeuvres de Vivian Maier il faut avant tout connaître sa vie. le temps des origines…
Vivian Maier est née dans le Bronx aux Etats-Unis en 1926. D'un père austro-hongrois et d'une mère française. de cette union né tout d'abord un garçon, Carl. Mais la mésentente entre les parents s'intensifie, dans l'alcoolisme et la violence, et sur fond de difficultés financières. C'est alors que Vivian vient au monde, alors que son frère sera placé en foyer peu de temps après. Toute son enfance n'est que négligences et mensonges. Triste héritage de trois générations de femmes au parcours chahuté.
p. 49 : » Elle a l'énergie de ceux qui n'attendent rien, qui n'ont rien reçu en héritage. «
Dans cette enfance difficile, elle fera néanmoins une rencontre décisive, une amie de sa mère, la célèbre photographe Jeanne Bertrand.
p. 35 : » Rien ne saurait mieux lier deux vies que de semblables secrets, de semblables blessures. «
On imagine que c'est par elle que le virus de la photographie a transité, pour devenir rapidement omniprésente.
p. 54 : » La photo est déjà au coeur de sa vie. C'est son oeil, sa respiration, son toucher, sa façon d'être. «
Rapidement livrée à elle-même, elle devient gouvernante pour enfants, seul moyen, estime-t-elle, de pratiquer quotidiennement sa passion, tout en subvenant à ses besoins, aussi minimes soient-ils. Ainsi, elle fera l'acquisition de son premier appareil, un Rolleiflex. Elle profitera alors de chaque instant libre pour arpenter les rues, son Rolleiflex au cou, portant un regard aiguisé sur l'humain dans la ville et laissant des portraits saisissants. Elle utilisera même sa propre salle de bains pour y établir son laboratoire de développement de clichés.
p. 59 : » Son travail se focalise sur les visages, le portrait, et sur les exclus, les pauvres, les abandonnés du rêve américain, les travailleurs harassés, les infirmes, les femmes épuisées, les enfants mal débarbouillés, les sans domicile fixe. «
Vivian Maier est une femme audacieuse, à l'esprit libre et à la conscience sociale aiguë. Toutes les détresses trouveront refuge dans son objectif.
Mais les témoignages sont nombreux sur l'ambivalence de cette nourrice photographe.
p. 72 : » Ouverture sur le monde et obsession du secret, deux mouvements contradictoires, deux extrêmes d'un balancier. «
En plus de son immense talent, le mystère autour de cette femme créé sa légende, ou du moins l'amplifie.
Gaëlle Josse retrace dans ce roman, une vie en pointillés, avec toute la difficulté de rapporter une vie qui n'est plus, et dont les témoignages sont rares. J'ai retrouvé la qualité incomparable de l'écriture et la sensibilité à fleur de plume de l'auteure ! Un lien unit Gaëlle Josse à Vivian Maier. Si l'une figeait les portraits dans des clichés, l'auteure en dessine les contours dans des histoires singulières et poignantes. D'où cette intime confession en fin d'ouvrage…
p. 91 : » Les visages. Je suis, comme Vivian Maier, fascinée, obsédée par les visages. «
Lien : https://missbook85.wordpress..
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