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EAN : 9782253036883
125 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (21/01/2004)
3.64/5   124 notes
Résumé :
Histoire d'une obsession, Le Lac retrace la quête d'une perfection irréalisable, d'une beauté hors de portée. Sans foyer, exclu de toute douceur humaine, seul avec son poids de péchés sur le coeur, Gimpei Momoï ne peut résister à la soif inextinguible qui le pousse, au long des rues, à s'attacher aux pas de belles inconnues, à les admirer de loin tandis qu'elles avancent, magnifiques et inaccessibles - car leur beauté n'est pas de ce monde mais participe d'un rêve.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
3,64

sur 124 notes

Fabinou7
  28 octobre 2019
Economie. Malaise. Emotion.

On a tous des souvenirs de lecture. On se souvient où et quand. Dans la fraicheur de l'automne, face au lac d'Annecy, à la tombée du jour.

On retrouve dans « le Lac », du prix Nobel de littérature Yasunari Kawabata, paru en 1955, une esthétique proprement japonaise, assez semblable chez Mishima (avec lequel il entretint une longue correspondance) ; cette chape de plomb de la pudeur qui, lorsqu'elle se brise donne aux émotions surgissantes une pureté diamantine.
Malgré ces effarements, la lame de fond du livre reste monochrome, pour mieux contraster avec les quelques pics d'émotion qui submergent les personnages, le tout dans une atmosphère vespérale.

Les personnages, pareils aux pensées humaines, vont et viennent imperceptiblement entre le présent, les alcôves de la mémoire et le bourgeonnement des possibles.
Il y a bien quelques dialogues, superbes dans leur économie (c'est l'art le plus compliqué : faire simple), mais c'est avant tout un roman de pensées errantes, entrailles des sentiments et ressorts des actes.

« Tu croises un être. Lui va dans un sens et toi dans l'autre. » le personnage principal, Gimpaï, est tout en pensées, celle de suivre des yeux sa perfection physique, croisée dans une rue jusqu'à la perdre de vue car il ne la reverra jamais. Nous assistons à ce que peut ressentir, dans sa sensibilité, le voyeuriste, ce traqueur rétinien, camé à la beauté.

Il y a de l'inexplicable, de l'injustifiable, de l'illogique, c'est salvateur, notamment l'épisode du sac. L'auteur nous pousse à regarder en face la beauté et la pureté d'une jeune écolière nippone et son contraste avec la laideur des pieds de Gimpaï ou celle du riche vieillard qui entretient Mizuki Miyako.

Une gêne s'installe et nous poursuit jusqu'à la fin du roman. Gimpaï est-il un « pervers » ? Il y a comme une fragrance d'audace mêlée d'aigreur à faire de cet anti-héros le sujet sensuel du livre.

« le dire à quelqu'un, c'est le dire à tout le monde. » Les personnages ont en commun le goût du secret, Gimpaï notamment en fait l'apologie à la jeune fille qui voudrait s'ouvrir à sa meilleure amie uniquement car elles partagent tout. Pour lui, on ne peut pas sainement tout partager avec quiconque, d'autant qu'un « secret que l'on garde est plein de douceur, plein de gaieté. Arrive-t-il à transpirer, il devient un démon assoiffé de vengeance. »

Mais les protagonistes semblent fatigués d'étouffer leurs abîmes de tristesses et de frustrations. Ils sont en tension, toujours proches du basculement.
Près à bazarder leurs vies d'habitudes et de refoulements inconfortables avec toute l'angoisse que cela apporte. Près à saisir l'occasion d'entrer en contact avec une passante, à transcender la traque en rencontre, à dépasser l'objet du désir dans l'altérité.
Tout ça dans un laps de temps si court que le premier angle de rue ou le moindre portillon peuvent refermer à jamais ces propensions, ces appels d'yeux, ces conjonctures uniques. Les personnages se tâtent, hésitent, sous la pression de l'angoisse du possible et du « tic-tac » de l'aiguille d'adrénaline... On pourrait dire à Gimpaï : vas-y fonce ! Dans la vie le "non" nous est acquis on ne risque qu'un "oui".
Comme en haut du plongeoir on prend son élan pour ne réaliser qu'un saut terriblement frustrant dans le refuge de l'imaginaire, glacé comme un lac en hiver.

C'est un récit de « l'humus intime » pour reprendre le mot de Musil, des « plus gros conflits intérieurs de l'esprit » comme l'eût dit Kierkegaard, où la réalité se brouille et cède le pas au fantasme. Les personnages se noient, au fond de ce roman lacustre, dans leur nostalgie.

A l'instar de ses personnages, ce roman du soleil couchant s'arrête au milieu du guet, à mi-chemin, et laisse le lecteur une ultime fois témoin d'une chasse à la beauté, mais celle, conviviale, enfantine, peut-être prémonitoire, des lucioles au crépuscule.
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Junie
  28 juin 2013
Recette pour faire un roman japonais:
Prendre un héros plus très jeune, laid, désabusé, oisif.
Ajouter de fraiches jeunes filles attirantes;
Mettre aussi une geÏsha, des prostituées, un bébé abandonné, un vieux lubrique;
Saupoudrer de pétales de cerisier,
Compléter avec une intrigue inexistante, des souvenirs d'enfance, une fin en queue de poisson;
Ne pas oublier un lac, une maison abandonnée, une cage avec des lucioles,
Une séance très sensuelle dans une maison de bains,
Un amour très pur, des désirs violents, des actions répréhensibles.
Remuer lentement avec un grand Kawabata et laisser mijoter.
Déguster de préférence avec des baguettes, thé à volonté, un verre de saké pour digérer.
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Osmanthe
  22 juillet 2020
Le personnage central de cette histoire est Gimpei Momoï, un homme esseulé, dont la principale caractéristique physique est d'avoir des pieds simiesques, particulièrement moches, en tout cas il en a une conscience aigüe et en souffre. Il a pour manie de suivre dans la rue de toutes jeunes femmes…Happé par leur beauté, son esprit part dans des rêveries sentimentales, qui souvent le ramène à une expérience précédente. Cette passion et son aspect pervers lui ont déjà coûté son bon poste de professeur, lorsqu'il a eu ce qui semble bien être sa seule relation physiquement partagée et concrétisée par ce procédé, avec Hisako, une de ses étudiantes. Mais Hisako s'est confiée à sa copine Onda, qui a balancé aux parents d'Hisako…Après quelques soubresauts dans cette relation condamnée d'avance, Gimpei ne fera qu'errer et courir après son fantôme, cherchant à la retrouver à travers les sensations procurées par ses nouvelles « proies », comme Miyako puis Machié. Ce mot est un peu fort, Gimpei ne se livrant jamais à des attouchements ou viol, mais son comportement suscite néanmoins le malaise, le faisant traiter de cinglé à plusieurs reprises. D'où lui vient donc cette obsession ? Une faille remontant au temps de l'enfance, ce temps où on le promettait au mariage avec sa petite cousine Yagoï, et temps où son père fut retrouvé mort dans le lac voisin du domicile, une plaie à la tête, sans qu'il ait jamais su s'il s'agissait d'un accident ou d'un assassinat ? Gimpei court après des chimères, baigne dans les hallucinations, mais il n'a pas vraiment le profil du prince charmant capable de séduire ces jeunes beautés...La fin le fera revenir à la réalité ironique de sa déchéance.
Assez court et toutefois très dense, ce roman est souvent sinueux du fait d'allers et retours quasi incessants entre le présent et le passé de Gimpei. le fil rouge est la pensée de cet anti-héros, que l'auteur nous fait partager. En fait, cette sinuosité est le reflet des propres errements de son personnage. Même si l'atmosphère générale est plus chaotique du fait de la construction du récit, et de la personnalité complexe de Gimpei, on retrouve comme toujours avec Kawabata de nombreuses images d'une grande beauté poétique, non dénuées de sensualité, et servies par une écriture classique d'une qualité incomparable.
Ce roman semble un peu à part au milieu d'oeuvres de Kawabata à l'atmosphère souvent plus immobile, montrant toute l'étendue du génie de l'artiste, au-delà de son image de gardien du temple d'un Japon éternel.
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Ambages
  14 janvier 2018
J'ai été encore une fois envoûtée par l'écriture de Kawabata et plus particulièrement ici par la facilité avec laquelle j'ai pu passer dans différentes époques de la vie du principal narrateur d'un paragraphe à un autre. C'est assez bluffant, tout comme l'imbrication des personnages qui arrivent au fil de l'histoire. Une histoire d'obsession qui confine à la folie, très bien rendue dans ce roman. Ces sauts dans son passé ramène Gimpei à chaque fois à un moment crucial de son enfance ou de ses années passées de jeunesse. Adulte, sa folie transparaît par ces sautes de temps au travers de l'écriture qui renvoie souvent à un reflet, que ce soit un miroir ou un lac. Il ne se voit pas quand il regarde dans le miroir à l'instant présent mais revit des scènes, presque toutes liées à des images de jeunes filles qu'il a aimées à sa manière. Adulte il les aime toujours autant et j'ai ressenti des parallèles avec Les belles endormies. Gimpei suit ces jeunes filles parce qu'elles ont dans le regard un éclat qui lui renvoie une image, celle de Yagoï puis de Hisako. Mais son obsession se double de celle qu'il déteste le plus, ses pieds simiesques. Je crois que cette opposition entre la beauté d'une nuque et ces orteils tordus pousse le lecteur à s'interroger plus avant sur ce qui a pu conduire Gimpei dans cette impasse. Comme si le décès de ses parents le ramenait toujours vers le bas, vers la terre alors qu'il souhaitait tellement aller vers le bonheur, transfiguré par cette nuque trop haute pour lui. Et c'était si tentant d'aller chasser les lucioles, j'aurais aimé connaître cette fête.
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Malivriotheque
  07 septembre 2019
Gimpei est un homme qui aime les femmes. Tellement qu'il suit celles qu'il trouve les plus belles, celles qui éveillent son intérêt...
Je commence à ne plus supporter Kawabata. Pour sublimer la Nature, il fait partie des meilleurs. Mais dès qu'on touche à l'humain, on tombe dans une espèce de contemplation hyper auto-centrée du devenir d'un homme - sa mort, sa sexualité, son rapport aux femmes. Kawabata est certes un homme de son temps, il faut donc savoir remettre en contexte la vision masochiste et archaïque de la femme véhiculée dans ses romans (qui n'a strictement rien d'un hommage), mais l'objectification qu'il fait d'elle est juste insupportable. La description poussée et intime du corps féminin, l'attraction qu'il provoque, les désirs qu'il éveille, souvent dérangeants et malsains... C'est bien le deuxième cerveau d'un homme qui est aux commandes de l'écriture et c'est lourd. Parce qu'on est en 2019. Que c'est du harcèlement. Mais aussi parce que ça tourne à l'obsession. le tout est présenté sans passion, sans sentiment affectif presque, juste des élucubrations philosophiques et introspectives en mode analytique.
Et puis dans les romans de Kawabata, de fin il n'y a guère. C'est fait exprès, c'est son style, c'est une part de son identité qui le distingue d'autres écrivains. Lui et certains essayistes arguent que ça donne des fins ouvertes qui laissent le plaisir au lecteur d'imaginer la suite. Moi ça me laisse toujours pantoise, comme si on me fermait la porte sur la tronche dans un claquement violent au ras du nez, me décoiffant les cheveux qui viennent atterrir sur mes paupières fermées.
Ouais, vous voyez l'image quoi. Alors moi je dis non. Et je vais même dire stop, plus de Kawabata !
Je vous laisse apprécier le passage, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase :
"Mais elle reviendrait avec son chien, chaque jour, gravir la pente de la colline, sous les frondaisons des gingkos. Maintenant au moins, il avait cette assurance... Ah ! Pouvoir la contempler, bien dissimulé quelque part sur le petit tertre. Cet espoir tout neuf l'arracha à ses idées de violence. Plus calme maintenant, il imaginait, sur le tertre, la fraîcheur de l'herbe où il s'étendra, absolument nu... Et la jeune fille, pour l'éternité, monte vers lui... Quelle indicible extase...!"
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   21 juillet 2020
A l'une des extrêmités des passages souterrains, ne se voyaient maintenant que des épaves humaines, vautrées ou recroquevillées à même le sol et, eût-on dit, installées là à demeure. Certains de ces malheureux, une hotte de chiffonnier en guise d'oreiller, s'étaient fait un lit d'un sac à charbon vide, ou d'une natte de paille, tandis que les plus "aisés" conservaient à portée de la main leur balluchon. Spectacle classique d'un ramassis de sans-logis. Totalement indifférents aux passants, ils ne levaient même pas les yeux, ne rendaient pas le regard qu'ils ne sentaient plus se poser sur eux. On en arrivait à envier ceux de ces misérables qui s'étaient endormis sans attendre. Un couple jeune reposait tranquillement, la tête de la femme sur les genoux de l'homme, lui penché sur son dos à elle. Même dans un train, la nuit, il eût été difficile de retrouver l'emmêlement de ces deux corps endormis. On aurait dit deux moineaux, chacun la tête enfouie au sein du plumage de l'autre. Ils n'avaient pas trente ans. Gimpei s'arrêta pour les regarder : ce n'est pas commun, un couple de vagabonds.
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OsmantheOsmanthe   21 juillet 2020
Il n'existait pas de mots, lui semblait-il, qui pussent rendre l'éclat des yeux en amande de Machié ; et il dessinait sur ses propres paupières, avec le pouce et l'index, la vivante forme d'un poisson, minuscule et parfait. Tout en marchant il répétait ce geste, environné d'une musique paradisiaque.
"Je naîtrai une seconde fois, jeune à nouveau, avec des pieds séduisants. Tandis que toi, il te suffit de demeurer toi-même. Ensemble, nous danserons les figures d'un ballet resplendissant !"
Il parlait tout haut dans son enthousiasme. Le tutu long de la jeune fille ondoyait, tournoyait.
"Comment cela peut-il exister, une aussi exquise infante ! Elle appartient à une bonne famille, très certainement. Mais une telle perfection ne saurait durer plus longtemps que l'âge de seize ans, dix-sept ans à la rigueur..."
Pour Gimpei, le moment parfait incarné dans l'adolescente ne pouvait être qu'éphémère. Et quel secret, quand les autres jeunes filles ont si tôt fait d'ensevelir, sous la poussière des manuels scolaires, le subtil parfum du bouton à peine éclos, conférait à celle-là sa beauté, son inégalable perfection ? Quelle lumière, propre à elle seule, lui donnait ce rayonnement, cette transparence ?
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OsmantheOsmanthe   16 juillet 2020
La jeune fille demeurait indifférente. Elle repartit, avec son chien, escalader le tertre, à l'extrémité de la route, foulant aux pieds l'herbe tendre. Venant de la direction inverse, apparut un jeune homme, un étudiant. Gimpei crut défaillir de stupeur quand il vit la jeune fille tendre le bras, prendre la main de l'étudiant. Ainsi, sous couleur de promener le chien, c'était vers ce rendez-vous qu'elle se hâtait !
Et c'était l'amour qui faisait si chatoyants, si mouillés, les yeux noirs de la jeune fille. La brusquerie de la découverte avait assommé Gimpei. Les yeux se changèrent en un lac noir :
"Je voudrais nager dans la limpidité de ces yeux, me plonger tout entier dans ce lac de ténèbres."
Etrangement enlacés, l'adoration et le désespoir s'abattaient en même temps sur lui. Accablé, il reprit sa marche, puis à son tour gravit la butte et se coucha dans l'herbe pour regarder le ciel.
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OsmantheOsmanthe   13 juillet 2020
"Dis-moi...tu sais que tu as une voix très belle ?
- Moi ?
- Oui...Tu te tais et on l'entend encore, on voudrait qu'elle dure toujours...Comme si, de l'oreille, elle allait jusqu'au fond du coeur. Le pire criminel se sentirait fondre en t'écoutant.
- Mais...comme toutes les autres filles...
- Non, pas du tout. Le tienne est pleine de tendresse, de nostalgie. Une voix très belle, douce et claire. Et ce n'est pas non plus une voix de chanteuse. Je parie que tu aimes quelqu'un ?
- Non, hélas !
- Ecoute, cesse de me frotter le crâne, quand tu parles, cela me gêne pour t'entendre."
Les doigts de la jeune fille s'immobilisèrent. Elle dit avec embarras :
"Vous me troublez. Je ne saurai même plus quoi dire.
- Ah ! Comme la voix d'un ange. Deux mots au téléphone, et on voudrait ne jamais l'oublier."
En vérité, il était au bord des larmes. Le son de cette voix, comme la caresse d'une main chaude, bienfaisante, le faisait défaillir de bonheur. Est-ce cela, la voix de la femme éternelle ? La voix de la mère, qui est toute pitié ?
"D'où es-tu ?" demanda-t-il.
La jeune fille ne répondit pas.
"Du ciel ? Du paradis ?
- Ah ! je suis de Niigata.
- La ville même ?
- Non, une bourgade dans le département."
Sa voix hésitait, s'amenuisait.
"Le pays de la neige ! C'est pour ça que tu es si jolie.
- Mais je ne le suis pas.
- Si. Mais ta voix surtout. Jamais je n'ai entendu quoi que ce soit d'aussi beau."
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OsmantheOsmanthe   14 juillet 2020
Et tandis qu'il marmonnait, tout au fond de son propre coeur rougeoyait comme une flamme trouble. N'était-ce pas parce qu'il ne savait quoi en cette femme l'y incitait, qu'il l'avait suivie ainsi ? N'étaient-ils pas habités par les mêmes démons ? Il savait, par expérience, que ce genre de faits est possible. A la pensée que Miyako et lui pussent être semblables, il éprouva une sorte de transport, et son regret fut amer de ne pas avoir relevé l'adresse de la jeune femme.
Bien sûr, se voir suivie par Gimpei avait dû l'effrayer. Mais n'en ressentait-elle pas, en même temps, ne fût-ce à son propre insu, une volupté lancinante ? Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? Lui, Gimpei, parmi toutes les jolies femmes qui vont à travers la ville, n'avait-il pas reconnu Miyako, tout comme celui qui se drogue identifie un autre drogué ?
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Videos de Yasunari Kawabata (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yasunari Kawabata
Yasunari Kawabata (1899-1972) : Une vie, une oeuvre diffusée sur France Culture le 19 janvier 2010. Par Françoise Estèbe et Nathalie Salles. Yasunari Kawabata fut le premier écrivain japonais à obtenir le prix Nobel de littérature en 1968 pour son roman “Pays de neige”. Pour décrypter l'univers mental et romanesque si singulier, parfois déconcertant, de Kawabata, il est indispensable de se référer à ses premières années d'existence, marquées par une solitude absolue. Orphelin de père et de mère dans les premiers mois de son existence, il perdit très vite sa grand-mère, puis sa soeur, et fut élevé par son grand-père aveugle dont il relate, adolescent, l'agonie dans son “Journal de la seizième année”. « La blancheur spectrale, la pureté meurtrière, le temps orphelin », tel est pour Diane de Margerie l'univers de Kawabata marqué par la mort, le vide et l'absence. L'ellipse, le flou, l'ambiguïté sont les caractéristiques de son écriture. Récits adolescents, textes expérimentaux, textes brefs ou “Récits de la paume de la main”, oeuvres magistrales de la maturité, “Pays de neige”, “Les belles endormies” ... dans son oeuvre, le réel et l'irréel se côtoient, l'abondance des images alterne avec les blancs et les silences. Les textes de Kawabata sont des trames trouées, inachevées, qui laissent le lecteur devant l'énigme de l'interprétation. La contemplation de la nature, la chute d'une châtaigne, la floraison du prunier, l'envol de l'oiseau sont des échappées vers un autre monde dont l'inexprimable beauté est peut-être celle des morts revenus un moment dans le monde des vivants. Deux ans après le suicide flamboyant de Mishima qui le considérait comme son maître, Kawabata se suicide à son tour, dans la discrétion et le silence. « Tout artiste... a-t-il déclaré, est fatalement hanté par le désir de forcer l'accès difficile du monde des démons, et cette pensée, qu'elle soit apparente ou dissimulée, hésite entre la peur et la prière. »
Invités : René de Ceccatty, auteur, éditeur au Seuil Diane de Margerie, écrivain, essayiste Cécile Sakai
Thèmes : Arts & Spectacles| Asie| Japon| Yukio Mishima| Grands Classiques| Érotisme| Yasunari Kawabata
Source : France Culture
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