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EAN : 9782081211476
560 pages
Flammarion (03/10/2012)
4.22/5   208 notes
Résumé :
En 2002, Daniel Kahneman recevait le Nobel d'économie. Evénement exceptionnel dans l'histoire du prix, car le lauréat est avant tout un psychologue. Simplement, depuis le début des années 1970, ses travaux en psychologie de la connaissance et de la décision se sont attachés à remettre en cause la rationalité fondamentale de la pensée, fondement des théories économiques néoclassiques. Dans cet ouvrage de synthèse, il décrit les deux systèmes qui régissent notre façon... >Voir plus
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Commençons déjà par signaler que cet essai a le titre et la couverture les plus rébarbatifs qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps, et sans les encouragements appuyés d'autres lecteurs, je l'aurai facilement laissé de côté. Plutôt paradoxal quand on sait que cet essai traite essentiellement de neurosciences, et notamment les mécanismes qui permettent de retenir l'attention de quelqu'un.

L'auteur présente notre pensée divisée en deux systèmes : le premier, plus « intuitif » examine en permanence notre environnement et se charge de détecter les situations dangereuses, inhabituelles ou attractives. C'est par exemple lui qui, en entrant dans une rame de métro, va vous inciter à vous diriger plutôt à gauche ou à droite, en fonction de la sécurité ou de la dangerosité qui lui inspireront les différents passagers, en une fraction de seconde. Ses jugements sont nombreux et rapides, mais entachés de nombreux biais. le deuxième système est plus « rationnel » : il est capable de faire des raisonnements complexes, des comparaisons et des calculs compliqués. Deux problèmes majeurs : a) la capacité du système 2 est assez limitée et b) même quand on se concentre, on confond souvent les deux systèmes.

Le livre contient une foule d'expériences qui nous prouve l'influence de ce système 1 dans notre processus de décision. L'auteur commence généralement chaque chapitre par une petite histoire, en nous demandant de faire un choix entre plusieurs propositions. Il montre ensuite pourquoi le choix majoritaire (souvent celui que j'avais fait aussi) est en fait incorrect ou sous-optimal, et décortique ensuite les mécanismes qui nous attirent dans cette erreur.

Cet essai est assez interpellant. Je pense que la plupart des gens s'identifient à leur système 2 : après tout, c'est lui qui semble capable de faire des plans de vie sur le long terme, d'avoir une vision de la Justice, de la Morale, et de toute autre Valeur qui peut nous définir. Là où le bât blesse, c'est que l'auteur montre que c'est plutôt le système 1 qui fait l'essentiel du boulot : nous sommes la plupart du temps en pilotage automatique. Et même quand le système 2 entre en piste, il se contente le plus souvent de valider les intuitions du système 1 sans vraiment y regarder de plus près, surtout quand il commence à être débordé.

Les expériences s'accumulent depuis quelques années pour prouver que les prises de décision, même dans les plus hautes sphères du pays (politiques, cours de justice, conseils d'administration d'entreprises), sont entachées d'erreurs de raisonnement assez dramatiques – et souvent basiques. Sans être suivies de beaucoup d'effets jusqu'à présent. Trop de remises en question, trop d'erreurs à reconnaître d'un coup sans doute ?
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Un ouvrage passionnant, qui n'est pas réservé aux férus d'économie ou de psychologie, au contraire ! Vous en apprendrez plus sur le fonctionnement du cerveau humain, sur l'existence de biais qui faussent notre réflexion. le style est enlevé, avec des pointes d'humour et tout est vulgarisé, très accessible. L'auteur nous invite à faire des tests au cours de notre lecture, pour nous montrer que nous aussi tombons immanquablement dans le panneau ! Cela changera votre façon d'envisager votre rapport au travail, à l'argent, au bien-être. Cela permet de se méfier de soi-même, de se rendre compte que dans bien des cas notre cerveau est paresseux, va au plus simple et se laisse facilement tromper par des certaines formulations ou situations.
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J'avais entendu parler à plusieurs reprises, toujours de façon positive, de ce livre de Daniel Kahneman. J'ai fini par me laisser tenter et je viens de le lire.

Dans ce long essai, l'auteur expose le fruit de ses longues années de recherche en psychologie, autour du thème de la prise de décision. Son propos s'articule autour de la distinction entre deux "systèmes", deux modalités de décision dans notre cerveau :

Le Système 1 est intuitif, rapide, mais soumis à des biais, des stéréotypes, des approximations, influençable par les circonstances, et donc capable d'erreurs de jugement.

Le Système 2 est analytique, précis, mais plus lent et parfois "paresseux" quand il valide les intuitions du Système 1 sans procéder à une analyse plus détaillée.

L'auteur détaille évidemment les caractéristiques de ces deux systèmes, sur le mode de fonctionnement, les avantages et les inconvénients de chacun. Il approfondit ensuite en exposant longuement les différents biais et phénomènes auquel le Système 1 est soumis et qui peuvent l'amener à se tromper.

Le contenu est souvent très intéressant, avec de nombreuses expériences qui illustrent le propos, mais l'auteur a tendance à être un peu bavard et à se répéter, ce qui peut rendre la lecture un peu laborieuse et rébarbative. Il faut soit prendre son temps entre chaque chapitre, soit au contraire passer rapidement certains passages qui ne font que reformuler des concepts déjà exposés quelques pages auparavant. le début, quand l'auteur présente les bases de sa réflexion autour des deux systèmes, est passionnant et limpide. La suite est un peu moins plaisante, alternant des passages passionnants et d'autres plus laborieux. C'est en tout cas l'expérience de lecture que j'ai eu ces derniers jours.

L'ensemble est tout de même très intéressant et éclairant sur un sujet captivant et souvent méconnu. J'espère en avoir retenu une part conséquente, cela peut toujours être utile !
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Résumés d'expériences à l'appui, Daniel Kahneman nous démontre combien nos intuitions et nos choix sont influencés par des biais cognitifs et des préférences inconscientes ; notamment parce que nous nous fondons beaucoup plus souvent sur ce qui nous vient immédiatement à l'esprit que sur des raisonnements ou sur des probabilités. Il admet que ces biais et ces préférences, qui sont l'héritage de l'Evolution, nous permettent en général de bien réagir face à un danger immédiat mais souligne qu'ils peuvent parfois être à l'origine de lourdes erreurs.
Il explique aussi que nous préférons disposer d'une explication pour chaque évènement plutôt qu'admettre que le hasard est souvent seul en cause. Il conteste ainsi que, dans des domaines complexes soumis à une forte incertitude, comme les marchés financiers, il soit possible de développer une réelle expertise.

Chassez le naturel, il revient au galop : dans sa conclusion, il reconnaît que nous sommes tous incapables de nous défaire de nos biais cognitifs. Au mieux, après avoir lu son livre, nous les repérerons mieux chez les autres.
Il nous recommande simplement de bien prendre le temps de la réflexion lorsque nous avons à prendre une décision lourde de conséquence. Il estime d'autre part que l'Etat doit légiférer afin que les décisions que les gens ont à prendre leur soit présentées d'une manière qui servent leurs intérêts à long terme.

Les découvertes dont Daniel Kahneman fait état ont constitué une remise en cause de l'idée que l'homme a des préférences cohérentes, pierre angulaire du modèle de l'agent rationnel sur lequel ont longtemps reposé les théories économiques, ce qui lui a valu le prix Nobel d'économie en 2002.

La force de l'ouvrage tient dans les nombreux résumés d'expériences qui établissent les faits sur lesquels l'auteur se base. En revanche, ils en alourdissent considérablement la lecture.
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« Disponibilité, émotion et risque » est l'intitulé du chapitre 13 de l'ouvrage de Kahneman « Système 1, systéme2, les deux vitesses de la pensée ». Kahneman entend par disponibilité le processus qui consiste à juger la fréquence avec laquelle les exemples viennent à l'esprit. C'est ainsi que l'on peut expliquer le comportement des victimes et des quasi-victimes d'une catastrophe qui vont s'engager plus fortement dans des actions de prévention ou de renforcement de leurs assurances. Ce processus est cyclique car sur de longues périodes on s'aperçoit que de tels comportements vertueux s'estompent au fur et à mesure que le souvenir de la catastrophe s'éloigne. Cela s'est vérifié sous tous les continents. En France la tempête Xynthia constitue un bon exemple d'oubli du passé. Les zones inondées l'avaient déjà été plusieurs dizaines d'années auparavant. La pression foncière conjuguée à l'absence de catastrophes majeures sur une assez longue période ont eu raison de la prévention et de la sagesse. Cette corrélation explique largement le caractère récurrent des conséquences dramatiques d'une catastrophe naturelle.
Les économistes sont également utiles pour nous rappeler que les politiques de prévention sont généralement conçues pour répondre à la plus mauvaise des situations dont nous avons eu l'expérience. Fukushima est désormais la référence des politiques de sureté nucléaire et des politiques publiques de sécurité civile. Pourtant rien ne garantit que le maximum ait été atteint.
Autre point mit en exergue par Kahneman : l'importance de la couverture médiatique d'un événement. Les médias ne peuvent être rendus seuls responsables de l'appétence du public pour tel ou tel événement. le public influe également sur les médias qui vont publier des informations sous une forme dont le public est friand. Les aspects de voyeurisme, d'exagération ou de déformation correspondent à des attentes de consommation de l'information. Kahneman cite plusieurs exemples dont celui de la mortalité par la foudre comparée à celle liée au botulisme. le foudroiement est jugé 52 fois moins probable que le décès par botulisme alors que c'est le rapport inverse qui est vrai. Il nous faut donc compter avec l'inhabituel qui va générer une attention disproportionnée.
Une constante souvent oubliée : « le monde que nous avons en tête n'est pas une réplique exacte de la réalité » Cela s'applique aussi aux décideurs même s'ils feignent de disposer des moyens pour s'affranchir de ce constat.
La lecture de ce chapitre clé de l'ouvrage de Kahneman apporte un éclairage à quiconque s'intéresse au mécanisme de la prise de décision. Il y fait aussi référence aux travaux d'Antonio Damasio, chef du département de neurologie au Collège de médecine de l'Université de l'Iowa et spécialiste du cerveau humain. La somme d'analyses scientifiques réalisées par Damasio ouvre des perspectives immenses sur le mécanisme des émotions et de la pensée. Il est vraisemblable que la connaissance fine des mécanismes de notre pensée permettra de trouver des correctifs aux dysfonctionnements majeurs de nos sociétés, que cela concerne des addictions destructrices ou des prises de décision désastreuses polluées par des émotions. Ces avancées scientifiques vont permettre de prendre des décisions collectives complexes qui seront indispensables à la survie de l'humanité en les rendant acceptables à l'entendement de chacun. Bien sûr, le risque de dévoiement de telles découvertes existe et nous ne pouvons pour l'instant que faire confiance à chaque humain et à son aspiration au bonheur pour éviter la monstrueuse dérive d'une régulation des sentiments qui serait pilotée par un moderne Léviathan.

Lien : https://www.gerard-pardini.f..
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Des milliards d'actions s'échangent chaque jour, beaucoup de gens les achetant tandis que d'autres les leur vendent. Il n'est pas rare que plusieurs millions d'actions d'un même titre change de main en une seule journée. La plupart des acheteurs et des vendeurs savent qu'ils disposent de la même information ; ils échangent les actions essentiellement parce qu'ils ont des opinions différentes. Les acheteurs pensent que le prix est trop bas et qu'il va sans doute monter, tandis que les vendeurs pensent que le prix est trop élevé et qu'il va sans doute chuter. Mais une question demeure : pourquoi les uns et les autres pensent-ils que le cours n'est pas le bon ? Qu'est-ce qui les porte à croire qu'ils en savent plus que le marché sur ce que devrait être ce prix ? Pour la plupart d'entre eux, cette conviction est une illusion.
(...)
Les fonds mutuels sont gérés par des professionnels très expérimentés et travailleurs qui achètent et vendent des actions pour obtenir les meilleurs résulatas pour leurs clients. Cependant, cinquante ans de recherche sur le sujet le confirment : pour une grande majorité de gestionnaires d'actifs, la sélection des actions tient plus du jeu de dé que du poker. En général, au moins deux fonds communs de placement sur trois sont en dessous des performances de l'ensemble du marché quelle que soit l'année.
(...)
Enfin, les illusions de validité et de compétence sont soutenues par une puissante culture professionnelle. Nous savons que les gens peuvent entretenir une foi inébranlable dans n'importe quelle proposition, aussi absurde soit-elle, quand ils sont entourés par une communauté partageant la même foi. Compte tenu de la culture professionnelle de la communauté financière, il n'est pas étonnant qu'un grand nombre de représentants de ce monde se prennent pour des élus capable de faire ce dont les autres ne seraient pas capables.
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La mécanique des jugements - Évaluations primaires

Le Système 1 a été façonné par l'évolution pour fournir une évaluation constante des principaux problèmes que doit résoudre un organisme afin de survivre : comment vont les choses ? Y a-t-il une menace ou une superbe occasion à saisir ? Est-ce que tout est normal ? Dois-je m'approcher ou m'enfuir ? Ces questions sont peut-être moins pressantes pour un être humain dans un environnement urbain que pour une gazelle dans la savane, mais nous avons hérité des mécanismes neuronaux à l'origine des évaluations constantes du niveau de menace, et ces mécanismes n'ont pas été déconnectés. Les situations sont systématiquement évaluées en tant que bonnes ou mauvaises, nécessitant que l'on fuie ou autorisant l'approche. La bonne humeur et l'aisance cognitive sont les équivalents humains de cette évaluation de la sécurité et de la familiarité de l'environnement.

En guise d'exemple spécifique d'une évaluation primaire, prenons la capacité à distinguer ami ou ennemi d'un seul regard. Cela contribue aux chances de survie d'un individu dans un monde dangereux, et cette capacité très spécialisée a effectivement évolué. Alex Todorov, mon collègue de Princeton, a exploré les racines biologiques des jugements rapides qui permettent de calculer dans quelle mesure une interaction avec un inconnu est sans danger . Il a montré que nous sommes doués de la capacité à évaluer, d'un seul coup d'œil jeté au visage d'un inconnu, deux faits potentiellement cruciaux sur cette personne : à quel point c'est un dominant (qui représente par conséquent une menace inhérente), et à quel point il est fiable, si ses intentions sont plus susceptibles d'être amicales ou hostiles . La forme du visage fournit des clés pour évaluer un caractère dominant, comme un menton « fort » et carré. L'expression faciale (un sourire ou une moue) donne des indices sur les intentions de l'inconnu. La combinaison d'une mâchoire carrée et d'une bouche soucieuse est peut-être annonciatrice d'ennuis . Le déchiffrement des visages est loin d'être un système infaillible : un menton rond n'est pas un indicateur fiable de douceur, et il est possible (jusqu'à un certain point) de faire semblant de sourire. Pourtant, même une capacité imparfaite à évaluer les inconnus est un avantage en termes de survie.

Ce mécanisme atavique connaît de nouvelles utilisations dans le monde moderne : il exerce une certaine influence sur la façon dont les gens votent. Todorov a montré à ses étudiants des portraits d'hommes, parfois pendant à peine plus d'un dixième de seconde, et leur a demandé de classer les visages en fonction de divers attributs, dont l'amabilité et la compétence. Les résultats étaient assez homogènes. Les visages que Todorov leur avait montrés n'avaient pas été choisis au hasard : c'étaient les portraits de campagne de politiciens se présentant à une élection. Todorov a ensuite comparé le résultat des urnes au classement effectué par les étudiants de Princeton en se fondant sur une courte présentation des clichés en dehors de tout contexte politique. Dans près de 70 % des élections à des postes de sénateur, de représentant et de gouverneur, le vainqueur était le candidat dont le visage avait obtenu une meilleure place au classement en termes de compétence. Ce résultat étonnant a rapidement été confirmé lors d'élections législatives en Finlande, mais aussi de cantonales en Angleterre, ou encore d'autres échéances électorales en Australie, en Allemagne et au Mexique . Curieusement (du moins pour moi), dans l'étude de Todorov, le classement des compétences permettait de prédire les résultats électoraux plus efficacement que le classement d'amabilité.
Todorov a découvert que les gens jugeaient la compétence en combinant deux dimensions : la force et la fiabilité. Les visages qui respirent la compétence associent un menton fort à un léger sourire apparemment sûr de soi. Rien ne prouve que ces caractéristiques faciales permettent effectivement de prédire comment les politiciens se tireront de leur mandat. Mais des études de la réaction du cerveau aux candidats vainqueurs et vaincus montrent que nous sommes biologiquement prédisposés à rejeter les candidats qui ne présentent pas les attribuent auxquels nous accordons de la valeur – dans cette expérience, les perdants suscitaient des réactions émotionnelles (négatives) plus marquées. C'est un exemple de ce que j'appellerai, dans les chapitres suivants, un jugement heuristique. Les électeurs tentent de se faire une idée de la valeur potentielle d'un candidat quand il sera en fonction, et se rabattent sur une évaluation plus simple, rapide et automatique, disponible quand le Système 2 doit prendre sa décision.

Les politologues ont poursuivi les recherches de Todorov en identifiant une catégorie d'électeurs pour lesquels les préférences automatiques du Système 1 sont particulièrement susceptibles de jouer un grand rôle. Ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient parmi les électeurs mal informés qui regardent beaucoup la télévision. Comme il fallait s'y attendre, l'effet de l'impression faciale de compétence sur le vote est environ trois fois plus important chez les électeurs mal informés et grands consommateurs de télévision que chez ceux qui sont mieux informés et regardent moins la télévision
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Le psychologue Gary Klein raconte l'histoire d'une équipe de pompiers qui entrent dans une maison où la cuisine est en feu . Alors qu'ils viennent de commencer à arroser la cuisine, le commandant se surprend à crier : « Fichons le camp d'ici ! » sans même savoir pourquoi. À peine les pompiers sont-ils sortis que le plancher s'effondre. Ce n'est qu'après coup que le commandant s'aperçoit que le feu avait été inhabituellement silencieux, et qu'il avait eu curieusement chaud aux oreilles. Conjuguées, ces impressions avaient déclenché ce qu'il a appelé un « sixième sens du danger ». Il n'avait aucune idée de ce qui n'allait pas, mais il savait que quelque chose n'allait effectivement pas. Il s'avéra que le foyer central du sinistre ne se trouvait pas dans la cuisine, mais à la cave, sous les pieds des pompiers.
Nous avons tous entendu des histoires de ce genre sur l'intuition des spécialistes : le maître d'échecs qui, passant près d'une partie disputée dans la rue, proclame : « Blancs mat en trois coups » sans s'arrêter, ou le médecin qui effectue un diagnostic complexe après n'avoir jeté qu'un coup d'œil à un patient. L'intuition de l'expert nous frappe parce qu'elle nous semble magique, alors qu'elle ne l'est pas. En fait, nous accomplissons tous des exploits d'expertise intuitive plusieurs fois par jour. Nous sommes, pour la plupart, parfaitement affûtés quand il s'agit d'identifier la colère dès le premier mot d'une conversation téléphonique, comprendre en entrant dans une pièce que nous étions le sujet de conversation, réagir rapidement à des signes subtils prouvant que le conducteur de la voiture sur la voie d'à côté est dangereux. Nos capacités intuitives quotidiennes ne sont pas moins étonnantes que la formidable perspicacité d'un pompier ou d'un médecin expérimenté – elles sont simplement plus courantes.
Il n'y a pas de magie dans la psychologie de l'intuition exacte. La meilleure description, et la plus courte, que l'on en ait donnée est peut-être celle du grand Herbert Simon, qui a étudié les maîtres d'échecs et a montré qu'au bout de milliers d'heures de pratique, ils finissent par ne plus voir les pièces sur l'échiquier comme nous. On peut percevoir l'agacement que suscite en lui la mythification de l'intuition des experts quand il écrit : « La situation fournit un indice ; cet indice donne à l'expert un accès à une information stockée dans sa mémoire, et cette information, à son tour, lui donne la réponse. L'intuition n'est rien de plus et rien de moins que de la reconnaissance . »
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Les optimistes sont habituellement enjoués et heureux, et par conséquents populaires ; ils surmontent les échecs et les coups durs, leurs chances de faire une dépression sont réduites, leur système immunitaire est plus fort, ils s'occupent mieux de leur santé, se sentent en meilleure forme que d'autres et ont, réellement, des chances de vivre plus longtemps. (...) Bien sûr, les bienfaits de l'optimisme ne sont offerts qu'aux individus qui ne sont que légèrement victimes des biais cognitifs et qui sont capables de "mettre l'accent sur le positif" sans perdre la réalité de vue.
Les optimistes jouent un rôle très important dans nos vies. Leur décisions ont une influence ; ce sont eux les inventeurs, les entrepreneurs, les chefs politiques et militaires -- pas les gens médiocres. Ils ont du talent, et ils ont eu de la chance, plus qu'ils ne le reconnaissent.
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Il est d'ordinaire facile, et très plaisant, en fait, de marcher et de penser en même temps, mais poussées à l'extrême, ces activités semblent entrer en compétition pour user des ressources limitées du Système 2. Vous pouvez le vérifier grâce à une expérience très simple. Tout en marchant paisiblement avec un ami, demandez-lui de calculer 23 x 78 dans sa tête, sur-le-champ. Il est presque sûr qu'il s'arrêtera net. En ce qui me concerne, je peux penser en me promenant, mais je ne peux pas m'engager dans un travail mental qui imposerait une lourde charge à ma mémoire à court terme. Si je dois élaborer un argument complexe en un temps limité, je préfère ne pas bouger, et je préfère d'ailleurs être assis plutôt que debout. Bien sûr, toutes les activités de pensée lente ne nécessitent pas cette forme de concentration intense et de calculs difficiles – c'est lors d'agréables promenades avec Amos que j'ai eu les meilleures idées de ma vie.

Il suffit que j'accélère mon rythme de marche pour bouleverser complètement cette expérience, car le passage à un pas plus rapide entraîne une détérioration brutale de ma capacité à penser de façon cohérente. Quand j'accélère, mon attention est de plus en plus attirée par l'expérience de la marche et le maintien délibéré d'un rythme plus soutenu. À la vitesse maximale que je peux atteindre dans les collines, environ un kilomètre en sept minutes, je ne cherche même plus à penser à autre chose. Outre l'effort physique que nécessite le déplacement rapide de mon corps sur le sentier, un effort mental de contrôle de soi est nécessaire pour résister à l'envie de ralentir. Or apparemment, le contrôle de soi et la réflexion délibérée puisent dans le même capital d'effort limité.
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Vidéo de Daniel Kahneman
Dès qu'il y a jugement, il y a bruit. Quand deux médecins posent des diagnostics différents pour le même patient, quand deux juges attribuent des peines plus ou moins lourdes pour le même crime, quand deux responsables de ressources humaines prennent des décisions opposées à propos d'un candidat à un poste, nous sommes face au bruit. Daniel Kahneman, Olivier Sibony et Cass R. Sunstein montrent dans ce livre que le bruit exerce des effets nocifs dans de nombreux domaines: médecine, justice, protection de l'enfance, prévision économique, recrutement, police scientifique, stratégie d'entreprise… Pourtant, le bruit reste méconnu. Il est la face cachée de l'erreur de jugement. Noise nous propose des solutions simples et immédiatement opérationnelles pour réduire le bruit dans nos jugements et prendre de meilleures décisions.
Le prochain livre qui va changer votre façon de penser. Un best-seller mondial.
«Un tour de force d'érudition et de clarté.» The New York Times «Une leçon d'humilité devant nos erreurs.» The Financial Times «Tous les chercheurs, les décideurs politiques, les dirigeants et les consultants devraient lire ce livre.» The Washington Post
Daniel Kahneman est spécialiste de psychologie cognitive et d'économie comportementale, professeur émérite à Princeton et prix Nobel d'économie. Il est l'auteur de Système 1/Système 2. Les deux vitesses de la pensée. Olivier Sibony est professeur à HEC Paris et associate fellow de la Saïd Business School (Université d'Oxford), où il enseigne la stratégie et la prise de décision. Il est l'auteur de Vous allez commettre une terrible erreur! Cass R.Sunstein est professeur de droit à Harvard. Il a également été directeur des affaires réglementaires au sein de l'administration Obama de 2009 à 2012. Il est l'auteur avec Richard Thaler de Nudge. Comment inspirer la bonne décision.
POour en savoir plus : https://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/psychologie-generale/noise_9782738157058.php
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