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Michel Saunier (Traducteur)Olivier Rolin (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070359476
Éditeur : Gallimard (14/11/2008)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Unique roman d'un radio télégraphiste et poète grec mort en 1975 après vingt ans de silence, ce livre est de ceux qui ne se laissent pas oublier aisément. C'est le livre des paroles, interminables, qu'échangent les marins pendant le quart, jour et nuit, sur toutes les mers du monde. La vie, ses hauts faits, ses méfaits. De femmes, putains, épouses ou mères. Des traversées, des virées, des cuites. L'amour, l'alcool, la peur.
"Les secrets consignés dans ce livr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
oblo
  18 mai 2017
Le Pirée, Marseille, Colombo, Rotterdam, Fremantle, Buenos Aires … Des villes, mais surtout des ports, d'attache ou de relâche, où s'encanaillent les marins et où ils se déchargent tout à la fois de leur tension et de leur maigre salaire, pourtant durement gagné.
Autant de villes familières où, dès l'entrée du port, des messages dans toutes les langues du monde leur sont adressés : promesses, méfiance, quartiers à fréquenter, femmes à fuir. Ces ports sont la seule terre que touchent ces hommes de l'eau. Car, passée la semaine dans un bouge quelconque, il faut repartir sur les flots, dans des carcasses de métal où le bruit des machines se mêle à la graisse noire et à la chaleur, ou bien au froid, des climats que l'on traverse. Voyages terribles où, à tour de rôle, les marins surveillent la trajectoire et la santé de leur esquif. C'est le quart. Quatre heures, mornes, où pourtant les hommes se parlent, se gaussent, se souviennent.
C'est cela, le quart, de Nikos Kavvadias. Des souvenirs d'hommes, rompus à la solitude et à la petite vérole, qui prient de ne pas être engloutis par les flots et pestent encore contre leur condition. Paru en 1954, le roman a l'aura de ces livres qu'on ne sait vraiment définir : récit de souvenirs, essai sur la condition de marin, profonde réflexion sur la condition humaine. On hésite, et on se laisse porter. Par ses phrases, concises, par ses mots qui, le temps d'une phrase, s'envolent en inspirations lyriques, par sa façon de dire, sans prendre le soin de présenter, et de relater et de transcrire les paroles des hommes qu'il a côtoyé, Nikos Kavvadias a construit une oeuvre dont il restera, plutôt que des images, une trace invisible dans l'esprit.
Sans cesse, ces mots, justement, reviennent aux femmes. Mères, épouses, putains : le beau sexe n'a pas beaucoup de choix. Les marins, eux, en sont tout à la fois les bourreaux et les victimes. Car derrière la maltraitance des mots, cette façon de dire et de mépriser la femme, de la résumer à son caractère sexuel, il y a la souffrance d'en être constamment séparé. Et les souvenirs, qui rejaillissent dans le quart, sont rarement autre chose que des récits d'amours, souvent brèves, souvent intenses. Il y a cette Ecossaisse que le radio-télégraphiste aida à avorter dans un port de Ceylan. Il y a cette prostituée qui erre dans les ruines de Marseille en demandant des nouvelles de son ancien maquereau. Il y a aussi cette épouse qu'un marin retrouve dans les bras d'un autre, et qu'il se met à traiter comme les femmes qu'il croise dans les ports. Relation impossible et pourtant nécessaire entre ces hommes, qui vivent dans leur solitude (ne pas pleurer, ne pas dire qu'on a peur …), et ces femmes qui les accueillent, les cajolent, les rendent fous et se rendent maîtresses de toutes leurs discussions.
Patchwork littéraire qui met à l'honneur la condition humaine à travers celle du marin, le Quart est un objet littéraire qui ne ressemble à aucun autre. Ecrit dans le respect de ces hommes de la mer, dans l'urgence, aussi, de dire et de rester fidèle à ces heures passées dans le confinement, c'est un roman qui, malgré sa simplicité, est difficile à appréhender et à analyser, difficile à lire aussi, parfois, quand les personnages se bousculent, ne sont pas identifiés, car le plus important est ailleurs : le plus important, c'est ce qui est rapporté. Et, étant rapporté, survit. Comme une tombe ultime à tous ces anonymes, laissés dans des ports étrangers car trop malades pour être transportés, ou basculés par-dessus bord s'ils décédaient en pleine mer. Une tombe de mots.
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GrandGousierGuerin
  29 mars 2015
Le quart, c'est le temps de service passé par des marins à s'occuper d'un navire. Et que font des marins lorsqu'ils sont à surveiller l'horizon ? Ils parlent …
Et ici ils parlent beaucoup et se racontent des histoires de marins. Et dans toute histoire de marin, il y a forcément une femme : la mère, l'épouse ou encore la putain …. Mais aussi un peu de contrebande, un peu d'exotisme pour épicer ce sujet déjà bouillant …
Mais le quart n'est pas qu'une simple compilation d'histoires de marin. J'y ai trouvé beaucoup plus. Ainsi le style brut, court sans complexité apparente et qui m'a fait penser à du LF Céline ou JP Martinet permet de rendre au mieux la folie, la fureur, le désespoir …. Ce style trouve son achèvement et son apothéose dans le dernier récit hallucinatoire avec l'Ecossaise. Cela donne de l'épaisseur à l'homme, de l'odeur et de la couleur au paletot. On ressent cette houle, ce mal de mer, cette chaleur qui vous empêche de respirer dans la cale ou le déferlement de la tempête sur le pont.
Un bon moment de lecture vrai, suintant d'authenticité, à la plongée de ces âmes perdues par le chant des sirènes !
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Drych
  25 octobre 2012
Ils ont choisi une vie de marin. Ils ont embarqué sur des cargos de fortune, et partagent leur vie entre la mer et les bas fonds des ports où ils font escale. Pendant leurs quarts, ils se racontent leurs exploits et leurs phantasmes, faits de femmes, d'alcool, de paradis artificiels et de contrebande. Des récits à la fois rudes, poétiques et sordides, racontés sans fioritures.
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araucaria
  10 juin 2012
Un très beau roman autobiographique consacré à la mer et aux voyages, pour tous les amoureux des bateaux. Un excellent texte écrit par un marin poète et écrivain.
Lien : http://araucaria.20six.fr/
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JeanPierreTisserand
  05 novembre 2018
Très beau roman, âpre et fort composé de récits de marins, sur la solitude, le manque , la souffrance et la mort, animé cependant d'une formidable énergie. Unité de lieu, le cargo, où sont contées ces tragédies individuelles qui évoquent Marseille, le Pirée, Ceylan, et l'Amérique.
Un livre intense, d'une lecture parfois difficile, à laquelle on pense encore longtemps après l'avoir refermé.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   28 février 2018
La cloche sonna deux coups. Midi moins vingt. Dans le poste de proue, sur une table de bois brut, couverte de taches, Linatséros mangeait hâtivement. Polychronis mâchait un bois d'origan et Yakoumos, le charpentier, nettoyait son assiette de zinc avec un morceau de mie de pain. Quatre couchettes sur la muraille tribord et deux à la proue, en deux rangées superposées, défaites. L'homme de la mer Noire, assis sur une couchette haute était en train de se faire les ongles des pieds.
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Alice_Alice_   29 septembre 2016
"Quand pourrais-je me reposer un petit moment? Un plat de choux. Creuser un peu, planter, les voir pousser. Toujours la mer. Le quart sans arrêt. C'est pas naturel. On est pas des poissons. Merde alors. Et pour finir on vous emballe, on vous roule dans une toile à voile et hop par la poupe. Sans un prêtre. Quand je mourrai, ça m'est bien égal d'être dévoré par les requins, puisque je ne sentirai rien. Qu'en savez-vous?"
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Lazlo23Lazlo23   09 décembre 2015
Le souvenir n'a de valeur que quand on sait que l'on repartira pour un nouveau voyage. Le pire des reniements, le plus grand désespoir est de jeter l'ancre dans son pays et de vivre de souvenirs.
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araucariaaraucaria   28 février 2018
- Qui est-ce?
Une main souleva de l'extérieur le crochet de la porte, entrouvrit et s'immobilisa sans le lâcher.
- C'est moi, capitaine Gérasimos, le pilotin. Je voudrais te parler. Tu es couché?
- Qu'est-ce qu'il y a, nom d'un chien? On vient de passer quatre heures ensemble là-haut, c'est maintenant que tu te réveilles? Entre et remets le crochet.
Le capitaine du Pythéas était assis sur un fauteuil tournant vissé au plancher. Il ne portait que son caleçon, et croisait les jambes. Il se frictionnait la cheville avec la paume de la main. Son corps luisait de sueur. Quarante ans, brun, de grands yeux.
- Eh bien, j'écoute. Quelque chose qui ne va pas, là-haut?
Diamandis, le pilotin de pont, restait planté devant lui, comme ahuri. Grand et beau garçon, blond. Il s'essuya le front du revers de la main. Il ne savait pas par où commencer.
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brigetounbrigetoun   17 novembre 2009
Moi je m'en souviens. ça m'a tourmenté bien souvent la nuit, pendant le quart... C'était à Huelva. Cette bohémienne immonde, pieds nus, les jambes couvertes de poussière, dont la sueur empestait le moût. Elle t'avait préféré. Je n'ai pas encore réussi à comprendre pourquoi j'ai tiré le canif que tu m'avais aiguisé trois heures plus tôt sur la pierre de la machine et pourquoi tu as empoigné la lame.
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Video de Nikos Kavvadias (1) Voir plusAjouter une vidéo

Nikos Kavvadias : Le Quart
A la Cité Internationale Universitaire de Paris, Olivier BARROT présente le roman "Le Quart" du poète grecNikos KAVVADIAS, où il dépeint la noirceur de la vie de marins grecs embarqués sur un cargo en route vers la Chine.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature hellénique. Littérature grecque>Littérature grecque moderne (56)
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