AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782812616068
192 pages
Éditeur : Editions du Rouergue (04/04/2018)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Elle fut longtemps appelée « la folle de Saint-Lunaire ». Mais Jeanne Devidal (1908-2008) est aujourd'hui reconnue comme un Facteur Cheval au féminin, avec sa maison-forteresse, faite de bric et de broc, qui finit par s'inscrire sur les circuits touristiques de la côte d'Opale, en Bretagne. Fabienne Juhel dédie ce tombeau littéraire à cette femme en marge, aux nombreuses zones d'ombre, entre folie et art brut, qui fut torturée par les Allemands lors de la Seconde gu... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Zakuro
  15 août 2018
J'ai tout aimé dans ce roman  ! le portrait poignant d'une femme meurtrie qui garde son mystère, la construction du roman qui bâtit chapitre après chapitre les 4 murs de la maison de Jeanne et le style parfois intime, parfois lointain comme le ressac de la mer qui garde le souvenir de Jeanne Devidal.
Jeanne et sa maison de bric et de broc ont réellement existé sur la côte bretonne de Saint-Lunaire. Je viens d'apprendre son existence grâce à ce très beau texte de Fabienne Juhel qui respire la vénération devant la vie et l'oeuvre de Jeanne .
Les 4 murs de la maison de Jeanne grandissent au rythme des 4 points cardinaux de sa vie. L'exode pendant la guerre, son arrestation et les tortures par électrochocs, son enfance, sa vie d'avant la guerre si brève et sa vie d'après qui garde le secret de ces années noires. Fabienne Juhel a la délicatesse de respecter le silence de Jeanne et son texte ne dévoile rien d'autre que ce que Jeanne nous a légué : « c'est une maison de mots ». Il y a beaucoup de poésie dans ce texte, et c'est ce qui me plaît énormément comme dans tous les ouvrages de Fabienne Juhel.
Je suis moi-même toute retournée! Je regrette de n'avoir pas rencontrée Jeanne ni vu sa maison mais en lisant ce livre, j'étais là-bas à travers le regard et la voix de l'auteure. Je voyais ce petit bout de femme, la tête penchée, marchant inlassablement, jour après jours, et recueillir après les marées toutes sortes de petits objets rendus par la mer. Une glaneuse de la mer qui ramasse bouts de bois, filets de pêche,cageots, autant d'objets pour colmater, fermer, obstruer le moindre trou, le plus petit courant d'air. Reconstruire pour guérir et se protéger. Un toit, quatre murs pour enfouir les blessures et ranimer au coeur des pierres chaudes les souvenirs les plus heureux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370
saphoo
  05 mai 2019
Une étrange biographie pour une femme des plus singulières, à l'image de Facteur Cheval, Jeanne a bâti son empire, son royaume pour se protéger de séquelles de la guerre. Fait de bric et de broc, glanés sur la plage, sur les trottoirs lors des ramassages des monstres, rien ne se jette, Jeanne avait le vent en poupe avant l'heure : le recyclage, une seconde vie des objets, et de tout ce que les autres ne veulent plus. Elle ramasse, entasse, et puis recycle, un exemple : Une TV qui sert de table de nuit. Pour certaines, elle est une artiste d'un genre peu commun pour d'autres la folle de Saint-Lunaire. C'est certain dès qu'on franchit la marge, on n'est plus dans les clous on est fou.
Jeanne est une bâtisseuse, une poétesse, une sensible, elle aime retrouver ses invisibles, dont son frère Lucien qui lui manque tant. Sa vie est bien remplie, point de repos si ce n'est à la mauvaise saison et encore, y a toujours à faire, comme attendre dans un transat rouge la chute de la dernière feuille du tilleul qui trône au mitan de son séjour ! Et oui, Jeanne, pas si bête, ainsi elle peut ramasser toutes les feuille en une seule fois, et on n'en parle plus.
Sa maison dérange, mais aussi interpelle, les curieux affluent après un petit passage au 13 h. Mais un seul, a su aborder Jeanne dignement, ce Japonnais, qui poliment a partagé ce poids, cette douleur de la guerre qui ravage des corps mais aussi des âmes. "Les hommes qui ont approché la guerre ont dans les yeux une flamme qui vacille. L'ombre des morts pèse de tout leur poids sur leurs épaules. La sidération a imprimé sur leurs fronts ces sillons profonds. " Autour d'un thé, ils se sont racontés leur guerre.
Jeanne nous surprend par sa force, son obstination, sa patience et sa candeur, son comportement étrange sans doute, et ses cris la nuit... Que savons nous des tourments de Jeanne, une forme de folie, j'en doute, une façon de vivre sûrement :" Parce que ta vie fut un naufrage. Et ta maison une île au coeur de la tourmente."
Son comportement à s'y méprendre peut ressembler au Facteur cheval, cet homme avare de paroles , celui-ci a connu la perte, la douleur, mais aussi le bonheur, celui qui a voulu érigé son palais idéal pour ces amours perdus.
Jeanne, est elle à sa manière, un Facteur cheval, il manque la beauté dans son oeuvre et peut être un sens structuré. le palais idéal, on le conserve, le protège, en effet car il est magnifique mais la maison de Jeanne comme disent les voisins, cette verrue, on la détruit !
Un portrait intéressant peint avec beaucoup de pudeur, de respect et de poésie.
Une découverte, je n'avais jamais entendu parlé de cette femme, et encore moins de sa maison.
La construction est aussi originale chaque partie représentant un point cardinal, un mur de la maison. Et bien sûr la plume de Fabienne Juhel, un enchantement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
cathulu
  04 avril 2018
Marginale, "méconnue, méprisée, incomprise.[...] Orpheline tout court", telle est Jeanne Devidal (1908-2008).
Surnommée la folle de Saint Lunaire, elle bâtit inlassablement une maison faite de bric et de broc qui débordait sur la route et abritait un tilleul en ses murs.
Si cette passion bâtisseuse n'est pas sans évoquer celle d'un facteur Cheval, Fabienne Juhel nous immerge dans la pensée de cette femme qui n'a pas du tout les mêmes motivations que le créateur du palais idéal.
L'auteure édifie, chapitre après chapitre, les différents éléments de cette construction atypique. Elle est pleine d'empathie pour cette femme qui se dit en contact avec ceux qu'elle appelle "les Invisibles" , ce qui lui vaudra plusieurs séjours en hôpital psychiatrique , électrochocs à la clé. Ce qui nous apparaît d'autant plus intolérable quand on apprend le passé de celle qui fut une résistante torturée par les Allemands durant laSeconde guerre mondiale.
C'est par une série de coïncidences que Fabienne Juhel a eu connaissance de cette"Sisyphe femelle des temps modernes" qui ne possédait même pas une pierre tombale à son nom. Mais nul doute que cette rencontre par-delà le temps était inévitable tant l'auteure de la femme murée , avec son style sensible et poétique ,a su nous rendre proche et inoubliable Jeanne Devidal. Un texte dont on pourrait corner toutes les pages tant l'écriture est belle et poignant le personnage de Jeanne dont le destin est emblématique de tant de femmes courageuses, marginales que la société s'employa à faire céder.
Un texte qui file, bien évidemment, sur l'étagère des indispensables.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
pilyen
  02 juin 2018
Le roman débute et se termine par deux chapitres où le réel l'emporte sur le romanesque, servant de fondations à un récit qui joue beaucoup avec la construction littéraire comme avec celle d'une bâtisse étrange battue par les vents.
La femme murée du titre se nomme Jeanne Devidal, morte centenaire en 2008 et que l'on a longtemps appelé la folle de Saint Lunaire. A l'instar du Facteur Cheval, son imagination lui a inspiré une maison qui très vite défiera les lois de l'urbanisme local, tout comme les normes de la construction et deviendra aux yeux de certains une verrue à éliminer ou, pour d'autres, une oeuvre d'art brut. Célèbre dans son coin de Bretagne, cette petite folie architecturale attirera autant les touristes que les cailloux haineux ou apeurés des enfants mais sera finalement démolie, sa constitution en matériaux récupérés sur la plage mêlés à du ciment ne s'avérèrent pas franchement solides.
Fabienne Juhel, a eu un coup de foudre pour le destin de cette ancienne employée des postes qui fut par ailleurs membre d'un réseau de résistants. Son récit, fuyant la biographie classique, prend les détours d'une évocation libre et inspirée, s'appuyant sur les quelques aspects connus de la vie de cette femme. L'auteure s'empare d'éléments comme son héroïne ramassait un bois flotté sur le sable, les façonne, les imbrique comme si elle construisait un pendant littéraire à la folie qu'érigea Jeanne Devidal. Tour à tour poétique, tumultueux, jouant avec les mots, leurs sonorités, les phrases s'assemblent pareillement à la déraison qui habite cette femme. Nous somme dans son cerveau, dans sa logique originale, avec son mal être, sa peur des "invisibles" qui hantent sa maison et son passé d'ancienne torturée à l'électricité. le texte, baigné de vents et d'embruns, avance de bric et de broc, se construit de collages impressionnistes ou poétiques. Parfois, on revient à une réalité plus brute ( émouvant chapitre sur un face à face avec un irradié d'Hiroshima) pour repartir ensuite sur les sentiers sinueux d'une raison zigzaguant sur une plage.
Si ce voyage littéraire autour de Jeanne Devidal, probablement réinventée, reste une très belle façon de lui rendre hommage et de perpétuer sa mémoire, le lecteur éprouvera peut être un sentiment de manque. En voulant s'écarter de la biographie classique, Fabienne Juhel nous prive un peu de la vraie Jeanne. Malgré une belle écriture brodant toujours autour des mêmes éléments, elle n'évite pas la redite.
"La femme murée" , texte sensible et infiniment littéraire, éclaire joliment le destin d'une femme rongée par la folie dans un siècle qui ne prenait pas le temps de la comprendre, mais peine un peu à convaincre sur la distance.
Lien : http://sansconnivence.blogsp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
moustafette
  08 juillet 2018
Jeanne Devidal est morte centenaire et a eu une vie bien remplie. Née à Brest en 1908, elle y vécut jusqu'à ce que les bombardements de la Seconde Guerre mondiale l'y en chassent et qu'elle s'installe avec sa mère à Saint-Lunaire, à l'ouest de Dinard. En disponibilité des P.T.T afin de s'occuper de cette dernière, elles tiennent un commerce de bimbeloteries et souvenirs. Est-ce à la mort de sa mère en 1954 que la solitude pousse Jeanne à se replier sur elle-même et à s'enfoncer doucement dans une forme de paranoïa qui l'incite à se protéger toujours davantage de l'extérieur ? C'est fort possible, sans compter qu'elle atteint l'âge où se développe cette pathologie. Toujours est-il que Jeanne commence à ériger une forteresse entre elle et le monde, truelle à la main, elle élève, consolide, renforce, isole, ce qui n'est au départ qu'un simple pavillon. Allant jusqu'à construire un mirador, qui causera d'ailleurs sa perte, elle scelle dans les murs des trophées aussi divers que variés ramassés sur la grève. Si elle se fiche du plan d'occupation des sols, sa maison empiétant sur le trottoir, elle n'en est pas moins respectueuse de la nature, se refusant à abattre le tilleul du jardin qui se retrouve au milieu du salon... Protégée par quelques personnalités haut-placées, les plaintes du voisinage resteront lettres mortes.
Côté barbarie, Jeanne a eu sa dose. Déjà hantée par les images des bombardements brestois, elle connaîtra la torture par électrochocs lorsqu'elle tombera aux mains de la Gestapo pour faits de résistance, d'où sans doute son délire autour des ondes qui lui vaudra plus tard un séjour à l'HP. Elle déplorera aussi la disparition de ses frères pendant la guerre. Seule survivante de sa fratrie, elle préfèrera la compagnie des morts, "ses Invisibles", à celle des vivants. Et la nature lui apportera bien plus de satisfactions que la fréquentation des humains.
J'ai retrouvé avec délectation l'écriture poétique de Fabienne Juhel, mise au service d'un double portrait émouvant, celui d'une femme tour à tour forte, cheminant vaille que vaille, mais tout aussi fragile funambule oscillant sur la corde raide tendue entre deux mondes, le réel et l'imaginaire. Je suis toujours subjuguée par la richesse des entrelacs que tissent les personnes délirantes, tricotant de petits arrangements entre leurs traumas et notre réalité afin de s'adapter et de se protéger "d'un monde qui chavire". L'auteure s'y entend à mêler les deux univers . Et comment rester insensible à cette femme donnant droit de préemption à la nature, capable de rester assise sous son tilleul, guettant pendant des heures la chute de la dernière feuille avant de les ramasser toutes ? Jeanne Devidal est morte jour pour jour il y a dix ans, sa maison n'existe plus, le tilleul non plus.
C'est certain, ces deux-là étaient faites pour se rencontrer...Un grand merci à Fabienne Juhel de nous avoir permis de faire sa connaissance et de lui rendre un si tendre hommage.
Lien : http://moustafette.canalblog..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          71


critiques presse (1)
Actualitte   24 janvier 2019
Il fallait tout le talent et la sensibilité de Fabienne Juhel pour redonner vie à ce personnage fascinant. Avec tendresse et beaucoup de respect, l’auteure réhabilite celle qui était finalement devenue une attraction touristique et même un mythe régional, et pourtant était juste une femme seule.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
livreclemlivreclem   28 mai 2018
Atteindre le Ciel, c'est mourir à soi-même. C'est être définitivement privé de tous les sens et des prochains printemps. La femme ne l'ignore pas. Pas de miracle possible. Pas de sauvetage ni d'amplitude du destin. Ordre de l'univers. Même les étoiles meurent.
Commenter  J’apprécie          190
rkhettaouirkhettaoui   29 avril 2018
À son âge, les chemins de la pensée sont pleins de détours, d’échappées belles semées de côtes où perdre son souffle, de pentes où dévisser, se fracturer le col du fémur. Bientôt, au bout de la promenade, des sentiers mal entretenus, reconnaissables à leur bourrelet d’herbes piquées de trèfles entre deux ornières, des pistes coupées par un pont de fortune suspendu au-dessus du vide. Après le vide et le pont, la belle eau fuyante. Des poissons d’argent dedans.
En l’absence de pont, la femme devra se risquer à enjamber le gué, poser le pied sur les pierres plates, promesses de l’autre rive, choisir les moins glissantes et s’assurer de leur stabilité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
mireille.lefustecmireille.lefustec   24 novembre 2018
Et d'autres murs encore pour entourer les murs originels. Tromper son monde.Des leurres. Des remparts. Fortifications. Forteresse. Ecran entre le monde et elle. Caparaçonnés de mortier, agglomérés de cageots et de conserves. Un bestiaire polymorphe en ronde-bosse scellé dans la maçonnerie.
Commenter  J’apprécie          70
cathulucathulu   04 avril 2018
Disons qu'elle fait un avec sa construction. Qu'elle a autant le bâti dans le corps que le bâti est elle. Une double carapace. Elle n'a jamais fait la différence entre sa constitution et sa construction. C'est peut être une maladie...
Commenter  J’apprécie          80
moustafettemoustafette   08 juillet 2018
Aujourd'hui, la femme laisse son jardin en jachère. Et il en va de même pour sa mémoire. La nature invasive y fera son oeuvre. Elle l'emmaillotera dans un cocon d'herbes folles cousu de liserons blancs. Linceul parfumé. Elle, matière évidée, consentante, mêlée aux essences des arbres. Le front oint d'une pincée de pollen pour unique bénédiction.
Commenter  J’apprécie          50

Videos de Fabienne Juhel (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fabienne Juhel
Murielle Szac présente "La Mâle-mort entre les dents", roman de Fabienne Juhel consacré au poète Tristan Corbière et au massacre de Conlie. Paru aux Éditions Bruno Doucey, dans la collection Sur le fil, en janvier 2020.
autres livres classés : biographie romancéeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1120 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre