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EAN : 9782370470416
214 pages
Éditeur : Editions Lajouanie (14/07/2017)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Auchel, nord de la France. Le corps d'un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d'autant qu'on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d'une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs... Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant L... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
UnKaPart
  27 novembre 2017
En route pour le cercle polaire français, on s'offre une virée à Auchel avec un détour du côté de Lille. Les amateurs de draches septentrionales en seront pour leurs frais : c'est l'hiver, il tombe de la neige (un genre de pluie croisée avec du coton dans un laboratoire céleste, de l'EauGM en quelque sorte).
Le Nord-Pas-de-Calais sans flotte, pourquoi pas ? Ça n'a l'air de rien, mais ce n'est pas rien justement. Les considérations météorologiques, en général, je m'en tamponne le haricot. Ici, elles font sens. Ce détail est symptomatique du bouquin qui joue sur les attendus et les archétypes pour mieux les contourner. Ou les détourner, ça marche aussi (mais pas péritourner, parce que ce verbe n'existe pas).
Ainsi la traditionnelle pluie de ch'Nord devient chute de flocons. Idem le duo de flics. Non, les deux gus ne se transforment pas en bonshommes de neige, laisse-moi finir la démonstration. D'un côté, Demeyer, le briscard qui a tout vu dans sa carrière au point d'y perdre une part de son humanité. de l'autre, Lisziak, le petit jeune, règlement-règlement, des idéaux de justice plein la tête. Duo classique que tout oppose… sauf que l'idée n'est pas de pondre un buddy movie de papier, où l'un dit “blanc”, l'autre “noir”, et à la fin ils sont super potes et claironnent “gris” en choeur. le binôme s'enrichit de Garance Fazuras pour devenir à la fois trio et doublé de duos avec Lisziak comme pivot. le roman y gagne sur tous les tableaux avec un traitement plus intéressant qu'un bête mode binaire mille fois vu et un personnage féminin qui n'est ni une super-héroïne invincible ni une princesse potiche à la Disney.

On en dira autant de l'enquête… Enfin non, on en dira moins pour ne pas spoiler. Un corps cramé dans un cimetière, une étudiante massacrée… deux affaires avec les mêmes enquêteurs… Si on était dans Les Experts ou le polar d'un auteur lambda, les deux trames seraient liées avec cinquante mètres de scotch et vingt bobines de grosse ficelle. Ok, on se doute bien qu'il y a un rapport entre les deux, mais Kaan se montre malin en t'emmenant toujours ailleurs que là où tu le prévoyais. Et pas n'importe comment, hein, la direction qu'il prend tient la route. Tout ça pour arriver à une fin parfaite, un vrai final de roman noir qui ne louche pas vers le rose.
Punk Friction est une réussite en matière de polar. Il joue des codes et des archétypes, les respecte dans leur essence, tout en leur tordant le cou dans son développement pour ne pas t'assommer de clichés. Ce roman ne se contente pas de de cocher des items dans le cahier des charges, il contient de la surprise, denrée qui commence à se faire rare dans le flot des productions formatées.

Le décor et le contexte bénéficient du même traitement. le cadre d'ancien bassin minier en pleine crise est indissociable de la région, comme ses personnages issus de la classe populaire. C'est le Nord-Pas-de-Calais avec son quotidien gris, ses pauvres, ses chômeurs, ses forçats qui se crèvent pour des clopinettes. Cliché ? Non, portrait très juste d'une région en crise qui n'a pas su se reconvertir, pas aidée par ceux qui auraient pu et ont préféré se concentrer sur les délocalisations ou le brassage d'air électoral.
Indissociable, disais-je, oui et non. La réalité socio-économique dépeinte dans Punk Friction transcende son contexte local. Partout ailleurs dans l'Hexagone comme dans les DOM-TOM, tu retrouves les mêmes petites gens avec les mêmes gros problèmes. le bon peuple à qui on n'arrête pas de promettre la lune et qui l'a toujours pile à cet endroit. La police qui doit faire face au manque d'effectifs et de moyens… Les ministres hors-sol qui débarquent, se pavanent et repartent au chaud dans leur bureau parisien… Les édiles locaux plus soucieux de leur image que de leurs administrés… Ces mêmes administrés pour qui la notion de perspective se résume à ça, une notion, sans rien de concret derrière, aussi tangible que l'horizon si cher à Flanby. le monde avance, l'Etat recule, comment veux-tu… Tout ça, c'est partout en France.
Punk Friction te raconte l'échec d'un modèle étatique, économique, social qui fonctionne en roue libre. L'histoire aussi des marges qui occupent petit à petit les trois quarts de la feuille. Les punks, les pauvres, les jeunes, des gens qui ne comptent pas vraiment, parce qu'“ils n'avaient qu'à”. Qu'à quoi, on ne sait pas… En attendant, c'est no future pour tout le monde, pas seulement ceux qui portent des crêtes bariolées. le thème de la jeunesse occupe une place majeure dans le roman, mais tu peux oublier le bon temps des rires et des chants. Pour les gamins, il n'y aura pas de futur non plus et, pire, ils en sont conscients. Désoeuvrés mais pas que : désespérés.

Noir, c'est noir, et cetera. Punk Friction distille aussi des bouffées de légèreté, d'humour même, dans le ton ou certaines formules. Bon moyen de ne pas rendre chaque page plus anxiogène que la précédente et d'accentuer le contraste avec les passages les plus glauques.
On ne le répètera jamais assez, Kaan a une plume superbe, sur le fond comme sur la forme. Il le prouve encore une fois avec cette "freaktion".
Lien : https://unkapart.fr/punk-fri..
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QuandOpheLit
  28 novembre 2018

C'est avec beaucoup d'humour que Jess Kaan nous entraîne dans une double enquête, entre Lille et Auchel (le Pas de Calais pour les non ch'ti), dans mon plat pays.
Il y a beaucoup de choses à dire sur ce roman, qui je dois l'avouer ne m'a pas émue, mais touchée. Touchée parce qu'il est une véritable critique de notre société. Avec des prises de positions assumées et une grande habilité, l'auteur amène son lecteur à réfléchir sur des sujets qui sont tout sauf légers.
Ainsi Jess décrit une jeunesse perdue et désabusée :
« Quatre paumés du Nord, le genre de gosses comme il en existe des milliers, une génération sacrifiée par un système à bout de souffle. Enfants cassés, enfants broyés par des rouages socio-économiques les dépassant. Difficultés familiale au sein de tribus éclatées, borderline, échec scolaire lié à leur différence, aucune perspective et aucune possibilité de rémission. »
Il parle d'une région qui souffre de l'abandon des politiques élus :
« les bâtisses rappelaient surtout qu'Auchel avait grandi avec les mines, comme d'autres villes du bassin avant que tout s'arrête ; subitement. Parce que les politiciens gouvernaient sans prévoir. Parce que les travailleurs trimaient pour finir le mois. »
Mais il rend aussi hommage aux habitants de la région, car s'il joue avec les clichés (qui ne sont pas nés de rien), l'accent, la consommation d' alcool etc... il met en lumière une population qui galère plus qu'ailleurs, ces personnes courageuses qui donneraient tout pour leurs enfants :
« A côté, tu as un tas de braves gens qui triment ou essayent de gagner leur vie et qui s'en sortent tant bien que mal. Plutôt mal que bien. En tous cas de pire en pire, ceux-là, tu n'en entends jamais parler. Ils paient leurs impôts, il essaient d'envoyer leurs gosses dans de bonnes écoles pour qu'ils aient un avenir correct et ils ont le sentiment d'être jetés par tous les partis politiques. »
Effectivement, comme le dit la ligne éditoriale « roman policier mais pas que... »
Mentions spéciales :
Une rencontre avec une vieille « boyau rouge » qui m'a rappelé les petites vieilles de Carvin (dans le Pas de Calais aussi), toudis cachées derrière leurs rideaux ou assises sur leur pas de porte à épier la vie de leur petite ville, mais surtout de leurs voisins !
L'utilisation du « parlé » du bassin minier qui renforce la crédibilité des propos... l'immersion est totale !
« Punk Friction » m'a touché mais m'a aussi beaucoup fait sourire. Les sujets si graves soient-ils sont abordés finement et avec humour pour ne pas tomber dans le pathos,les préjugés. La critique est acerbe mais tellement bien amenée. Une intelligence d'écriture qui marque.
L'exercice n'était pas simple et Jess y est arrivé haut la main !
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nathf
  04 mars 2020
Auchel - Pas-de-Calais - le corps carbonisé d'un jeune marginal est retrouvé dans un cimetière.
Ensuite vient le tour d'une jeune étudiante sauvagement assassinée. le capitaine Demeyer, la quarantaine, blasé par son boulot et son lieutenant Lisziak en perdent leur latin.
Est-ce l'oeuvre d'une bande de punks que les riverains considèrent comme coupables ou est-ce plus alambiqué?
Bienvenue chez les Ch'tis!
Frederickmerlier Alias Jess Kaan plante le décor dans le Nord avec ses expressions savoureuses. Les chudistes va falloir printe des leçons (traduction: les sudistes, il faudra prendre des leçons).
Trêve de plaisanterie!
En utilisant l'enquête comme prétexte, l'auteur décrit une région jadis prospère grâce aux charbonnages tombée en désuétude et oubliée de la classe politique.
Entre des adultes désabusés, une jeunesse désoeuvrée, livrée à elle-même et sans boulot, pas facile de trouver de la motivation pour s'en sortir et éviter les embrouilles.
Vous assisterez à deux enquêtes menées tambour battant (je ne m'étendrai pas plus) et vous pouvez compter sur Jess Kaan pour que tout ne soit pas un long fleuve tranquille.
Malgré la noirceur du sujet, on ne peut s'empêcher de sourire en lisant certaines répliques qui caractérisent bien l'humour nordiste à prendre très souvent au second degré.
En bref, un polar qui réunit tous les ingrédients pour que vous passiez un excellent moment.
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bdelhausse
  05 août 2017
Un punk qui flambe dans un cimetière... voilà une belle entrée en matières. Ensuite on en découpe une autre à la scie circulaire.
Pendant ce temps mais que fait la police? Elle enquête sur le meurtre, que dis-je ! le massacre, d'une étudiante initiée au Dark Web pour son sujet de thèse de doctorat.
Pendant ce temps, le tueur de punks en série est pris de remords. Les lycéennes ne sont plus ce qu'elles étaient devant David Hamilton (ou dessous, c'est selon). Les flics sont taiseux et taciturnes. Les fliquettes baisables et baisées. Les politiciens véreux. Le Nord (pardon... Les Hauts de France) est un cloaque de consanguinité galopante. (N.B. Mais on n'y vote pas (encore) FN... ce qui est étrange. Cet aspect-là de la politique est occulté par l'auteur.)
Bref, l'auteur nous assène tous les poncifs, clichés, lieux communs possibles et imaginables dans un thriller social (sans même mentionner l'humour assez potache, et pas toujours au second degré). Sauf qu'il n'y a pas vraiment d'angle social. le tout est servi tiède par une écriture rock'n'roll directe et sans ambages. Cela peut plaire. Mais moi, je suis un peu resté au coin de la rue.
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NigraFolia
  12 juin 2018
Punk Friction est un polar social qui n'est pas sans me rappeler un certain JB Pouy en plus jeune. User de romanesque sordide pour éclairer les errements de notre société, ça s'est déjà vu. Quand on observe la période actuelle, on se dit qu'elle est riche en opportunité. Je l'ai écrit plusieurs fois, j'aime quand un polar se fait l'écho de notre société, qu'il prend ses sources de réflexions dans son fondement.
Auchel, un coin perdu dans les Hauts de France. 5 jours durant en Février. Ça caille sous la neige. le corps d'un Punk cramé dans un cimetière revient au Capitaine Demeyer, quadra bourru qui a déjà trop vécu et au Lieutenant Lisziak tout juste démoulé de l'école. le duo est bancal. Il est envoyé par le SDPJ de Lille. La communication passe mal entre les deux. Ce duo est secoué par la présence de Garance Fazuras, une jeune et jolie fliquette locale pleine d'esprit d'initiative.
Dehors, la population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks qui zone dans le coin. A cette affaire, dans ce coin perdu, s'ajoute une étudiante découpée en morceau. Deux affaires pour les enquêteurs. Mais c'est sans compter sur l'esprit de Jess Kaan avide de fausses routes. L'ombre du Géant plane. le roman commence vraiment.
La mise en scène de l'enquête devient un prétexte pour l'auteur, pour explorer ce qui reste de l'ancien bassin minier frappé par la crise. Ce bouquin a du fond.
A travers l'enquête de voisinage, Kaan dresse le constat sans concession de cette classe populaire abimée. C'est un fait, des gens vivent à Auchel et dans la région. Pas forcément des bardés de diplômes, mais ils essayent de s'en sortir, comme ils peuvent. Seuls. Durement. Leur réalité sociale s'est fracassée contre un contexte économique plus que défavorable.
La police, comme partout dans l'hexagone, doit faire avec. Donc plutôt sans. Manque d'effectifs, manque de moyens.
Et il y a les élites, les notables. Locaux ou parachutés de la capitale, ils sont hors-sol. Leur incapacité à appréhender la réalité de la vie locale, n'est que le reflet des échecs des politiques successives.
Ceux qui y vivent, comme ces territoires, ont été abandonnés. Les jeunes en particuliers car pour les adultes c'est déjà trop tard. Cette jeunesse est désabusée, complétement perdue. Même les punks à chien sont sans chien.
Exit le No Futur de leurs ainés. Ils ont été élevés avec. Les mômes de Kaan sont des ados désespérés, partagés entre l'attrait du web et une lassitude écrasante d'une vie même pas rêvée. Qu'il s'agisse de Kimberley Riberner, la paumée grassouillette aux mèches brunes dépassant de son bonnet flashy, Lindsey son amie, Amélie Tourbières, avec sa vingtaine d'années, son nez retroussé, et son air d'une adolescente qui aurait trop vite grandi, Sarah la première victime, même pas 20 ans, une blonde, plutôt mignonne, et les autres Candy, Tiffany, Hakim, Donovan Remoulard, ce gosse de 13 ans avec ses trois piercings avec tête de mort à l'oreille, on ne peut que ressentir une certaine empathie. Ils sont déjà paumés dans un monde pourris par les adultes.
Côté adultes, il y a la loi et les autres.
Pour ce qui est du style, Punk Friction est une belle réussite. Jess Kaan réussit à intégrer l'utilisation du « parlé local » avec humour. Il se joue des clichés. Certains y trouveront à redire, perso, j'aime bien. Rien qu'à l'accent, tu sens l'alcool. Pour le reste, il manie le lecteur et le ballade jusqu'à une fin où le polar prend une vive accélération.
Voilà, j'ai fini cette chronique. Ah oui, j'allais oublier. J'ai aimé le clin d'oeil du procureur. Décidément, Lajouanie est une grande famille.
Lien : https://nigrafoliablog.wordp..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   26 février 2019
–  Nous serions mieux au commissariat pour en discuter, trancha Demeyer.

–  J’ai rien à vous dire. J’ai fait des conneries, il y a une dizaine d’années. J’ai braqué une supérette, j’ai amplement payé ma dette à la société, moi ! À l’époque, on ne vous collait pas des rappels à la loi et on vous filait pas un bracelet électro­nique pour jouer à la PlayStation à la maison. Maintenant, j’ai une famille. Je suis la France qui se lève tôt.
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CielvariableCielvariable   26 février 2019
–  Et je ne vous cache pas qu’on travaille en flux tendu, rétorqua le Com’. J’ai trois gars sur Maubeuge à cause des violeurs en série. La psychose gagne la Sambre, les gens com­parent avec une affaire remontant aux années  90. J’ai deux autres équipes sur Haisnes suite à la mort de deux antifas, bref c’est la merde ! Comme d’hab’, inutile de compter vos heures ou d’espérer des R T T.  
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CielvariableCielvariable   26 février 2019
Le politicien considéra le flic avec la morgue qui s’accroche aux barons, prompts à régenter le petit personnel. Il éleva la voix.

–  Capitaine, nous contacterons vos supé­rieurs car il n’est pas question que cette affaire ternisse la réputation de notre région et de la ville, vous comprenez  ?
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UnKaPartUnKaPart   09 novembre 2017
Il avait espéré changer le monde, mais il avait perdu et le monde l'avait changé.
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bdelhaussebdelhausse   06 août 2017
Le fatalisme ne conduit qu'à la résignation et la résignation à la déchéance. (p.138)
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