AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Aniela Jaffé (Éditeur scientifique)Roland Cahen (Traducteur)Yves Le Lay (Traducteur)
ISBN : 2070384071
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 137 notes)
Résumé :
« J'ai donc entrepris aujourd'hui, dans ma quatre-vingt-troisième année, de raconter le mythe de ma vie. » C'est au printemps 1957, quatre ans avant sa mort, que C.G. Jung éprouva le besoin de raconter à sa collaboratrice, Mme Aniela Jaffé, ce qu'il considérait comme l'essentiel de son existence et, rédigeant lui-même les passages les plus importants, la chargea de coordonner le tout. Un des grands fondateurs de la psychanalyse se fait le témoin de lui-même.
... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
andman
  26 janvier 2014
Aux détours d'une recherche se rapportant à l'écrivain allemand Hermann Hesse, j'ai découvert qu'il avait été le patient du célèbre psychiatre Jung dans les années 20. Faire la connaissance de ce scientifique de renommée mondiale, s'imposait sans tarder !
Carl Gustav Jung voit le jour en Suisse alémanique en 1875. Les absences répétées de sa maman, à la santé fragile, sont en partie palliées par une tante quadragénaire qui s'occupe du jeune enfant. Il se rappelle surtout de la présence auprès de lui d'une servante dont la beauté deviendra plus tard un des aspects de son anima.
Bien que fils d'un pasteur luthérien le petit Carl Gustav peine à trouver une relation positive avec le ''Seigneur Jésus'', sans doute la conséquence du premier rêve qu'il se souvienne : la représentation d'un dieu souterrain et ithyphallique.
La découverte de son moi durant sa première année de collège entraîne un dédoublement de sa personnalité : le fils obéissant à ses parents cohabite maintenant avec un être qui a tout d'un adulte méfiant et loin du monde des humains.
Persuadé d'être habité d'un sentiment d'autorité morale, Carl Gustav se laisse peu à peu gagner par le scepticisme face aux incohérences du dogme et de la pensée théologique.
Étudiant en médecine et féru de philosophie, il choisit finalement une discipline au point de confluence de ses deux passions : la psychiatrie.
Ce rapide résumé couvre les vingt premières années de Carl Gustav Jung. Cette longue partie introductive de son autobiographie “Ma Vie”, aide à comprendre la personnalité du praticien, à mesurer l'étendue de sa culture générale.
Dans un souci de vulgarisation, Jung détaille plusieurs cas cliniques (névrose, psychose, schizophrénie, catatonie...) sur lesquels il travaille durant ses premières années de psychiatre.
A ses yeux, le professionnel de santé ne doit pas se contenter de comprendre “l'histoire” du malade mais il est tout aussi important qu'il se comprenne lui-même : “Au fond, nous ne découvrons chez le malade mental rien de neuf et d'inconnu ; nous rencontrons la base même de notre propre nature”.
Commence en 1910, une décennie où Jung est sans cesse à l'écoute de son inconscient, des images intérieures. Il interprète systématiquement ses rêves sous forme de mandalas, un long processus qui peu à peu lui permet d'acquérir une représentation vivante de Soi.
Une décennie supplémentaire lui est nécessaire pour comprendre dans les grandes lignes les contenus de ses imaginations, pour élaborer les concepts d'Inconscient Collectif et d'Archétype qui forment la base de sa théorie sur la Psychologie Analytique.

L'âme humaine est un puits sans fonds et l'axe Vienne-Zurich est incontestablement la région du monde où sa profondeur est la plus étudiée en ce début du XXe siècle. Un temps cordiaux, les rapports deviennent peu à peu distants entre Freud et Jung, ce dernier jugeant le champ d'analyse du père fondateur de la psychanalyse trop étriqué.
Je serais bien en peine si je devais comparer les travaux respectifs de ces deux sommités mais je me permets quand même de vous dire combien j'ai trouvé cette autobiographie de Jung passionnante de bout en bout.
Un index de plus de 70 pages renvoie à tous les mots-clés de ''Ma vie'' et fait de cet ouvrage une mine d'informations précieuses sur des thématiques variées.
D'une incroyable richesse intellectuelle mais néanmoins écrit dans un style abordable et vivant, ce livre donne vraiment l'impression d'être incontournable !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          724
colimasson
  19 août 2015
Ce n'est pas dans ce livre qu'on trouvera des anecdotes de tabloïds. La vie et l'oeuvre de C. G. Jung sont inséparables et à la fin de sa carrière, tout vieillard (et sage) qu'il est, il revient sur ses pas pour essayer de comprendre la façon dont sa vie a été modelée par la quête qu'il devait mener : la quête de l'inconscient.

Son enfance fut l'âge d'un affrontement entre sa personnalité 1, active, efficace et présente, et sa personnalité 2, irréaliste, passive, médiévale et faustienne. « Il me fallait manifestement attendre et voir ce qui se produirait ». le secret de cet affrontement ne fut jamais dilapidé et répandu par monts et par vaux, à tort et à travers, contrairement à ce que fit ce pauvre Nietzsche, bien trop naïf pour comprendre la honte qu'il assenait à ses semblables lorsqu'il essayait de leur communiquer son secret.

« Nietzsche n'avait découvert son numéro 2 que plus tard, après le milieu de son existence, tandis que je connaissais le mien depuis ma jeunesse. Nietzsche a parlé naïvement et inconsidérément de cet arrheton, de ce secret, comme si tout était dans l'ordre des choses normales. Mais moi, j'avais su très tôt que l'on fait ainsi de mauvaises expériences. […]
Son malentendu morbide, pensais-je, avait été de livrer le numéro 2, avec une naïveté et un manque de réserve excessifs, dans un monde totalement ignorant de pareilles choses et incapable de les comprendre. Il était animé de l'espérance enfantine qu'il rencontrerait des hommes qui pourraient éprouver son extase et comprendre « la transmutation de toutes les valeurs ». »

Le secret de chacun est une préfiguration du Soi, cet archétype de la totalité qui donne aussi un sens à la vie. La névrose résulte d'une mauvaise accommodation ou d'un refoulement de cette quête, à l'arrière-plan des préoccupations quotidiennes et triviales, qui ne peuvent pas suffire à nourrir une âme.

C. G. Jung eut la révélation du cheminement qu'il devait effectuer en découvrant la psychanalyse. Bien avant cette rencontre, il connaissait déjà la nature du contenu de son âme, au moins par intuition, mais n'avait pas encore pu la projeter sur une discipline ou un projet concret. C'est le début de l'oeuvre de C. G. Jung. La tâche qu'il s'assigna, en rapport avec son secret, fut de chercher tout dans la réalité de la psyché au moyen de la dialectique avec son anima. Pour l'enrichir, il ne négligea aucune expérience et ne brida jamais sa curiosité. Ses voyages en Afrique, en Inde et en Italie enrichirent sa vision du monde et le laissèrent serein quant à l'assurance du projet qu'il devait mener. Rien ne pouvait le détourner de sa voie. C. G. Jung était un inconvertissable, au sens où l'entend René Guénon :

« D'une façon tout à fait générale, nous pouvons dire que quiconque a conscience de l'unité des traditions, que ce soit par une compréhension simplement théorique ou à plus forte raison par une réalisation effective, est nécessairement, par là même, «inconvertissable» à quoi que ce soit; il est d'ailleurs le seul qui le soit véritablement, les autres pouvant toujours, à cet égard, être plus ou moins à la merci des circonstances contingentes. »

Ainsi, même si l'Inde le fascine, C. G. Jung reconnaît la nécessité de rester à sa place. Modeste celui qui n'essaie pas de dévorer toutes les spiritualités qui passent à sa portée. Les voies sont nombreuses mais C. G. Jung ne se disperse pas et reste fidèle toute sa vie à son secret, évitant ainsi de tomber dans une schizophrénie de tous les plaisirs, de toutes les expériences.

« J'aurais eu l'impression de commettre un vol si j'avais tenté d'être instruit par les « saints » et d'accepter, pour moi, leur vérité. Leur sagesse est à eux, et à moi n'appartient que ce qui provient de moi-même. »

A travers cette vie, C. G. Jung nous donne la confirmation qu'il n'était pas dogmatique, pas imbu de lui-même, qu'il ne se gaussait ni de théorie toute faite, ni d'un dogme réducteur. Il éclaire le contenu de ses oeuvres et nous instruit de notions d'alchimie, d'histoire, de spiritualité et de symbolique, au hasard des anecdotes d'une vie enrichie par l'inconscient, nourrie par les symboles et transfigurée par la quête du Soi.

Si C. G. Jung ne s'est pas écroulé là où tant d'hommes vacillent, c'est parce qu'il n'a jamais cédé au cynisme qui nie le sens de la vie, et parce qu'il n'a jamais tendu l'oreille pour écouter le chant enivrant mais corrupteur des sirènes. Ce qui n'aurait pu être qu'une existence monotone parmi tant d'autres est ainsi devenu une création au sens plein du terme. Il suffit que C. G. Jung en ait été pleinement convaincu pour que cela soit vrai.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          331
GODON
  18 octobre 2015
Jung a voulu dans son autobiographie décrire la genèse de ses idées mais aussi comment sa vie les a confirmées, ainsi de son point de vue, l'essentiel est raconté.
Il commence son récit en révélant sa double personnalité dont il a eu l'intuition dès son jeune âge. L'une extravertie, dynamique, lui semble quand il est jeune, sans consistance et l'autre foisonnante d'images et de secrets doit être cachée car elle comme folle. L'une est tournée vers le conscient, l'autre vers l'inconscient, comme ses recherches futures le révéleront. (Prendre cette perspective pour soi-même est très éclairant, ainsi Jung arrive toujours à nous impliquer dans ses conceptions : c'est son don, son pouvoir d'influence…)
Le destin ou la chance lui font choisir la profession de psychiatre qui lui permettra de comprendre et de réunir ses contraires tout en les développant. À l'époque, 1905, la psychiatrie est presque inexistante, seul Freud a un éclairage et Jung le suit : le point de départ est l'inconscient et il est révélé par le rêve… Une amitié fructueuse est née, mais Jung n'est pas un suiveur et se dégage rapidement du dogmatisme du maître. Avec un zeste d'ironie, il raconte qu'il identifie la névrose de Freud construite sur son obsession de la sexualité. Même si Jung reste respectueux et reconnait en Freud un pionnier, il y a un profond clivage.
Restait à Jung à convaincre qu'il n'était pas dans le cas de Freud et à proposer une approche universelle de l'inconscient. Il décrit une phase de sa vie où il s'y confronte, on se demande comment il n'a pas succombé à cet afflux de rêves et d'images qui font penser à l'imagination fantastique d'un Jérôme Bosch. Par un curieux texte, les sept sermons aux morts, où dans un style prophétique, il raconte le retour des morts qui viennent apprendre des vivants ce qu'ils n'ont pas découvert dans leurs vies, son approche se dessine. La psychologie analytique prend forme, les notions clés se dégagent, sans dogmatisme. La réalité de l'inconscient collectif est confirmée par l'exploration de l'histoire de l'alchimie, l'importance des symboles qui sous-tendent les archétypes est dégagée. L'opposition des contraires est mise en avant avec une révélation des vieux textes du Yi King qui pointent aussi l'importance des pouvoirs de transformation de la psyché.
Avec les remarquables récits de ses voyages en Afrique, en Inde, en Italie, se dégage et se confirme le coeur de sa quête : La réalisation du Soi est le Graal de la vie humaine.
Cette acmé est mis en oeuvre par la Conscience qui crée du Sens : le destin de l'homme et de faire venir à la Conscience ce qui est inconscient et en retour d'équilibrer l'Inconscient collectif (la totalité, la psyché humaine… Dieu, dans le langage du mythe). Une extraordinaire synthèse est esquissée : L'homme, improbablement dans l'univers, peut atteindre la Conscience et c'est sa raison d'être. Apparait une grandiose reformulation des spiritualités et philosophies antérieures les plus remarquables que Jung a su décrypter.
Cela mène à de passionnantes mises en perspectives qui donnent de nouveaux éclairages sur ces anciennes idées.
A savoir, trop rapidement :
- le christianisme et l'incarnation : Dieu s'incarne parce que l'homme est à l'image de Dieu et peut apporter quelque chose à Dieu, la conscience, quelque chose à l'homme, le sens.
- le bouddhisme et la voie du milieu : L'homme dépasse ses croyances grâce à l'illumination qui est conscience de l'illusion.
- Schopenhauer et la négation de la volonté par la représentation : L'immense force de la Volonté peut être niée, au moins un temps, par la représentation adéquate de la conscience.
Pour Jung l'homme moderne semble avoir échoué dans cette quête : maintenir l'équilibre des contraires et éviter de retomber dans l'inconscient. En occident, le christianisme est un mythe qui s'est déchiré, le Bien prôné par la morale ne tient plus devant le Mal qui s'est fait une immense place dans notre monde actuel. La Science, inconsciente, tente d'éradiquer le Mythe et détruit l'espoir ancien de conciliation. L'imitation de la vie du Bouddha ou de celle du Christ ne suffisent pas, elles n'ont pas de sens si elles ne reposent pas sur une compréhension profonde de la réalisation du Soi.
Malheureusement la tentative de Jung pour recréer un mythe reste confidentielle et n'a pas de consensus. Dans le monde, les contraires s'affrontent en toute absurdité, en toute sauvagerie.
Pour ceux qui croient, grâce à lui, avoir réussi à déchiffrer le mode d'emploi de la vie… Il est bien tard…


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Chri
  18 juin 2015
(nouvelle critique en 2ième lecture)
En première lecture j’ai été frappé par l’absence de position directe de Jung vis-à-vis du régime nazi alors que d’autres sources indiquent sa relative proximité avec certains dignitaires. Ce silence m’a gêné et j’ai interrompu ma lecture. Et puis une autre question a surgi de l’actualité : comment Jung peut être mis en tête d’affiche à Marseille par La Nouvelle Acropole, une association connue des services de l’Etat pour ses dérives sectaires. J’ai repris ma lecture pour me faire mon propre avis.
Il faut reconnaitre que sa biographie peut se lire comme un roman passionnant qui explore l’âme humaine, disons l’inconscient pour donner une teinte scientifique. L’auteur a d’ailleurs une forte productivité littéraire. Doué d’une plume romantique il sait aussi cultiver le suspens par l’ambivalence et entraîne le lecteur en alternant les éléments crédibles et des éléments mystérieux inaccessibles à son expérience ou à sa compréhension. Et dans un souffle de liberté le lecteur est encouragé à « mythologiser » à son tour !
Mais la nature romantique de sa biographie ne doit pas faire oublier son rôle de psychiatre et les malades qu’il a en charge. D’autre part sa production littéraire lui a permis de gagner très vite une renommée scientifique internationale, renommée qui l’engage un peu plus qu’un simple citoyen suisse.
Sa démarche d’analyse de l’inconscient est directement inspirée de Freud mais Jung estime que la sexualité était devenue une véritable obsession dans la méthode freudienne. Conséquence inattendue, il élimine totalement la sexualité de l’interprétation des rêves au lieu de l’englober dans une vision plus large. Par ailleurs il développe au cours de son auto-analyse une autre clé de lecture, une lecture mythologique, à partir de son expérience exclusive. Il éprouve généralement la plus grande difficulté à prendre en compte les expériences issues de ses contacts avec d’autres cultures. Par exemple, de la philosophie du Tao il ne perçoit que les aspects alchimiques et divinatoires qui le passionnent. Du bouddhisme, il ne retient pas les messages qui l’invitent d’une part à ne pas se jeter sans discernement sur chaque question qui se présente, et d’autre part à ne pas s’y perdre dans des spéculations.
Son ego surdimensionné, sa passion pour les expériences extra-sensorielles, sa passion pour l’histoire des symboles de la mythologie à l’alchimie expliquent mieux la suite.
Le monde qui l’entoure l’interpelle jusqu’à sa rencontre avec le phénomène nazi qui le jette dans l’embarras. En 1913 « ce que les allemands voulaient réaliser, c’est imposer héroïquement leur propre volonté. ». En 1925 « en Europe l’atmosphère était devenue irrespirable », En 1957 il exprime la menace de « l’embrigadement de masse ». Mais entre 1925 et 1957 il n’y a plus aucune évocation du monde.
En réalité ses réflexions sur l’inconscient collectif rejoignent son sentiment religieux. Sa biographie réserve de longs développements sur le mythe chrétien qui résonne en lui. Il se défend d’être un de ces « poissons muets (…) pris dans les filets de Pierre (…) et qui ont besoin de la cure des âmes » mais l’éducation qu’il a reçue de son père pasteur est prégnante. Le mythe est vivace mais l’origine de Jésus est bizarrement très raccourcie : un personnage d’envergure est venu à la rencontre des inconscients collectifs réagissant à l’oppression des empereurs romains. Dans ce même paragraphe il évoque rapidement le problème du bolchevisme en occultant à nouveau le phénomène nazi. N’a-t-il pas révélé son point de vue au quotidien anglais the Observer (source wikipedia à vérifier) ? : Jung assimile Hitler à un « médium » et affirme que « la politique allemande ne se fait pas, elle se révèle à travers Hitler. Il est le porte-parole des dieux comme jadis ». Jung insiste aussi sur le fait que l’homme ne devrait pas renoncer à « mythologiser », une recommandation diablement ambigüe qui ne sonne pas vraiment comme un appel à la liberté. Dans sa réflexion sur l’homme libre un rêve lui dévoile « une pensée et un pressentiment qui existent dans l’humanité depuis longtemps déjà, l’idée d’une créature qui dépasse le créateur de très peu, mais d’un très peu décisif ».
Jung fait finalement référence au national-socialisme dans « ses pensées tardives » mais le sujet change subitement ; alors que toute sa biographie est écrite à la première personne, un « Je » parfois pesant, soudain Jung rejette la question négligemment au lecteur en utilisant le « Nous » comme s’il n’avait aucune idée du sujet même avec le recul des années ! : « Nous sommes perplexes, stupides et désorientés devant les phénomènes du national-socialisme ».
« Ma vie » est le dernier livre de Jung, celui qui pouvait corriger des erreurs ou dissiper des doutes vis à vis de sa relation avec le national-socialisme, mais il n’en est rien. Il n’apporte d’ailleurs pas non plus son analyse du bolchévisme. Alors qu’en est-il de ses patients ? Ses récits de guérisons peuvent être compris comme le résultat d’une approche profondément sympathique du psychiatre avec ses malades, mais sous la plume de Jung les récits prennent une allure épique qui fait ressortir son penchant narcissique. Par exemple il n’hésite pas à s’accorder le bénéfice de futures améliorations pour ses malades alors même que la thérapie a visiblement échoué pour un tiers d’entre eux. Il n’a d’ailleurs pas le moindre doute sur la guérison définitive des deux autres tiers.
Je trouve que ce livre jette aussi un doute sur la portée de la science en matière de psychologie. Jung lui-même hésite à ce sujet. La prétention à connaitre l’inconscient continue à pousser l’homme dans une position singulière hors du buisson des espèces, une position singulière qui se prolonge par le sentiment religieux et par l’idée du surhomme. Jung fait remarquer que « jamais encore une femme n’a été convaincue que son mari était un surhomme », mais ce type de déclaration n’est pas suffisant pour l'empêcher d’être un candidat idéal comme tête d’affiche pour des évènements organisés par la Nouvelle Acropole, une association à l’idéologie d’extrême droite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Epictete
  09 janvier 2014
J'ai beaucoup aimé cette biographie.
Les travaux de Jung m'ont toujours intéressé, et je suis loin d'avoir fini de les explorer. (Pour l'instant je n'ai abordé que le plus simple ) Ce livre offre beaucoup de pistes de compréhension de son oeuvre et de sa vie, même si la masse d'informations fournies est impressionnante;
Pour moi il y a un signe :J'ai envie de le relire un jour.
Commenter  J’apprécie          180
Citations et extraits (214) Voir plus Ajouter une citation
claireogieclaireogie   30 décembre 2010
L'idée naquit en moi que l'Eros et que l'instinct de puissance étaient comme des frères ennemis, fils d'un seul père, fils d'une force psychique qui les motivait, qui - telle la charge électrique positive ou négative - se manifeste dans l'expérience sous forme d'opposition : l'Eros comme patiens, comme une forme qu'on subit passivement, l'instinct de puissance comme un agens, comme une force active et vice versa. L'Eros a aussi souvent recours à l'instinct de puissance ce dernier au premier. Que serait l'un de ces instincts sans l'autre ? L'homme d'une part, succombe à l'instinct, Adler comment l'homme utilise l'instinct pour violenter l'objet. Nietzsche, livré à son destin, et y succombant, dut se créer un "surhomme". Freud - telle fut ma conclusion - doit être si profondément sous l'emprise de la puissance de l'Eros qu'il cherche à l'élever, comme un numen religieux, au rang de dogme aere perenius (de dogme éternel, plus durable que l'airain). Ce n'est un secret pour personne : "Zarathoustra" est l'annonciateur d'un évangile et Freud entre même en concurrence avec l'Eglise par son intention de canoniser doctrine et préceptes. Il est vrai qu'il ne l'a pas fait trop bruyamment ; par contre, il m'a prêté l'intention de vouloir passer pour prophète. Il formule la tragique exigence et l'efface aussitôt. C'est ainsi que l'on procède le plus souvent avec les conceptions numineuses et cela est juste, parce qu'à un autre point de vue elles sont vraies, tandis qu'à un autre elles sont fausses. L'événement numineux vécu élève et abaisse simultanément. Si Freud avait mieux apprécié la vérité psychologique qui veut que la sexualité soit numineuse - elle est un Dieu et un diable - il ne serait pas resté prisonnier d'une notion biologique étriquée. Et Nietzsche, avec son exhubérance, ne serait peut-être pas tombé hors du monde s'il s'en était tenu davantage aux bases même de l'existence humaine.
Chaque fois qu'un événement numineux fait fortement vibrer l'âme, il y a danger que se rompe le fil auquel on est suspendu. Alors tel être humain tombe dans un "Oui" absolu et l'autre dans un "Non" qui ne l'est pas moins ! Nirdvandva - "libéré des deux"-, dit l'Orient. Je l'ai retenu ! Le pendule de l'esprit oscille entre sens et non-sens, et non point entre vrai et faux. Le danger du numineux est qu'il pousse aux extrêmes et qu'alors une vérité modeste est prise pour la vérité et une erreur minime pour une fatale abberration.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250
andmanandman   25 janvier 2014
Les femmes ont une intuition souvent excellente, une critique pertinente, et peuvent percer à jour le jeu des hommes, parfois aussi les intrigues de leur anima. Elles découvrent les aspects que l’homme ne voit pas. C’est pourquoi jamais encore une femme n’a été convaincue que son mari était un surhomme !
Commenter  J’apprécie          1761
claireogieclaireogie   30 décembre 2010
De fait, notre vie, jour après jour, dépasse de beaucoup les limites de notre conscience et, sans que nous le sachions, la vie de l'inconscient accompagne notre existence. Plus la raison critique prédomine, plus la vie s'appauvrit ; mais plus nous sommes aptes à rendre conscient ce qui est inconscient et ce qui est mythe, plus est grande la quantité de vie que nous intégrons. La surestimation de la raison a ceci de commun avec un pouvoir d'état absolu : sous sa domination, l'individu dépérit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1070
andmanandman   21 janvier 2014
Ah ces braves gens, tous pleins de leur zèle et de leur santé, ils me donnent toujours l’impression de têtards optimistes qui, serrés dans une mare, agitent gaiement leur queue au soleil dans l’eau la moins profonde qui soit et qui ne soupçonnent pas que dès demain la mare sera sèche.
Commenter  J’apprécie          1130
claireogieclaireogie   30 décembre 2010
L'inconscient nous donne une chance, par ses communications et par les allusions imagées qu'il nous offre. Il est aussi capable de nous communiquer ce qu'en toute logique, nous ne pouvons savoir. Pensons aux phénomènes de synchronicité, aux rêves prémonitoires et aux pressentiments !
Commenter  J’apprécie          930
Videos de Carl Gustav Jung (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carl Gustav Jung
Carl Gustav Jung ou la totalité de l'homme futur (1) De Freud à Jung.
ette émission est la première d'une série de huit consacrées à Carl Gustav JUNG, célèbre psychologue, dont l'un des maîtres fut Sigmund FREUD avant qu'il ne s'en détache. Il est resté dans les mémoires pour son travail sur le système psychique qu'il a classifié en trois parties : le conscient, l'inconscient personnel (formé d'éléments refoulés ou oubliés) et l'inconscient collectif (héritage commun à toute l'humanité).
L'une des notions essentielles de la psychologie jungienne est la notion d'anima (féminin de l'homme) et d'animus (masculin de la femme). Une autre notion primordiale est celle des archétypes qui permettent à Jung d'établir des liens entre le collectif et l'individuel et l'amèneront à sa théorie des grands symboles collectifs (dieux de l'antiquité, héros etc.). La pensée de JUNG est étudié dans le monde entier par des médecins et de psychologues.
Son œuvre a une influence considérable dans le monde entier. Cette première émission va survoler les notions jungiennes, rappeler sa carrière, présenter l'homme dans son travail et son caractère.
Participant : - Roland Cahen - Gehrard Adler - Etienne Perrot - Aniéla Jaffé - Jolande Jacobi - Laurens Van Der Post - Edward Bennet
+ Lire la suite
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Philosophes et psychologues : biographies (91)
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
800 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre
.. ..