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ISBN : 2707183210
Éditeur : La Découverte (09/10/2014)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Une demi-heure de métro sépare les quartiers parmi les plus pauvres de France de ses zones les plus riches. Partis de Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, une centaine d'étudiants ont enquêté sur trois quartiers bourgeois du VIIIe arrondissement de la capitale. Pour s'initier à la démarche sociologique, ils ont dû se familiariser avec un monde nouveau et étrange, dont les indigènes présentent des coutumes et préoccupations insolites.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
iris29
  18 octobre 2016
J'ai eu envie de lire ce livre en entendant l'auteur (un professeur de sociologie et ses élèves ) en parler sur France Inter, c'était passionnant . Le résultat et le problème , c'est que je n'ai pas appris grand chose de plus en le lisant , mais ce n'est pas grave ....
Bon, c'est un livre de sociologie et je ne suis pas étudiante en socio donc j'ai trouvé que des fois c'était un peu long mais le sujet est super intéressant . Des étudiants de St Denis en sociologie, ont été "lachés"dans les beaux quartiers et nous livrent toutes leurs observations...
( C'est à la limite de la thèse ou du reportage animalier ! ).
Entrées dans des palaces, dans des magasins de grands couturiers, dans des jardins publics fréquentés essentiellement par des nounous (toutes étrangères ...), terrasses des cafés etc...
La vie des classes très, très aisées vue par les classes sociales moyennes ou plus que moyennes (!) . Les jeunes " sans dents "qui se mettent à observer, disséquer les comportements des plus riches , je ne pense pas que ça a déjà été fait ...
Ça "calme", ça surprend , ça indigne, et ça écoeure aussi parfois....
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de
  16 mars 2015
Un jour nous serons égaux, c'est-à-dire que n'importe qui pourra étudier n'importe qui
Il est rare que le titre d'un livre en dise aussi long sur le coeur de l'ouvrage. La polysémie du terme « classes » est ici porteuse de sens…
« faire étudier un quartier du 8e arrondissement à quelques dizaines d'étudiants de l'université de Saint-Denis, où je travaille comme enseignant de sociologie »
Un quartier où les murs « ont tant à dire d'une histoire indissociablement urbaine, sociale et coloniale ». Un quartier riche, de riches. Pourquoi n'étudier que les quartiers populaires, les us et coutumes des « pauvres » ? « Il n'y a pourtant pas de pauvres sans riches. Prétendre étudier la société en s'attachant aux uns et en oubliant les autres, c'est comme effacer un continent d'un planisphère, c'est se rendre borgne ». Comment étudier ces bourgeois-e-s sans « trimballer avec soi une cargaison de fantasmes ». Un autre monde, « nouveau et étrange, dont les indigènes présentent des coutumes et préoccupations insolites »… Ce qui implique de « dépasser l'exotisme pour entrer dans la compréhension », d'analyser les dynamiques historiques, les contradictions, les différentes réalités derrière l'unité de façade et « encaisser l'humiliation des multiples rappels à l'ordre social que suscite et affronte la démarche d'enquête ».
Le livre décrit donc les différentes étapes de cette enquête, l'observation, le questionnaire, l'entretien. « En racontant le petit combat des étudiants pour la connaissance d'un monde social dominant, ce livre ne veut pas apitoyer le lecteur sur les déconvenues et humiliations subies dans ce parcours d'investigation, mais plutôt l'amener à les envisager de manière crue et joyeuse ». Et Nicolas Jounin rappelle que toute parole (« experte ») contient « une part d'insolence et de prétention » et qu'« il faut travailler à une répartition égalitaire de cette insolence et de cette prétention »
Je n'indique que certains éléments de cet ouvrage à lire pour ses multiples apports.
Déambuler une première fois dans l'arrondissement, le prix des boissons et la « qualité » des toilettes, les territoires cossus, les curiosités locales, « les envies contrariés et le sentiment de privation », le sentiment de décalage, l'interrogation de son propre ethnocentrisme, les géographies mentales, les vocabulaires véhiculant à la fois des émotions et si peu d'informations, « Tout l'enjeu de l'écriture d'une observation est là : non pas ignorer ses émotions, mais tenter de retracer par quels dispositifs, pratiques ou paroles elles sont produites dans cette caisse de résonance qu'est notre corps socialisé », le « vide » des boutiques, cet espace « chose invisible qui crève les yeux », la palette « des talents » des employé-e-s dont « la capacité à jauger » les visiteurs et les visiteuses, les phénotypes des client-e-s, la vigilance déployée, « entrer dans chacune de ces boutiques et chronométrer le temps qui s'écoule avant d'y être abordé », les prix comme « dispositif d'humiliation », le rappel « à l'ordre social et économique », rappel « de votre place dans cet ordre », les violences « symboliques »…
Indigènes, « tout type de familiers d'un lieu étudié par un chercheur quelconque », le risque de généralisation, l'homogénéisation ou le lissage des réalités…
Première observation « aussi édifiante qu'aveuglante », contraste social éblouissant et perte de nuances, des individu-e-s discret-e-s, des « subalternes » invisibilisé-e-s, les chiffres des réalités sociales, « Si le ghetto est l'agrégation géographique d'individus socialement semblables, alors le 8e est davantage un ghetto que Saint-Denis », la part de « diversité » cachée ou invisibilisée et la place relativement importante de la population « immigrée », l'invasion par les entreprises et ses cortèges de salarié-e-s… L'arrondissement présente donc « de profondes disparités internes, marquées par le sceau de la hiérarchie, posant la question de la coexistence des individus dans un même lieu, ensemble et inégaux ». Un gouffre rendu visible par la volonté de savoir…
L'observateur et l'observatrice sont aussi observé-e-s, « intégrer la manière dont on est reçu dans l'observation même comme composant de l'enquête », le parc comme lieu de travail et lieu de sociabilité, la police, les caméras de surveillance, entrer dans des boutiques, les déboires, s'imposer, « le sentiment de ne pas être « à sa place » est entretenu par l'attitude du personnel », l'hospitalité dégradée et l'expression des sentiments engendrés, « La distance sociale se mesure difficilement, mais elle s'éprouve », le sceau de l'inégalité, les codes vestimentaires, « les limites de notre corps « socialisé »… Et toujours veiller à ne pas essentialiser des signes, ne pas figer leurs possibles sens ou pratiques « la signification des signes est le produit d'un contexte et d'une interaction »…
Compter avant de raconter, « la répétition des observations est un moyen de canaliser et resserrer le flots d'hypothèses défendables », imagination et rigueur, créativité et rigidité, la concentration de banques privées, les locaux prestigieux et le peu d'affichage, les usages différenciés du quartier par les femmes et les hommes, les femmes clientes et salariées, le travail de garde des enfants, la singularisation des lieux, repérer la surveillance, les marques raciales, ségrégation spatiale et hiérarchie sociale, le démontage du racisme, les mots et les expressions, « soumettre en permanence les mots qu'on utilise à un « principe d'inquiétude » », les formes retorses du racisme républicain, caractères apparents, couleur et point aveugle, les Blanc-he-s n'auraient-elles/ils donc pas de couleur ? Ou pour le dire comme l'auteur « Et de quelle couleur sont ceux qui ne sont pas « de couleur » ? », « Une telle expression illustre l'asymétrie propre à l'idéologie raciste, qui traite les racisés comme « différents », mais sans préciser de quoi ils sont différents, sans énoncer la norme implicite dont ils dévieraient », la/le Blanc-he-e invisibilisé-e et les autres visibles…
Mais justement les couleurs, une histoire compliquée pour spécifier, les classifications sont toujours conventionnelles (« arbitraires, contingentes, historiques »), « aucun critère décisif ne permet de déterminer où tracer les frontières entre catégories », le sens commun raciste qui loge en chacun-e de nous. Comment ne pas faire rappel d'une adresse de C. L. R. James à sa compagne, d'un « aparté amoureux » : « En 1946, à Constance Webb qui ne savait pas comment lui exprimer les affres dans lesquelles elle se débattait alors qu'ils avaient une liaison et qu'ils s'apprêtaient à se marier, il dit la chose suivante : « Écoute, ma douce. Crois-tu vraiment que je ne sache pas ce que tu ressens ? Ce n'est pas vraiment une surprise pour moi. Tous les Blancs d'Amérique et d'ailleurs ont des préjugés. Tous ! Tu n'es pas un cas à part. Je savais ce qui te perturbait, mais il fallait que tu le découvres par toi-même. Maintenant, ma précieuse, écoute-moi bien. La seule façon de vaincre de tels sentiments, c'est de les reconnaître comme des préjugés et ainsi, à chaque fois qu'ils se manifestent par le moindre signe, de les combattre ». », C. L. R. James : Sur la question noire. Sur la question noire aux États-Unis 1935-1967.
Timidité sociale, « la part de soi qui ne se pense pas à sa place », les boutiques, mélange de fascination et d'embarras, questionnaire, réflexivité, apprivoiser l'exotisme, comment un phénomène est érigé en un problème public…
Je souligne les pages et les analyses sur les entretiens, la défense de l'entre-soi, la préservation de l'inaccessibilité d'une zone, la distance sociale, les évidences qui saturent l'existant, les cercles de sociabilité, « ces dispositifs tissent mille fils qui tirent l'existence bourgeoise vers l'accomplissement de sa reproduction sans mésalliance », la défense de communs strictement délimités, le sexisme de prestige, l'excellence sociale incarné au masculin, le statut contesté d'interlocutrice…
Interroger, les humiliations à encaisser, hostilité et stigmatisation, faire face aux vexations, « la distance sociale est escamotée en même temps qu'elle est exhibée », la fiction d'égalité et les abîmes de l'inégalité, faire face aux rappels à l'ordre social…
En conclusion, Nicolas Jounin revient sur le creusement des inégalités, la place des patrimoines financiers, le droit « de tirage sur les richesses produites par la société », le sentiment d'écrasement social, la prise en compte des clivages internes, les rapports qui lient les un-e-s aux autres, les asymétries et les antagonismes. L'auteur parle de point de vue, « considérer sa propre vie comme une expérience socialement et historiquement située » et de pédagogie, « Contre l'ordre établi du savoir, ma préférence va aux enseignements qui permettent de voir et sentir qu'on a affaire à un champ de batailles où il faut prendre parti et s'engager ».
Un livre « succulent », plein d'humour, qui en dit long sur un beau quartier et ses indigènes, tout en favorisant la réflexion sur les enquêtes sociologiques et sur cette discipline (et, je le souligne, sans le jargon, que certain-e-s imaginent preuve de scientificité). Des étudiant-e-s face au mépris social, à la distance (in)imaginable… Un livre qui assume aussi une prise de position politique, « le ton de ce livre se veut une prise de position politique au sein de l'espace inégalitaire de l'enseignement supérieur ». Un livre ouvert à l'espérance, la dernière phrase, en référence à Everett C. Hughes sert de titre à cette note.
Lien : https://entreleslignesentrel..
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lululifat
  08 avril 2015
Quand des étudiants en sociologie de Paris 8 étudient le 8 ème arrondissement de la capitale, ça donne une enquête passionnante et pleine d'embûches, deux mondes se confrontent. La démarche est intéressante car d'ordinaire ce sont plutôt les classes sociales supérieures qui étudient les classes inférieures à elles. A lire pour ce que ça révèle des très riches qui cherchent à maintenir leur domination devant les étudiants, et leur font bien comprendre qu'ils ne sont pas à leur place. A lire aussi pour la démarche d'enquête sociologique!
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NinoG
  17 février 2019
Je conseille ce livre pour tous ceux qui aimerait apprendre sur la méthode de recherche en sciences sociales car ce livre explique les étapes de recherches de sociologie sans être barbant ou trop méthodologique. On est vraiment pris dans ce récit vivant alliant sociologie et enquête.
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critiques presse (1)
LaViedesIdees   27 février 2015
Voyage de classes offre le récit des étonnements et des déconvenues de trois cohortes d’étudiants en sociologie de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis qui se rendent dans le très huppé 8ème arrondissement de Paris pour apprendre les techniques de l’enquête sociologique aux côtés de leur enseignant, Nicolas Jounin.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
lesptitchatslesptitchats   18 mai 2015
À l ' origine, elles établissent quatre catégories dont trois seulement renvoient à une couleur : "Blanc, Jaune, Beur, Noir". Mais, écrivent - elles, "au cours de notre comptage, d ' autres nuances de couleur de peau sont apparues, telles que "marron clair", "marron foncé" et " marron très foncé" pour les couleurs qui ne pouvaient pas être comptabilisées dans la catégorie "noir" ". Leur perplexité ne cesse de grandir. "Par exemple : est-ce qu' un Philippin est "noir"? Il n ' est pas "beur" ni "marron clair", en comparaison avec un Maghrébin, un Emirati ou un Iranien ; dans ce cas, il est peut - être "marron foncé" mais il n ' est pas "noir", en comparaison avec les populations "noires d ' Afrique". De même : est-ce qu' un Pakistanais est "noir"? Est ce qu'un Cambodgien est "noir"?
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lesptitchatslesptitchats   18 mai 2015
La rigueur, sinon l ' honnêteté méthodologique, impose donc d ' équilibrer modalités positives et négatives. Pour tout "oui", il faut offrir un "non". Si l ' on préfère décliner des options moins binaires, pour un "toujours" il faut un "jamais" et pour un "souvent" il faut un " rarement". Plus tard, il importera tout autant de préserver cette balance des modalités dans l ' interprétation des résultats, à l ' encontre par exemple de ce que fait le très officiel, et souvent cité par les médias, Observatoire national de la délinquance et de la répression pénale. Ce dernier demande périodiquement à un échantillon de sondés "Vous arrive - t - il personnellement de vous sentir en insécurité? " et propose comme modalités de réponse "souvent ", "de temps en temps", "rarement ", "ne sait pas". Jusqu'ici, tout va bien. Mais dans l ' exposé des résultats, l ' Observatoire agrège ensuite les réponses "souvent ", " de temps en temps" et " rarement " et range tous ceux qui les ont retenu du côté des individus se sentant en insécurité, tandis que seuls ceux qui ont osé répondre "jamais " sont comptés dans l ' autre camp -ces derniers restent cependant, de sondage en sondage et en dépit de cette manipulation, largement majoritaires.
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dede   16 mars 2015
Et de quelle couleur sont ceux qui ne sont pas « de couleur » ? », « Une telle expression illustre l’asymétrie propre à l’idéologie raciste, qui traite les racisés comme « différents », mais sans préciser de quoi ils sont différents, sans énoncer la norme implicite dont ils dévieraient
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lesptitchatslesptitchats   18 mai 2015
Pierre Bourdieu. Ce dernier écrivait par exemple que "toute domination symbolique suppose de la part de ceux qui la subissent une forme de complicité qui n ' est ni soumission passive à une contrainte extérieure, ni adhésion libre à des valeurs".
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dede   16 mars 2015
Il n’y a pourtant pas de pauvres sans riches. Prétendre étudier la société en s’attachant aux uns et en oubliant les autres, c’est comme effacer un continent d’un planisphère, c’est se rendre borgne
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Videos de Nicolas Jounin (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Jounin
[Bienvenue à Liège] Classe dominante et ascenseur social Geoffrey Geuens rencontre Nicolas Jounin, sociologue et auteur du livre "Voyage de Classes", pour discuter de l'existence d'une classe dominante, de ses codes et de ses mœurs.
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