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EAN : 9782262023843
348 pages
Perrin (26/03/2009)

Note moyenne : /5 (sur 0 notes)
Résumé :
Biribi était le nom donné, au XIXe siècle, aux bagnes militaires installés par l'armée française en Afrique du Nord pour se débarrasser de ses " mauvais sujets " : rebelles, fortes têtes, condamnés des conseils de guerre, parfois aussi opposants politiques, homosexuels ou faibles d'esprit.
L'auteur décrit l'histoire tragique de ces hommes soumis aux brimades et aux sévices infligés par des sous-officiers indignes, au travail harassant sous un soleil de plomb... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Dominique Kalifa, universitaire, spécialiste de l'histoire du crime ,de la marginalité et des bas-fonds, décédé à l'automne dernier nous offre ici un excellent travail d'étude sur l'une des institutions les plus violentes, controversées et opaques du second Empire jusqu'à la 4e République:Biribi.
Biribi malgré ses consonances exotiques n'est pas le nom d'un lieu perdu au fin fond des chères colonies de nos aïeux comme beaucoup aimerait à le penser c'est de manière plus générique un terme utilisé classiquement pour décrire l'ensemble des composantes du système disciplinaire, pénitentiaire de l'armée française de cette époque.
Une époque où l'autorité la discipline la violence régnaient sans demi mesure au sein des régiments et corps militaires français, où la grande armée combattante ne tolérait la moindre disgression,la moindre déviance,la moindre forme de désobéissance chez ceux qui la servaient.
Biribi c'était l'armée française mais l'armée française dans ce qu'elle avait alors de plus rude mais aussi de plus méprisable,dans son aspect le plus correctif et vil .Un réseau de structures agglomérées régulièrement réformées,un enchevêtrement de compagnies, bataillons, prisons, pénitentiers et ateliers de travaux publics installés majoritairement en Afrique du Nord appelés à recevoir les incorrigibles les plus indisciplines des soldats français, ceux que l'arsenal classique des punitions militaires et civils ne parvenait pas à remettre dans le droit chemin.
On envoyait ces anormaux, ces fortes têtes,ces rebels à l'autorité au fin fond des déserts africains et des colonies fraîchement annexées pour les mater,pour qu'ils expient leur fautes à coups de nerfs de boeuf et de cassage de cailloux mais également pour les isoler du reste de la société et éviter de contaminer les autres soldats.
Le degré le plus effroyable de la répression militaire, un régime disciplinaire de repentance ultra violent chargé de marquer les corps les esprits au sein duquel on ne se laissait aller à la moindre complaisance,à l'apitoiement ou à la demi-mesure,ceux qui avaient faute devaient subir la double peine et souffrir.
Biribi c'était une géhenne, l'antichambre de l'enfer,pour des centaines de milliers de gaillards victimes longtemps dans l'indifférence quasi générale des pires privations, violences et brimades.
Un univers de répression rude, inhumain et expiatoire au possible dont on ne ressortait indemnes, marqués à jamais dans sa chair et son âme.
Il faudra attendre la fin du 19e siècle dans le sillage notamment de la célèbre affaire Dreyfus ,une époque dominées par des courants tels que l'anarchisme et l'antimilitarisme et par l'émergence d'une génération de reporters et agitateurs (Darien,Londres,Dhur...)pour que soit mise à jour peu à peu aux yeux de l'opinion publique la réalité d'un système cruel et trop facilement arbitraire petit à petit réformé et démantelé.
Ce livre écrit en 2009 n'a évidemment plus cette vocation, c'est néanmoins un superbe travail de recherche, de remise en lumière d'une réalité difficile à restituer.
Avec soin, impartialité Dominique Kalifa depeind ici l'histoire sombre et oubliée de ce régime disciplinaire d'exception,des hommes soumis qui s'y perdirent,son organisation,ses règles,sa réalité la plus suffocante et implacable.
On dit généralement que ces hommes là quand ils rechappaient à Biribi se muraient dans un mutisme et un oubli amer et insondable.
Le travail de dépoussiérage de lexcellent Kalifa n'en apparaît que plus util et indispensable.Avec sa rigueur d'universitaire il ressort des oubliettes et des consciences du siècle dernier tout un pan de l'histoire de notre armée,une institution propre à une époque, l'époque où la plus grande des France prennait un soin tout particulier à faire vivre un régime brutal d'épuration et d'exclusion de ses éléments les plus malsains.
Le devoir de conscience,de mémoire restera toujours exhaustif mais il s'imposait vraiment ici, n'oublions pas Biribi n'oublions pas Dominique Kalifa son travail parlera encore longtemps pour lui.
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Ce livre est probablement l'ouvrage historique de référence sur Biribi, terme informel désignant l'ensemble des installations et du système disciplinaire et pénitentiaire de l'armée française entre 1850 et 1970, dans les colonies et principalement en Afrique-du-Nord.
Si vous ne savez pas ce que signifie l'origine de l'expression "aller à Tatahouine", là vous aurez une explication plutôt brute de décoffrage.
Évidemment, cela reste un ouvrage historique, et certaines parties sont un peu âpres, notamment la première qui fait toute la chronologie de ces installations, mais plus les chapitres avancent, plus Kalifa entre dans l'anecdotique, dans l'humanité (et aussi en l'occurrence dans l'inhumanité) du système, et cela devient passionnant en même temps qu'effroyable.
Au même titre qu'après la lecture d'ouvrages sur le bagne de Cayenne, on a peine à croire que notre pays ait pu traiter ses ressortissants de cette manière. C'est même, d'une certaine manière, bien plus grave que la Guyane, dans la mesure où le système disciplinaire touchait les délits d'opinions (socialistes, communistes, anarchistes), mais aussi d'autres discriminations (les homosexuels par exemple), et où ce système disciplinaire, qui touchait des hommes non encore condamnés par la justice, était déjà d'une violence inouïe.
Kalifa parle par moments d'une légende noire. Que certains auraient exagéré le trait à leur profit. Cette nuance d'historien est à tout à son honneur, mais j'ai trouvé qu'il se contredisait lui-même dans ses derniers chapitres en citant des exemples tout simplement abominables.
Enfin, pour ne rien gâcher, l'auteur ne manque pas de recul, de sens de l'analyse anthropologique, sociologique et psychologique, et d'un certain sens littéraire que j'ai beaucoup apprécié.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
L'homme qui rentrait de Biribi ou de Tatahouine était en ce sens doublement autorisé à importer ces pratiques dans les bas-fonds de la métropole. Certaines figures du Milieu ont dit cet excédent de violence, contre les femmes, les policiers, les rivaux, qui caractérisait ceux, très nombreux parmi eux, qui étaient passés par les bataillons d'Afrique. "Tous mes compagnons sont sortis de là la haine chevillée au corps, et aujourd'hui quatre-vingts pour cent des gars que j'y ai croisés sont morts dans des règlements de comptes ou tués par un flic", écrit un ancien de la section spéciale de Médénine.
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Mais le même constat est dressé par les médecins militaires. "C'est souvent le même homme qui, de 20 à 45 ans, tout à tour chasseur léger, disciplinaire ou pénitentiaire, se promène d'un corps à l'autre, du bataillon au pénitencier, du pénitentier à la section de discipline, de la section aux compagnies du bataillon d'Afrique dites de bons sujets, changeant d'uniforme, non de caractère, de casernement, non de milieu."

L'Afrique, tombeau des "pas-de-chance" et des mauvais garçons.
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Au quotidien, la résistance passe par de menus actes qui, ensemble, permettent de maintenir un semblant de liberté. Rigoler, s'en payer une tranche, se faire la tête d'un gradé font partie de ces réjouissances qui ne coûtent pas trop cher. Inspectant un atelier, un général s'avance vers un détenu dont le képi retombe sur les yeux. "Votre képi est trop en avant", dit le général. Et il redressa la coiffure du détenu sur le front duquel on pouvait lire : "Encore un con qui me regarde".
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Vidéo de Dominique Kalifa
Le retour de l'âge d'or du reportage ? .Les reporters ont coutume de dire que leur travail commence dès qu?ils sortent de chez eux, contrairement à celui de l?enquêteur. Existe-t-il d?autres spécificités ? le temps long le caractérise, ainsi que le témoignage de première main. le reporter prend le temps de l?observation, de l?écoute et de la narration. de nouveaux médias s?emparent de cette temporalité, notamment via le format du feuilleton. Assiste-t-on pour autant à un nouvel âge d?or du reportage ? Des modèles économiques innovants y sont associés, dans le contexte d?une presse en difficulté qui cherche à se renouveler. S?agit-il de modes éditoriales ou de modèles pérennes ? Avec : Dominique Kalifa, Judith Perrignon, Patrick Saint-Exupéry de, Raphaël GarrigosCC-BY-NC-ND 2.0
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