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EAN : 9782714306050
285 pages
José Corti (19/03/1997)
4.44/5   9 notes
Résumé :
Les poèmes qui composent la Quatorzième poésie verticale accompagnèrent les trois ou quatre dernières années de la vie de Roberto Juarroz. Le ton de l'ensemble est légèrement différent, car certains des poèmes ultimes reflètent une approche majeure de l'élément humain de la souffrance.

Ces poèmes furent ceux qui exigèrent de lui l'effort le plus grand pour atteindre l'équilibre nécessaire entre la parole personnelle et la construction esthétique entre... >Voir plus
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation

Il n’y a pas de saut dans le vide…

Il n’y a pas de saut dans le vide.

Même si les anges n’existent pas pour nous soutenir

ni non plus des traverses de la pensée,

ni des relativisations ou des absolus

qui puissent nous retenir par les bras.

Il faut par avance gagner le vide,

le coloniser avec nos abandons

comme s’il était un territoire dépouillé

ou une nouvelle liberté jamais exercée.

Et cultiver à l’intérieur ses fragments flottants

qui s’entremêlent aux choses

pour leur apprendre à ne pas être.

Et presque sans le savoir

arriver à aimer le vide.

Ce qui est aimé nous soutient,

même si cela nous pousse vers l’abîme.

Un vide aimé

ne peut pas nous abandonner.

Et dans un vide non aimé

il n’est même pas possible de sauter.

//Traduction: Silvia Baron Supervielle

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Appeler où il n’y a personne…

Appeler où il n’y a personne

c’est comme s’appeler soi-même

ou sa part la plus farouche :

l’ombre de son absence.

Et l’appeler là où elle rejoint

l’ombre de toutes les absences.

C’est pourquoi, il est probable

que frapper où il n’y a personne

se transforme en appeler une présence.

Et convoquer une présence

nous mène toujours à rencontrer une absence.

Alors, même si j’en souffre,

il vaut mieux que tu ne sois pas là quand je t’appelle.

Ou si tu l’es, que tu t’éloignes,

pour tenter la rencontre dans l’absence.

//Traduction: Silvia Baron Supervielle

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Il n’y a pas d’explication pour l’ombre…

Il n’y a pas d’explication pour l’ombre.

Il n’y en a pas non plus pour la lumière.

Seules certaines choses intermédiaires s’expliquent :

les poisons déversés ou avalés,

l’entre-deux avec lequel nous lions les choses,

la panne soudaine d’un visage,

le pouls sec du passé,

l’asymétrie de se penser.

La vitesse ne donne pas un sens,

la lenteur non plus.

Chaque monde est une image,

bloqué par son idée.

//Traduction: Silvia Baron Supervielle

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L’impossibilité de vivre…

L’impossibilité de vivre

se glisse en nous au début

comme un caillou dans la chaussure :

on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande

qui n’est plus déjà dans la chaussure :

le premier ou le dernier malentendu

se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :

la perte d’un mot,

la sauvage irruption d’une douleur,

une mort sur le chemin,

la chute d’une feuille sur notre solitude,

la vieillesse qui s’annonce

comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout

avec un tremblement qui dissout la confiance.

La lune pâlit,

nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,

dans la prairie ou le ciment,

dans la dissonance qui brise une chanson

ou une rotation inattendue au lit,

quelque chose nous blesse comme un fouet:

vivre c’est dévivre.

La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?

Et qui peut la croire ?

Nous ne le saurons plus.

La promesse était autre.

Vivre est impossible.

Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose

que nous ne comprendrons jamais

et qui pourtant saute et joue

comme un dieu étonné

qui ne s’accordera jamais

avec les scandales successifs

de vivre sans vivre

et de mourir sans vivre.

//Traduction: Silvia Baron Supervielle

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D’un abîme à un autre abîme…

D’un abîme à un autre abîme.

Ainsi avons-nous vécu.

Et lorsque c’était le tour de l’interlude

d’une zone de l’air,

où il est facile de respirer et de se soutenir,

nos regrettions sans vouloir l’abîme

qui nous nourrissait du rien.

Du fond de l’être gravit un sortilège

pour demander, lorsque la mort arrive,

que tout soit un abîme, non une autre direction.

Il nous y poussera peut-être des ailes.

A l’intérieur d’un abîme en est toujours un autre.

Et à défaut de différence il y aura distance.

Il ne nous reste qu’à trouver et à être

la distance à l’intérieur de l’abîme.

//Traduction : Silvia Baron Supervielle

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Vidéo de Roberto Juarroz
Roberto JUARROZ – Une Vie, une Œuvre : Le puits et l'étoile (France Culture, 1995) Émission "Une Vie, une Œuvre », par Pascale Charpentier, sous-titrée « Le puits et l'étoile », diffusée le 5 novembre 1995 sur France Culture. Invités : Roger Munier, poète ; Silvia Baron-Supervielle, écrivain ; Michel Camus, écrivain, éditeur aux Lettres Vives ; Bassarab Nicolescu, physicien ; André Velter, poète ; Bertrand Fillaudeau, directeur des Éditions José Corti ; Raphaël Sorin, directeur de collection aux Éditions Flammarion.
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