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ISBN : 2501008219
Éditeur : Marabout (01/01/1993)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 118 notes)
Résumé :
Lorsque Jan van Toch, capitaine de navire hollandais, découvre, à l’ouest de Sumatra, une espèce de salamandre douée d’une certaine forme d’intelligence et susceptible de l’aider dans l’exploitation des perles, il est loin d’imaginer que cette découverte sera à l’origine d’un bouleversement complet de l’ordre mondial. Et pourtant…
Publié en 1936, lors de la montée du national-socialisme et du stalinisme, La guerre des salamandres brosse, avec un regard plein... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
Laurence64
  19 décembre 2012
Cela débute comme un récit d'aventure avec son capitaine fort en gueule et en jurons (même malais). Jon van Toch, entre deux bordées d'injures maritimes, trois éclats de rire du lecteur, va découvrir ses tapa-boys, genre de salamandres hybrides et bipèdes, capables d'apprendre à parler, de pécher des perles et de servir de nourriture aux requins du secteur. En échange de couteaux pour occire le squale vorace et ouvrir les huitres, le tapa-boy pacifique va ramasser les perles pour le compte du Hollandais. L'association est aussi improbable que fructueuse.
Comme la salamandre a du castor en elle, le capitaine peut s'associer à son tour à un riche industriel afin de maçonner les côtes sous-marines. L'exportation de l'espèce insolite et son exploitation éhontée va démarrer et s'amplifier. le ton va se modifier. Ce que ne manque pas de nous annoncer Capek par la bouche d'un des personnages: "Nous remplaçons le roman d'aventures de la pêche des perles par l'hymne au travail". Exit Jack London. Place à la satire politico-journalistique, scientifico-capitaliste. Et j'en passe.
C'est sous la forme d'une encyclopédie débridée où les notes foisonnent (autant que les salamandres le long de toutes les côtes des cinq continents) que Capek mouline notre société humaine avec une maestria qu'il convient de saluer. La bestiole pullule, Capek exulte. La salamandre s'arme, Capek fourbit sa plume. Fantasque et lucide, loufoque et crédible, la fable gonfle dans un troisième temps sous le couvert d'une science-fiction orwellienne mais creusant plus loin, plus profond (les fonds sous-marins aidant). La salamandre a besoin d'espace vital. Elle menace. Elle exécute.
Après avoir exécuté le roman conventionnel, multiplié les personnages qui vont et viennent, les points de vue, les sources, Capek, l'antitotalitaire Tchèque, finit par discuter avec lui-même. le conte philosophique, visionnaire, peut s'achever. Ecrit en 1936, il ne cesse de se régénérer comme la queue de ses salamandres.
Etonnamment perspicace quant au devenir de l'Europe quelques années plus tard, jouissif dans la peinture des nations, la guerre des salamandres anticipe également les problèmes écologiques. "Pourquoi la nature devrait-elle corriger les erreurs que les hommes ont commises?" interroge Capek.
Etait-il trop aquatique pour sombrer ainsi dans les tréfonds de l'édition? Ou trop tchèque? Pas assez grave? A présent qu'il est remonté à la surface, souhaitons-lui une insubmersibilité tout salamandrienne.
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Foxfire
  23 septembre 2019
Cela fait longtemps que « R.U.R », la pièce à l'origine du mot robot dans son sens aujourd'hui universel, est dans la liste des oeuvres littéraires que je veux absolument découvrir. Je n'ai pas encore eu l'occasion de la lire mais du coup le nom de Capek ne m'était pas inconnu. Alors quand, dans un vide-grenier, je suis tombée sur cette « guerre des salamandres » du même Karel Capek je me suis empressée de l'acheter. Il serait vraiment dommage de ne voir en Capek que l'auteur à l'origine du mot robot. La lecture de « la guerre des salamandres » m'a permis de découvrir un auteur vraiment très intéressant et dont l'oeuvre entière semble mériter d'être découverte.
Quel curieux roman que cette « guerre des salamandres » ! Je ne savais rien du roman avant de le commencer, ce qui fait que la surprise a été totale. Il s'agit d'une lecture vraiment déroutante. En s'attaquant au récit de Capek, il ne faut pas s'attendre à un roman dystopique dans la lignée de « 1984 ». Peut-on même parler de roman ? le récit se rapproche davantage d'une fable satirique. Il n'y a pas, comme dans un roman, de héros auquel le lecteur pourra véritablement se raccrocher. Même si la première partie du livre ressemble à un roman d'aventure exotique, le lecteur est vite dérouté par le fait que Capek délaisse assez vite le personnage du capitaine van Toch pour narrer la rencontre entre les salamandres et des personnalités du milieu d'Hollywood. Mais Capek ne va pas s'attarder sur le producteur et la starlette et va s'intéresser au destin d'une salamandre savante. Après un interlude aux allures de publication scientifique, la 2ème partie consiste principalement à une succession d'extraits d'articles de journaux. de la même façon, la 3ème partie multiplie les angles de vue. le schéma narratif n'est pas celui d'une fiction classique. La volonté de Capek est de proposer la forme la plus adaptée à son propos, ce qu'il réussit pleinement selon moi. le propos est d'ailleurs riche et pertinent. Les thèmes abordés et les questionnements soulevés sont nombreux et stimulants.
Le style de Capek est terriblement efficace. Il fait souvent preuve d'un ton mordant et d'un humour acide qui renforcent l'impact de son propos. Tout y passe, la vacuité du monde du spectacle, la vanité des scientifiques, le nationalisme, le bellicisme, l'exploitation capitaliste, et j'en passe… C'est en fait la bêtise humaine que Capek pointe du doigt. Il n'est guère étonnant que les nazis l'aient considéré comme devant être le premier écrivain tchèque à mourir. Comme un ultime pied de nez à la laideur de l'humanité, Capek n'a pas laissé le temps aux nazis de le tuer, il s'est éteint avant son arrestation programmée.
Si ce livre n'est pas de ceux qui suscitent des émotions, il stimule l'intellect, pousse à la réflexion et s'avère brillant dans sa peinture des travers de l'humanité. Capek est incontestablement un grand auteur dont j'ai envie de découvrir l'ensemble de l'oeuvre.
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Deleatur
  24 mai 2019
Il y a un sentiment d'injustice à constater l'oubli dans lequel est tombé ce roman. On pourrait d'ailleurs en dire autant d'autres textes de la même veine et de la même époque, à commencer par les livres de Jacques Spitz. C'était à l'époque où la science-fiction ou le fantastique n'étaient pas encore constitués en tant que genres littéraires, et moins encore en tant que ghettos. De la production européenne de l'époque, il ne subsiste plus grand chose dans la mémoire collective, hormis peut-être Barjavel quelques années plus tard. C'est ainsi que pour le grand public, le nom de Capek est tout juste cité à propos de l'invention du terme « robot », dans sa pièce de théâtre R.U.R, écrite en 1920.
La Guerre des Salamandres, pourtant, mérite encore amplement d'être lue aujourd'hui : dystopie à la fois loufoque et grinçante, le livre raconte la découverte d'une espèce intelligente de grandes salamandres marines, quelque part au large de Sumatra. le début fait croire à un récit d'aventures au ton léger et distancié. Mais on comprend vite qu'on ne tient là que la plus petite des poupées-gigogne du roman, dont la structure se modifie bientôt en s'élargissant progressivement, l'auteur n'ayant de cesse de déjouer les attentes de son lecteur. Les hommes apprivoisent tout d'abord les salamandres, trouvent bientôt très utile d'en faire une main d'oeuvre sous-marine corvéable à merci, et les exploitent sans vergogne en proclamant leur supposée infériorité. Puis ils comprennent l'étendue de leur erreur, mais il est alors trop tard pour revenir en arrière... Certains chapitres, qui pastichent le ton de l'étude scientifique, du reportage journalistique ou de l'analyse diplomatique sont franchement désopilants. Au terme d'un livre toujours surprenant, le final est si inattendu que l'on se demande s'il relève de la pirouette d'un auteur qui veut arriver au bout de son livre, ou bien si ce n'est pas la conclusion la plus habilement dérangeante qui soit.
Au bout du compte, voilà un livre qui est bien de son époque et qui n'a pas tant vieilli que cela : dénonciation du capitalisme à courte-vue et de la crédulité des peuples, mais aussi des égoïsmes nationalistes, tout cela avec un spectre inquiétant en toile de fond : car cet empire des salamandres, où l'individu n'est que la simple composante de masses soumises à une autorité unique, qu'est-ce donc sinon la transposition grotesque des ordres totalitaires qui s'affirment alors en Europe ? La Guerre des salamandres en 1936, tout comme La Guerre des mouches de Jacques Spitz, deux ans plus tard, sont en somme des livres qui témoignaient à leur façon et avec une imagination débridée d'une angoisse alors très répandue  : l'imminence de la fin d'un monde.
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Masa
  08 juillet 2015
La défunte édition Marabout Fantastique semble regorger de bien des merveilles (Jean Ray, Edgar Allan Poe, Bram Stoker et j'en passe). J'ai mis la main sur le numéro 324. Il s'agit de « La guerre des salamandres » de Karel Čapek. Je vais découvrir la littérature tchèque, une grande première pour moi. Une rapide recherche sur Internet et je découvre qu'il est à l'origine du mot « Robot » car il l'a introduit dans sa pièce de théâtre « R.U.R. ». En fait, c'est son frère Josef Čapek qui en fut l'inventeur. Je tombe de haut, moi qui croyait que c'était Isaac Asimov qui l'avait inventé. Il est bon donc de rendre hommage à qui de droit.
En fin de l'ouvrage, les éditions Marabout Fantastique ont eu la bonne idée de mettre quelques pages pour présenter l'auteur et son oeuvre. On y append qu'il faisait partie de la liste des auteurs recherché par les Nazis. Comme Karel Čapek est décédé en 1938 – à l'âge de 48ans –, ils n'ont pu le déporter vers les camps de la mort. Pour assouvir la mégalomanie de ces fanatiques et déséquilibrés, ils se sont vengé sur son frère Josef Čapek. Je me suis demandé s'il n'y avait pas de lien entre la salamandre et le nazisme (au sens large).
Je me souviens que Robert Merle s'était inspiré de ce livre pour écrire « Un animal doué de raison ».
Ce fut le capitaine Jon van Toch qui rencontra pour la première fois la Salamandre ou plus exactement toute une communauté de Salamandres – en fait, il s'agissait de l'un de ses serviteurs, mais l'histoire (au sens large) veut ce soit les hommes blancs et de hauts rangs qui fassent les découvertes. le capitaine est un homme au fort caractère et de son temps. Il faut savoir que l'entre deux guerres, beaucoup de personnalités étaient racistes et antisémites (Lovercaft, Henry Ford,…). Ainsi notre cher homme lâche nombres de jurons parfois drôles, parfois blessant quand il fait allusion au racisme.
Au début, les Salamandres, n'étaient que des simples animaux. Puis, le capitaine leur à montrer comment ouvrir des huîtres avec un couteaux. Ces êtres marins ont évolué et n'ont cessé de progresser, jusqu'à ce qu'ils deviennent les égaux de l'être humain.
Je ne peux pas noter et parler de mon ressenti devant la richesse de ce livre. Au-delà d'un simple roman, Karel Čapek nous dresse une véritable encyclopédie de l'animal et si on regarde plus en profondeur, il s'agit d'une satyre sur son monde. Bien évidemment entre son époque et le notre, il s'est passé beaucoup de chose. Ce livre mériterait d'être analysé en profondeur.
Ce récit est bien plus qu'un roman. Au gré des pages, nous suivons des histoires insolites, des réflexions, mais surtout d'innombrables articles. Durant la partie que j'ai le moins apprécié, nous avons le droit d'avoir des coupures de presses, des thèses, des conférences. Tout est absolument décrypté jusqu'au mode de reproduction détaillé. J'avoue que j'ai fait l'impasse sur la majorité de ces paragraphes long et en petit caractère. Une chose étonnante, il a ajouté des articles de langues diverses, comme les kanjis japonnais et l'écriture arabe.
Le roman est découpé en trois parties dénommé Livre. le livre I (Andrias Scheuchzeri) décrit la découverte et l'évolution des Salamandres. le Livre II (Sur les traces de la civilisation) est la plus ennuyeuse. Cette partie nous nous narre l'évolution des Salamandres dans la culture et la politique aux travers les pays du monde. Et ça se termine avec La guerre des Salamandres qui est le livre III.
J'ajouterai que j'ai été agacé par la lourdeur des dialogues. À chaque fois que quelqu'un parlait, il rajoutait des « dit », « répliqua », « piaula », « glapit », « criait », « s'écria » ou bien encore « acquiesça ».
Petit plaisir personnel : Il se trouve que le livre que j'ai entre les mains est la première édition de la collection Marabout Fantastique (1969). Une réédition fut faite en 1986. Plus récent, les éditions La Baconnière ont réédité ce livre en 2012, tout comme Cambourakis et sa couverture vintage.
C'est une lecture assez difficile, voire même élitiste. J'admire le travail de l'auteur, mais d'un point de vu de lecture, je suis passé à côté. Je ne le conseille pas à tous.
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Cer45Rt
  19 mai 2019
Voilà une satire brillante, originale et légère, de nos moeurs. Avec une fantaisie digne de Roald Dahl et une intelligence dans la critique et l'analyse de nos moeurs qui n'a rien à envier au grand Molière, Karel Capek fait la condamnation pessimiste de nos défauts et dénonce nos ridicules.
Cette dénonciation, accomplie, avec un art du roman consommé, est d'une rare force.
Karel Capek a beaucoup d'originalité et c'est avec truculence et légèreté, qu'il écrit son texte.
La réflexion sur la nature humaine est juste et puissante, et comment n'aurais-je guère de plaisir de lecture end découvrant cet écrit intelligent, original, puissant, profond, tragicomique et plein de verve ?...
Excellent !...
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
Le_chien_critiqueLe_chien_critique   03 septembre 2018
Que dirions-nous si une espèce animale autre que l’homme proclamait que, vu son nombre et son instruction, elle possède seule le droit d’occuper le monde entier et de dominer toute la nature ? C’est donc cette confrontation entre l’histoire du passé humain et l’histoire actuelle qui m’a poussé de force à m’asseoir à mon bureau pour écrire « La guerre des salamandres ». La critique l’a qualifiée de roman utopique. Je m’élève contre ce terme. Il ne s’agit pas d’utopie, il s’agit d’actualité. Ce n’est pas une spéculation sur les choses à venir, c’est un reflet de ce qui est, de ce qui nous entoure. Ce n’est pas une fantaisie ; de la fantaisie, je suis toujours prêt à en rajouter gratis tant qu’on en voudra ; mais je voulais parler de la réalité. Je n’y peux rien, mais une littérature qui n’a cure de la réalité, de ce qui arrive vraiment au monde, des œuvres qui ne veulent pas réagir devant cette réalité avec toute la force dont la pensée et la parole sont capables, cette littérature n’est pas la mienne.
Karel Capek, postface
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Charybde2Charybde2   26 mai 2017
Ce n’est pas tout, Messieurs. Je suis loin d’avoir épuisé toutes les tâches du Syndicat des Salamandres : le Salamander Syndicate cherchera dans le monde entier du travail pour des millions de salamandres. Il fournira des projets et des idées pour dompter la mer, il se fera l’avocat des utopies et des rêves gigantesques. Il fournira des plans de nouvelles côtes et canaux, de digues reliant les continents, de chaînes entières d’îles artificielles pour les survols de l’Atlantique, de nouveaux continents créés au milieu des océans. C’est là qu’est l’avenir de l’humanité, Messieurs, les mers recouvrent quatre cinquièmes du globe ; il est certain que c’est trop ; il faut corriger la surface du globe, la carte des mers et des terres. Ce ne sera plus le style du capitaine Van Toch ; nous remplaçons le roman d’aventures de la pêche des perles par l’hymne du travail. Nous avons le choix : serons-nous des épiciers ou bien des créateurs ? Mais si nous nous refusons à penser continents et océans, nous resterons en deçà de nos possibilités. Il a été question tout à l’heure du prix d’un couple de salamandres. Je préfèrerais que nous pensions en milliards de salamandres, en millions et en millions d’unités de main-d’œuvre, que nous envisagions des déplacements de l’écorce terrestre, de nouvelles genèses et époques géologiques.
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MasaMasa   09 juillet 2015
La question se pose : L'homme est-il, a-t-il jamais été capable de bonheur ? L'homme certes, comme tout être qui vit, mais pas le genre humain. Tout le malheur de l'homme réside dans le fait qu'il ait été obligé de devenir l'humanité ou qu'il l'est devenu trop tard, quand s'était irréparablement différencié en nations, races, croyances, castes et classes, en riches et en pauvres, en hommes éduqués et en ignorant, en maîtres et en esclaves. Rassemblez de force en un même troupeau des chevaux, des loups, des brebis, des chats, des renards et des biches, des ours et des chèvres ; parquez-les dans un même enclos, forcez-les à vivre dans cette mêlée insensée que vous appelez l'Ordre Social et à respecter les mêmes règles de vie ; ce sera un troupeau malheureux, insatisfait, fatalement divisé, où nulle créature ne se sentira chez elle.
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TaraxacumTaraxacum   12 juillet 2014
Si vous cherchez la petite île de Tana Masa sur la carte, vous la trouverez en plein sur l'équateur, un peu à l'ouest de Sumatra; mais si vous montez sur le pont du Kandong Bandoeng pour demander au capitaine J. Van Toch ce que c'est que cette Tana Masa devant laquelle il vient de jeter l'ancre, il lâchera une bordée de jurons, puis il vous dira que c'est le plus sale coin de l'archipel de la Sonde, encore plus minable que Tana Bala et tout aussi perdu que Pini ou Banjak; qu'il n'y vit, sauf votre respect, qu'un seul homme - sans compter bien sûr, ces pouilleux de Bataks - et que c'est un agent commercial, un soûlard, un bâtard de Cubain et de Portugais, plus voleur, mécréant et cochon que tous les Cubains et tous les Blancs pris ensemble; et que s'il y a au monde quelque chose de foutu, c'est bien cette foutue vie sur cette foutue Tana Masa, c'est moi qui vous le dis, Monsieur !
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lanardlanard   31 octobre 2016
Ce fut une guerre étrange, si toutefois on peut appeler ça une guerre; en effet il n'existait pas d’État des Salamandres, ni de gouvernement reconnu à qui l'on aurait officiellement pu déclarer la guerre. Le premier pays à se trouver en état de guerre avec les salamandres fut la Grande-Bretagne. Dès les premières heures, les salamandres coulèrent presque tous les navires ancrés dans les ports; il n'y avait pas moyen d'empêcher cela. Seuls les bateaux en haute mer étaient pour l'instant en relative sécurité surtout au-dessus des grandes profondeurs; c'est ainsi qu'une partie de la flotte britannique put se sauver en brisant le blocus de Malte et en se groupant au-dessus des profondeurs ioniennes; mais ces bâtiments furent bientôt attaqués par les petits sous-marins des salamandres et coulés l'un après l'autre. En six semaines, la Grande-Bretagne perdit les quatre cinquièmes de sa jauge globale.
Une fois de plus dans son histoire, John Bull put montrer son célèbre entêtement. Le gouvernement de Sa Majesté refusa de négocier avec les salamandres et ne retira pas son embargo sur les livraisons. "Un gentleman britannique, déclara le Premier ministre au nom de toute la nation, protège les animaux, mais ne négocie pas avec eux." Au bout de quelques semaines une pénurie désespérée de produits alimentaires se fit sentir dans les Îles Britanniques. Seuls les enfants touchaient une petite tranche de pain et quelques cuillerées de thé ou de lait par jour; la nation britannique endura ces souffrances avec un courage sans exemple, même si elle tomba assez bas pour être amenée à manger tous ses chevaux de courses. Le prince de Galles laboura de ses propres mains le premier sillon sur le court du Royal Golf Club, destiné désormais à la culture des carottes pour les orphelinats de Londres. On planta des pommes de terre sur les courts de tennis de Wimbledon et l'on sema du blé sur les champs de course d'Ascott. "Nous ferons tous les sacrifices, même les plus grands, affirmait au Parlement le leader du parti conservateur, mais nous ne renoncerons pas à l'honneur britannique."
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