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Roger Munier (Traducteur)
EAN : 9782757800256
174 pages
Points (08/06/2006)
4.55/5   54 notes
Résumé :

Entre la table et le vide / il y a une ligne qui est la table et le vide / où peut à peine cheminer le poème, écrit Roberto Juarroz dans Poésie verticale. C'est sur cette ligne de crête, comme de partage entre deux mondes, que nous situent presque constamment les textes ici rassemblés, dont Julio Cortázar a pu écrire : "Il y a longtemps que je n'avais pas lu de poèmes qui m'exténuent et m'exaltent com... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Fabinou7
  23 janvier 2021
Sous le firmament des strophes étoilées, Juarroz compose sa formule, poétiquement pure, de la condition humaine. Sa poésie dépasse de loin tous les ancrages, il s'occupe moins d'“être cette chose que nul ne peut définir: argentin”, pour reprendre le mot de José Luis Borgès, que d'embrasser les secrets de l'algèbre du monde.
« le mot que j'écris
écrit un autre mot de l'autre côté du papier. »
Poésie mathématique. Syllogismes et antithèses se succèdent dans un jeu de symétrie savamment calculé. Poème en plusieurs dimensions, qui accompagne son thème « comme la ligne qui dessine la mer dans la mer ».
« concurrence de qui je suis avec qui je fus,
de qui va éteindre la lampe,
avec qui l'a allumée »
« Ta main est dans l'idée de ta main ». Arithmétique abstraite de l'amour, géométrie de l'univers contorsionné dans « les souvenirs qui sautent des yeux ». Les axiomes d'un monde sensible, que Roberto Juarroz dessine pour nous, atteignent néanmoins leurs limites :
« il est sûr
qu'entre les prémisses et leurs brefs corolaires
manque le fil tendu de la démonstration
un peu comme si entre la naissance et la mort
manquait la vie. »
« Certains regards seulement passent par les yeux ». le grand poète argentin n'a peut-être pas résolu l'équation de la mort et de la vie et de la vie et de la mort mais a découvert un théorème poétique qui n'échappe pas aux lois de l'attraction (pour son lecteur).
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sabine59
  06 juin 2020

Cette anthologie regroupe différents textes issus de recueils ayant tous le même titre ( celui-ci donc) , avec chacun juste le numéro chronologique en plus.
J'avais beaucoup apprécié quelques poèmes de cet auteur argentin mort en 1995. Son regard lucide sur le monde me plait. Découvrir l'ensemble de son oeuvre est vraiment un plaisir.
Poésie verticale, déjà le titre est singulier. On s'attend à une poésie qui élève, fait atteindre des sommets....c'est plutôt le contraire. Il est beaucoup question de chute, de tréfonds, le verbe " tomber" est très souvent utilisé.
" Il faut tomber et l'on ne peut choisir où "
" Il est des habits verticaux.
La chute de l'homme
Les met debout"
Poésie métaphysique, en quête de transcendance, s'interrogeant sans cesse sur le sens, le saut dans le vide, le rien qui est tout aussi. Certains textes m'ont fait penser à Pessoa , on y retrouve la même insignifiance de l'homme, les mêmes questions existentielles. le mot " chose" revient souvent, comme pour mieux nous montrer que l'homme est une chose parmi d'autres.
Il y manque pour moi un peu d'émotion, de passion, mais la voix de Roberto Juarroz est à entendre car elle est particulière, porteuse de réflexion sur notre identité, notre petite place dans le monde...
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SophieChalandre
  27 novembre 2022
"Il me semble qu'une des grandes exigences de la poésie actuelle est de la ressentir comme la dimension ultime du langage…" déclare Juarroz.
Pour comprendre la " VERTICALITÉ " qui estampille les titres des recueils de Roberto Juarroz, comme une seule et même oeuvre, il faut s'extirper de la gangue du ressenti et de la littéralité : être un lecteur de pages proposent toujours d'aller lire ailleurs d'autres pages pour éclairer la substance des premières, c'est-à-dire ne pas être soumis à la consommation superficielle de l'immédiate lecture. Et c'est dans les textes de la célèbre revue argentine Poesía=Poesía que Juarroz a dirigée de 1958 à 1965, comme poète, mais surtout philosophe et essayiste, que se trouve cette lumière sur sa "VERTICALITÉ " : sa poésie "verticale" est une brillante tension gnoséologique, redoutablement intelligente, un projet esthétique ontologique, unificateur et libérateur, qui joue avec les paradoxes pour interpeller les complexités philosophiques de la réalité humaine.
VERTICALITÉ de l'expérience du mystère de la création comme un élan transcendantal car l'extraordinaire vitalité philosophique de son oeuvre s'écrit dans le non-dit le plus intime du langage. Une poésie comme métaphore vivante de la création née dans le silence matriciel de la page blanche : Juarroz est en quête de la parole et de sa résonance, de ses mystères métaphoriques, de la secrète harmonie musicale de chaque symbole, sur la page comme dans la voix. le poète réside dans le mot, et c'est dans ce mot qu'il tente d'imprimer son élan créatif vertical, quittant la poésie pour donner à cet élan sa force métaphysique et méditative... Et c'est de nouveau de la poésie.
VERTICALITÉ du dépassement des apparences, tel un miroir ascendant cheminant indéfiniment, "le mystère est de ce côté du miroir" dit Roberto Juarroz. Dans les multiples possibilités labyrinthiques de dire et de se dire, sa poésie est à la fois chemin et pierres de ce chemin comme autant de fissures provoquées dans le réel pour nous permettre de discerner autrement, philosophiquement. "Traverser, briser, dépasser la dimension aplatie, stéréotypée, conventionnelle" continue Juarroz, car le poète n'a d'autre alternative que "d'inventer d'autres mondes qui disent le réel" selon lui, puisque la poésie crée la réalité, non la fiction. Convaincu que la poésie est la plus grande réalité possible, c'est elle qui peut véritablement rendre compte du monde.
VERTICALITÉ de l'écriture poétique comme ultime point d'altitude, "une méditation transcendantale du langage" ajoute le poète. Et depuis cette hauteur, le poème contemple la tension de nos douleurs, de nos angoisses, le poids de nos destins pour nous offrir un autre regard comme une suprême consolation et une raison de ne pas désespérer. le poète se fait alors penseur, mystique et visionnaire comme passage obligé de l'expérience poétique. Cure intellectuelle d'altitude et de verticalité pour conjurer la chute et la dissolution de l'être humain.
VERTICALITÉ du temps poétique car le poème naît et vit dans une temporalité d'une autre dimension, à l'instar de Gastón Bachelard pour qui le temps de la poésie est vertical. Véritable théorie de la connaissance, la poésie métaphysique de Juarroz débusque le temps du divin et celui de l'humain au-delà de l'énigme des mots. Vertical est son enseignement, verticale est la recherche du poète. Angoisse ontologique verticale et regard vertical sur une réalité tragique qui ne cesse de s'écouler.
VERTICALITÉ, enfin, de l'incomplétude comme poste d'observation au sommet des brisures humaines. Dévoiler ce que nous cachons dans nos mots incomplets et diffractés, nous si incomplets et diffractés, pour réunifier l'humain et ses mille morceaux dans des poèmes dépourvus du "je" lyrique, et mieux nous réfugier dans une poésie en quête de l'être ontologique : "J'aime plus que jamais la poésie comme une création extrême de l'homme" ajoute le poète.
Volontairement incomplète, la poésie de Roberto Juarroz affronte cette réalité tragique en la dévoilant : le poème s'écrit dans le temps simultané du mot et s'y efface, mais dans un fécond et éternel recommencement.
Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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Pasoa
  23 février 2021
Poésie verticale est une anthologie poétique du célèbre poète argentin Roberto Juarroz, formée d'extraits de son oeuvre majeure Poesia Vertical, long poème ininterrompu constitué de quatorze volumes édités entre 1958 jusqu'à l'année de son décès survenu en 1995.
La transcendance est une dimension essentielle dans la poésie de Juarroz, une notion à entendre comme sens de l'infini qui nous entoure, qui nous englobe. Toute la poésie verticale évoque comme un creusement vertigineux, une descente au fond de l'être, vers une recherche d'absolu,  une quête incessante de profondeur, de poésie sacrée sans dogme, sans théologie, sans dieu. C'est aussi une écriture poétique qui contredit le temps, le vide de sa substance et fait naître une inquiétude persistante, un sentiment de solitude éprouvée.
C'est pourtant au creux de cette poésie désincarnée qu'il est possible de trouver refuge dans la beauté des mots, dans les signes, dans les images que cette poésie nous dévoile, nous livre. Étrange et beau paradoxe de la poésie de Roberto Juarroz : le sens naît du vide, la lumière jaillit de l'obscurité.
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xavpo
  13 juin 2019
Grand désir de lire Roberto Juarroz depuis l'avoir "entraperçu" de-ci de-là au fil des revues, articles, citations...
Le titre déjà me parlait, et me parle toujours : "Poésie verticale" ; unique titre utilisé - volontairement par le poète - pour les différents tomes de son oeuvre qui s'exprime et se déroule donc au fur et à mesure des années dans une grande unité ; titre débouchant forcément sur l'interrogation du sens de nos vies, poèmes écrits ou lus comme des 'fenêtres ouvertes' sur toutes nos expériences et interrogations 'métaphysiques'...
Le peu lu : des "raccourcis" étonnants, excellents, me rejoignant, produisant un impact certain sur mon coeur...
*
Je me réjouissais donc de l'obtention de cette anthologie, mais j'ai fait l'erreur sans doute de vouloir la lire d'affilé de A à Z : alors cela devient indigeste, difficile, lourd, lecture persévérante... et pour reprendre les mots de Julio Cortàzar auxquels je souscris volontiers : "des poèmes qui m'exténuent et m'exaltent"...
*
..et j'ai compris qu'il me fallait lire tout cela à doses homéopathiques, picorer, et d'ailleurs, tout en 'avançant', nous découvrons chez Roberto Juarrez, un style qui s'épure, se simplifie, se clarifie... dans lequel, à l'interrogation 'philosophique' et 'existentiel', au brio des 'raccourcis' et oxymores fulgurants, s'ajoutent de plus en plus avec le temps et l'expérience, une couleur d'humanité, de lumière, de tendresse même... et bien-sûr de poésie...
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
GulagGulag   16 janvier 2023
Vomir le monde,
expulser sa substance irréelle et visqueuse
comme le malade qui se libère d’une nausée.
Et rester sans monde,
avec le néant dans la main
ou peut-être une fleur,
qui déjà n’est plus au monde,
mais dans le halo de calme réalité qui l’entoure.
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PiatkaPiatka   03 mai 2018
Inaugurer la transparence,

voir à travers un corps, une idée,

un amour, la folie,

distinguer sans obstacle l’autre côté,

traverser de part en part

l’illusion tenace d’être quelque chose.

Non seulement pénétrer du regard dans la roche

mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :

Inaugurer la transparence

c’est abolir un côté et l’autre

et trouver enfin le centre.

Et c’est pouvoir suspendre la quête

parce qu’elle n’est plus nécessaire,

parce qu’une chose cesse d’être interférence

parce que l’au-delà et l’en deçà se sont unis ;

Inaugurer la transparence

c’est te découvrir à ta place.
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MalauraMalaura   03 février 2013
Une écriture qui supporte l'intempérie,
Qui puisse se lire sous le soleil ou la pluie,
Sous la nuit ou le cri,
Sous le temps dénudé.

Une écriture qui supporte l'infini,
Les crevasses qui s'étoilent comme le pollen,
La lecture sans pitié des dieux,
La lecture illettrée du désert.

Une écriture qui résiste
A l'intempérie totale
Une écriture qui puisse se lire
Jusque dans la mort.
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Fabinou7Fabinou7   09 janvier 2021
« Tandis que tu fais une chose ou l’autre,
quelqu’un est en train de mourir.

Tandis que tu brosses tes souliers,
tandis que tu cèdes à la haine,
tandis que tu écris une lettre prolixe
a ton amour unique ou non unique.

Et même si tu pouvais parvenir à ne rien faire,
quelqu’un serait en train de mourir,
essayant en vain de rassembler tous les coins,
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur.

Et même si tu étais en train de mourir,
quelqu’un de plus serait en train de mourir,
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité.

C’est pourquoi, si l’on t'interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu’un est en train de
mourir. »
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Fabinou7Fabinou7   08 août 2020
« Je pense qu’en ce moment
personne peut-être ne pense à moi dans l’univers,
que moi seul je me pense,
et si maintenant je mourais,
personne, ni moi, ne me penserait.

Et ici commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre soutien et me l’ôte.
Je contribue à tapisser d’absence toutes choses.

C’est pour cela peut-être
que penser à un homme
revient à le sauver. »
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Videos de Roberto Juarroz (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Roberto Juarroz
Roberto JUARROZ – Une Vie, une Œuvre : Le puits et l'étoile (France Culture, 1995) Émission "Une Vie, une Œuvre », par Pascale Charpentier, sous-titrée « Le puits et l'étoile », diffusée le 5 novembre 1995 sur France Culture. Invités : Roger Munier, poète ; Silvia Baron-Supervielle, écrivain ; Michel Camus, écrivain, éditeur aux Lettres Vives ; Bassarab Nicolescu, physicien ; André Velter, poète ; Bertrand Fillaudeau, directeur des Éditions José Corti ; Raphaël Sorin, directeur de collection aux Éditions Flammarion.
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