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EAN : 9782072925344
280 pages
Gallimard (06/05/2021)
3.84/5   32 notes
Résumé :
« J’ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J’ai compris que ces pierres n’ont pas besoin d’apprendre à me connaître ; que la nature n’a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d’elle. » Rien ne destinait Sabrina à une carrière artistique. Élevée par une mère fragile dans un milieu modeste, elle a peu de perspectives d’avenir. Jusqu’au jour où, lors de la visite scolaire du musée Rodin, elle découvre sa vocation : elle consacrera sa vie à l’art. D... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Dans un décor morose du nord de la France, entre pauvreté, mère célibataire alcoolique, difficulté d'être femme et autres laideurs du monde contemporain , Sabrina peine à trouver sa place. Durant un gîte culturel de son lycée à Paris, la rencontre fulminante avec la beauté à travers l'Art, va sceller son destin. L'Art pourrait-il être son échappatoire à un monde laid et une vie décalée par rapport à la réalité ? Ce périple qui s'avérera long et épineux, sera-t-il son chemin de salut ? Sans vision de vie au départ, facilement influencée par les personnes qui croisent son existence et auxquelles elle va s'y attacher, elle entame un parcours périlleux perpétuellement dans le doute, “J'avais toujours été persuadée que j'avais besoin de l'art pour vivre. Mais le monde, lui, avait-il besoin d'artistes ?….l'art n'était pas censé être reposant. Créer, c'était chercher sans répit quelque chose dont le nom nous échappait. C'était accepter que le quotidien ne soit jamais répétitif donc rassurant. C'était admettre que l'insatisfaction était l'aliment qui nous poussait à continuer.” Un roman d'apprentissage originale, où la protagoniste à la recherche de sa juste place comme artiste dans le monde, va se construire peu à peu. Et c'est revenant à la source, à son monde d'origine, de son enfance et de sa jeunesse, origine qu'elle exécrait et voulait y échapper coûte que coûte, qu'elle y puisera les formes d'Art pour poursuivre sa quête de la beauté et de la joie, malgré tout. Ouvrant son intimité aux amis et inconnus, elle arrivera à se délester d'un passé encombrant . Ayant l'impression que ce qui appartenait à elle cessant d'être à elle, son passé ne l'affectera plus.

Katrina Kalda est une écrivaine d'origine estonienne qui écrit directement en français, langue apprise à dix ans, l'âge de son arrivée en France. Ce roman s'inspire de sa propre expérience des chemins parcourus menant aux Refuges d'art d'Andy Goldsworthy (Alpes du Sud), de la construction d'une kerterre, de discussions autour de la teinture végétale, de la photographie, du bronze et du bois, que Kalda relate dans le texte…. Sur la bande rouge du livre figure une citation tirée de L'Idiot de Dostoievski ,« La beauté sauvera le monde »,choisie par l'écrivaine. Pour Dostoievski , la beauté était inséparable de la bonté. La beauté qui sauve est la beauté de Dieu, en qui vérité, bonté et beauté se confondent. Cette citation est-elle valable dans notre monde d'aujourd'hui où le désastre écologique causé par l'humain nous a plantés au seuil d'une existence masquée ? Un positionnement positif envers la vie est-il suffisant pour survivre , développer notre perception des sources d'énergie dans la nature, afin d'accéder à la joie et au bonheur ? Qu' en pensez-vous? comme dirait mon copin babeliote Fabinou.

Un très beau livre profond qui marque autant par le récit que par la langue, avec une fin magnifique qui m'a fait penser au film sublime d'Akira Kurosawa, « Dersu Uzala ». C'était ma deuxième rencontre avec Kalda, excellente écrivaine.

« Mais que signifie « vivre » si ce n'est entrer en relation avec les autres ? »
« …la nature n'a pas besoin de moi…moi seule ait besoin d'elle »
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« J'ai été photographe, j'ai dessiné, j'ai peint. J'ai pétri et sculpté l'argile de ma maison. J'ai teint des tissus avec les plantes du bord du chemin. J'ai brodé des racines, des oiseaux de feu, des éclairs et des nappes de brouillard. J'ai brodé le passage des saisons. Aujourd'hui, je suis une femme vieillissante perchée sur une corniche de pierre, à la merci de n'importe qui, libre et prise au piège. »

C'est une vie que raconte l'autrice estonienne dans ce très joli texte. Une vie d'artiste (avec une grande place au processus créatif), une vie de femme, une vie de mère, une vie usée, d'ermite parfois. Une vie avec ses joies, ses trahisons, ses rencontres. Après le roman de Jim et le berceau du monde, c'est le troisième roman que je lis en peu de temps qui aborde la question de la mère (et/ou) du père sociologique. Et comme dans les deux suscitées c'est fait ici avec beaucoup d'empathie et de lucidité.
Roman d'apprentissage (mais pas que), roman d'anticipation (mais pas que), ce livre s'avère assez inclassable et très réussi.
Une chouette découverte !
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C'est un très beau roman écrit directement en français par une jeune femme estonienne que publie Gallimard.
Une jeune femme, Sabrina, issue d'un milieu défavorisé du Nord de la France, découvre l'Art lors d'une sortie scolaire. Prête à tout pour devenir artiste elle aussi, elle "galère" mais va y arriver ; c'est alors qu'elle se rend compte du désert qu'est sa vie privée.
Alors qu'elle s'adonne à une relation toxique avec une sorte d'illuminé nanti d'une adorable petite fille Gaïa, elle sent qu'une fois de plus, il faut fuir pour se retrouver.
C'est perdue au milieu de nulle part, en ermite, qu'elle pourra enfin sentir la beauté de la nature et travailler de ses mains.En même temps elle va souvent aider des marginaux qu'il vaut mieux cacher parfois, quitte à s'attacher et une fois de plus se retrouver seule et mélancolique, avec de loin en loin des amies fidèles.
Une très belle écriture, des termes choisis avec soin, un bien beau texte.
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Chère lectrice, Cher lecteur,

J'ai décidé d'acheter La mélancolie du monde sauvage de Katrina Kalda à la suite du passage de l'autrice à La Grande Librairie. J'avais été touchée par le sujet de ce dernier : la place de l'art dans notre monde en crise. La planète se meurt, l'eau se retrouve dans du plastique, les humains «surconsomment», certains jouent à l'autruche en se promenant à Disneyland en compagnie de Mickey et de Minnie, tandis que d'autres cherchent à explorer le véritable sens de la vie : l'humanité. Que signifie être humain de nos jours? Développons-nous une moral de vie pour les générations futures? Voici un extrait que j'ai trouvé très intéressant de l'entrevue de l'autrice à La Grande Librairie.

https://www.facebook.com/watch/?v=269532534926032

La mélancolie du monde sauvage

Née d'une mère alcoolique et pauvre, intimidée par les autres enfants à l'école, rien ne prédisposait Sabrina à consacrer sa vie à l'art. Alors qu'elle se promène au musée Rodin lors d'une visite scolaire, elle est éblouie par ce qu'elle voit : la beauté. En ce sens, elle décide de se vouer à l'art. Son chemin en tant qu'artiste ne sera pas facile : problème d'argent, de logement, difficultés à nouer des relations d'amitié ou amoureuses, monde en crise, nature bafouée, Sabrina cherche à trouver un sens et une place à l'art dans ce monde voué à sa perte. le monde comme perte et l'art comme salut, est-ce possible? Sabrina tente de trouver une réponse à cette question à travers les différentes étapes de sa vie. Elle s'avère bien courageuse et elle ne baisse pas les bras malgré un échec amoureux. Elle se retrouve même à vivre en ermite et à travailler de ses mains pour survivre. Alors que tout semble perdu, quelle place pouvons-nous espérer dans ce monde qui fout le camp?

Ce que j'en pense

J'ai adoré ce livre… Je me suis énormément retrouvée dans les propos de Katrina Kalda et je partage la vision présentée dans son livre. Pour certains, cette histoire apparaîtrait peut-être pessimiste, mais il faut bien se rendre à l'évidence : la planète va mal (hausse anormale de la température, feux de forêts, inondations, etc.). Où trouver la beauté et le courage de créer? Comme le mentionne la narratrice (je sais la citation est un peu longue mais elle s'avère tellement belle et juste) :

«Chaque jour j'apprends les vertus du temps. Je regarde les fossiles incrustés dans la craie, ceux qui remontent quand je retourne un lopin de terre : la moindre chose dans la nature a besoin de temps. Et nous, les artistes, nous les humains, nous voulions que nos entreprises aillent vite. Nous voulions produire, sans nous soucier du fait que rien de vrai ne peut naître d'un substrat mai digéré. J'ai appris à être humble. J'ai appris la joie. J'ai appris qu'elle n'est rien d'autre que le sentiment inconditionnel de la vie qui persiste une fois réduits au silence les bruits qui la rendaient inaudible. La joie est le bruit de la rivière quand les grillons se sont tus et que l'on perçoit à nouveau l'aigu du clapotis, la médiane du courant et les basses du flot sur les grosses pierres. J'ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J'ai compris que ces pierres n'ont pas besoin d'apprendre à me connaître; que la nature n'a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d'elle. » (p. 269)

Je retiens de ce livre :

La nature n'a pas besoin de moi;
J'ai besoin de la nature pour retrouver la beauté;
La création passe par une découverte de soi;
Il faut poursuivre la beauté et la bonté;
L'insatisfaction me pousse à continuer de chercher la beauté;
La vie semble donner un sens à l'art;
Etc.
Tant de thèmes, tant de sujets touchants pour nous plonger dans une réflexion. La littérature m'apporte tout ça. Lorsque je ferme les yeux et que je réfléchis aux mots couchés sur le papier, je sais qu'il y a une forme de beauté qui se profile en moi. Par exemple, lorsque je lis cette merveilleuse citation de Thoreau, je sais que l'éveil par l'Art doit passer par une forme de rayon cherchant à illuminer la parcelle du jour :

« La lumière qui nous crève les yeux est pour nous l'obscurité. Seul le jour auquel nous sommes éveillés commence à poindre.» (p. 128)

Devez-vous lire ce bouquin? Oui. Il m'apparaît bien nécessaire… Katrina Kalda écrit très bien, elle présente à travers son personnage artiste une dualité : le beau/le laid. Pour être en mesure d'exprimer le beau, il faut savoir explorer les recoins de la laideur à l'image du travail de Botticelli dans son illustration de l'Enfer de Dante. Dans ce livre, il n'y pas de réponse, il n'y a que le chemin parcouru d'une artiste dans un monde en crise pour trouver un peu de beauté et pour en arriver à accepter que la nature n'a pas besoin d'elle.


Lien : https://madamelit.ca/2022/07..
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Katrina Kalda avait déjà été choisie en 2015 parmi une quarantaine d'auteurs pour son livre Arithmétique des dieux, qui avait remporté le Prix Richelieu attribué tous les deux ans à un livre écrit directement en français par un auteur dont ce n'est pas la langue maternelle (donc pas un livre traduit). Et à nouveau, c'est un livre époustouflant. Pas étonnant qu'il sorte chez Gallimard. Katrina Kalda est estonienne. J'étais en correspondance avec elle, et elle m'a signalé la prochaine parution de ce nouveau livre, sorti le mois dernier. Je me suis précipité. Quelle richesse de style! Quelle richesse de construction! Quelle richesse de vocabulaire! Et comme pour Arithmétique des dieux, l'auteur virevolte d'une époque à l'autre. Je ne vais pas dévoiler le suspense, mais reprendre quelques belles citations caractéristiques.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Qu’il est difficile d’être honnête avec soi. En tout cas, je n’ai pas tellement d’indulgence pour ceux qui prêchent le sacrifice et l’oubli de soi. Tiens, je vais te raconter une histoire… Il était une fois un ermite qui vivait dans une grotte dans la montagne et qui méditait chaque jour, seul, détaché de tout désir humain. On venait de loin pour le voir et lui demander conseil. On le considérait comme un saint. Mais voilà qu’un jour une pute s’installe dans une autre grotte, un peu plus loin. Elle aussi reçoit beaucoup de visiteurs, mais pas pour les mêmes raisons ! Le saint est mortifié de devoir supporter quotidiennement le spectacle de la débauche. Tu penses bien, la pute démonétise sa sacro-sainte entreprise spirituelle, elle obscurcit le monde par le vice et le stupre. Bref, il n’y a pas un jour où il ne maudisse cette sale pute de s’être installée dans la grotte d’à côté !
Mais par l’un de ces hasards dont l’univers a le secret, l’ermite et la pute meurent le même jour. Les voilà à patienter dans la queue pour le paradis. L’ermite est en colère parce qu’il y a des tas d’âmes devant lui, des âmes de simples profanes, et il devient carrément furieux quand il voit que même la pute est plus avancée que lui dans la queue. Alors il sort du rang et va râler auprès des autorités compétentes. “Il y a une erreur dans votre liste, qu’il dit ; la preuve, c’est que la péripatéticienne là-bas, elle est devant moi.” Ni une ni deux, l’ange qui gère la file va consulter ses dossiers. En revenant il dit : “Cher ermite, tout est bien en ordre. Vois-tu, pendant les dix années qui viennent de s’écouler, tu as passé tes journées à maudire la prostituée qui vivait près de chez toi, parce qu’à cause d’elle, la montagne te semblait moins sacrée. Elle, pendant toutes ces années, qu’a-t-elle fait ? Tous les matins, elle priait pour toi, remerciant le ciel de t’avoir placé là, en face de son bordel, parce que la vue de ta sainteté l’aidait à supporter sa condition de pécheresse. Je te le demande : de vous deux, qui a l’âme la plus pure ?”
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Chaque jour j’apprends les vertus du temps. Je regarde les fossiles incrustés dans la craie, ceux qui remontent quand je retourne un lopin de terre : la moindre chose dans la nature a besoin de temps. Et nous, les artistes, nous les humains, nous voulions que nos entreprises aillent vite. Nous voulions produire, sans nous soucier du fait que rien de vrai ne peut naître d’un substrat mai digéré. J’ai appris à être humble. J’ai appris la joie. J’ai appris qu’elle n’est rien d’autre que le sentiment inconditionnel de la vie qui persiste une fois réduits au silence les bruits qui la rendaient inaudible. La joie est le bruit de la rivière quand les grillons se sont tus et que l’on perçoit à nouveau l’aigu du clapotis, la médiane du courant et les basses du flot sur les grosses pierres. J’ai appris à connaître toutes les pierres de la rivière. J’ai compris que ces pierres n’ont pas besoin d’apprendre à me connaître; que la nature n’a pas besoin de moi. Que moi seule ai besoin d’elle. » (p. 269)
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Il avait exactement l'apparence que nous prêtions aux pervers sexuels qui séquestraient les jeunes filles dans leur cave et, une fois leur crime découvert, finissaient au JT...
Quelqu'un lui avait dit que la bière n'était pas de l'alcool et il n'avait pas été difficile de la convaincre...
J'avais surpris suffisamment de conversations pour savoir que la plupart du temps, elles faisaient semblant de jouir pour flatter l'ego de leurs amants, ou pour que ça se termine plus vite.
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(Le livre débute) en périphérie d'une ville à laquelle il ne restait rien de son ancienne splendeur si ce n'est la pluviométrie la plus importante de France...
Tout le monde devinait à la mauvaise marque de baskets à mes pieds que mon père avait trouvé mieux à faire que s'occuper de moi... Maman... cousit des logos Nike sur un jogging acheté au supermarché. Elle les avait découpés sur un pantalon déniché chez Emmaüs. Mais... en une seule récréation, la supercherie fut éventée.
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Maman m'appelait plusieurs fois par jour. J'essayais de deviner à la plus ou moins bonne articulation de sa voix combien de verres elle avait bus (p. 66).
... (les) maris qui pensaient sincèrement que les chaussettes sales rejoignaient le lave-linge toutes seules en trottinant (p. 76).
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