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Yves Le Lay (Traducteur)
ISBN : 2253904384
Éditeur : Le Livre de Poche (01/02/1996)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 51 notes)
Résumé :
C'est en 1950 que le grand psychanalyste suisse donna cette quatrième édition, considérablement amplifiée, d'un essai de 1912 dans lequel, partant d'un cas individuel - celui, expose par Théodore Flournoy, dune jeune Américaine auteur de poèmes dans un état semi-inconscient -, il ouvrait à sa discipline des perspectives radicalement neuves.

En partant de l'histoire de miss Miller, il s'y livre à une vaste enquête sur les symboles et les mythes cultur... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Ellane92
  19 juin 2015
Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas tenter de résumer cette "contribution à la science de l'âme", comme le dit si bien l'auteur lui-même dans sa conclusion. Ce livre est bien trop foisonnant de contenu pour que cela ait un sens !
Sur la base d'un cahier publié par une poétesse, Miss Miller, qui fait part de ses fantaisies (rêves éveilles, rêveries, poèmes, ...) et des associations qui en découlent, Jung déroule dans les Métamorphoses de l'âme et ses symboles une analyse psychanalytique de la personne, en recontextualisant en fonction des grands mythes, poètes, textes religieux, abordés par la poétesse ou non. Pour cela, il fait appel à des disciplines aussi variées que la linguistique, la philosophie, la psychologie, la littérature, la philologie, les mythologies grecque, asiatique, hindoue, esquimau, ... (car la mythologie est une description symbolique du monde à portée universelle).
Ce livre n'est pas un essai sur la psychanalyse des profondeurs, il en démontre son essence.
Il y est donc assez peu question de théorie. Ce livre revêt la forme d'une étude des mythes et des religions, mettant en évidence leurs rapprochements symboliques, mais aussi syntaxiques, historiques, de leurs formes étonnement proches (déroulement et étapes), et bien sur et surtout, de leur interprétation psychologique. Et c'est sur cette unité de formes et de symboles que Jung fonde à la fois l'origine et la justification de la psychologie jungienne, et de sa composante si récriminée (Freud notamment n'était pas tendre sur ce sujet) de l'inconscient collectif. Ces mythes, poèmes, symboles sont des éléments de référence car ils sont universels, c'est leur forme seule qui change en fonction de la société et de l'époque dans lesquelles ils s'inscrivent.

En découvrant cet ouvrage abondamment illustré, chacun retrouvera au détour d'un détail sur un monstre, un dieu ou un héros quelque chose qui le touchera profondément, qui est une vérité pour lui. Se reconnaître dans son individualité, au travers d'arguments collectifs, qui ne se limitent ni a une époque, ni à une culture, fait se sentir tout petit au milieu d'un grand tout dans lequel nous avons notre place. La psychologie de Jung, pour moi, en quelque sorte, parle d'un intime universel, intime dans la façon dont il nous est personnel, universel car existant partout et tout le temps.
Ce livre fleuve incroyablement riche nous fait voyager dans le temps, l'espace et l'essence sacrée de la psyché humaine.Je ne crois pas qu'il soit possible de le lire et de l'intégrer en une fois, il y a trop de matériaux, trop de connexions. En revanche, le lecteur à l'esprit ouvert y apprendra quantité de choses, et pourra se réjouir des relectures qui seront nécessaires non pas à épuiser le sujet, mais à commencer à découvrir la vraie richesse de cet ouvrage !
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colimasson
  11 juillet 2016
[Le site n'offre pas assez de caractères pour parler de C. G. Jung > texte tronqué, OSEF]
Restez balbutiants les amis, fermez-la devant ce miracle. Je m'attarderai uniquement à réfléchir aux hypothèses neuves présentées dans cet essai de plus de 700 pages car –condensés mais pas que-, les trésors de l'humanité ici synthétisés dans ce qu'on imagine être leur brutalité originelle (un premier degré pas emmerdant) permettent aussi de réfléchir au processus d'individuation que se doit d'accomplir chaque individu. L'homme moderne : tel doit être l'objet de notre compréhension. Sur le feu, il crame, l'intérieur de la casserole sent le graillon. On se souvient du bon vieux temps de la salaison. Tout n'est pas encore perdu. Sa folie trouvera justification ; sa veulerie méritera compassion ; mais nous ne lui permettront plus d'en rester là. Reprenons dans l'ordre.
Comme l'écrivait Emil Cioran : « Si une seule fois tu fus triste sans motif, tu l'as été toute ta vie sans le savoir ». Nous parlons de la tristesse décisive qui marque un point de rupture. Après l'avoir éprouvée, impossible de retrouver le monde comme avant. D'ailleurs, vous vous souvenez du bon vieux temps : vous avez longtemps fait le bouffon, comme sur le strapontin où on envoie les phoques faire les clowns devant les enfants. Il est vrai que l'effort n'était pas à la hauteur du réconfort. le phoque aura sans doute la vie trop courte pour comprendre qu'il tourne en rond ; malheureusement, l'espérance de vie moyenne de l'homme ayant drastiquement augmenté ces dernières années, la plupart d'entre nous peut déceler l'anguille qui se cache sous la roche. Alors, vous quittez le strapontin et décidez de ne plus jamais y revenir. C'est ce qu'on appelle renâcler du gland. Vous faites peur à vos proches, normal, voilà que l'emmerdeur émerge dans la proximité –on n'aurait jamais pu deviner qu'il se cachait sous l'apparence du chien à sussucres. C'est qu'on ne provoque jamais la vie sans se faire buter par elle en retour. Toutes les recommandations que l'on peut vous faire pour que vous reveniez sur la terre plate n'y feront rien. Vous connaissez la rengaine. Les toubibs avant eux l'avaient déjà inventée : la réification de l'individu qui se cache derrière le malade. La nosographie permet d'en dissimuler les traits saillants sous une armature clinique ainsi rendue inoffensive. Que se passerait-il si on comprenait la signification réelle des symptômes ? Employons les grands mots qui siéent aux grands maux : qu'adviendrait-il des biens portants si on reconnaissait la quête métaphysique que poursuivent les malades ?
Pour le frisson intellectuel, on aime souvent rappeler que c'est avec ce texte que Jung signa sa rupture définitive avec Freud –précisément à la page 174, dans la deuxième partie. Ou plutôt, c'est que Freud, dans son genre de paranoïa pas catégorisé dans le tableau nosographique des délirants, crut y relever l'ultime offense faite à son oeuvre dogmatique. Discordance sur les notions de libido –toute sexuelle pour Freud, considérée au sens vaste d'énergie vitale pour Jung- et le nom de ce dernier fut balafré de la liste V.I.P. des psychanalystes. Grand bien lui fasse. le processus d'individuation le dit lui-même : il nécessite un jour de s'éjecter hors de l'orbite qui nous faisait tourner en bourrique, pour devenir à soi-même un nouveau système autour duquel viendront se greffer de nouvelles pousses, le temps qu'il leur faudra pour s'envoyer en l'air à leur tour. Ainsi va la vie.
Ayant ainsi compris pourquoi Freud cessa définitivement de kiffer Jung, nous comprendrons également pourquoi Lacan et ses fifres ne purent admettre la moindre accointance avec ce psychanalyste magistral. C'est au niveau du symbole que ça coince. Prenons ce passage de la Métamorphose de l'âme :
« Ce qui surgit dans nos rêves et nos fantaisies était autrefois coutume consciente et conviction universelle. Or, ce qui eut jadis une telle puissance, ce qui put jadis constituer la sphère de vie spirituelle d'un peuple hautement développé ne peut avoir totalement disparu de l'âme humaine au cours de quelques générations ».
Le symbole s'inscrit au coeur de l'individu sur une pente qui tend à la phylogénie –j'extrapole car ce n'est jamais le terme employé par Jung, qui parle plutôt de nous renvoyer balader à des périodes préhistoriques de l'histoire de l'humanité. le symbole est diachronique et se perpétue au fil des générations, issu d'un atavisme que l'individu reçoit nécessairement. Au contraire, Lacan explique le symbole synchroniquement. Il est recréé à chaque fois par l'individu dans son rapport au signifiant, à la béance fondamentale du premier rapport à l'Autre. Cette discordance dans la définition du symbole permet de mieux comprendre comment s'opposent d'une part la pensée causaliste (propre à l'école freudienne) et la pensée constructive (à laquelle on peut également rattacher J.-C. Pichon, Bergson et sans doute toute une pelletée).
- La pensée causale est déterministe. Se bornant à la compréhension rétrospective, elle n'est pas foutue d'admettre un point de vue prospectif. Elle n'admet qu'une âme devenue, figée, morte et incapable de s'animer en vue de son devenir.
- La pensée constructive pense qu'il n'existe pas de processus psychique qui soit sans but. Dans son essence, le psychique est orienté vers une fin. Elle pose la question : comment jeter un point entre l'âme ainsi devenue et son avenir ?
N'excluons pas une pensée au détriment d'une autre car les deux sont nécessaires. Ainsi que l'écrivait Jung dans « Psychogénèse des maladies mentales » : « Comprendre l'âme selon le principe de causalité signifie n'en comprendre qu'une moitié. […] Dans la mesure où la vie réelle et actuelle est quelque chose de nouveau qui triomphe de tut ce qui est du passé, on ne doit pas voir la valeur principale d'une oeuvre d'art dans son développement causal mais dans son action vivante. […] ». Cette confrontation acquise à sa cause nous permet de creuser encore un peu ce qui sépare les deux écoles dans leur rapport au symbole. Pour Freud, la formation du symbole s'explique uniquement par l'entrave faite à la tendance incestueuse primaire (le mythe oedipien) et ne serait qu'une production de substitution. Pour Jung, elle annonce au contraire la renaissance.
Autre point de rupture qui ne fait pas kiffer Freud : Jung conteste que la santé signifie l'équilibre immuable (ça, ça ressemble plutôt à la mort : la roche, par exemple, on ne dit pas que c'est un être vivant ; vous non plus, vous n'aimeriez pas ressembler à un morceau de pierre, pas vrai ? alors respirez bon dieu, ça peut même être sain). Dans « Ma vie », Jung nous avait raconté les quelques crises majeures qu'il avait endurées au cours de son existence. Je me souviens particulièrement de cette crise de moitié de vie qui lui fit connaître une profonde dépression, soignée entre autres par une régression passée à jouer dans un bac à sable avec des morceaux de bois pour faire des petites sculptures de boue et de bâtonnets. Bien sûr, après cela, quelque peu regonflé d'énergie, il allait se laver les mains et retrouver ses patients. D'une manière plus sobre, il l'écrit ainsi :
« Chaque jour, après le déjeuner, quand le temps le permettait, je m'adonnais aux constructions. A Peine la dernière bouchée avalée, je « jouais » jusqu'à l'arrivée des malades ; et le soir, si mon travail avait cessé suffisamment tôt, je me remettais aux constructions. Ce faisant, mes pensées se clarifiaient et je pouvais saisir, appréhender de façon plus précise des imaginations dont je n'avais jusque-là en moi qu'un pressentiment trop vague ».
Arrête de te foutre de sa gueule : « j'étais sur la voie qui me menait vers mon mythe ». Tout le monde ne peut pas en dire autant. Ce n'est qu'en acceptant cette introversion, en reprenant les attitudes propres à son passé individuel, qu'il réussit à inverser son mouvement d'introversion. Dans la « Métamorphose de l'âme », c'est ce mouvement d'individuation qu'il cherche à décrire à nouveau, parce que ça lui fut salutaire –sans cela il aurait crevé sans mouvement comme tant d'autres qu'on appelle névrosés, trucs, ou qu'on n'appelle parfois plus, pour finir.
Donc, cette forme de semi-vie que l'on appelle névrose n'est pas digne de la conduite d'un gent individu. Cessez de faire vos mijaurées, choisissez. La vie ou la mort ? Car c'est à cela que se résume le choix. Il faudra, malheureusement, le faire plusieurs fois dans sa vie, jusqu'au moksha. « Refouler signifie se libérer illégitimement d'un conflit », « on se forge l'illusion qu'il n'existe pas ». Mais alors, ça devient quoi le complexe refoulé ? Prenons un exemple. Coutume qui se perd, mais qui se pratiquait assidûment dans le bon vieux temps, on pouvait parfois assommer le tendre époux devenu encombrant et, si c'était bien fait, tout le monde croyait qu'il était mort le temps qu'il le fallait pour l'enterrer bien profond sous terre. le refoulé, c'est la même chose, seulement que parfois, comme le Père Goriot, il réussit à traverser la fosse septique des couches d'humus pour revenir frapper à la porte de ta conscience. Mais le Père Goriot, c'est qu'un roman, aussi bien dit, ça n'arrive que dans de rares cas. En réalité, la bonne grosse mégère qui a envoyé papa au fond du trou ne se sent pas si fière de sa lâcheté et tous les jours, elle craint de le voir revenir bouffé par les vers. Elle y pense tout le temps ; c'est-à-dire qu'elle fait en sorte de n'y penser jamais et ça la rendra un peu dingue. Sans qu'on ait forcément un cadavre dans les placards, aussi longtemps que le conflit sera nié, il empêchera l'individu de se rencontrer.
« La vie appelle l'homme au-dehors, à l'indépendance et quiconque, par commodité ou crainte infantile, n'obéit pas à cet appel est menacé de névrose. Une fois que celle-ci a éclaté, elle deviendra progressivement une raison plus que suffisante pour fuir le combat de la vie et rester à jamais embourbé dans la prison morale de l'atmosphère infantile. »
La religion est un système régressif mis au point par nos lointains aïeux pour permettre aux moins courageux d'entre nous de s'inscrire sur le chemin de l'individuation, c'est-à-dire contre le processus du refoulement névrotique. C'est qu'il s'agit de ne pas oublier une seule de nos erreurs pour les livrer à confesse –pour qui aime lécher les fesses- mais, dans le boudoir de votre relation à dieu, il vous est offert également de vous lamenter et de vous flageller en attendant que l'on vous gracie. le dieu pourra bien foutre ce qu'il veut de vos conflits dont vous surestimez largement la valeur, cette sale manie que vous aurez à les exposer à sa tronche pour obtenir le pardon s'oppose au refoulement névrotique. Les deux bienfaits psychiques que vise l'éducation chrétienne sont donc les suivants : maintien en conscience du conflit de deux tendances qui s'opposent l'une à l'autre ; allègement du fardeau en l'offrant au dieu qui connaît toutes les solutions.
On dira que Jung n'est qu'un vieux catho qui a humé toutes les salles du bon dieu de la confession –tout ça parce qu'il insinue largement que le christianisme est de valeur supérieure –mais quiconque se sera tapé ces 700 délicieuses pages saura qu'il n'est parvenu à cette conclusion qu'avoir après absorbé une quantité de littérature majeure au sujet des religions, mythologies et légendes les plus ethnologiquement variées (hindouisme, mythologique grecque, mythologique germanique, mythologie égyptienne, mithriacisme, monothéismes, alchimie) pas négligeable, et qu'il les aime et les respecte comme il se doit.
Cependant, son étude comparée du symbolisme entre la religion chrétienne et les religions précédentes (judaïsme inclus) l'amena à comprendre que la communauté chrétienne fut la première à s'identifier à un archétype transcendant. Plus de recherche d'utilité humaine immanente : l'aspiration au symbole suprême instaure une intimité psychique jamais connue. Revers possible : pouvoir engendrer le danger de consomption des sphères instinctives personnelles par l'amour humain. C'est pourquoi la médiation incarnée vint atténuer le danger en détournant ces sources vives d'amour vers un seul personnage. Pourquoi rupture avec le judaïsme ? Parce qu'ici, la victoire remportée sur le père est aussi une victoire sur la puissance de la loi, donc une usurpation sacrilège du droit. Ce crime capital nécessite la projection de la faute sur Jésus, ce violeur de loi, second Adam pêcheur, modulo l'établissement de la relation avec un dieu fondamentalement différent du premier. Et comme c'est pas tout, non seulement on entérine la séparation d'avec le judaïsme mais on instaure en plus une rupture radicale avec les religions païennes précédentes qui croyaient venir à bout de leur vilenie en sacrifiant des animaux, dans l'idée que l'endormissement des instincts animaux en l'homme suffisait.
Avec le christianisme, c'est l'homme naturel tout entier qu'il faut abandonner. L'homme du christianisme ne pourra pas se contenter de domestiquer ses instincts animaux –ce qui n'est même pas permis au premier venu-, il devra y renoncer totalement et discipliner en outre ses fonctions spécifiquement humaines, donc spirituelles, pour les tourner vers un but transcendant. Les pauvres têtes creuses des siècles modernes s'agitent de consternation : c'est que du haut de leur échelle chronologique, elles croient avoir densifié leurs circuits neuronaux et s'arrogent désormais le droit d'un jugement impartial. Mais les institutions –même religieuses- ne restent jamais figées et si nous souhaitons les comprendre, bougeons-nous le cul ainsi que nous en exhorte Jung pour imaginer la situation qui pouvait être celle de l'homme réclamant le christianisme. La société de l'antiquité avait beau être relâchée, primitive et instinctuelle, elle n'était pas si bandante que ça. Suffit qu'une tendance s'affirme dans son extrême pour que la tendance opposée veuille à son tour imposer les siens : la tension s'accroît jusqu'à faire éclater le conflit. Si le christianisme a réussi à s'imposer à cette époque et dans ce contexte, c'est parce qu'il proposait un culte ayant pour but de dompter les instincts animaux par l'enseignement d'une morale de l'action, expressément ascétique. Par un travail séculaire d'éducation, le christianisme a viré progressivement l'impulsivité animale de l'antiquité ainsi que celle des siècles barbares ultérieurs, créant la civilisation que l'on connaît. le temps a passé, la morale ascétique a fait des petits du haut de son platonisme immaculé, l'homme moderne fait la gueule et se trouve bridé de partout. Voire, il s'emmerde dans le monde organisé qu'il ne dépasse pas du bout de son nez.
« L'homme civilisé d'aujourd'hui semble bien éloigné [du sentiment de délivrance qui accompagna les débuts de la diffusion du christianisme dans sa volonté de dompter moralement les instincts animaux]. Il est simplement devenu nerveux [contrairement à l'homme moralement relâché]. Aussi les besoins de la communauté chrétienne ne sont-ils plus compris aujourd'hui. Nous n'en saisissons plus le sens. Nous ne savons pas contre quoi ils pourraient nous protéger ».
Ce qui est drôle c'est qu'on renie aujourd'hui le fondement religieux de notre civilisation en empruntant des voies de réflexion que seule notre religion a pu nous fournir. Reprenons. le christianisme a permis à l'homme de se détourner du monde et de construire un monde spirituel intérieur capable de résister aux impressions des sens. Cette lutte contre le monde sensible a rendu possible l'apparition d'une pensée se développant indépendamment des choses extérieures ; une autonomie de l'idée susceptible de tenir tête à l'impression esthétique ; une pensée détachée de l'influence émotionnelle et capable de s'élever progressivement à l'observation réfléchie. Des siècles passent, la machine s'emballe. Résultat : on assiste à l'effondrement progressif du Logos (celui-là même qui poussait l'ancien chrétien à s'éloigner du monde) dans la Physis. C'est le fondement de la pensée scientifique moderne, peu ou prou les râteaux de l'échec vers la transcendance :
« En transposant le centre d'intérêt du monde intérieur au monde extérieur, la connaissance de la nature a infiniment grandi en comparaison de ce qu'elle était autrefois ; mais la connaissance et l'expérience du monde intérieur ont diminué en proportion. […] Même la psychologie moderne a grand-peine à revendiquer pour l'âme humaine un droit à l'existence et à faire admettre qu'elle soit une forme d'être douée de qualités que l'on peut étudier […] ».
Jung n'est pas très optimiste pour l'avenir de l'humanité qui renie ou méconnaît son passé. Considérant que le christianisme a été élaboré pour échapper à la sauvagerie et à l'inconscience de l'antiquité, nous risquons de voir renaître cette violence en jetant la religion avec l'eau du bain. Parlant des crises majeures du début du 20e siècle, Jung écrit :
« Nous avons vu ce qui se produit quand un peuple trouve trop sot le masque de la morale. Alors la bête est lâchée et toute une civilisation disparaît dans la folie de la corruption des moeurs. […] Nous nous imaginons que notre primitivité a depuis longtemps disparu et qu'il n'en subsiste plus rien. Sous ce rapport notre déception a été cruelle. le mal a submergé notre culture comme il ne le fit jamais. Cet horrible spectacle nous permet de comprendre en face de quoi le christianisme s'est trouvé et ce qu'il s'est efforcé de transformer ».
L'homme de notre époque est peuplé d'un néant qui s'aligne peut-être sur la disparition du rythme, du temps et de l'espace. S'il reste des reliques d'initiation, de transmission et de tradition, celles-ci tournent comme des horloges folles dans quelques caves dissimulées de l'humanité, et on ne peut rien faire pour donner le tempo. On se retrouve avec des flopées de névrosés qui ne savent même pas ce qui leur manque. Leur libido tourne en rond dans un petit stade sans plaisir au lieu de s'ébattre, de se perdre et de s'accélérer dans les prés qui n'existent plus. Ici, les symboles se bousculaient. Chacun pouvait voir naître le sien, celui qui offre une voie d'expression à sa libido. C'est que le symbole fonctionne comme un transformateur : il fait passer la libido d'une forme inférieure à une forme supérieure en agissant par suggestion. Il persuade et exprime, au moyen de l'impression numineuse, le contenu même de ce dont il est persuadé.
« [L'âme] est à elle-même l'unique et immédiate expérience et la condition sine qua non de la réalité subjective du monde en général. Elle crée des symboles qui ont pour base l'archétype inconscient et dont la figure naissante surgit des représentations acquises par la conscience. »
On en tire une posture thérapeutique claire :
« le premier devoir qui s'impose au psychothérapeute est de saisir le sens nouveau des symboles afin de comprendre ses malades dans leurs efforts compensatoires inconscients pour découvrir une attitude exprimant la totalité de l'âme humaine. »
Rien qu'à ça, on peut deviner que Jung devait être beaucoup plus cool que Freud, là, qui nous disait toujours comment nous comporter po
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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Macabea
  10 novembre 2016
Ce n'est pas l'oeuvre de Jung que je préfère. Cet ouvrage fait montre d'une érudition fabuleuse, épatante, mais m'a laissé une impression de désordre, un sentiment de confusion....d'une complexité embrouillée, hermétique, presque excessive...une jungle hypnotique de références et de relations...fascinante, mais aussi intimidante...pouvant inhiber le lecteur débutant. Je le déconseille comme introduction à la psychologie de Jung.
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ChatDuCheshire
  12 juillet 2015
Jung est un peu à la psychanalyse ce que Durkheim est à la sociologie: le second a développé le concept de conscience collective et le premier a mis en avant la thèse - controversée - d'un inconscient collectif, au-delà de l'inconscient individuel sans doute plus largement mis en avant par Freud. L'inconscient collectif se nourrit de symboles, mythes et légendes qui existent, sous des formes légèrement différentes (adaptées au contexte particulier) mais présentant de frappantes similitudes sur le fond, dans toutes les cultures et communautés humaines. A mon sens Jung n'entend pas démontrer que nous serions asservis à cet inconscient collectif mais de mettre en avant ce qui unit toutes les communautés et âmes humaines et en ce sens cette analyse très documentée à travers l'histoire et les lieux est assurément passionnante. Peut-être pas nécessairement le type de bouquin à lire d'une traite mais le genre de volume que l'on aime ressortir de temps en temps pour y picorer de quoi faire voyager l'esprit...
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thierrygibert
  31 mars 2018
le livre qui a permis de découvrir Jung et le monde des symboles, si fondamental pour l'homme. Riche, divers, montrant à travers des exemples l'universalité des symboles et leur rôle de "langue des rêves", un livre fondamental
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Citations et extraits (90) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   18 août 2019
La psychologie de masse, c’est l’égoïsme accumulé à un point qu’on ne peut se représenter, car son but est immanent, et non pas transcendant.
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colimassoncolimasson   15 août 2019
L’homme civilisé d’aujourd’hui semble bien éloigné [du sentiment de délivrance qui accompagna les débuts de la diffusion du christianisme dans sa volonté de dompter moralement les instincts animaux]. Il est simplement devenu nerveux [contrairement à l’homme moralement relâché]. Aussi les besoins de la communauté chrétienne ne sont-ils plus compris aujourd’hui. Nous n’en saisissons plus le sens. Nous ne savons pas contre quoi ils pourraient nous protéger.
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colimassoncolimasson   09 août 2019
Un archétype a le pouvoir de saisir le moi et même de le contraindre à agir dans sa direction (à lui l’archétype).
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AuroraeLibriAuroraeLibri   30 août 2016
Empiriquement "l'amour" se présente comme la force fatale par excellence, qu'il soit basse concupiscence ou affection spirituelle. C'est un des plus puissants moteurs des choses humaines. On le conçoit comme "divin" et c'est à bon droit qu'on lui donne ce nom, car la puissance absolue de la psyché a de tout temps été appelée "Dieu". Que l'on croie ou non en Dieu, qu'on l'admire ou le maudisse, toujours le mot "Dieu" se presse sur nos lèvres, toujours et partout la puissance psychique porte le nom de "Dieu". Et toujours Dieu est placé face à l'homme dont il est expressément distingué. L'amour, il est vrai; leur est commun. Il est le propre de l'homme en ce sens qu'il s'empare de lui, (...) en ce sens que l'homme est son objet ou sa victime. Psychologiquement, cela veut dire que la libido, en tant que force de désir et d'aspiration -en un sens plus large : en tant qu'énergie psychique, est en partie à la disposition du moi, mais qu'en partie aussi elle se comporte vis-à-vis de lui avec une certaine autonomie; que, le cas échéant, elle le détermine soit en le plongeant dans une situation pénible, qu'il n'a pas voulue, soit en lui ouvrant une nouvelle source de force à laquelle il ne s'attendait pas. Comme les rapports de l'inconscient au conscient ne sont pas simplement mécaniques ou complémentaires mais bien compensatoires et accordés selon l'unilatéralité de l'attitude consciente, on ne peut nier le caractère intelligent de l'activité inconsciente. De telles expériences expliquent immédiatement pourquoi l'image de Dieu fut considérée comme un être personnel.
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AuroraeLibriAuroraeLibri   03 septembre 2015
La lecture des Métamorphoses de l'âme et ses symboles convaincra aisément que l'auteur ne s'occupe pas du tout de la réalité transcendante. Il ne s'en occupe pas parce que la question n'est pas de son ressort. La psychologie analytique n'est pas, et ne veut pas être, une philosophie, encore qu'il serait facile de dégager d'elle une philosophie qui ne serait pas sans valeur. (...) ; elle n'est en tout cas pas une théologie, parce que toute théologie est nécessairement confessionnelle et que le psychothérapeute qu'est Jung ne veut à aucun prix s'enfermer dans les limites d'une confession. Il ne traite donc jamais du problème de l'existence ou de la non-existence de Dieu. Il se tient strictement sur le terrain de la pratique analytique. Il se propose de sonder le phénomène psychologique religieux, la fonction religieuse comme il dit, tel qu'il apparaît en chacun de nous, sans autre prétention de constater ce qui est, dans la mesure du possible, et de ramener son malade à une vie normale.
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Videos de Carl Gustav Jung (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carl Gustav Jung
Carl Gustav Jung ou la totalité de l'homme futur (1) De Freud à Jung.
ette émission est la première d'une série de huit consacrées à Carl Gustav JUNG, célèbre psychologue, dont l'un des maîtres fut Sigmund FREUD avant qu'il ne s'en détache. Il est resté dans les mémoires pour son travail sur le système psychique qu'il a classifié en trois parties : le conscient, l'inconscient personnel (formé d'éléments refoulés ou oubliés) et l'inconscient collectif (héritage commun à toute l'humanité).
L'une des notions essentielles de la psychologie jungienne est la notion d'anima (féminin de l'homme) et d'animus (masculin de la femme). Une autre notion primordiale est celle des archétypes qui permettent à Jung d'établir des liens entre le collectif et l'individuel et l'amèneront à sa théorie des grands symboles collectifs (dieux de l'antiquité, héros etc.). La pensée de JUNG est étudié dans le monde entier par des médecins et de psychologues.
Son œuvre a une influence considérable dans le monde entier. Cette première émission va survoler les notions jungiennes, rappeler sa carrière, présenter l'homme dans son travail et son caractère.
Participant : - Roland Cahen - Gehrard Adler - Etienne Perrot - Aniéla Jaffé - Jolande Jacobi - Laurens Van Der Post - Edward Bennet
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>Philosophie et théorie>Systèmes, écoles>Systèmes psychanalitiques (329)
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