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ISBN : 2246754216
Éditeur : Grasset (18/03/2009)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Grandir, vieillir; niais également l'indifférence qui se creuse, jour après jour, entre les anciens amants, sans même qu'ils s'en aperçoivent; comme aussi les Révolutions se renversant, sans crier gare, en privilèges: out bien encore le réchauffement de la planète: autant de modifications qui ne cessent de se produire ouvertement devant nous, mais si continûment et de façon globale, de sorte qu'on ne les perçoit pas. Mais on en constate soudain le résultat - qui nou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Critizen
  15 août 2012
Dans cet essai, François Jullien considère « les transformations silencieuses » comme les éléments d'un changement que nous ne savons pas percevoir. Cette transformation s'opère « sans crier gare ». Elle est indépendante de nous, alors que c'est en nous qu'elle fait son chemin. Il montre combien « les transformations silencieuses » constituent ce que la pensée occidentale a le plus de mal à saisir, alors que la culture chinoise leur accorde, au contraire, une attention soutenue. En effet, la pensée chinoise valorise la transformation. Elle est globale, progressive et dans la durée. Il n'y a qu'un continuum dans la transformation duquel est inséré l'humain et qu'il influence du seul fait de ses propres transformations non volontaires. Alors que pour la pensée occidentale, la transformation est marquée par le passage d'un état bien défini à un autre : du jeune au vieux par exemple. Pour la pensée chinoise, la transformation est plutôt une transition qui « modifie tout en continuant, qui ferme mais qui ouvre ». Prendre en considération les transformations silencieuses fait voir autrement le même paysage : ce qui émerge sous forme d'un « événement » - unique, radical et brusque - ne serait finalement que le résultat d'une longue et lente accumulation de transitions infimes.
L'une des hypothèses du livre est que la culture chinoise n'a jamais thématisé « le temps » comme notion générale et unique. Cette grande abstraction serait-elle, sur le versant occidental, la contrepartie de l'incapacité à rendre compte des transformations silencieuses ? le temps est pour l'Occident une fiction de continuité, qui préside in fine à tous les changements. Ainsi depuis Aristote, Platon et le Christianisme, s'enseigne en Occident une représentation ordonnée du monde ayant une « origine » et une « fin ». Aux commandes, le « sujet-homme » agit au nom de grands idéaux, de buts déterminés et lointains. Fondé sur l'abstraction, ce mode de pensée nous éloigne de ce qui nous est proche et où nous sommes impliqués. Alors que dans les textes chinois anciens, il n'y a ni début ni fin, mais une « fin-début ». de plus, l'appréhension chinoise du monde reste très pragmatique. L'esprit du sage chinois ne domine pas le monde dont il est un composant. Tout se régénère sans cesse selon l'équilibre bipolaire du Yin et du Yang.
Ainsi, dans cet essai François Jullien, philosophe et sinologue, met en évidence d'autres différences dans la façon dont les deux pensées, chinoise et occidentale, considèrent les grands thèmes philosophiques. L'auteur nous incite donc à cette réflexion nouvelle, puisque l'exploration de la pensée chinoise est conçue comme une sorte de détour par une « pensée du dehors », radicalement « autre », qui permet de mettre en relief notre propre mode de pensée. le but est d'ouvrir notre regard et d'élargir notre intelligibilité du monde. François Jullien nous invite à plus de vigilance et d'anticipation : en pratiquant la prise de recul, on peut déceler dans une situation apparemment positive une tendance négative, l'infléchir à temps et induire l'évolution de la situation vers le résultat attendu. Seul bémol à cet essai : le manque de schématisation claire de certains modèles évoqués. Cependant, l'ouvrage constitue un apport majeur pour qui veut mieux comprendre pourquoi et comment notre monde change et aussi comment tenter d'influer sur ce changement.

Lien : http://critizen.over-blog.co..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
NadinePestourieNadinePestourie   11 mai 2009
Un événement, en effet, n’est pas n’importe quel instant, mais fait saillie et se détache par rapport à ce renouvellement continu d’où naît la durée. En lui attribuant un être propre, non seulement isolable mais autoconsistant (”c’est un événement!…), c’est-à-dire en lui reconnaissant la capacité de “se” produire, comme s’il détenait en lui une initiative ou du moins sa propre individualité, on lui fait introduire une faille dans la continuité du changement ; ainsi que refouler dans l’ombre, devenant secondaires ou dépendants, tous les moments adjacents. Non seulement il est exceptionnel, mais il suscite aussi, dans son irruption, un bouleversement reconfigurant par son incidence tous les possibles investis. Qu’on le dise “survenir” sous-entend toujours quelque part une effraction qui le fait déborder – excéder – le moment présent : “Il semble, écrit Proust dans La prisonnière, que tous les événements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entiers.” C’est pourquoi, aussi attendu ou justifié après coup que soit l’événement, aussi explicable qu’il devienne par son contexte, l’événement contient un inassimilable, ou fait signe vers un dehors, qui transcendent toute explication simplement causale et appellent le secours d’une interprétation : tant demeurerait encore fascinante en lui l’énigme de son origine. Son apparition est à “déchiffrer”, aiment à dire les phénoménologues ne renonçant jamais complètement au langage de l’épiphanie.

Or j’en viens à douter : un tel événement existe-t-il effectivement, c’est-à-dire autrement que sur le mode d’une représentation fictive et mythologique ? Ou ne serait-il pas que l’affleurement visible, tel un trait d’écume, de transformations demeurant invisibles comme le mouvement enfoui, de fond, d’une lame d’eau ? Il est vrai que c’est de l’événement dont on parle, et même on ne parle que de lui ; ou, dit à l’envers et valant déjà définition : dès qu’on en parle, cela “fait événement”. Mais, s’il
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2014
Changeons de scène - cela se répète encore; et même nous voyons que ce concert de transformation silencieuse en vient à miner la fonction du Sujet jusqu’au sein de ce qui semblerait d'abord son apanage: dans l'ordre, qu'on croirait lui revenir en propre, et former son dernier retranchement, du sentiment et du psychologique. Elle et lui "ne s'aiment plus". Ce qu'ils n'auraient auparavant pas même pu imaginer leur est pourtant bel et bien arrivé: ils n'ont rien de mieux à faire désormais que de se quitter. Or, sous l'éclat de la rupture, n'est-ce pas là encore une transformation silencieuse qui n'a cessé de travailler? Car peuvent-ils oublier ces premiers silences, ces premiers évitements, ou même seulement les premiers frôlements non amoureux qui ont produit, au fil des jours, sans qu'ils aient songé à s'y arrêter, cette érosion affective semblable à l’érosion géologique qui a fait s'ébouler soudain tout un pan de la falaise sur leur rivage? Mais, comme c'est "tout" qui peu à peu s'est modifié entre eux et que rien n'y échappe, que tous ces infléchissements sont allés de pair jusqu'à l'inversion - à la fois des intonations, des regards, des gestes d'impatience - comme dans une symphonie bien ordonnée, rien ne s'en est distingué et l'évolution, ambiante, leur est demeurée invisible comme une atmosphère. Puis un jour, et même à propos d'un rien, trait purement anecdotique, ils se sont soudain rendu compte que leur relation est morte: que leur connivence s'est muée en indifférence, ou même en intolérance, et que, en dépit de l'effort qu'ils font encore pour se cacher cette évidence, ils n'ont plus d'avenir commun devant eux.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   20 février 2019
D’où vient que ce qui se produit inlassablement sous nos yeux, et qui est le plus effectif, est patent, certes, mais ne se voit pas ?
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2014
Somme toute, ces quelques cheveux blancs de plus ne sont qu'un indice accidentel, un peu plus saillant, de la "transformation silencieuse" qu'on ne voit pas s'opérer.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   13 septembre 2014
On ne voit pas le blé mûrir, mais on constate le résultat : quand il est mûr et qu'il faut le couper.
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Videos de François Jullien (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Jullien
François Jullien, Ressources du christianisme .François Jullien présente son livre « Ressources du christianisme » paru aux éditions de l?Herne https://www.laprocure.com/ressources-christianisme-mais-sans-entrer-foi-francois-jullien/9782851972323.html
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