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EAN : 9782253048114
285 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/12/1988)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 122 notes)
Résumé :
Une enclave hors du temps noyée sous la pluie, le brouillard ou la neige : l'Albanie, cette terre étrangère où la boue se mêle aux souvenirs. Un général en charge d'une mission aussi étrange que lugubre : déterrer les squelettes des soldats morts sur le sol albanais pour les restituer à leur famille. En somme, donner à ces valeureux soldats une digne sépulture, rendre les morts à la terre qui les a vus naître, représente pour le général une tâche honorable dont il c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
HORUSFONCK
  01 février 2018
Général, Général, qu' allait-tu arracher ces morts à la terre d' Albanie où ils étaient tombés!?
L' Albanie, ce pays d'austères montagne, érigé comme une forteresse et que l' Adriatique sépare de la botte italienne... Botte fasciste de 1939, dont le talon et la semelle s'abattirent sur le royaume de ce souverain au nom étrange: Zog.
... Mais la paix finit toujours par revenir. Et la botte, cette fois, envoie rien moins qu'un général pour ouvrir les tombes et en exhumer les corps tombés dans une guerre aussi vaine que meurtrière.
Tout est si bien organisé, pensez-donc! le général part pour l' Albanie, muni de listes et de cartes, des accords et autorisations nécessaires. Il est gonflé, cet officier, du sentiment de la mission sacrée de ramener les cendres d'une armée à la terre d'origine... Empli des prières de parents des morts d' Albanie.
Gageons, cependant, que ce général rabattra de sa morgue et de sa superbe, et que la mission à lui assignée sera plus longue que prévue.
Ismaïl Kadaré, dont c'est ma première lecture, m'a subjugué en m'emmenant dans cette terre d' Albanie tellement tournée vers ses montagnes que nous la connaissons si peu.
La mission de ce Général de l' Armée morte semble interminable (d'ailleurs, sera-t-elle vraiment terminée?) mais reste passionnante au gré des aventures de ces fossoyeurs de l'inutile... Au cours de la quête des restes humains d'un fiasco militaire.
Et puis, il y a ce mystérieux Colonel Z d'un certain Bataillon Bleu tout particulièrement recommandé par la veuve et la mère: Il faut retrouver les restes du colonel Z.
Ah! le beau livre, sombre et gris comme cet hiver albanais dans lequel s'enfoncent le général, le prêtre, l'expert et l'équipe d'ouvriers. Rude et beau comme le récit de souvenirs de morts, de combattants ou de combattus qui émaillent le chemin de croix du général.
Je sors du récit, comme en revenant d'un pays qui me serait devenu à la fois familier et davantage inconnu. L'un de ces états si proche et si lointain, vite atteint mais si peu visité.
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Woland
  07 février 2012
Gjenerali i Ushtrisë së vdekur
Traduction : Jusuf Vrioni
Introduction : Eric Faye

Sorti en 1963, ce roman est le premier d'Ismaïl Kadare (ou Kadaré), l'auteur albanais le plus lu certainement dans le monde occidental. Malgré la simplicité apparente de la trame de l'action, il s'agit d'un roman difficile à investir - je n'y suis personnellement parvenue qu'à la moitié du texte, c'est vous dire. Pourtant, les phrases sont simples, sèches même mais, curieusement, on a l'impression que cela joue contre l'écrivain. Si simples, si sèches, avec une pointe de maussaderie çà et là : comme si l'auteur s'en voulait (ou se retenait ?) d'écrire. Mais à la réflexion, on se dit que Kadare cherchait peut-être tout simplement son style.
Néanmoins, si l'on persévère, le discours du "Général de l'Armée morte" finit par toucher son lecteur. L'histoire est simple, répétons-le : une bonne vingtaine d'années après la fin de la Seconde guerre mondiale, les représentants d'une puissance européenne ayant combattu et occupé l'Albanie, un général et un aumônier ayant rang de colonel, sont expédiés dans la dictature communiste d'Enver Hoxha afin d'y rassembler les restes de leurs soldats, gradés ou non, jadis tombés et inhumés en terre albanaise. Les deux hommes sont particulièrement soucieux de ramener la dépouille d'un certain colonel Z., issu de l'une des familles les plus influentes de leur pays.
Selon toute vraisemblance et bien que l'auteur les laisse dans un anonymat absolu, le général et l'aumônier sont italiens. Au cours de leur périple dans la boue noire de l'hiver albanais, ils croisent un lieutenant général et un bourgmestre probablement d'Allemagne de l'Ouest, venus eux aussi récupérer leurs morts. Moins heureux que leurs homologues italiens, les Allemands ne disposent ni des cotes, ni des descriptions physiques qui leur permettraient de creuser et d'exhumer sans risque excessif d'erreur.
La funèbre expédition des deux Italiens, entourés d'un expert et de terrassiers albanais, les amène à s'enfoncer dans l'Albanie profonde, dans des villages où ils constatent que rien ne semble avoir été oublié. Cette rancoeur toujours en éveil de l'occupé face à l'ancien occupant culmine avec la scène du mariage durant lequel la vieille Nice, une paysanne dont le mari a été fusillé et la fille de quatorze ans violée par le colonel Z. en personne, jette aux pieds du malheureux général le sac dans lequel, vingt ans plus tôt, elle a enseveli le cadavre de Z., qu'elle avait exécuté de ses propres mains.
"Le Général de l'Armée morte" est aussi une tentative, au début assez timide, puis carrément triomphante et même exaltée, de glorification du caractère de l'Albanais : follement nationaliste, toujours prêt à régler la moindre dispute en faisant parler les armes, fier et tout d'une pièce. La critique du régime d'Enver Hoxha est ici à peine esquissée mais on sent bien, en tous cas lorsque le général et l'aumônier réintègrent la grande ville, une menace latente, celle d'un pouvoir militaire qui ne se pose pas de questions et frappe à tout-va.
Jamais peut-être, pour un "premier roman", aucun auteur ne s'est autant cherché que Kadare dans celui-ci. Si l'on passe le cap de la moitié du roman, ces tâtonnements, cette espèce d'étonnement qu'on sent chez l'auteur face à son propre pouvoir d'écriture, son irritation aussi devant son impuissance à faire vraiment ce qu'il veut des mots (ce n'est un mystère pour personne que l'écrivain a révisé nombre de ses textes, mettant et remettant vingt fois sur le métier des ouvrages qui avaient pourtant été publiés avec son aval) et l'ambiguïté qu'on lui devine envers le régime qui asservit ses compatriotes (il l'asservit certes mais il est aussi farouchement pro-albanais), finissent par inciter à se procurer au moins un autre livre de Kadare. Pour voir. Pour approfondir. Pour comprendre cette fascination que lui-même et son univers semblent avoir exercé et exercer encore sur l'Occident.
Nous en reparlerons. ;o)
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LucianaMortisol
  05 mai 2016
Ce roman est le premier de cet écrivain albanais qui restera certainement un des grands noms de la littérature de la fin du XXème siècle et du début du XIXème siècle (actuellement âgé de 80 ans, il a été accueilli en France après avoir achevé de tomber en disgrâce dans son pays stalinien, et partage actuellement sa vie entre la France et l'Albanie).
Ses romans ne sont pas toujours faciles d'accès, il faut accepter d'y entrer, et l'on s'en trouve ensuite récompensé ! Ici, quel est l'argument de départ ? Un général de l'armée italienne est chargé par son gouvernement, vingt ans après la fin de la guerre, de ramener au pays et de rendre à leurs familles les restes des soldats morts en Albanie pendant la deuxième guerre mondiale. Que fait Kadaré de cette intrigue ?
Il en fait d'abord une réflexion sur la vanité et la sottise de la guerre. Initialement très fier de sa mission, prenant de haut les réactions des familles, la rencontre des Albanais…, le héros de son roman est enfermé dans son assurance de général chargé d'une mission qui le valorise. Mais il va peu à peu se rendre compte du caractère dérisoire, voire absurde, de sa quête. Aller déterrer ces squelettes, en faisant mine de pouvoir les identifier, en profanant en quelque sorte la terre qui les avait recueillis et dans laquelle ils dormaient tranquilles, pour les rendre à une famille dont la demande est en fait viciée par le chagrin qui l'empêche d'en voir le caractère macabre, cela n'est pas en fait une mission de gloire… Et en termes de gloire, il va plutôt découvrir l'envers de la guerre, le malheur qu'elle sème, les comportements sans panache, voire honteux, des soldats qu'il prenait pour des héros, qui sont en fait volontiers déserteurs, voire violeurs…
Son contact quotidien avec les restes exhumés crée peu à peu en lui un rapport étrange à cette armée de restes humains enfermés dans des sacs de plastique qui deviennent leur nouvel uniforme, et il se sent de plus en plus général à la tête de cette armée de morts, d'où le titre du roman. Il se trouve en quelque sorte aspiré par ce monde de morts.
Le roman, riche de tant et tant d'expressions du sentiment humain, est aussi un hymne au pays natal, à cette Albanie aux habitants si rudes et si profonds. Certains passages sont très prenants, comme par exemple les chants des villageois dans la nuit, ou la noce…
On a l'impression qu'il ne se passe pas grand-chose, que les jours se succèdent sous la pluie, mais c'est l'aventure intérieure qui fait son chemin. Ce roman est d'une grande humanité…
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olivberne
  02 mars 2013
Kadaré est assez connu, ce roman est l'un de ses plus célèbres et j'avoue que lorsque je l'ai lu, il y a bien des années, je l'ai trouvé un peu long et ennuyeux. Cela est dû au style, fait de phrases longues et qui ralentissent le récit.
Il ne se passe aussi pas grand chose dans ce monde. On a l'impression d'être dans un téléfilm en noir et blanc, sous-titré.
Mais c'est un roman pourtant intéressant, qui permet de faire le bilan de la seconde guerre mondiale, vingt ans après, puisqu'un général part à la recherche de corps italiens enterrés en Albanie. On imagine la terre, le ciel gris et les arbres démunis. Et cette quête va être longue, un peu trop mais elle révélera un nouveau message sur le monde, la vie et la paix.
Un roman qui a peut-être un peu vieilli mais reste un classique de l'oeuvre de cet auteur contemporain important.
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miriam
  30 août 2017
A la suite d'Avril brisé et de Chronique de la ville de pierre, je poursuis la relecture des romans de Kadaré qui dorment bien sagement sur l'étagère, avec les livres que j'ai aimés dont je ne me séparerais pas, mais que j'ai un peu oubliés.
le Général de l'Armée morte raconte l'histoire d'un général italien, dans les années soixante, chargé de rapatrier les corps des soldats morts pendant la dernière guerre afin de les rendre à leurs familles. Cette mission en temps de paix s'avère pénible, dans les montagnes escarpées d'Albanie, dans la boue de l'automne et le froid hivernal. le Général est accompagné d'un prêtre catholique qui lui sert de traducteur, de conseiller et de confident.
Après les négociations avec les autorités nécessaires pour entreprendre ces chantiers, le Général est pénétré de la solennité de sa mission, de son étrangeté aussi :
« et puis, ces derniers temps il m'arrive quelque chose d'étrange. Dès que je vois quelqu'un, machinalement je me mets à lui enlever les cheveux, puis ses joues, ses yeux comme quelque chose d'inutile, comme quelque chose qui m'empêche même de pénétrer son essence, j'imagine sa tête rien que comme un crâne et des dents (seuls détails stables) vous me comprenez? J'ai l'impression de m'être introduit dans le royaume du calcium…. »
Ils doivent extirper de la boue des ossements, mais aussi le passé de cette invasion repoussée par les montagnards albanais qui contraignirent à la retraite. Cette campagne ne fut pas très glorieuse et le Général en a conscience. Comme il craint l'hostilité des paysans que ses fouilles peuvent causer.
« il y a vingt ans, vous écriviez les mots d'ordre du fascisme sur les poitrines de nos camarades et maintenant vous vous révoltez à propos de cette phrase écrite sans doute par un écolier.[…..]Vous évoquez souvent les Grecs et les Troyens. pourquoi ne devrait-on pas parler de ce qui se passait il y a vingt ans? »
le général voulant fêter la fin de la campagne de fouilles, s'invite à une noce où les paysans chantent et dansent, une vieille femme fait resurgir sa douleur et on frôle le drame. Tout le roman est écrit sur le fil de l'ambiguïté. Générosité de celui qui offre l'hospitalité mais aussi méfiance vis à vis de l'ancien ennemi.

J'avais d'abord fait une lecture sur le plan allégorique, mythique, tragique. Maintenant que je me suis familiarisée avec le monde de Kadaré, je replace les événements dans leur contexte historique : l'occupation italienne, Kadaré l'a raconté plus tard dans la Chronique de la ville de pierre. J'ai retrouvé au moins deux épisodes commun aux deux livres : celui de l'installation du bordel dans la ville et l'histoire du pilote anglais qui avait perdu une main. Une autre histoire, celle du prisonnier italien devenu valet du meunier a été racontée de manière analogue par Argolli dans l'Homme au canon. Dans les deux cas, l'italien, prisonnier ou déserteur avait écrit un journal intime.
L'auteur accorde une importance à la poésie des traditions, chants et musique des montagnards. A plusieurs reprise il s'attarde pour nous en faire ressentir la beauté étrange et sauvage :
» – moi je frémis à les entendre, ils m'effraient
tout leur folklore épique est ainsi, dit le prêtre.
– le diable seul saurait dire ce que les peuples expriment par leurs chants, dit le général; On peut fouiller et s'introduire facilement dans leur sol mais quant à pénétrer leur âme, ça jamais…… »

C'est donc encore un roman tragique, prenant.
J'ai préféré dans le genre tragique Avril brisé et dans le genre historique,La chronique de la cité de pierre avec le regard naif de l'enfant.j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire, je ne suis laissée emporter qu'après une centaine de pages.
Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   07 février 2012
[...] ... Minuit approchait. La fête battait son plein et personne ou presque ne pensait plus à la vieille Nice, quand, soudain, on la vit réapparaître à l'instant précis où les deux étrangers s'apprêtaient à se lever. Peut-être le général fut-il le premier à s'apercevoir de son retour. Il eut la sensation de sa présence comme un chasseur aguerri flaire l'approche du tigre dans la jungle. Voyant des gens s'affairer et chuchoter près de la porte, il entendit aussitôt monter ce cri au fond de lui : "Elle est là !" et se sentit blêmir. Cette fois, la vieille ne pleurait plus, on n'entendait plus sa voix, mais tout le monde sentait qu'elle était là, à la porte. L'orchestre continuait de jouer mais on ne l'écoutait plus. Un petit rassemblement s'était formé devant l'entrée. Personne ne pouvait s'expliquer pourquoi la vieille Nice était revenue. Peut-être à cause de son aspect, ou bien de ses supplications, toujours est-il que les gens s'écartèrent pour la laisser passer et elle pénétra dans la pièce au milieu des exclamations générales. Elle était toute trempée, couverte de boue, le visage d'une pâleur de mort, et elle portait un sac sur ses épaules.

Le général se leva machinalement et se dirigea vers elle. Il avait deviné que c'était lui qu'elle cherchait. Il se porta lui-même au-devant d'elle comme ces bêtes qui, flairant de loin la présence de l'ennemi, sont envoûtées par sa voix et, au lieu de fuir, courent jusqu'à lui.

Les gens s'agglutinèrent autour d'eux. Tous avaient l'air interdit. La vieille Nice se campa devant le général, fixa sur lui un regard mal assuré, comme si ce n'était pas lui qu'elle regardait mais son ombre, et, d'une voix cassée, émaillée d'une quinte de toux, elle lâcha quelques mots à son adresse, dont il ne comprit que celui de vdekje, ou mort. ... [...]
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WolandWoland   07 février 2012
[...] ... L'exhumation de l'armée commença le 29 octobre à quatorze heures.

La pioche s'enfonça dans le sol avec un bruit sourd. Le prêtre fit le signe de la croix. Le général salua militairement. Le vieux terrassier des services municipaux souleva à nouveau son outil et l'abattit avec force.

Ca y est, c'est parti ! se dit le général, ému, en contemplant les premières mottes de terre humide qui roulaient à leurs pieds. C'était la première tombe qu'ils ouvraient et chacun, tout autour, se tenait comme pétrifié. L'expert albanais, un élégant jeune homme blond au visage émacié, prenaient des notes sur son calepin. Deux des ouvriers fumaient une cigarette, le troisième la pipe ; le dernier, le plus jeune, vêtu d'un chandail à col roulé, était appuyé sur le manche de sa pioche et observait la scène d'un air pensif. Tous suivaient attentivement l'ouverture de cette première tombe afin d'apprendre la manière de procéder à ce travail d'exhumation. La marche à suivre était décrite en détails aux alinéas 7 et 8 de la quatrième annexe au protocole [d'accord entre l'Albanie et le gouvernement représenté par le général et l'aumônier].

Le général avait les yeux braqués sur l'amoncellement des mottes qui ne cessait de croître aux pieds de l'ouvrier. Elles étaient noires, friables, et une légère vapeur s'en dégageait.

La voici donc, cette terre étrangère, se dit-il. La même terre noire que partout ailleurs, les mêmes cailloux, les mêmes racines et la même vapeur. Et pourtant étrangère.

Derrière eux, sur la chaussée, les voitures circulant à grande vitesse faisaient entendre de temps à autre le cri de leur klaxon. Comme la plupart des cimetières militaires, celui-ci était situé en bordure de la route. De l'autre côté, des vaches paissaient et leurs rares beuglements se répandaient, paisibles, dans la vallée.

Le général était troublé. Le tas de terre ne cessait de monter mais, au bout d'une demi-heure, le vieil ouvrier n'était dans la fosse qu'à hauteur des genoux. Il en ressortit pour se reposer un peu, juste le temps de permettre à un de ses camarades de déblayer à la pelle la terre qu'il avait détachée avec sa pioche, puis il redescendit dans le trou. ... [...]
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PilingPiling   16 août 2010
Incipit :
Une pluie mêlée de flocons de neige tombait sur la terre étrangère. La piste de béton, les bâtiments et les gardes de l'aérodrome étaient trempés. La neige fondue baignait la plaine et les collines à l'entour, faisant luire l'asphalte noir de la chaussée. En toute autre saison cette pluie monotone eût semblé à quiconque une triste coïncidence. Mais le général n'était guère surpris. Il venait en Albanie afin d'assurer le rapatriement des restes de ses compatriotes tombés à tous les coins du pays pendant la dernière guerre mondiale. Les négociations avaient été entamées dès le printemps et les contrats définitifs signés seulement à la fin du mois d'août, quand, justement, les premières journées grises font leur apparition. On était maintenant en automne. C'était la saison des pluies, le général le savait. Avant son départ, il s'était renseigné sur le climat du pays. Cette période de l'année y était humide et pluvieuse. Mais le livre qu'il avait lu sur l'Albanie lui aurait-il appris que l'automne y était sec et ensoleillé, cette pluie ne lui aurait pas, pour autant, paru insolite. Au contraire. Il avait en effet toujours pensé que sa mission ne pouvait être menée à bien que par mauvais temps.
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OrpheaOrphea   02 octobre 2009
Il était une fois un général et un prêtre partis à l'aventure. Ils s'en étaient allés ramasser les restes de leurs soldats tués au cours d'une grande guerre. Ils marchèrent, marchèrent, franchirent bien des montagnes et des plaines, cherchant et ramassant ces dépouilles.
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SisypheHeureuxSisypheHeureux   03 mai 2020
Car il faut reconnaître en toute objectivité, que les Albanais ne sont pas des criminels de droit commun. Les meurtres qu'ils commettent sont toujours conformes à des normes dictées par d'anciens usages. Leur vendetta ressemble à une pièce de théâtre composée selon toutes les règles de la tragédie, avec un prologue, une tension dramatique qui va croissant sans cesse, et un épilogue comportant inévitablement la mort. Cette vendetta pourrait être représentée comme un taureau furieux lancé sur les monts et ravageant tout sur son passage. Et ils lui ont pourtant accroché au cou une quantité d'ornements et de parures qui répondent à leur conception de la beauté, de sorte que, lorsque la bête est lâchée, et qu'elle sème partout la mort, ils puissent en même temps goûter des satisfactions esthétiques. [...] En sorte que les Albanais, tout au long des siècles, n'ont fait que jouer une sanglante pièce de théâtre.
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Videos de Ismaïl Kadaré (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ismaïl Kadaré
http://www.club-livre.ch#Bessa_Myftiu Interview de Bessa Myftiu réalisée par le Club du Livre en partenariat avec Reportage Suisse Romande
Bessa Myftiu, née à Tirana, est une romancière, poète, conteuse, essayiste, traductrice, critique littéraire, journaliste, scénariste et actrice établie à Genève, en Suisse romande, de nationalité suisse et albanaise. Pour commander un ouvrage de Bessa Myftiu : En SUISSE : https://www.payot.ch/Dynamics/Result?acs=¤££¤58REPORTAGE SUISSE ROMANDE36¤££¤1&c=0&rawSearch=bessa%20myftiu En FRANCE : https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=bessa+myftiu&sft=1&sa=0
Fille de l'écrivain dissident Mehmet Myftiu, Bessa Myftiu fait des études de lettres à l'université de Tirana et par la suite elle enseigne la littérature à l'université Aleksandër Xhuvani d'Elbasan. Elle devient ensuite journaliste pour le magazine littéraire et artistique albanais La scène et l'écran. Elle émigre en Suisse en 1991 et s'établit à Genève dès 1992, passant son doctorat et devenant enseignante à l'université de Genève en faculté des Sciences de l'éducation, tout en poursuivant en parallèle ses activités dans les domaines de l'écriture et du cinéma. Depuis 2013, elle enseigne à la Haute École Pédagogique de Lausanne. Elle est par ailleurs membre de la Société Genevoise des Écrivains BIOGRAPHIE 1994 : Des amis perdus, poèmes en deux langues, Éditions Marin Barleti [archive], Tirana 1998 : Ma légende, roman, préface d'Ismail Kadaré, L'Harmattan, Paris (ISBN 2-7384-6657-5) 2001 : A toi, si jamais?, peintures de Serge Giakonoff, Éditions de l'Envol, Forcalquier (ISBN 2-909907-72-4) 2004 : Nietzsche et Dostoïevski : éducateurs!, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-05-6) 2006 : Dialogues et récits d?éducation sur la différence, en collaboration avec Mireille Cifali, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-09-4) 2007 : Confessions des lieux disparus, préface d'Amélie Nothomb, Éditions de l'Aube, La Tour-d'Aigues (ISBN 978-2-7526-0511-5), sorti en 2008 en livre de poche (ISBN 2752605110) et réédité en 2010 par les Éditions Ovadia (ISBN 978-2-915741-97-1), prix Pittard de l'Andelyn en 2008. 2008 : An verschwundenen Orten, traduction de Katja Meintel, Éditions Limmat Verlag [archive], Zürich (ISBN 978-3-85791-597-0) 2008 : le courage, notre destin, récits d'éducation, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 9782915741087) 2008 : Littérature & savoir, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-915741-39-1) 2011 : Amours au temps du communisme, Fayard, Paris (ISBN 978-2-213-65581-9) 2016 : Vers l'impossible, Éditions Ovadia, Nice (ISBN 978-2-36392-202-1) 2017 : Dix-sept ans de mensonge, BSN Press, (ISBN 978-2-940516-74-2)
CLUB DU LIVRE : http://www.club-livre.ch#bessa_myftiu REPORTAGE SUISSE ROMANDE : http://reportage-suisse-romande.ch/
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