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ISBN : 2366240538
Éditeur : Cambourakis (21/08/2013)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Où l’on retrouve, sous la fine plume hongroise de Frigyes Karinthy, l’ami Gulliver revenu depuis belle lurette de sa première aventure swiftienne à Lilliput : enrôlé au service de sa Majesté, précipité en plein conflit mondial, miraculeusement transporté au pays des Sollasis, confronté à un peuple d’êtres inorganiques au langage purement musical, Gulliver prendra lors de ce cinquième voyage la mesure de la disharmonie qui règne entre les hommes.

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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Erik35
  01 septembre 2017
POM-POM-POM-POM...
C'est en particulier par l'entremise de la publication d'un recueil drôle et féroce de "à la manière de..." que l'écrivain hongrois Frigyes Karinthy, auteur du célèbre "Voyage autour de mon crâne", se rendit très largement populaire dans son pays. Tour à tour journaliste, romancier, nouvelliste, poète, humoriste et dramaturge, cet écrivain touche à tout, humaniste libertaire mais sans dogmatisme, universaliste défendant, par exemple, l'émergence d'une langue nouvelle commune - en l'occurrence l'espéranto -, c'est donc à un petit exercice allant chasser sur les plate-bandes du célèbre britannique Jonathan Swift et de ses non moins célèbres Voyages de Gulliver que notre polygraphe hongrois se prête ici.
Notre héros anglais, toujours dans une forme exemplaire malgré les siècles passés, est devenu chirurgien et, malgré son peu d'empressement à se retrouver mêlé à cette guerre effrayante (la "première" mondiale), celui-ci se retrouve à bord d'un bâtiment de guerre de Sa Royale Majesté, qu'une mine allemande fera couler. Menaçant de se noyer, Il va cependant parvenir à s'échapper in extremis du navire en perdition à bord de l'hydravion du capitaine. Ce dernier ayant perdu la vie dans cette échappée, tout en maintenant le manche sans relâchement, provoque une ascension infernale de l'appareil vers des hauteurs vertigineuses. Gulliver est à deux souffles d'y perdre lui-même la vie mais sera recueilli par un représentant ailé de cette bizarre race d'être vivant que sont les habitants de Faremido, les très mécaniques, mais intelligents, Sollasis.
A la charnière entre le Gulliver original et un conte philosophique voltairien, dont l'auteur était un admirateur, - on ne peut s'empêcher de songer à Micromégas -, Karinthy explore les tréfonds de la destiné et de l'âme humaine en la confrontant à des êtres parfaitement imaginaires, des espèces de divinités de métal proches de la perfection car, s'il connaissent aussi maladie et vieillissement, leur fonctionnement interne de même que les éléments extérieurs dénués de toute biologie leur permet des améliorations incessantes, des changements de pièces comme on le ferait d'une vulgaire machine, évitant à ces "Robots" avant l'heure, les affres de nos propres petites existences inévitablement limitées dans le temps.
L'auteur va alors se livrer à une série de réflexions sur l'humanité, sur la recherche de la connaissance, la vie et la mort, la capacité assez vaine qu'on les hommes à réfléchir sur la réflexion, à se contempler dans les miroirs de leurs savoir plutôt que de s'exercer à une intelligence prospective et positive, sur la communication, etc. Et même si notre hongrois se perd parfois dans des digressions incessantes, dans des coq-à-l'âne un peu épuisants, il n'en demeure pas moins vrai que plusieurs des spéculations intellectuelles qu'il émet, souvent exprimées à bâton rompu entre son petit humain tour à tour émerveillé ou plongé dans l'incompréhension et le Mentor, Midoré, qu'il s'est trouvé sur cette planète fantastique, retiennent très obstinément l'attention et l'intérêt du lecteur. Ainsi en est-il des spéculations sur les mathématiques musicales (les Sollasis s'expriment par le biais des notes de musique...), qui préfigure d'ailleurs, avec presque dix ans d'avance, les théories d'Arnold Schönberg sur la musique sérielle et le dodécaphonisme ; il en est de même avec les compte-rendus des dialogues consacrés aux enjeux du langage, à son rôle psychologique et culturel ; idem sur les problèmes posés par les difficultés voire l'impossibilité de communiquer réellement entre les êtres.
D'un humour moins tranchant que d'autres textes de lui, d'une lecture parfois légèrement laborieuse, ce petit roman de moins de quatre-vingt pages, judicieusement publié par les Editions Cambourakis dans une traduction donnée par judith et Pierre Karinthy n'en est pas moins une petite perle de pensée philosophique pratique et prospective, marque d'un écrivain aussi éclectique que génial, sachant tout aussi bien s'inscrire dans une tradition littéraire vieille de plusieurs siècles qu'il préfigure ce que l'on qualifierait un peu plus tard (et même si le terme existait, bien que fort peu usité alors) de science fiction.
Une de ces petites sucreries littéraire que l'on ne regrette jamais d'avoir découverte, malgré son goût modestement suranné.
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5Arabella
  30 juillet 2016
Le livre est résumé dans le sous-titre. L'auteur imagine de donner une prolongation au fameux héros de Swift, pendant la première guerre mondiale. Il se trouve engagé dans l'armée britannique, et transporté dans un pays imaginaire, Farémido. le pays est peuplé par des machines, qui considère la vie, dont l'homme, comme une maladie de la matière. Notre personnage arrive quand même à communiquer avec eux, et cette communication se fait par la musique (d'où le nom du pays). Les machines lui démontrent toute l'inanité de la pensée humaine, et il rentre au pays, en attendant de pouvoir disparaître et de voir servir la matière première de son corps à la création de rouages de quelque machine parfaite.
Un petit livre amusant, dans le genre de. Frigyes Karinthy emprunte le ton et le style de Swift pour s'attaquer à quelques idées reçues de son temps. Certaines choses ont plus vieillies que d'autres, c'est inévitable dans ce type de livres, mais certains passages demeurent d'actualité, et le livre étant bref, cela passe tout seul.
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Charybde2
  30 mai 2017
Une expérience de pensée science-fictive et swiftienne en 1916, également stimulante et décevante.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/05/30/note-de-lecture-faremido-le-cinquieme-voyage-de-gulliver-frigyes-karinthy/

Lien : http://charybde2.wordpress.c..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   30 mai 2017
Jusqu’à arriver à un stade où non seulement les machines soutenaient l’homme dans ses activités, elles multipliaient ses forces, mais elles finirent par exécuter d’elles-mêmes le travail avec infiniment plus de perfection que cela aurait pu l’être par notre faillible corps humain. Il en va de même pour les arts : tableaux, sculptures, œuvres écrites ou musicales exprimaient avec une telle perfection les manifestations et aspects de la vie, forme, couleur, récit, sentiment que la réalité de la vie est restée loin derrière quant aux finesses, à la beauté et à la force d’expression.
Qu’en est-il résulté ? Machines et œuvres ont surpassé l’homme : elles sont devenues plus achevées, et bientôt quand l’homme voulut être parfait, il fut contraint d’imiter les machines et les œuvres qui jadis ne faisaient que l’imiter lui-même. C’est notre civilisation, les œuvres de la littérature épique, dramatique ou autres qui ont exercé la plus grande influence sur la formation de notre caractère. C’est l’art qui a dicté nos formes. Un jour, me promenant à Budapest, j’ai vu une confiserie qui se faisait appeler « automate », en haut on mettait une pièce dans une fente et cela faisait sortir un bonbon. À l’intérieur de cet automate un homme était assis, c’est lui qui recevait la pièce dans sa main, et c’est lui qui faisait sortir le bonbon par un orifice. Cet homme avait spontanément compris que ses congénères avaient davantage confiance dans la machine que les uns dans les autres, et par une ruse il voulait faire croire qu’il était une machine.
Les hommes en sont arrivés à débourser dix mille fois plus pour un tableau représentant une femme que pour la femme qui avait servi de modèle au peintre ; on n’accordait plus le même respect à la femme que celui qu’on accordait à son imitation, sa copie reconstruite. Je me souviens de la sincère révolte éveillée en moi, peu avant mon départ pour Farémido, quand les barbares Allemands se mirent à bombarder la cathédrale de Reims, alors qu’au même moment je n’ai que superficiellement pris note du nombre de victimes de cette même bataille.
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Erik35Erik35   01 septembre 2017
Il me demanda l'usage que nous faisions de notre esprit, à quoi nous réfléchissions ; or de ma réponse il déduisit que nous ne faisions que poser et reposer cette même question de l'utilité du cerveau, autrement dit que nous nous cassions la tête pour savoir à propos de quoi nous nous cassions la tête.
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Charybde2Charybde2   30 mai 2017
Je ne sais pas pourquoi mais toute cette mécanique, malgré sa complexité, donnait une impression de grande simplicité et d’évidente nécessité, on sentait que tout était à sa place et fonctionnait dans une merveilleuse harmonie, mais par-dessus tout, elle inspirait aussi dès le premier instant une sorte d’inexprimable sentiment agréable, sans rapport avec l’impression que la machine était indubitablement un chef-d’œuvre économe et parfait de mécanique. Mais l’objet avait un rayonnement propre : je suis incapable de m’exprimer autrement qu’en utilisant un terme approché, disant que cette machine était belle, entendant par ce mot non seulement ce qu’il exprime mais bien plus, comme nous l’utiliserions par exemple à propos d’une peinture, ou mieux encore d’une femme. Je ne suis qu’un simple chirurgien, je ne suis pas rompu à l’art du langage, mais je me souviens que des épithètes dithyrambiques me vinrent alors à l’esprit, telles que de jeunes amoureux ont coutume de trouver dans les moments d’extase. Peut-être n’étais-je pas encore dans mon état normal, d’abord je gardais dans l’oreille le tintement des accords précédents, et aussi la machine elle-même semblait générer une puissance, un état intermédiaire entre la chaleur et le courant électrique, un faisceau invisible d’électricité thermique qui tenait tous mes nerfs dans un engourdissement tendu. Un bourdonnement constant et agréable émanait de son intérieur, les ailes se replièrent lentement. Je ressentis un chatouillement sur mon visage, et levant les yeux je vis deux lentilles de verre qui me fixaient. Au même moment un des bras se souleva jusqu’à me toucher puis se retira. Pendant que j’essayais de deviner qui pouvait être l’homme qui manipulait cette mécanique de l’intérieur, un clapet remua sur le haut du fuselage et la musique que j’avais entendue auparavant retentit de nouveau avec une douceur indicible, mais non cette fois dans les notes fa-ré-mi-do mais plutôt en une mélodie hélicoïdale selon les notes de la gamme chromatique que je ne connais pas suffisamment mais que je noterais à peu près comme ceci : sol, la, la, sol#, sol, sol#.
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Erik35Erik35   02 septembre 2017
Savez-vous ce qui s'est passé ? L'organe de la conscience, issu de l'instinct, et dont le rôle aurait été, une fois complètement développé, de prendre la place de l'instinct, cet organe donc, par un hasard stupide a échappé à l'instinct pour commencer à grandir dans la partie proéminente du cerveau, tandis que, face à lui, dans la partie postérieure du cerveau; l'instinct a poursuivi tranquillement et imperturbablement son évolution de son côté. Savez-vous ce que c'est ? Les médecins l'appellent grossesse extra-utérine, elle tue la mère et l'enfant. Deux organes donc, au service de deux objectifs frontalement opposés, l'un recherche la vie, l'autre recherche la mort. A cause de ce défaut tout homme désormais est un monstre à deux têtes qui doit périr dès lors que les deux hémisphères, celui de l'instinct et celui de la conscience, à un certain stade de leur développement, se trouvent top comprimés et étouffent comme deux grains tombés dans un sillon commun. Deux mains, l'une construit, l'autre détruit ; l'une s'accroche pour ne pas être emportée par la tempête, l'autre déchire le filin de l'ancre ; l'une protège le corps contre le gel, l'autre le découvre !
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