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Suzanne Rosset (Traducteur)
EAN : 9782253059349
224 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/03/1992)

Note moyenne : 3.53/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Leurs yeux se cherchèrent et au moment où leurs regards allaient se fondre, les bras de l'homme l'attirèrent vers lui et il posa son visage sur la jeune femme.

- Imbécile ! dit Yumiko en repoussant la bouche de l'homme de la paume de sa main droite. Les dents n'étaient-elles pas teintées par le poison des pilules que Yumiko lui avait enfoncées dans la bouche ? Elles avaient fondu en libérant le liquide.

- Décidément, tu n'es qu'un imbéc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  20 septembre 2019
Un billet d'avion en poche, deux escales, vol long-courrier, atterrissage au pays du soleil levant. Déambuler seul dans les rues de Tokyo, le parc de la Sumida et le fameux temple d'Asakusa. Je replonge volontiers dans les années 20-30, l'entre-deux-guerres, une musique de jazz insouciante dans la tête qui accompagne cette pérégrination d'antan.
Asakusa, dans ces années-là, c'était le temple des geishas et le temps des amuseurs ambulants. Les théâtres grivois se dévoilent, comme un sein qu'on entraperçoit dans le pan d'un yukata s'ouvrant à la bise du vent. Biser ce sein, celui qui ose se montrer sous la douce lumière bleue d'une lune venue observer les moeurs de l'époque. Une jambe nue ou l'érotisme d'une nuque, sur le pont Kototoi, c'était une autre époque, reste un spectacle à la hauteur d'un feu d'artifice à la tombée de la nuit, d'un Mont Fuji aux premières lueurs d'un petit matin ou d'une toison brune mouillée à la sortie d'un onsen, lumières vespérales.
A la manière d'un journaliste qui, dans le temps, proposait des chroniques ambulatoires sur la vie, la plume de Yasunari Kawabata m'a une nouvelle fois émerveillée. J'étais moi aussi, avec lui et à travers ces reportages, des instantanées de vie avec quelques prostituées russes ou quelques ivrognes arpentant les trottoirs, sous le son des cloches des temples ou des getas des geishas arpentant l'asphalte chaude d'un quartier « chaud ». L'été caniculaire se prolonge au-delà du soleil levant. Quelques policiers passent, des affiches s'envolent, la bande des ceintures rouges se rassemblent, tu sens l'odeur de ces brochettes grillées à même la rue, le parfum de jasmin de cette geisha, l'eau du riz qui embaume les ruelles étroites. Je m'assois sur un banc, seul, dans le parc Ueno avec mon bouquin et le cri d'un corbeau noir, ouvre les pages de L'Asahi Shinbun, et découvre ces tableaux vivants, une jeune fille qui passe à vélo, un air de piano porté par la brise, une radio qui crachote du jazz, un flot de passants anonymes, les flots de la Sumida. Un parfum d'amour qui m'enivre, une passion japonaise qui illumine mon âme depuis des années, ce jasmin ou ce coquelicot, un spectacle étrange et merveilleux…
Ces chroniques se lisent comme des chroniques. Elles s'enchaînent, elles se visualisent, elles se sentent. Elles dessinent au final la trame d'un roman, elles me plongent surtout dans un lieu et une époque bien lointaine, entre la brume et le soleil, entre le frémissement et la lune bleue, le Mont Fuji comme point de repère au loin, et au près un yukata qui s'ouvre, une geisha qui se dévoile.
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mh17
  27 octobre 2019
Un roman expérimental
J'ai eu un mal fou à lire ce livre et je n'ai sans doute pas tout compris.
Cette oeuvre n'a rien à voir avec un roman traditionnel pas plus qu'elle ne ressemble à une chronique à la Nicolas Bouvier. Ce n'est pas un roman traditionnel car il n'y a pas de trame narrative sur laquelle s'appuyer ni de personnage principal auquel s'attacher. Le narrateur est plus un témoin qu'un protagoniste mais ce n'est pas non plus un guide fiable qui vous rassure en vous fournissant beaucoup d'explications. C'est donc un roman expérimental, une sorte de roman cubiste où apparaissent des fragments du quartier d'Asakusa dans les années 20. Air de piano, bribes d'une conversation, enseignes lumineuses, publicités déchirées défilent comme au cinéma. On découvre les théâtres, les cabarets, les restaurants, les parcs remplis de vagabonds, tout le petit peuple diurne et nocturne de ce Montmartre japonais: comédiens, prostituées, travestis, geishas, garçonnes, gamins abandonnés. Parfois la caméra s'attarde sur un personnage haut en couleur avant de passer à autre chose. Ainsi la jeune Yumiko qui accompagne le narrateur au début du livre, disparaît puis réapparaît comme dans une malle des Indes, toujours plus étrange. Ce que je retiens c'est l'énergie débordante du quartier mais aussi celle qu'il m'a fallu dépenser pour terminer cet ouvrage.
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moertzombreur
  12 septembre 2014
L'auteur dépeint la vie d'un quartier de Tokyo dans les années 1930. C'est un recueil de nouvelles mais le personnage de Yumiko sert de fil conducteur. Comme toujours, les descriptions se font par petites touches, l'écriture épurée de l'auteur donne une ambiance singulière à l'ensemble. Empreinte de nostalgie, l'écriture de Kawabata est une écriture de l'indicible, presque comparable en cela à de la poésie.
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tomgus
  01 mai 2016
A partir de ce qui est supposé être un reportage journalistique sur ce quartier de Tokyo en 1929, Kawabata a créé un roman fascinant. Sa trame est constituée d'une description attachante et complice du petit monde des vagabonds, danseuses et prostituées, de scènes de rue saisies sur le vif et des pérégrinations de « la bande des ceintures rouges » sur fond de spectacles de music-hall.
Cependant comme réalité et fiction sont étroitement mêlées, comme la logique est même bousculée (notamment, des jumeaux ont 3 ans d'écart, la chute sonore de bonbons sur le toit d'un bateau) la chronique est un roman. Il tourne autour du personnage de Yumiko, une très jeune femme entrevue alors qu'elle jouait du piano dans l'entrée d'un baraquement. Les dialogues, ironiques, acides, provocateurs sont un régal. Kawabata, de temps en temps, interpelle le lecteur : n'ai je pas été trop pittoresque ? Trop ennuyeux ? Certes non, votre chronique est trop courte est-on tenté de répondre.
Vingt ans avant la Chronique, dans La Sumida, publié en 1909, Nagaï Kafû, avait déjà décrit le quartier d'Asakusa. Kawabata a repris l'exercice, mais avec plus de vivacité, de force, de couleurs.
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brigetoun
  03 juillet 2011
Son premier essai de roman « paru d'abord à partir de 1929, sous forme de chronique »… qui mêle des petits récits, comme l'histoire de Yumiko, interrompue par des notations fugaces (dans un style qui me rappelle un peu Virginia Woolf), des descriptions presque dignes d'un guide, puis, en avançant dans les chroniques, des tableaux de la société composite, étudiants, mendiants, prostituées, chanteuses ou danseuses russes sans un sou de ce quartier en marge, un monde à la Danzaï
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   16 juillet 2019
Une lumière rose se réverbérait sur l’asphalte qui luisait comme une chape de plomb. Des points rouges éparpillés de-ci, de-là flottaient au hasard au-dessus de la ville. On entendait l’écho du tramway. Il était cinq heures du matin. Dans la lumière irisée du soleil, l’urine de la veille dessinait sur l’asphalte de longues bandes parallèles. Le parc Sumida était comme une grande maquette en forme de H. Le pont Kototoi reliait la berge de Mukôjima à la rive d’Asakusa.
Au clair de lune, le flot de la Sumida roulait des eaux ocres, mais à la lumière tamisée du soleil, il devenait sombre comme la boue. Une balustrade épousait les contours du pont tel un peigne fin, et de cette infrastructure métallique aérienne, faite d’une seule plaque de fer très résistante, ressortaient seuls des piliers illuminés, minces et élancés comme des crayons. Par temps clair, on apercevait les monts Tsukuba et aussi le Fuji. Quel spectacle étrange et merveilleux !
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le_Bisonle_Bison   10 mai 2019
Reconstruit au mois de février 1928, le pont de Kototoi est d'allure moderne, clair, plat, large et blanc. Il trace une voie nouvelle et saine au-dessus du fleuve Sumida souillé par les déchets de la ville.
Mais, quand je le traversai à nouveau, les panneaux lumineux et les lumières des alentours sombraient déjà dans l'eau noire ; il était imprégné d'une mélancolie citadine. Sur la rive d'Asakusa, des pierres de taille blanches laissaient apparaître leurs contours flous dans l'obscurité du soir, là où le parc était en travaux. On voyait au loin des ouvriers qui faisaient un feu près de leurs chevaux.
Par-dessus le parapet, on entendait le bruit indistinct de la marée montante. Sur trois péniches amarrées à un gros pilier en béton, c'était l'heure du dîner.
A l'arrière, le riz fumait sur les réchauds. Une jeune fille coiffée d'une serviette, un coffre à la main, enjamba le bord d'un des bateaux. A l'avant, du linge rouge séchait sur une rame posée de travers. Sur le bateau voisin, on grillait des maquereaux à la lumière d'une lampe à pétrole. Pêle-mêle sur le toit, traînaient un tamis à pâte de soja, des bûches, un seau.
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le_Bisonle_Bison   25 mai 2019
Dans le brouillard matinal, les lampadaires, restés allumés toute la nuit, étaient aveuglants.
Des réverbères décorés de fleurs de lis étaient alignés le long d'une avenue communément appelée Yonekiudori. Il n'y avait là, et du reste dans tout le parc, qu'un seul endroit ouvert toute la nuit : la maison mère des magasins Azuma où, en écoutant à la radio les cadences de la gymnastique, on mangeait, pour le petit déjeuner, du bœuf bouilli aux légumes.
C'est alors que les vagabonds venaient regarder les affiches accrochées aux panneaux de la salle de cinéma. Sans être bousculés, ni dérangés par personne, baignés par la lumière du soleil matinal, ils profitaient du calme pour regarder attentivement.
Dans Asakusa où tout sommeillait, seul le coiffeur se levait de bonne heure, et devant le miroir fixé au montant de la porte encore close, une fascinante jeune fille était en train de se farder.
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le_Bisonle_Bison   08 mai 2019
Il y a deux cents ans, elle débutait comme porteuse d'eau dans un établissement où l'on servait du thé et autres boissons. Puis elle devint prostituée clandestine dans un magasin d'instruments pour se curer et se noircir les dents, et ensuite tireuse à l'arc chez un marchand d'arcs. Déjà, on entrait dans l'ère Meiji. Elle ouvrit alors un bordel, s'occupa d'une salle de lecture publique de journaux, d'un centre de jeu de go, puis elle fut la maitresse d'un marchand de bière et d'un patron de stand de tir à l'arc. Alors commença l'ère Taishô, avec les "geishas de Taishö" et le grand tremblement de terre au cours duquel toutes sortes de femmes disparurent en même temps que la tour de douze étages.
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le_Bisonle_Bison   12 mai 2019
La danseuse qui exécutait sur la scène une danse espagnole avait - je n'invente rien, je l'ai vu de mes yeux - un petit pansement sur chaque bras, comme si elle venait juste d'avoir une piqûre. Vers deux heures du matin dans les jardins du temple d'Asakusa, une quinzaine de chiens errants poursuivaient un chat avec des aboiements féroces. Mais ce n'était pas pour cet Asakusa-là, ce n'était pas pour aller respirer l'odeur du crime que j'avais suivi ces vieilles bicyclettes.
Après une heure et demie du matin, à Asakusa, on a parfois l'impression que les policiers sont plus nombreux que les simples passants, mais n'étant ni policier ni détective, je serais sans doute rentré chez moi si la jeune fille au piano n'avait été aussi belle.
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Videos de Yasunari Kawabata (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yasunari Kawabata
Yasunari Kawabata (1899-1972) : Une vie, une oeuvre diffusée sur France Culture le 19 janvier 2010. Par Françoise Estèbe et Nathalie Salles. Yasunari Kawabata fut le premier écrivain japonais à obtenir le prix Nobel de littérature en 1968 pour son roman “Pays de neige”. Pour décrypter l'univers mental et romanesque si singulier, parfois déconcertant, de Kawabata, il est indispensable de se référer à ses premières années d'existence, marquées par une solitude absolue. Orphelin de père et de mère dans les premiers mois de son existence, il perdit très vite sa grand-mère, puis sa soeur, et fut élevé par son grand-père aveugle dont il relate, adolescent, l'agonie dans son “Journal de la seizième année”. « La blancheur spectrale, la pureté meurtrière, le temps orphelin », tel est pour Diane de Margerie l'univers de Kawabata marqué par la mort, le vide et l'absence. L'ellipse, le flou, l'ambiguïté sont les caractéristiques de son écriture. Récits adolescents, textes expérimentaux, textes brefs ou “Récits de la paume de la main”, oeuvres magistrales de la maturité, “Pays de neige”, “Les belles endormies” ... dans son oeuvre, le réel et l'irréel se côtoient, l'abondance des images alterne avec les blancs et les silences. Les textes de Kawabata sont des trames trouées, inachevées, qui laissent le lecteur devant l'énigme de l'interprétation. La contemplation de la nature, la chute d'une châtaigne, la floraison du prunier, l'envol de l'oiseau sont des échappées vers un autre monde dont l'inexprimable beauté est peut-être celle des morts revenus un moment dans le monde des vivants. Deux ans après le suicide flamboyant de Mishima qui le considérait comme son maître, Kawabata se suicide à son tour, dans la discrétion et le silence. « Tout artiste... a-t-il déclaré, est fatalement hanté par le désir de forcer l'accès difficile du monde des démons, et cette pensée, qu'elle soit apparente ou dissimulée, hésite entre la peur et la prière. »
Invités : René de Ceccatty, auteur, éditeur au Seuil Diane de Margerie, écrivain, essayiste Cécile Sakai
Thèmes : Arts & Spectacles| Asie| Japon| Yukio Mishima| Grands Classiques| Érotisme| Yasunari Kawabata
Source : France Culture
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