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ISBN : 2376800005
Éditeur : Editions Invenit (15/03/2017)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Au Metropolitan Museum de New York, Gaëlle Josse s’interroge devant l’énigmatique Jeune Fille assoupie de Vermeer et tente de déchiffrer tous les possibles qu’elle suggère. Mais c’est au cours d’une errance urbaine dans cette ville de New York que l’œuvre va prendre tout son sens, en trouvant un écho troublant et inattendu au cœur de la cité. L’art et la vie. L’art dans la vie. Et toujours cette question qui poursuit l’auteur : qu’est-ce qu’une œuvre d’art a à nous ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
nadejda
  17 mars 2017
Ce n'est pas le tableau le plus célèbre de Vermeer qui attire irrésistiblement Gaëlle Josse à chacune de ses visites à New-York. C'est "La jeune fille endormie" qui lui parle, la questionne et l'intrigue. Elle la voit différemment à chaque fois qu'elle la retrouve et la contemple parce qu'elle-même est à chaque fois dans un état différent, à un autre moment de sa vie. Cette jeune femme suscite des réflexions qui la renvoie vers elle-même, vers l'écriture qui elle-aussi doit laisser de "l'espace pour que le lecteur y mêle sa respiration, son souffle, son histoire" ; mais aussi vers un autre artiste Edward Hopper :
"Le souvenir de cette toile de Hopper, soudain, qui vient s'interposer là. Une femme seule, dans un café, en chapeau et manteau, devant une tasse, le regard lointain. Éveillée, elle fixe le vide. Une attente. Une absence. Couleurs froides, décor blafard, inhospitalier. Tout le contraire de chez Vermeer. Et pourtant ce même abandon, cette même solitude, ce même égarement." p 36
Et plus encore, cette jeune femme endormie va en rejoindre une autre. Elles vont être réunies par delà le temps et l'espace dans le même songe, quand Gaelle Josse, après avoir quitter le Metropolitan Museum, regagne Chinatown où se trouve son hôtel.
" Soudain, je m'arrête devant une vitrine. C'est celle d'un fast-food.
(...) une jeune femme dort devant les reliefs de son diner.
(...) L'air brûlant de la ville, lacéré par les sirènes de NYPD, la laisse indifférente. Elle dort. Je reste là, immobile devant cette troublante réplique de mon endormie du Metropolitan. Vertige. Stupeur. Étrange. Troublante correspondance. le tableau s'invite dans la vie. p 39-40
J'ai aimé cette lente progression à l'intérieur de la scène offerte par le tableau qui nous fait toucher "cette part d'impalpable qui nous met en face d'une partie de nous-mêmes, sans résistance possible..." puis le détour par une toile de Hopper le New-Yorkais où une jeune femme éveillée est "seule dans un café, devant une tasse, le regard lointain et fixe le vide."(...) "tout le contraire de chez Vermeer. Et pourtant ce même abandon, cette même solitude, ce même égarement."
Vermeer et Hopper vont ensuite se fondre dans la vision soudaine de la jeune chinoise endormie derrière la vitre du fast-food.
"Vermeer, Hopper, la rue. Trois égarées, trois infimes maillons d'humanité."
Ce petit livre m'a rappelé le cheminement de "L'ombre de nos nuits" où le "Saint Sébastien soigné par Irène" de Georges de la Tour happe une jeune femme au musée de Rouen et la transporte hors du temps pour mieux lui permettre de renouer avec le présent de sa vie.
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CalamityBovary
  17 juillet 2017
Sur le blog Encres vagabondes.
Gaëlle Josse consacre ce livre à un tableau, Jeune fille assoupie, peint par Johannes Vermeer alors qu'il avait vingt-cinq ans, en 1657. L'auteure nous explique ce qui l'a intriguée dans cette toile, nous en présente tous les détails, y compris ceux qui ont été effacés, recouverts par le peintre lui-même ; elle nous suggère des interprétations possibles en resituant l'oeuvre dans son contexte historique et artistique ; mais, au-delà, elle la confronte aussi à d'autres représentations de femmes, de Vermeer ou de son époque, et même d'Edward Hopper. Et puis, hors des musées et des collections, il y a la rue, la vie. L'art et la réalité se télescopent, s'entremêlent, et un lien s'établit naturellement avec l'écriture.
Gaëlle Josse est fascinée depuis longtemps par l'univers de Vermeer, ces « arrêts sur image », « cette sensation un peu voyeuse de surprendre une scène ». Etudiante elle allait voir les deux Vermeer du Louvre, La Dentelière et L'Astronome. Plus tard, à New York, elle a rencontré la belle endormie au Metropolitan Museum et l'a trouvée très mystérieuse. « Cette jeune femme ensommeillée m'interroge, et la contemplation prolongée de la toile ne fait qu'accroître l'étendue des questions qu'elle me pose. C'est un vertige, dont je ne sais comment j'ai été prise, ni comment je m'en extrairai. »
Elle se trouve face à une énigme et à une multiplication d'interprétations possibles. L'attitude du modèle (cet endormissement sur la table), ses vêtements, le lieu, rien n'indique clairement qui elle peut être.
« Mystérieuse identité, variable dans le temps. Est-elle servante ou quelqu'un d'autre ? Les indications de l'époque, lors d'une vente aux 1696, font état d'une servante ivre, endormie à une table. On ne sait à qui l'on doit cette mention, peut-être un simple clerc chargé d'établir un descriptif en vue de la vente... »
Les analyses techniques du tableau ont ajouté au mystère, apportant plus de questions que de réponses.
« Un homme fut tout d'abord présent dans la cour, dans un portrait accroché au mur au-dessus de la jeune pas. Un chien était là aussi, sur la droite, nous apprend la radiographie. de ces deux figures, il ne reste rien. À la place, le mur est un dossier de chaise en bois sombre, sculpté, à têtes de lion, devant un espace vide qui s'ouvre sur une autre pièce, une géométrie de portes, de cadres, à la place. du gris. du brun. du flou. Une absence. »
Qui était cet homme ? Que faisait-il là ? Pourquoi Vermeer l'a-t-il ensuite fait disparaître ? Comme pour toutes ses interrogations, Gaëlle Josse observe, réfléchit, décrypte, propose des pistes, des embryons d'interprétations et c'est aussi ce qui rend ce livre passionnant. Elle nous rappelle les conditions de vie à Delft au XVIIe siècle et les codes auxquels le peintre peut être soumis s'il s'agit d'une commande.
Et puis, au-delà, de l'univers de Vermeer, l'auteure relie sa jeune assoupie à d'autres portraits de femmes, de la Frick Collection ou de la Gemäldegalerie de Dresde, des femmes avec des verres de vin, endormies ou éveillées… L'alcool, le sommeil, les hommes, faut-il y voir un lien avec l'amour, tarifé ou non ?
Cette mise en scène de Vermeer renvoie aussi l'auteure aux histoires qui emplissent les tableaux d'Edward Hopper. Une de ses toiles surtout fait écho à la jeune assoupie.
« Une femme seule, dans un café, en chapeau et manteau, devant une tasse, le regard lointain. Éveillée, elle fixe le vide. Une attente. Une absence. Couleurs froides, décor blafard, inhospitalier. Tout le contraire de chez Vermeer. Et pourtant ce même abandon, cette même solitude, ce même égarement. »
Ces deux images picturales, la femme assoupie et la femme dans un café, vont se superposer dans la réalité de la rue. Dans Chinatown, derrière la vitrine d'un fast-food, une jeune femme s'est endormie devant les restes de son repas. L'auteure est stupéfaite par les correspondances entre cette vision et les toiles qui habitent son esprit.
« Vermeer, Hopper, la rue. Trois égarées, trois infimes maillons d'humanité. Trois inconnues, trois anonymes. Trois énigmes. Trois histoires que nous ne connaîtrons jamais. »
Ces histoires, ces énigmes, ces images, dans les musées ou dans la rue, voilà ce qui nourrit l'imaginaire et répond aux préoccupations littéraires de l'auteure.
« Je comprends alors pourquoi j'écris. J'écris pour dire des histoires d'égarés, de démunis, de perdus, d'abandonnés. Des histoires d'errants qui marchent au bord de leurs gouffres, qui s'égarent dans leur labyrinthe, des histoires de quel amour blessé, des histoires de mal-aimés, de maladroits, d'enfants solitaires, d'humains trop humains, de désarçonnés. »
En lisant ces mots, on voit défiler les autres livres de Gaëlle Josse, ces romans émouvants qui rencontrent un large public et ont été couronnés par de nombreux prix, notamment de lecteurs, de libraires et de médiathèques. Sur notre site, dans son article consacré au Dernier gardien d'Ellis Island, Dominique Baillon écrivait : « le choix formel du journal, qui se prête facilement aux allers-retours dans le temps, aux ruptures de rythme, au tricotage des évocations intimes avec les portraits des pauvres hères en attente, permet la variété colorée du patchwork, conjugue avec tension la force de la réalité historique et les fragments sensibles de l'individu. » Allers-retours dans le temps, tricotage des évocations intimes, portraits, fragments sensibles de l'individu, c'est tout cela que nous retrouvons ici et ce livre met en lumière, au-delà du lien entre peinture, littérature et, plus largement, création artistique, toute la cohérence du travail de l'auteure.
Un livre court et passionnant qui permet de mieux connaître Vermeer, ses tableaux et son époque, mais aussi de partager le ressenti de Gaëlle Josse, un livre qui donne envie à la fois, de voir ou revoir les oeuvres du peintre et de lire ou relire les romans de l'auteure.
Remercions aussi l'éditeur pour cette collection, Ekphrasis, qui compte déjà plusieurs dizaines de titres où, chaque fois, l'auteur se confronte à une oeuvre d'art. Une belle initiative dont le livre présenté ici montre tout l'intérêt. La preuve par la réussite que l'idée était bonne.
Serge Cabrol

Lien : https://www.encres-vagabonde..
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Tlivrestarts
  07 mai 2017
Comme vous le savez, je suis une inconditionnelle de la plume de Gaëlle JOSSE. Il y a les romans bien sûr, et notamment les plus récents dont vous avez certainement entendu parler : le dernier gardien d'Ellis Island et L'ombre de nos nuits qui sont extraordinaires.
Mais Gaëlle JOSSE est une femme qui expérimente également de nouvelles formes d'écritures. de vives voix par exemple est un essai autour de la voix qu'elle dissèque avec brio.
Cette fois-ci, nous sommes de nouveau sur une forme atypique publiée aux éditions Invenit qui elles ont l'habitude de dédier de petits ouvrages à la perception d'un artiste.
Ainsi, Gaëlle JOSSE, que j'ai eu la chance de rencontrer au Salon du Livre de Paris justement sur le stand de cette maison d'édition, s'est pliée avec plaisir à l'exercice proposé.
Avec ce tout petit ouvrage de seulement 50 pages, elle va nous faire partager ses émotions autour de l'oeuvre énigmatique "La jeune fille assoupie" de Vermeer, ce peinte néerlandais du XVIIème siècle.
Elle se retrouve au Metropolitan Museum de New York face au tableau qu'elle nous décrit dans les moindres détails qui ne manquent pas de susciter des interrogations, des émotions.
Elle exprime ce que lui évoque l'oeuvre, non pas qu'elle prétende vouloir l'imposer, loin de là.
"Une multiplication du sens, des possibles, des ouvertures, sans qu'aucune interprétation puisse prétendre prévaloir sur une autre." P. 12
J'ai beaucoup aimé retrouver la plume de cette écrivaine dont la qualité s'illustre dans des livres courts. Chaque mot est juste, il vient à point nommé et nous transporte.
L'exercice de cette contemplation m'a séduite. C'est un peu comme une parenthèse, courte mais intense, qui rappelle à chacun le pouvoir de l'art. Magique !
Lien : http://tlivrestarts.over-blo..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
nadejdanadejda   16 mars 2017
Une leçon de morale trop appuyée affadit l'oeuvre et la relègue à une scène de genre sentencieuse, à du pittoresque, de l'anecdote. Elle réduit l'élan, le souffle, la portée. Il en va de même en littérature, en terre d'écriture. Gommer le détail s'il n'a de sens, s'il ne grandit, n'éclaire l'histoire. Ne pas trop expliquer, montrer. Laisser de l'espace pour que le lecteur y mêle sa respiration, son souffle. Son histoire. Ses désirs et ses rêves. Ses regrets et ses souvenirs. Et à mon tour, je m'aperçois que je détiens peut-être là une des raisons de mon inconditionnelle fascination pour le maître de Delft. Vermeer, un idéal d'écriture ? De narration. L'essentiel. Le geste. L'épure. La place pour rêver. Il faut parfois savoir s'arrêter "au bord de." p 28
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nadejdanadejda   16 mars 2017
Celui qui dort est nu. Le sommeil est une enfance, une solitude, un retour à la source, à l'oubli, à l'innocence de l'être. Sous les yeux clos, une errance, comme celle de l'éveil, à l'instant où le regard retrouve le réel et se perd encore dans les méandres bleus et rouges de la nappe bordée d'ocre jaune. p 31-32
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spleenspleen   15 juin 2017
Depuis si longtemps, cette fascination pour Vermeer, pour ces instants suspendus, ces arrêts sur image, pour ce silence, pour cette sensation un peu voyeuse , de surprendre une scène , une scène qui à elle seule dit une histoire , qui prête chair et vie aux sujets représentés , qu'elle dote d'un passé, d'une intensité, de la possibilité d'une vie ou de plusieurs vies . Où ressentir ailleurs , à ce point le poids du silence , l'écho du murmure, le secret de la confidence ? Où cueillir ailleurs le non dit sur les lèvres ?
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nadejdanadejda   16 mars 2017
J'aime être cette spectatrice, invitée à entrer dans la toile, à y apporter mon histoire, mon regard, mon errance. C'est une invitation à ne plus être simple contemplatrice, admiratrice, mais à me laisser entraîner dans une proposition, un jeu dont le cours peut varier d'un jour, d'un moment à l'autre, renouvelé par ma simple humeur, par un détail subitement découvert, par la tonalité de ma journée ou de mes préoccupations, par un angle mort qui, soudain, s'éclaire. C'est un miroir qui m'est tendu. À moi de le saisir, ou non, et comme je veux, ou comme je peux. Vermeer m'offre cette possibilité de faire tourner ma "camera obscura" personnelle, intime, secrète, sans chercher à m'imposer une quelconque vérité. J'aime cette liberté. p 12-13
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Gaëlle Josse au lycée Vieljeux
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