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Jusuf Vrioni (Autre)
EAN : 9782253033165
215 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (23/11/1983)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 156 notes)
Résumé :
La mort est intiment liée à la vie, c'est une évidence. Bessian, un écrivain avide de connaissances sur les coutumes qui régissent la vie des montagnards albanais, en est persuadé. Pourtant, alors qu'il entreprend avec sa femme Diane leur voyage de noces dans les lointaines contrées du Rrafsh, il imagine pouvoir garder ce regard extérieur qui les protégera du tragique. Or, le destin semble en avoir décidé autrement. Le couple ne tarde pas à croiser le chemin de Gjor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
babounette
  29 juillet 2012
Ismaïl Kadaré est un écrivain engagé, il lutte contre le totalitarisme. Ses récits sont considérés dans son pays comme subversifs envers le régime.
Il est obligé de quitter l'Albanie et obtient l'asile politique en France en 1990. Ses livres ne sont pas publiés en Albanie.
L'histoire d'Avril brisé est une histoire lente, mais intense.
En la lisant, je ressentais comme un "malaise", une oppression.
On a peine à imaginer que ces coutumes ont encore lieu dans les hauts plateaux d'Albanie.
Commenter  J’apprécie          492
majero
  15 octobre 2020
Sur les hauts plateaux albanais où subsiste la loi du Kanun, si l'hôte de passage, quasi un dieu, succombe à une vendetta, celui qui l'héberge se doit d'en laver le sang, se mettant à dos l'autre famille. Quarante quatre morts plus tard on retrouve Gjorg, en embuscade pour laver la mort de son frère, un crime qui le fera gibier à son tour après une trève de trente jours pendant laquelle il est tenu d'assister à l'enterrement, de partager avec l'autre famille le repas funéraires et d'aller payer l'impôt du sang chez le prince!
C'est sur la route de la citadelle d'Orosh qu'il croisera le regard de Diane, emmenée en lune de miel par Bessian, journaliste fasciné par ces lois barbares inspirées de la mythologie grecque.
J'en ressors hébété par ces 'gamineries', cette vie absurde et pourtant, comme le soulignent Gjorg et Bessian, combien moins terne que celle des gens de la vallée.
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litolff
  18 février 2012
Chronique d'une mort annoncée.
Le kanun, l'équivalent balkanais de la vendetta, a obligé Gjorg Berisha à « reprendre » le sang dû par une autre famille de son village : il sait maintenant que c'est son tour et décide de profiter du temps qui lui reste avant de revenir se soumettre à la loi du kanun.
En vertu d'une coutume ancestrale albanaise, quand un membre d'une famille est tué par un membre d'une autre famille, un des hommes de cette dernière se voit obligé, dans les trente jours, de se soumettre à la règle du Kanun. Il doit rentrer au village, tout en sachant que la famille de l'assassiné est forcée, selon ce code de l'honneur, de le tuer. Il n'a qu'à pas rentrer, me direz vous, oui mais le code de l'honneur, alors, on en fait quoi ????
Bien évidemment de notre point de vue occidental, pragmatique et individualiste ce code de l'honneur nous semble complètement barbare et ridicule… mais ne faisons pas trop les malins, il est une île française pas très éloignée de nos côtes où la vendetta n'était pas un vain mot il y a encore quelques années et continue à faire des victimes sous forme de vendetta politique.
Si cette histoire se déroule au début du XXe siècle, il est très intéressant et effrayant de constater qu'en Albanie, la vendetta et le Kanun ont fait un retour en force inattendu depuis 1992 et la chute du régime communiste : en effet, pendant cette période les cas de vendetta étaient punis avec la plus extrême sévérité et leurs auteurs fusillés en place publique.
Une histoire étrange, funeste et funèbre et cependant très belle.
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gonewiththegreen
  16 septembre 2019
Gjorg est allongé dans la lande du nord de l'Albanie, fusil à l'épaule , prêt à tirer . Après avoir fait mouche, il rendra honneur à sa victime en ajustant son corps comme le veut la coutume. Désormais, Gjorg n'est plus chasseur , il est devenu proie. Ainsi le veut le Kanun.
Le Kanun , est un ensemble de règles en vigueur dans le nord de l'Albanie mais également dans quelques régions des pays limitrophes. Parmi ses règles, il y a la reprise de sang. Si un membre d'une famille est tué, elle a le droit de tuer à son tour un membre de l'autre famille. Ces règles, datant du XV ème siècle avait pour but d'encadrer les trop nombreux règlements de comptes .
Ce livre, extraordinaire , nous porte dans un monde où le droit est celui du Kanun et n'a rien à voir avec nos modèles . L'auteur dresse un inventaire de tous les aspects du Kanun : L'hospitalité, l'honneur, les tours de claustration , la bessa (zone de trêves), les rituels au mariage, le rôle des prêtes, le coté économique du Kanun...
Ce livre , au delà de son histoire, véritable témoignage de la vie des montagnards du nord de l'Albanie, a une grande part d'humanité au milieu de règles sanguinolentes.
Les personnages principaux nous font découvrir tous les aspects de ces lois et comme dans toutes les sociétés, on voit bien le rôle joué par l'argent aussi surprenant que cela puisse paraître.
Ce livre est une porte d'entrée merveilleuse, parce qu'en plus le plaisir de lecture est immense, sur un monde encore en vigueur à deux heures trente d'avion de la France.
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bdelhausse
  17 novembre 2017
Chronique d'une mort annoncée... Oh, je ne dévoile rien... Tout est dit dans la première page. Dans les montagnes albanaises, sur ce que Kadare nomme le Plateau, le temps est figé. Les montagnards ne vivent pas au XXè siècle (l'auteur situe son histoire au début du siècle) mais au Moyen-Âge. Tout est figé par le Kanun... code de lois qui régit la vendetta, qui réglemente le fait de prendre le sang dû en tuant un membre d'une famille qui a offensé la sienne.
Et ainsi de suite, car la vendetta ne s'arrête jamais. Ou plutôt si, elle peut s'arrêter si on paie au lieu de tuer. Mais l'honneur se lave dans le sang, pas dans l'argent. On peut se donner toutes les justifications possibles, nous glisse à l'oreille l'auteur... comme pendre une chemise ensanglantée et mesurer le temps qui passe en regardant les taches de sang changer de couleur... en fustigeant le fils chargé de prendre le sang de la famille adverse... le sang se monnaie.
Kadare nous livre un drame en 3 actes (et 7 tableaux/chapitres). D'abord la dette de sang est effacée par Gjorg, qui devient à son tour la cible de la famille opposée. Il va entamer un voyage pour réclamer un sursis de 30 jours. Acte deux, Bessian, un écrivain de la ville, arrive avec sa femme en voyage de noces sur le Plateau. A travers ce regard exalté que pose Bessian sur les traditions et la vie sur le Plateau, on a une approche étrange de la vendetta. Si les montagnards semblent parfois vivre cela comme une fatalité, comme une malédiction, Bessian glorifie et porte aux nues cette vengeance coulée dans le Kanun... Acte 3, la femme de Bessian tombe amoureuse de Gjorg. Et vice versa. Gjorg, plutôt que d'essayer de se cacher, va tout faire pour la retrouver, pendant que celle-ci se morfond et sombre dans la mélancolie.
On dirait un drame shakespearien.
On atteint le summum de l'absurde en traversant le village où plusieurs familles sont en conflit, paralysant toute activité jusqu'à ce que le village finisse par disparaître. On en rirait presque si ce n'était pas aussi dramatique. On sombre dans le cynisme quand le préposé chargé de collecter les dettes de sang se compare à ses collègues qui prélèvent les taxes sur le foncier ou la récolte de maïs...
Gjorg et Bessian sont deux facettes de la même réalité. Et à travers la femme de Bessian, Kadare montre que si les femmes sont exclues de la vendetta (pas de sang dû pour une femme), elles en subissent les conséquences. A ces protagonistes viennent se greffer d'autres: le Plateau est une entité quasi vivante, le temps qui passe est crucial, un juge du Kanun et ses deux acolytes, le prince qui perçoit le prix du sang...
Tous ces personnages ont intérêt à perpétuer la tradition. Kadare dénonce violemment ce système où iln'y a point d'honneur, mais seulement un souci mercantile.
C'est écrit avec lenteur, et un certain sens du drame. C'est sombre et on ne peut nourrir aucun optimisme, dès la première page. On se sent atteint par le mal ambiant, par cette chappe de plomb qu'impose le Kanun sur les actes et les gens. Si le thème me parle, le style est très éloigné de mes goûts. C'est mon deuxième livre de Kadare, et il me convainc davantage que La Pyramide. La dénonciation des totalitarismes, des diktats par Kadare me semble cependant assez simpliste, et univoque. C'est finalement fort dichotomique.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
majeromajero   15 octobre 2020
.... et il évoqua le terrible vœu que formulaient les montagnards à la naissance d'un enfant : « Puisse-t-il avoir longue vie et mourir du fusil ! » La mort naturelle, de maladie ou de vieillesse, était donc honteuse pour l'homme des hautes terres ...
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babounettebabounette   29 juillet 2012
Entre-temps, le mois d'avril se consumait rapidement. Les jours se succédaient sans trêve, et ce mois, qui, même sans cela, était pour lui le plus court de tous, se contractait, se consumait rapidement.
Il ne savait pas dans quelle direction marcher. Parfois il perdait son temps sur le mauvais chemin, et parfois il revenait involontairement dans un endroit par où il était déjà passé. Le doute qu'il n'avançait pas dans le bon sens le tourmentait toujours plus. Il finit pas avoir l'impression qu'il ne marcherait jamais que dans la fausse direction, jusqu'à la fin de cette poignée de jours qui lui restaient, à lui, malheureux pèlerin dans la lune, en son avril tronqué.
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litolfflitolff   17 février 2012
Vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez des motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c'est une beauté qui tue.
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bouquinebouquine   05 mai 2013
Vous me rappelez ces théâtres montés dans les palais des aristocrates russes, où la scène est assez spacieuse pour le jeu de centaines d'acteurs, alors que la salle est tout juste de dimensions nécessaires pour accueillir la famille du prince...
Vous poussez un peuple entier à jouer une pièce sanglante, alors que vous-mêmes avec vos dames vous assistez d'une loge au spectacle.
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rkhettaouirkhettaoui   27 juillet 2015
Vous comprenez, je suis géomètre, j'ai étudié cette science ; j'ai appris à arpenter les terres et à lever des plans. Et malgré tout, j'erre à longueur d'année sur le Plateau sans pouvoir exercer ma profession, car les montagnards ne reconnaissent à un géomètre aucune compétence. Vous avez vu vous-même comment ils règlent les questions de limites. Avec des pierres, des malédictions, des sorcières et je ne sais quoi d'autre. Quant à mes instruments, ils restent enfermés des années entières dans mon sac de voyage. Je les ai abandonnés là-bas à l'auberge, jetés dans un coin.
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Vidéo de Ismaïl Kadaré
http://www.club-livre.ch#Bessa_Myftiu Interview de Bessa Myftiu réalisée par le Club du Livre en partenariat avec Reportage Suisse Romande
Bessa Myftiu, née à Tirana, est une romancière, poète, conteuse, essayiste, traductrice, critique littéraire, journaliste, scénariste et actrice établie à Genève, en Suisse romande, de nationalité suisse et albanaise. Pour commander un ouvrage de Bessa Myftiu : En SUISSE : https://www.payot.ch/Dynamics/Result?acs=¤££¤58REPORTAGE SUISSE ROMANDE36¤££¤1&c=0&rawSearch=bessa%20myftiu En FRANCE : https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=bessa+myftiu&sft=1&sa=0
Fille de l'écrivain dissident Mehmet Myftiu, Bessa Myftiu fait des études de lettres à l'université de Tirana et par la suite elle enseigne la littérature à l'université Aleksandër Xhuvani d'Elbasan. Elle devient ensuite journaliste pour le magazine littéraire et artistique albanais La scène et l'écran. Elle émigre en Suisse en 1991 et s'établit à Genève dès 1992, passant son doctorat et devenant enseignante à l'université de Genève en faculté des Sciences de l'éducation, tout en poursuivant en parallèle ses activités dans les domaines de l'écriture et du cinéma. Depuis 2013, elle enseigne à la Haute École Pédagogique de Lausanne. Elle est par ailleurs membre de la Société Genevoise des Écrivains BIOGRAPHIE 1994 : Des amis perdus, poèmes en deux langues, Éditions Marin Barleti [archive], Tirana 1998 : Ma légende, roman, préface d'Ismail Kadaré, L'Harmattan, Paris (ISBN 2-7384-6657-5) 2001 : A toi, si jamais?, peintures de Serge Giakonoff, Éditions de l'Envol, Forcalquier (ISBN 2-909907-72-4) 2004 : Nietzsche et Dostoïevski : éducateurs!, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-05-6) 2006 : Dialogues et récits d?éducation sur la différence, en collaboration avec Mireille Cifali, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-09-4) 2007 : Confessions des lieux disparus, préface d'Amélie Nothomb, Éditions de l'Aube, La Tour-d'Aigues (ISBN 978-2-7526-0511-5), sorti en 2008 en livre de poche (ISBN 2752605110) et réédité en 2010 par les Éditions Ovadia (ISBN 978-2-915741-97-1), prix Pittard de l'Andelyn en 2008. 2008 : An verschwundenen Orten, traduction de Katja Meintel, Éditions Limmat Verlag [archive], Zürich (ISBN 978-3-85791-597-0) 2008 : le courage, notre destin, récits d'éducation, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 9782915741087) 2008 : Littérature & savoir, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-39-1) 2011 : Amours au temps du communisme, Fayard, Paris (ISBN 978-2-213-65581-9) 2016 : Vers l'impossible, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-36392-202-1) 2017 : Dix-sept ans de mensonge, BSN Press, (ISBN 978-2-940516-74-2)
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