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EAN : 9791031902432
132 pages
Éditeur : L'Herne (16/01/2019)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes)
Résumé :
François Jullien revient ici sur son chemin de pensée dans un entretien avec son lecteur.

Ou comment il a fait jouer la pensée chinoise comme un opérateur théorique pour ébranler dans leurs fondements les choix faits par la philosophie ; et ouvrir celle-ci à de nouveaux questionnements.

On y retrouvera, éclairés à partir de son cheminement, les principaux concepts de son chantier : de propension, de tension et de transition, de compossi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
FredMartineau
  03 mars 2019
Le hasard du tirage au sort de la dernière masse critique m'a rendu destinataire (merci à l'éditeur) de cet ouvrage de François Jullien, helléniste, sinologue et philosophe contemporain, le plus traduit dans le monde selon les rédacteurs de l'avant-propos. N'étant pas familier des ouvrages philosophiques ni de la substantifique moelle des références fameuses (Hegel, Kant…) de celui-ci, qui m'auront rappelé cependant mes années lycée, mon degré de lecture aura été superficiel. Néanmoins, les concepts qu'il évoque m'ont paru accessibles et quoi qu'il en soit exposé suffisamment clairement pour qu'un néophyte puisse en appréhender les contours. Les notes de bas de page renvoyant vers des ouvrages plus complets de François Jullien, le lecteur a ainsi l'occasion d'aller plus loin et de creuser la pensée du philosophe. Cet ouvrage de l'écart à l'inouï est construit comme un dialogue entre lui et un « alter-lecteur » ; il aborde les principaux concepts d'une pensée qui a cheminé en cherchant à s'affranchir des paradigmes occidentaux, ce qu'il nomme le grand carré théorique, l'Être, Dieu, la Vérité, la liberté, en se confrontant à la pensée chinoise, base de sa déconstruction… Au fil des pages, ses réponses nous font survoler le « décalage » ou comment retirer la cale de l'ontologie, « l'écart » qui contrairement au raisonnement par différence qui classifie ouvre et un champ neuf et la pensée, l'illégitime des pseudos valeurs universelles européennes, la « dé-coïncidence » partie active du négatif, pour conclure sur l'inouï, assimilé à un autre concept bien connu de tous. Mais, pour avoir cette réponse, il faut lire ce carnet assez fluide jusqu'au bout…
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vibrelivre
  11 mars 2019
François Jullien
De l'écart à l'inouï
Carnets de l'Herne
2019, 128p

Je ne connaissais pas François Jullien. C'était l'occasion de le rencontrer, autrement dit de faire venir à moi sortant de mon moi de l'étranger, de l'inconnu. François Jullien est né en 1951, il est philosophe, helléniste, comme moi un peu, élève de Bollack comme moi, de Vernant aussi que j'ai lu, et sinologue.
Son chemin de pensée (sous-titre de l'ouvrage) continu, une interrogation naissant de la précédente, est présenté dans l'élégante édition des Carnets de l'Herne, un vrai plaisir que de l'avoir en main, sous la forme d'un dialogue, aucunement socratique, entre un lecteur « attentif », et qui sait aussi le grec, et même le chinois, à croire qu'il est François Jullien lui-même, et le philosophe.
Je me mets en route encouragée par Lucie Lallier que je remercie. Et je suis le grand verbe platonicien, tolmeteon, il faut oser.
D'emblée la marche est séduisante. La pensée est toujours en mouvement, en chantier, le but est de ne pas s'enliser, philosopher, c'est sortir des sentiers battus, et donc s'écarter, on se tient hors, en essor, on ex-iste; elle s'appuie subtilement sur le langage, le concept de l'écart, qui dans son entre s'ouvre sur l'égard et le regard, celui de négatif qui prend en compte le nég-actif ; et se construit en prenant ses distances d'avec la philosophie de l'Etre de Platon et des grands penseurs occidentaux. En Chine, il n'est pas de mot pour dire l'être au sens absolu de: je suis.
Il s'agit donc de déconstruire l'ontologie, et l'on se tourne vers l'allusif, ce qui est diffus, et envahit comme le vent. Si la pensée européenne travaille par composition, où l'on oppose le visible et l'intelligible, la pensée chinoise opère en corrélation et tension dynamique. Comme en acupuncture, il convient de suivre la circulation, le corps étant un sac presque informe de souffle et d'énergie, comme en peinture le sensible qui se décante fait accéder au spirituel. Il n'y a pas de classification qui fige, tout est recherche. Ainsi il n'est pas de droits universels de l'homme, ni universalisables, mais universalisants parce qu'ils sont sur la route de l'aboutissement. Mais il est un non de la résistance à l'inhumain.
Cette pensée s'inscrit aussi dans notre histoire, la Shoah, le terrorisme, l'écart vertical et donc sclérosé des niveaux de vie et de salaire. Le mal, s'inscrivant dans le vital, ne peut être éradiqué, il mute. François Jullien analyse le concept de négatif entropique. L'essence stérilise. Il faut qu'elle s'effective, et ce par la dé-coïncidence. Jullien se sert de cette image frappante de Dieu le Père omnipotent qui s'envoie en Fils mourant en esclave pour qu'il s'effective en Dieu. La décoïncidence ressaisit les choses dans leur élan, au lieu que l'adéquation étale. Cela me rappelle ce bel aphorisme de Char, être du bond. Et Jullien de nous expliquer que la dialectique hégélienne s'immobilise aussi, puisque son nég-actif, le dépassement des contraires, en étant intégré dans une positivité finaliste, perd de sa force de déploiement. Je pense que les Surréalistes avaient saisi cette pétrification dans les codes, en célébrant une pensée en spirale. Mais ils procèdent par ruptures, alors que Jullien privilégie le continu et le fluide. L'art moderne paraît à la fin du XIX°, avec le coup de dés de Mallarmé. le concept de modernité garde sa pertinence par ce qu'il revendique d'un négatif inventif. Au progrès qui élève, Jullien préfère la promotion qui épand. On déploie le pensable, ainsi on est disponible pour choisir entre tous les possibles, et on met en tension le pensé. Rien n'est jamais achevé, on tend vers la route de l'idéal. C'est pourquoi la culture n'est ni divertissement ni communication, mais doit travailler à trouver un entre (entre l'évacuation et la sublimation du mal) où s'activer de façon inventive.
N'est-ce pas la fonction de l'art et du vivre ? Il faut décanter son énergie vitale pour ne pas se laisser absorber par les soucis accaparants, il faut vivre en existant, en s'ouvrant à l'autre, en le découvrant pour lui laisser sa pleine altérité, et en l'accueillant au plus profond de soi pour se tenir hors de soi dans l'autre. Cet entre laissé entre soi et l'autre, pour laisser passer de l'intime désintéressé, évite la routine de l'amour, et la mort de celui-ci, et ouvre possiblement sur de l'infini , et le surgissement de ce qui dépasse l'imagination, l'inouï.
La pensée de Jullien marche, comme Nietzche mais celui-ci est tombé dans l'impasse du vitalisme, car on ne peut reporter le vivre au sein de l'Etre, ni le replier au sein du vital. Elle est active. Elle refuse ce qui stagne. Elle suscite le désir de l'aventure et l'audace. Il faut tenir le hors dans son essor qui ne se rabat pas. Cela est exigeant et engage la liberté de l'ex-istant.
On ne veut pas se résigner ? Il faut oser l'écart. Et en explorer toutes les ressources. Cela s'appelle l'insolence.
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Siladola
  13 mars 2019
Le philosophe et sinologue François Jullien donne un livre d'entretiens aux Carnets de l'Herne, qui sont une version modèle réduit des fameux Cahiers du même nom. L'éditeur m'ayant généreusement envoyé un exemplaire dans le cadre de l'opération Masse Critique, je dois à Babelio le présent compte rendu, bien que n'étant nullement familier de l'oeuvre de François Jullien, ni, sans doute, à la hauteur des exigences d'une recension véritablement philosophique. J'ai néanmoins pris soin de lire deux ouvrages de l'auteur avant d'écrire : Du temps, éléments d'une philosophie du vivre, et De l'intime, loin du bruyant amour. J'essaierai donc de donner benoîtement une opinion personnelle, faute de disposer de la pertinence suffisante. Ces préliminaires achevés, captatio benevolentiae, que penser du livre d'entretiens ?
Après quelques débats intéressant l'intelligentsia, et qui doivent régler des querelles intestines - monsieur Jullien est-il ou non un authentique sinologue, peut-on être sinologue et philosophe, s'agit-il de littérature comparatiste etc. - les questions entraînent l'interviewé dans les labyrinthes réciproques de l'onto-théologie et de la langue-pensée chinoise. Cela est fort bien fait, on balaie rétrospectivement les Grecs, la scolastique, Foucault et Derrida, entre mille. Langue-pensée est une terminologie employée par François Jullien pour souligner l'écart (autre expression ad hoc) entre la philosophie rationnelle occidentale, qui opère par assimilation du réel à un langage censé trouver, entre les mots et les choses, l'adéquation de la vérité, et l'approche chinoise qui, au contraire ou différemment, unit de façon intime (autre concept) les signes et l'existant, tout en préservant les oppositions et la diversité.
Nombre d'idéogrammes apparaissent au cours de l'ouvrage, imprimé dans d'élégants caractères bleus sur un papier ivoire qui rend avantageusement la calligraphie.
Ainsi le Beau, idée (eidos) abstraite de l'universalité du sensible, reste en chinois une notion ancrée dans des termes adossés et complémentaires : "limpide/joli", "secret/élégant" etc. Parce que le peintre chinois cherche à transmettre l'esprit à travers l'image sensible, le nu, forme idéale des Beaux-Arts occidentaux ne se retrouve pas en Chine où le corps est tout juste un sac de "souffle/énergie". Le paysage chinois : "montagne/eau", "immobile/mobile", visible/entendu", conduit de la sorte au spirituel sans quitter le sensible.
Cependant, tel monsieur Jourdain, demandons-nous si tout un chacun, au train de François Jullien, ne ferait pas de la philosophie sans le savoir ? Les tics habituels de l'intellectualisme français (dé-construction, dia-logue, coupure ontologique...) semblent parfois introduire une complexité artificielle qui pourrait masquer des simplismes. Sous couleur de fabriquer des concepts (l'allusif et l'évasif, la fadeur, l'oblique), ne donne-t-on pas des noms nouveaux à des pensers anciens, suivant un parcours bien balisé déjà ?
A moins que je ne sois passé à côté d'une authentique novation : le propre du nouveau (au fond de l'inconnu...) est de surprendre et de passer inaperçu (transformation silencieuse, autre concept chéri de l'auteur), tant il demeure étranger aux cadres mentaux communs ? Chacun se rappellera volontiers l'éblouissement que fut apprendre à lire, ou, plus tard, de découvrir l'aoriste, ce temps/aspect du grec qui n'existe pas en français, et se prête si remarquablement aux vertiges de l'être.
Peut-être la philosophie de François Jullien ouvre-t-elle sur un extérieur inaccessible à l'esprit enfermé dans sa caverne platonicienne.
Quoiqu'il en soit, De l'écart à l'inouï vaut par le panorama qu'il déploie, l'introduction selon un dialogue, en somme très abordable, à l'oeuvre d'un philosophe contemporain de premier plan, et, au travers de celle-ci, par le passage en revue des grands topoï classiques de la pensée au prisme d'une culture chinoise qui semble résolument vouée à demeurer l'Autre de l'occident.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
FredMartineauFredMartineau   03 mars 2019
S’il peut y avoir une identité singulière du sujet — en tout cas se constitue-t-il par identification — il ne peut y avoir d’identité culturelle, c’est-à-dire qui soit à la fois objective et collective. Le propre d’une culture n’est-il pas de muter ? Sinon, c’est une culture morte. De plus, un tel classement des cultures selon des traits qui seraient spécifiques (à la Huntington) est stérile, car le plus intéressant, c’est-à-dire le plus significatif d’une culture échappe à ces rangements identitaires qui tournent si vite au cliché.
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SiladolaSiladola   13 mars 2019
Le mondial du foot est aujourd'hui une forme plus soft, pour le déchaînement grégaire des passions, que la guerre de jadis entre les nations. Mais ne pourrait-on faire un peu mieux?...C'est à quoi la culture, si on la prenait au sérieux, si elle n'était pas qu'un faux nom, un mixte de Divertissement et de Communication, ses deux piliers marchands d'aujourd'hui, doit travailler.
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SiladolaSiladola   13 mars 2019
En organisant un vis-à-vis entre les pensées chinoise et européenne, je les conduis à se réfléchir l'une dans l'autre, l'une par l'autre. C'est-à-dire à sonder dans l'autre ses propres partis-pris théoriques, les choix enfouis à partir desquels elle a pensé, bref à remonter dans son impensé.
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