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Jean Carrive (Autre)Alexandre Vialatte (Autre)
EAN : 9782070366545
330 pages
Gallimard (05/03/1975)
3.7/5   74 notes
Résumé :
En cinq ans, on pouvait construire environ cinq cents mètres ; après quoi, il est vrai, les chefs étaient en général trop épuisés et ils avaient perdu toute confiance en eux-mêmes, toute foi dans la Contruction et les choses du monde. Alors qu'ils étaient encore dans l'exaltation des festivités célébrant la jonction de mille mètres de Muraille, on les envoyait au loin, très loin. Au cours de ce voyage, ils voyaient surgir dans le paysage des pans achevés de la Mura... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Le Terrier, la nouvelle de Franz Kafka est un monument de paranoïa, d'angoisse et de solitude. Cette magnifique nouvelle que je lis pour la deuxième fois me fait avoir une pensée reconnaissante à Max Brod ne n'avoir pas écouté Kafka, qui voulait qu'il détruise tous ses écrits après sa mort. Que nous aurait-il privés de ce magistral cheminement dans une âme tortueuse, fantaisiste, mélangeant si habilement la réalité et l'imaginaire ! Avec une écriture compliquée, construite et déconstruite dans une apparente facilité. Une beauté tourmentée.
Le Terrier, donc, écrit peu de mois avant sa disparition met en scène un animal ou plutôt une créature. Les réflexions humaines de cette bête ajoutent à la dimension dramatique de l'histoire.
Le Terrier, métaphore morbide de la fin proche de Kafka est un hymne à l'impuissance face à l'adversité de la vie et de la mort.
« Il », le narrateur est obnubilé par son terrier ; à la fois refuge, piège, idéal et cauchemar. La solitude dressée en étendard, en revendication, résonne à la fin du récit (qui est inachevé) comme un glissement sans fond vers la folie. Cette bête qui se sent à l'abri dans son terrier, amoureusement construit, entretenu, élaboré avec un luxe qui confère à la maniaquerie ; est soudainement agressée par un bruit étranger. Redoutant le monde extérieur peuplé d'ennemis invisibles, la créature voit peu à peu l'effondrement de son sanctuaire ; car le bruit vient de l'intérieur du terrier et impossible d'en trouver l'origine. La paranoïa étant de plus en plus prégnante, notre bête en vient (après une presque déconstruction de son édifice) à considérer cette « place forte » qu'est son refuge en objet d'hostilité. A la fin c'est « seul contre tous ».
Dans ce grand monologue qui n'en est pas un, plutôt une longue réflexion ou le récit que la créature adresserait à un auditoire absent, Kafka nous enferme dans une forme de délire cérébral où les réflexions se succèdent, s'annulent, se contredisent, se chevauchent. Nous souffrons avec cette bête. Nous cherchons avec elle ce « bruit » qui vient peut-être de son esprit tout simplement.
Comme avec le Château ou ses autres nouvelles, l'inachevé du récit fruste en même temps qu'il ajoute une forme de mystère et d'interrogation. Les aurait-il toutes terminées ces histoires s'il en avait eu le temps ?
Description d'un combat et Les Recherches d'un chien font partie du livre « La muraille de Chine ». Écrites comme le Terrier à la première personne, elles interrogent sur l'intime, sur l'intériorité. Peut-être Kafka nous fait-il nous approcher plus près de lui. Mais comment en être certain ? Il y a toujours dans ses récits la grande, l'immense solitude ; une forme d'appréhension du monde extérieur pour ne pas dire une méfiance accrue. La peur des autres, le jugement des autres est un leitmotiv. Description d'un combat est le récit d'une nuit d'errance entre le narrateur et un jeune homme rencontré lors d'une soirée. Les prémices d'une amitié qui ne veut pas en être une. Un affrontement moral et sentimental.
Les recherches d'un chien sont les réflexions d'un vieux chien sur sa vie passée, sur la vie de ses congénères ; s'adressant à des lecteurs canins, il serait un peu facile de trouver cela presque ridicule si le questionnement de ce vieil animal ne finissait par nous émouvoir.
Dans ce recueil des bribes de nouvelles, à peine une page, beaucoup d'inachevé. Parmi toutes ses pépites une petite nouvelle savoureuse sur Poséidon, gérant des mers du Monde entier. Une autre qui s'intitule « le voisin », un homme persécuté par deux billes blanches. Toujours la bizarrerie, le décalage, l'appréhension du monde extérieur et de son propre monde.
La muraille de Chine est à part. Discours politico-philosophique que certains voient comme une métaphore de Prague à moins que cette muraille de Chine soit une vision de l'élaboration intellectuelle de Franz Kafka.
Je termine par une petite nouvelle qui s'intitule « La taupe géante ». L'animal chez Kafka. Toute une histoire…. Un villageois a soi-disant vu une taupe géante à l'abord de son village. Cela entraîne une suite de tracasseries administratives qui rappelle un peu l'atmosphère « du Château » L'étrangeté combattue par l'absurde.
« Que son âme soit liée au faisceau de la vie. » dernière phrase de l'épitaphe sur la tombe de Kafka.
Cette vie ….
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Une abondante série de textes de Franz Kafka, souvent très courts: une page ou quelques pages, et des récits plus longs mais incomplets. Une incomplétude si caractéristique de Kafka, ce génie tourmenté qui, tout en étant convaincu de sa vocation littéraire, décrivait l'écriture de ses textes comme "une activité atroce", n'arrivait pas à les terminer, en était insatisfait au point de demander à son ami Max Brod de détruire tous ses manuscrits après sa mort, ce que ce dernier ne fit pas, heureusement.

Le seul récit complet Description d'un combat, est un écrit de jeunesse, datant de 1906-1907, étrange onirique et fantastique, composé de 3 récits enchâssés, qui ne ressemble pas à ce que Kafka produira plus tard, excepté l'angoisse et l'étrangeté, et auquel je n'ai pas vraiment adhéré.

Pour le reste, c'est prodigieux, c'est Kafka dans tous ses états, avec ses thèmes de prédilection: l'incommunicabilité (Un contretemps quotidien, La muraille de Chine), l'exclusion (Le retour, Communauté), l'aliénation du monde étouffé par une bureaucratie inhumaine (Les protecteurs, de nouvelles lampes, La taupe géante, le vieux garçon...), l'absurdité de notre destin et sa cruauté (Petite Fable, le vautour, le Terrier) l'absurdité de la société humaine (Nocturne, le pilote, Renoncement, le coup à la porte du domaine, La muraille de Chine) et celle des mythes (Le chant des Sirènes, Prométhée, Poseidon), l'interrogation métaphysique (Réflexions d'un chien) .

Je crois que l'on peut dire que tous ces récits sont des énigmes dont la signification profonde nous échappe le plus souvent, on se perd en conjectures, mais c'est cela justement qui en fait l'intérêt, stimule notre réflexion et notre imagination. Ainsi, le vautour dont le bec vient se planter dans la gorge du narrateur, est-ce que cela nous parle de la tuberculose laryngée qui va emporter Kafka ou de la mort qui va tous nous saisir? Que signifient ces balles qui poursuivent Prefleury, le vieux garçon? Pourquoi ce Pont à l'apparence humaine qui va s'écrouler? Et, dans Nocturne, cette multitude humaine qui croit dormir dans son lit mais se retrouve dans le désert, où le narrateur veille? Et l'on pourrait réitérer ces questionnements à propos de tous les récits.

Kafka utilise souvent, cela représente près du quart des récits, le récit animalier, mettant en scène animaux réels: chien, chat, souris, taupe, vautour, et d'autres totalement imaginaires, comme l'hybride chat-agneau (Un croisement) ou une bête imaginaire dans les récits Dans notre Synagogue ou le formidable le terrier. Ces récits animaliers n'ont pas l'apparence d'une fable (sauf le récit Une petite fable) mais racontent, le plus souvent avec précision, une histoire réaliste. Je me dis que peut-être, par ce procédé, Kafka veut affirmer son refus de distinguer l'animal et l'homme, nous dire que nous n'avons jamais quitté ce monde de l'animalité depuis notre enfance, qu'il n'y a pas d'âme humaine, que notre animalité disparaîtra.

Beaucoup de ces récits, même les plus courts sont saisissants, et je ne suis pas prêt de les oublier. Ainsi, le retour, où un homme revient chez lui, comme le fils prodigue, mais toute sa famille va le considérer comme un étranger, ne le reconnaît pas. de même, ce Vautour qui vient cruellement plonger son bec dans la gorge du narrateur, ou ce Pilote que l'équipage ne reconnaît pas comme tel, et tant d'autres.
Mais le plus extraordinaire, pour moi, c'est le dernier écrit (inachevé) de Kafka, le Terrier qui décrit de façon implacable et angoissante, un animal dont on ne sait qui il est, à la fois carnivore, mais aussi avec des attributs humains tels la barbe, et qui consacre son temps à aménager son terrier, à le parcourir, le protéger, notamment une sorte de trésor garde-manger, mais qui dans sa paranoïa, va aussi à l'extérieur pour surveiller que personne n'approche. Finalement, c'est de l'intérieur que viendra la menace, un sifflement dont l'animal ne trouve pas l'origine et qui semble envahir tout le terrier. J'ai lu que beaucoup considèrent que celui qui se met en scène, c'est Kafka. Pour faire simple, un Kafka conscient des trésors que sont ses manuscrits, et qui, après avoir eu peur toute sa vie des autres, découvre que c'est de l'intérieur que vient ce qui va le détruire, ce sifflement symbole de la tuberculose qui va l'emporter. Peut-être est-ce cela, ou pas, peu importe, C'est de toute façon la force impitoyable de Kafka qui vous emmène dans ce récit.

Quelques mots enfin sur l'écriture de Kafka, reconnaissable entre toutes, précise, froide, dépouillée, avec très peu d'adjectifs. C'est un peu comme si l'auteur nous décrivait les situations les plus absurdes, les plus atroces, avec les termes et les arguments dénués d'émotion d'un rapport administratif.
Et cette description de situations invraisemblables avec toute l'apparence d'un discours logique renforce encore le sentiment de l'absurde, de la cruauté, de l'inhumanité bureaucratique.
Et le monde de Kafka, c'est incroyable d'y penser, contient en germe, on le sait maintenant, toutes les dérives absurdes des bureaucraties, où l'on se partage l'irresponsabilité, et bien plus encore, toutes les horreurs inhumaines des systèmes totalitaires, des états fascistes et communistes, et de tous les organisations qui dénient le statut d'être humain à celui qui vous est étranger.
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En construisant la Grande Muraille (1917) :
La posture du narrateur enquêtant peut être comparée à celle de nombreuses oeuvres de Kafka (par exemple ici L'Instituteur de village, Recherches d'un chien...). Sa réflexion aiguisée fait surgir les contradictions du projet (la division du travail ici déshumanise-t-elle les travailleurs ou au contraire leur permet-elle de voir aboutir leur travail ?), et jusqu'à l'absurde : comparée à la tour de Babel, autre ouvrage de démesure, la muraille est tout aussi incapable d'assurer sa fonction… Oeuvre colossale de propagande, elle a de quoi faire rire de l'Empire (comme l'ironie socratique, en poussant la logique de la chose on en arrive à son autodestruction). Cette posture de creuseur insatiable, on pourrait la comparer à celle du narrateur du Terrier, comme lui il en viendrait probablement à détruire son ouvrage à force de le suspecter. Dans l'absurde, on sent une espèce de délire paranoïaque qui ici se manifeste par une impression de complot : le projet de l'Empire est volontairement défaillant, inutile… pourquoi ? Ne serait-on pas là comme chez Baudrillard (cf. À l'ombre des majorités silencieuses) dans une stratégie de diversion, une matrice de contrôle des foules déjà profondément installée, dans laquelle chaque réussite à s'extirper d'un mauvais piège amène dans une nouvelle strate de piège. La distance de l'empereur, sa mortalité, cette visible défaillance du projet de muraille… Tout est calculé ! Quelle est donc la véritable figure de cette emprise si lâche qu'elle en est devenue vitale… ? À force de questionner, la figure de l'intellectuel n'en devient-elle pas une figure de fouille-merde, de taupe, de terroriste ? d'indésirable à son pays ?

La Vérité sur Sancho Pança (1917) :
Kafka donne une très brève interprétation du célèbre roman parodique de Cervantès, qui serait pour lui une fable sur la littérature. Ce faisant, Kafka révèle aussi sa propre conception de la littérature comme une montée à la surface d'obsessions de l'inconscient, une matérialisation par l'écriture littéraire de songes ou de cauchemars. La littérature serait ainsi une thérapie (à la manière de Camus dans La Chute, lequel souhaitait se débarrasser d'un certain esprit cynique propre à l'époque et qui le hantait).
Comme dans les grandes interprétations du roman, l'auteur serait bien partagé entre ses deux personnages mais pour Kafka c'est Sancho qui serait l'avatar principal de l'auteur dans la fiction. Don Quichotte incarnerait sa folie en devenir, lâchée, libérée de toute retenue, réalisée. le Quichotte, c'est ce désir profond de l'écrivain, de faire vivre, contre l'évidence de la réalité, un monde idéalisé de valeurs, de vertus, où le bien l'emporte (et le Quichotte ne ressent pas la frustration de l'échec renouvelé de son désir, il est un infatigable créateur d'utopie). le littéraire rejoint le mythologique dans cette folie de vouloir créer l'illusion magnifique d'un monde qui a du sens. Sancho est ainsi l'auteur, heureux, qui observe sa création lâchée dans les pages. Don Quichotte, c'est le symbole même de la littérature !

Le Terrier (1922) :
Registre de la fable ou du conte animalier. La taupe ne représente-t-elle pas avec ironie mordante la figure du bourgeois, se terrant dans des résidences à haute sécurité, dans des villas toujours plus grandes et confortables, munies des attributs les plus extravagants et les plus inutiles, se séparant le plus possible des autres, de son prochain, dont il a une peur croissante ? On pourrait y deviner aujourd'hui la figure du survivaliste, qui se construit un bunker, s'arme et se constitue des réserves alimentaires pléthoriques, prêt pour continuer la vie seul pendant que le monde explose...
Le monologue de la taupe prend la forme d'une réflexion scientifique, d'une analyse de soi et de la situation élaborée jusqu'à la minutie, entièrement tournée vers la protection de son patrimoine. Cette obsession de sécurité tout à fait injustifiée, ressemble au discours sans fin de la folie, à la paranoïa, ne peut qu'amener la taupe à l'autodestruction, soit d'elle-même, soit de son territoire. N'est-ce pas notre société occidentale même créant des inégalités puis protégeant ses privilégiés quitte à détruire le monde ? En élaborant au maximum sa sécurité, son individualité, l'homme n'est plus civilisé mais redevient une bête, obsédée par sa seule survie.

Commentaires détaillés sur les autres récits du recueil sur le blog.
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Un thème cher à Kafka : l'absurdité d'un système politique !
En lisant cette nouvelle, j'ai réellement souffert avec ce petit fonctionnaire qui est poursuivi par deux balles qui rebondissent dans son dos…
J'ai eu, néanmoins, beaucoup de difficultés à comprendre cette vision du monde vu sous l'angle d'un chien ou encore à deviner où Kafka veut en venir à travers ce héros détaché de la réalité avec certaines scènes qui semblent être des rêves.
Sans doute du vrai Kafka… Absurde et incompréhensible à souhait et fascinant malgré tout.
Pourtant, je n'ai pas réussi à « accrocher » réellement comme avec les autres romans de cet auteur car ce livre m'a tout de même laissé une impression bizarre de bâclé, de « pas fini ».
Ce n'est pas la muraille de Chine que je recommanderais à une personne qui souhaite découvrir cet auteur mais plutôt le procès, le verdict, la métamorphose, dans la colonie pénitentiaire, le château
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Un recueil de nouvelles de longueurs et de thèmes très divers. J'ai tenté l'aventure parce que je suis toujours à la recherche d'un peu plus de « Kafka ». Mais si certains passages ont l'effet attendu, c'est fugace et une ambiance ne s'installe pas - selon moi - comme dans un roman à part entière (même inachevé). Un peu déçu donc.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
L'ÉPÉE
[...]
-Qu'as-tu derrière la tête?
J'avais au réveil senti quelque chose m'empêcher de pencher la tête en arrière. Je me tâtai la nuque. A ce moment, mes amis qui s'étaient ressaisis, me crièrent :
-Fais attention! Ne te blesse pas!
Derrière ma tête je venais de saisir la poignée d'une épée! Mes amis s'approchèrent, m'examinèrent, me conduisirent dans la chambre devant l'armoire à glace et me déshabillèrent jusqu'à mi-corps. Une grande, une vieille épée de Chevalerie avec une poignée en forme de croix était jusqu'à la garde fichée dans mon dos! Mais la lame, très exactement enfoncée entre chair et peau, n'avait pas causé de blessure. Il n'y avait pas trace non plus même à l'endroit toujours intact et sec où elle avait pénétré dans mon cou ; mes amis m'assurèrent que la fente nécessaire au passage de la lame s'était ouverte sans la moindre goutte de sang. Puis, debout sur un fauteuil, millimètre par millimètre, ils retirèrent lentement l'épée ; pas une goutte de sang ne perla et la fente du cou se referma à l'exception d'une imperceptible fissure dans la peau.
-Voici ton épée! dirent mes amis qui me la tendirent en riant.
Je la soupesai des deux mains ; c'était une arme de grande valeur, des Croisés avaient pu s'en servir!

Qui permet à d'anciens Chevaliers d'errer dans nos rêves en brandissant au petit bonheur leurs épées et en perçant de paisibles dormeurs? S'ils ne les blessent pas gravement, c'est que sans doute leurs armes glissent sur les vivants...[...]
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Tout autour dorment les hommes. une petite comédie, une innocente illusion qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures! Ils se sont en réalité rassemblés comme jadis et comme plus tard dans le désert, un camp en plein vent, un nombre incalculable d'hommes, une armée, un peuple sous un ciel froid, sur la terre froide ; des hommes que le sommeil avait jetés à terre à l'endroit même où ils se trouvaient, le front pressé sur le bras, le visage contre le sol, respirant tranquillement... Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu brandis du feu brûlant à tes pieds... Pourquoi veilles-tu? Il faut que l'un veille, dit-on! Il en faut un!
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N'est-ce pas? Pourquoi avoir honte de ne pas marcher tout droit et d'un pas normal, de ne point frapper le pavé de ma canne et de céder le trottoir aux passants tapageurs? comme une ombre indécise le long des maisons pour disparaître parfois dans les vitres des étalages?
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Là est ma forteresse, que j'ai conquise de haute lutte et arrachée au sol récalcitrant à force de gratter et de mordre, de piétiner et d'asséner des coups de boutoir ; ma forteresse, qui ne peut en aucun cas appartenir à quelqu'un d'autre et qui est tellement mienne qu'après tout je peux bien recevoir ici la blessure mortelle de mon ennemi, parce qu'ici mon sang s'infiltre dans mon sol et n'est pas perdu. Et quel autre sens que celui-là peuvent bien avoir les belles heures que j'ai coutume de passer dans les galeries, moitié dormant paisiblement, moitié veillant joyeusement, dans ces galeries qui sont calculées exactement pour moi, pour s'étirer avec volupté, se vautrer comme un enfant, rêver allongé, s'endormir béatement. Et les placettes, dont chacune m'est bien connue et que, toutes identiques qu'elles soient, je distingue nettement l'une de l'autre les yeux fermés à la seule envolée de leurs parois, elles m'entourent avec paix et chaleur, comme aucun nid n'entoure son oiseau. Et tout, tout est tranquille et désert.
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Quelles journées que les miennes! Pourquoi tout est-il si mal construit que sans la moindre raison de hautes bâtisses s'écroulent? Je grimpe alors dans les décombres et j'interroge tous ceux que je rencontre : "Est-ce possible? Et comment ça? Dans notre ville, Un bâtiment tout neuf! Et ce n'est pas le premier aujourd'hui, ni le dernier! Pensez un peu! Mais qui me répondrait?"
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Vidéo de Franz Kafka
Leslie Kaplan - L'Assassin du dimanche - éditions P.O.L - où Leslie Kaplan tente de dire de quoi et comment est composé "L'Assassin du dimanche" et où il est question notamment de femmes qui s'organisent et de collectif, de littérature et de hasard, de Franz Kafka et de Samuel Beckett, d'une usine de biscottes et du jardin du Luxembourg, à l'occasion de la parution aux éditions P.O.L de "L'Assassin du dimanche", à Paris le 21 mars 2024
"Une série de féminicides, un tueur, « l'assassin du dimanche ». Des femmes s'organisent, créent un collectif, avec Aurélie, une jeune qui travaille en usine, Jacqueline, une ancienne braqueuse, Anaïs, professeure de philosophie, Stella, mannequin, Louise, une femme de théâtre…"
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