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Carine Chichereau (Traducteur)
ISBN : 2259249728
Éditeur : Plon (24/08/2017)

Note moyenne : 2.5/5 (sur 16 notes)
Résumé :
" Tu veux que je comprime la tragédie au format Twitter ? Comment peut-on se glisser ainsi au coeur des ténèbres ? "

Comment transformer un drame en fiction ? Pourquoi écrire sur une tuerie qui a eu lieu il y a plus de quarante ans en Inde et sur ses quarante-quatre victimes oubliées par l'histoire ?

À travers les voix aussi diverses que celles des intouchables ou des propriétaires terriens, l'auteur décrit ce massacre, se plaçant sous ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  25 juillet 2017
Au centre de ce roman (au propre comme au figuré), le récit d'un fait réel, à savoir le massacre, le 25 décembre 1968, de 44 Dalits (intouchables ou « hors caste ») dans le village de Kilvenmani en Inde. 44 victimes oubliées de l'Histoire, hommes, femmes, enfants, brûlés vifs dans la maison dans laquelle ils croyaient avoir trouvé refuge. Ces villageois, paysans sans terre pauvres et exploités, avaient osé demander une augmentation de salaire aux riches propriétaires terriens dont ils cultivent les rizières. Leurs revendications répétées restant lettre morte, ils avaient décidé, soutenus par les militants du parti communiste, de se mettre en grève. Les représailles des propriétaires furent terribles et sont restées – aussi scandaleusement que prévisiblement – quasi impunies.
Je disais que le récit de cette tuerie est au centre du roman, non seulement parce qu'elle en est le sujet principal, mais aussi parce que, physiquement, il se trouve calé entre 40 premières pages de réflexions de l'auteure sur la construction (ou plutôt la « déconstruction post-moderne ») d'un roman, et un épilogue de 25 pages dans lequel elle interpelle le lecteur à la deuxième personne du singulier, l'imaginant partir lui-même en Inde vérifier les faits sur le terrain et interroger les survivants.
Dans les remerciements en fin d'ouvrage, l'auteure qualifie elle-même son texte d' « agressif et un peu dingue ». Et en effet, ce récit à plusieurs voix (celles de l'auteure, des paysans, des propriétaires), placé sous les auspices de la colérique déesse Kurathi Amman, dégage une impression de colère et de rage, bien légitimes face à un massacre aussi abject, qui fut reconnu seulement du bout des lèvres par les autorités. Pensez donc, pourquoi se préoccuper de quelques intouchables communistes qui meurent, après tout ils n'avaient qu'à se contenter de travailler pour une misère ou de crever de faim... Cette histoire révoltante méritait évidemment d'être mise au jour, mais la répétition des mêmes faits relatés de différents points de vue est un peu lassante et accablante.
Et « un peu dingue », sans doute, dans la mesure où le récit n'est pas chronologique, est déconstruit, et parce qu'il faut un temps fou avant de pouvoir entrer dans l'histoire, vu les 40 pages de théorie littéraire assez indigestes et acides, dont je n'ai pas compris le sens ni l'intérêt.
Au final, un livre déroutant, à l'écriture exubérante, énergique, mordante, et qui malmène le lecteur. Un peu trop peut-être...
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Meps
  19 octobre 2017
Docu-fiction, essai-roman voire essai de roman ou roman d'essai, les termes tentant de cerner l'ouvrage pourraient être multiples. L'auteur se plait pendant une longue partie à se justifier, à expliquer sa démarche, à se moquer de son explication et de nos réactions à son explication. L'exercice est loin d'être inintéressant, mais peut-être un peu longuet, verbieux à la longue et cherchant tellement à s'excuser de ses propres faiblesses supposées qu'il en finirait par être pénible...
Et puis petit à petit, on plonge dans le coeur de l'horreur qui est au centre de ce livre et on commence peut-être à comprendre que tout ce bla-bla est sans doute la pirouette d'une jeune auteure avant de rentrer dans le vif d'un sujet qui fait mal. Mal à son pays, mal à ses failles et ses injustices, mal à être de là-bas tout en étant maintenant ici. Oui, c'est souvent maladroit, mais comment affronter un tel écueil sans douter de soi-même, de ses chances d'y arriver avec son manque d'expérience et de confiance. Quand l'auteure finit par parvenir à s'effacer devant les mots des protagonistes, le texte prend toute sa force mais n'en prend-t-il pas encore plus avec les errances du début, en contrepoint.
J'ai revu il y a peu le Germinal de Claude Berri et le combat de ces travailleurs agricoles de caste inférieure des rizières de l'Inde a résonné très fort en écho avec les luttes des mineurs de fond de Zola. Le syndicalisme du XIXème et le communisme débarquant en Inde dans les années 60 s'attaquent tous deux à l'injustice, avec leur "bonne volonté" et les limites de leur action. La mort est présente des deux côtés, peut être plus cynique et "décomplexée" dans l'Inde des castes que dans la France de la lutte patronat-mineurs.
Merci en tout cas à Babelio et aux éditions Plon pour cette Masse critique, qui, comme souvent, nous pousse à sortir de nos chemins de confort pour découvrir des auteurs, ici en chemin, en réflexion sur l'art de la narration. Toujours intéressant malgré les imperfections.
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Leya-niess
  02 septembre 2017




Ce n'est pas un roman facile à lire. Il n'y a pas ici vocation à amuser, à distraire. C'est bien le roman qui évoque l'impossibilité d'écrire au sujet d'un massacre. Meena Kandasamy écrit ici une fiction publiée en 2014 sous le titre "The Gypsy Goddess" (en anglais, sa version originale) d'après un fait réel.
En 1968, dans le village de Kilvenmani, dans le district de Tamil Nandu les plus pauvres et les plus faibles (dalits/intouchables), avec le soutien du Parti Communiste, se mirent en grève pour demander de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Mais la tâche fut ardue: 44 personnes, dont les femmes et enfants, familles des Dalit (intouchables) en grève furent assassinés par un groupe mené par les propriétaires terriens.





"According to eye witness accounts, on 25 December 1968, at around 10 p.m., the landlords and their henchmen came in Police lorries and surrounded the hutments, cutting off all routes of escape. The attackers shot at the labourers, mortally wounding two of them. Labourers and their families could only throw stones to protect themselves or flee from the spot. Many of the women and children, and some old men, took refuge in a hut that was 8 ft x 9 ft. But the attackers surrounded it and set fire to it, burning them to death. The fire was systematically stoked with hay and dry wood. Two children thrown out from the burning hut in the hope that they would survive were thrown back into the flame by the arsonists. Of six people who managed to come out of the burning hut, two of whom were caught, hacked to death and thrown back into the flame. Post this heinous crime, attackers went straight to the police station, demanded protection against reprisals and got it. The massacre resulted in death of 44, including 5 aged men, 16 women and 23 children."


"Village landlords rule over a feudal system that forces peasants to break their backs in the fields or suffer beatings as punishment. In the misery of their daily lives it is little wonder that the Communist Party begins to gain traction, a small spark of defiance spreading from villager to villager. As communities across the region begin to take a stand against the landlords, the landlords vow to break them; Party organizers suffer grisly deaths and the flow of food into the market-places dries up. But it only serves to make the villagers' resistance burn more fiercely. Finally, the landlords descend on one village, Kilvenmani, to set an example to the others. . ."

Ce massacre s'est produit lors des prémices de la "Révolution Verte" qui a débuté au début des années 1960 en Inde.
Il en résulte un roman déconcertant dans lequel le lecteur est directement interpellé, pris à parti (Meena Kandasamy s'adresse de nombreuses fois au lecteur notamment en début et en fin d'ouvrage et lui explique son refus de lui offrir un roman linéaire).
On ne peut mieux le résumer que par ces mots: "brillant, féroce, rageur, ironique".


"Brilliantly original, ferociously angry and, at times, laugh-out-loud funny, "THE GYPSY GODDESS" is both a novel about a true-life massacre and a novel about the impossibility of writing a novel about a true-life massacre." (source)

Ma note:
4/5


La colère de Kurathi Amman -Meena Kandasamy
Titre original : The Gypsy Goddess
Traduit de l'anglais (Inde) par Carine Chichereau
Date de parution : 24 août 2017
Éditions Plon - Collection Feux Croisés -
ISBN : 9782259249720 - 223 pages - Prix éditeur : 20,90 €
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traversay
  10 septembre 2017
Kilvenmani n'existe pas sur le wikipédia français. En revanche, le lieu est bien présent sur son homologue anglais avec un article documenté sur le massacre de Noël 1968 qui s'y déroula et coûta la vie à 44 intouchables, vieillards, femmes et enfants, carbonisés dans la hutte où ils avaient trouvé refuge. Une atrocité. Meena Kandasamy, bien connue en Inde pour son activisme (féministe anti-caste), et son talent de poétesse, a consacré à cet horrible fait divers son premier roman La colère de Kurathi Amman. Mais d'une manière singulière, en posant la question : Comment évoquer une telle tragédie dans une fiction ? Et y répondant, longuement, en s'adressant directement au lecteur, l'agressant même parfois tout en gardant un grand sens de l'auto-dérision. Dès les premières pages du livre, on comprend que la lecture ne va pas être de tout repos : prose convulsive et éruptive, digressions interminables, humour cinglant. Comment l'auteure voit-elle son ouvrage ? Elle l'écrit page 108 : "J'en entends certains qui disent : mais qu'est-il arrivé aux règles du roman ? Elles sèchent sur ma corde à linge, là bas." Il faut donc prendre patience et déceler dans un discours parfois hermétique et confus ce qui a vraiment trait au drame, ses prémices (intouchables communistes contre grands propriétaires terriens), son déroulement et son traitement par la justice. le livre met à mal le lecteur, c'est un fait, et malgré le talent d'évocation indéniable de son auteure, il est difficile de la suivre dans les tortueuses ruelles de son métarécit. que Meena Kandasamy qualifie elle-même de postmoderne. Terme que l'on pourra éventuellement remplacer par celui d'embrouillé et d'inconfortable.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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mjaubrycoin
  11 octobre 2017
Quand on s'intéresse à la littérature étrangère, on ne peut que surveiller les titres édités par PLON dans la collection "feux croisés" qui permettent le plus souvent de découvrir de nouvelles plumes talentueuses et de s'ouvrir sur des civilisations qui nous sont mal connues.
Que dire de ce roman ?
-Une couverture colorée magnifique
-Une typographie et une mise en page agréable
-un thème fort témoignant d'un drame de l'Inde contemporaine à savoir le massacre d'une quarantaine d'ouvriers agricoles (avec femmes et enfants) qui avaient eu le tort de se révolter contre les conditions de travail indignes qui leur étaient faites par les propriétaires terriens
-une documentation précise propre à éclairer la lanterne du lecteur sur l'authenticité des témoignages et à informer sur une page d'histoire
-une jeune auteur talentueuse luttant pour le respect des droits des femmes.
Et malgré tous ces atouts, un roman absolument ILLISIBLE que le lecteur le plus indulgent a envie de refermer, même passé les quarante premières pages de digression sur la technique narrative de construction d'un texte tant l'auteur prend de libertés avec les fondamentaux du roman .
Pour justifier son texte, elle s'adresse très régulièrement à son lecteur, n'hésitant pas à le bousculer, voire même à l'insulter...
Elle ne cesse de tronquer son récit par de multiples va et vient dans le déroulement linéaire, au point que l 'on finit par se perdre...et que l'on ne sait même plus ce qui fait partie de l'histoire, et ce qui constitue les réflexions personnelles de l'auteur.
Avec rage et désespoir, elle présente les ravages de la colonisation dans son pays, ce qui en soit peut parfaitement se concevoir, mais la violence du ton employé est telle qu'elle ne peut que rater sa cible.
Je tire de cette lecture, que j'ai quand même réussi à poursuivre jusqu'au bout, au prix de grands efforts, il est vrai, une impression de gâchis absolu, de profonde confusion et je me suis sentie saisie par la colère (par celle de Kurathi Amman mais bien la mienne ) : la recherche de l'originalité à tout prix ne nuit-elle pas gravement à la littérature ? Il est certain que ne ne recommanderai pas ce livre profondément décevant.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
viou1108viou1108   25 juillet 2017
Tout le monde sait bien qu'un lieu n'a aucun intérêt tant qu'un homme blanc n'y a pas mis les pieds, ne s'est lié d'amitié avec les locaux, n'a goûté la cuisine traditionnelle, posé beaucoup de questions impertinentes, prit pléthore de notes dans son carnet Moleskine, et qu'il n'est pas rentré chez lui pour écrire sur le sujet.
Commenter  J’apprécie          240
MepsMeps   19 octobre 2017
En écrivant à l'heure du Printemps arabe, je m'attends à ce que tout le monde soit déçu par une phrase d'introduction qui ne contient aucune référence à une grenade, à une croisade, ni même au grand tabou souvent minimisé: le génocide. Faite maison, comme le commerce des esclaves, aussi cliché que possible, cette première phrase est censée décevoir pour battre en brèche l'importance considérable qu'on accorde aux démarrages en fanfare.
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mjaubrycoinmjaubrycoin   09 octobre 2017
Comme j'ai pris du plaisir à vous balancer avec une certaine agressivité toutes sortes de procédés metafictionnels, j'en entends certains qui disent : mais qu'est-il arrivé aux règles du roman ?
Elles sèchent sur ma corde à linge,là bas.
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MARIEONDINEMARIEONDINE   15 septembre 2017
Pourquoi n'appliquez-vous pas une forme narrative standard ?
Si la lectrice désirait lire une version linéaire et dépourvue d'humour des événements qui entourent le plus grand massacre lié aux castes jamais connu en Inde, elle choisirait un article de chercheur dans Economic and Polical Weekly, ou bien un récit dans un journal sérieux.
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AtasiAtasi   18 septembre 2017
Toutes deux pensent à la mort de la même manière, elles la voies sous les traits d'un être étranger avec de gros orteils carrés, qui vit dans une maison semblable à une plateforme sans côtés ni toit, et qui reste debout aux aguets, sans bouger, toute la journée, l'épée rangée, attendant qu'un messager vienne le mander, et demeure là depuis des temps où il n'y avait ni où, ni quand, ni ensuite. Ce sont toutes deux des femmes qui sont revenues après avoir enterré les morts.
Pas seulement des défunts, mais les morts foudroyantes.
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