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Sylvie Regnault-Gatier (Traducteur)
ISBN : 2253046736
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 157 notes)
Résumé :
" La plupart des professionnels du Go aiment aussi d'autres jeux, mais la passion du Maître présentait un caractère particulier : l'incapacité de jouer tranquillement, en laissant les choses suivre leur cours. Sa patience, son endurance s'avéraient infinies. Il jouait jour et nuit, pris par une obsession qui devenait troublante. Il s'agissait peut-être moins de dissiper des idées noires ou de charmer son ennui que d'une sorte d'abandon total au démon du jeu. "
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  12 septembre 2016
Dans une auberge de la campagne japonaise, un terrible duel est sur le point de commencer. D'un côté, maitre Shusai, 65 ans, vieux et à la santé fragile, mais possédant encore pleinement ses capacités intellectuelles, au sommet de son art. de l'autre côté, Otaké, 30 ans, jeune et impétueux mais une des rares personnes qu'on croit capable d'opposer une véritable résistance au maitre. À travers eux se joue également le choc des générations. La vieillesse, attachée aux traditions, et la jeunesse, ambitieuse, qui croit que son temps est venu… Et, entre les deux, ce jeu de go. Je connais à peine ce jeu et je le regrette. Ça ne m'a pas empêché de comprendre l'histoire mais assuréement des enjeux liés à la partie m'ont échappé.
L'auteur Yasunari Kawabata a choisi de raconter ce duel à travers les yeux d'Uragami. C'est un journaliste. S'il se débrouille correctement au jeu de go, il n'est pas un joueur professionnel. Donc, s'il est capable d'analyser quelques coups et d'en comprendre la portée, son attention est ailleurs. Chez les joueur, surtout. Il étudie avec attention les réactions de chacun, les signes de faiblesse chez l'un, les mouvements passés presque inaperçus chez l'autre. Il s'entretien même avec eux pendant les pauses, se risquant à une partie d'échec ou de mahjong. Ce point de vue extérieur au jeu, un peu détaché, nous fait réellement comprendre que le jeu de go n'est que le prétexte. L'important, ce sont les joueurs.
Pour le Maître, le jeu de go est art, presque un rituel. Il joue avec méticulosité et patience, médite son coup. Pendant cette méditation, il est absorbé, songeur, à un point tel qu'il accable d'ennui son opposant. Otaké, le représentant de la jeunesse, joue pour gagner. Il joue avec rapiditié et nerf. Deux conceptions complètement différentes du jeu. Et sans doute de la vie, également, et de la direction que devrait prendre le Japon en 1941. Laissons tomber les traditions et fonçons tête première dans la modernité !
Mais le Maître se sent mal, plusieurs suggèrent qu'on annule le tournoi. Shusai refuse, il souhaite continuer jusqu'au bout, même s'il faut espacer les rencontres au point de les étaler (et de l'épuiser) sur plusieurs mois. Peut-être sent-il la fin approcher et désire-t-il terminer en grand ? C'est un peu triste. Uragami est témoin de cette tragédie dont beaucoup se souviendront par la suite.
Pour résumer, le maitre ou le tournoi de go, c'est à la fois un affrontement, une analyse psychologique et le portrait d'une nation à un moment charnière. le tout dans un décor poétique, écrit par un prix Nobel à la plume sensible, lente et délicate mais également ferme. Je ne me lasse pas du style de Kawabata. Si vous ne le connaissez pas, vous devez absolument le découvrir.
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sandrine57
  26 novembre 2014
En 1938, Shusai, le ''Maître invincible'', met son titre en jeu pour la dernière fois. Il a 65 ans, son corps le lâche mais sa capacité à s'immerger totalement dans une partie de go reste intacte. En face de lui, Otaké, 30 ans, a durement combattu contre ses concurrents pour avoir l'honneur d'affronter le Maître. La partie durera 6 mois, interrompue par les ennuis de santé du Maître. Uragami, journaliste, est envoyé par sa rédaction pour suivre ce combat historique entre celui qui incarne la tradition ancestrale du go et le représentant de la jeune garde.

KAWABATA qui, pour les besoins du roman, devient Uragami, n'en demeure pas moins le témoin privilégié de ce mémorable tournoi de go. Et, comme il pratique le jeu sans être un expert, il s'est plutôt attaché à décrire la personnalité des protagonistes et les enjeux de cet affrontement.
La bataille du go est aussi une bataille d'ego. La Maître, sage et discret en apparence, entend tout de même faire savoir que son grand âge et son statut lui donnent des prérogatives et se laisse parfois aller à une forme d'autorité que le jeune Otaké a souvent du mal à tolérer. Il est certes respectueux mais veut aussi que l'on suive les règles et chaque entorse dictée par son adversaire donne lieu à de longues négociations. Otaké menace d'abandonner, on négocie, on le raisonne, il cède, conscient de sa position délicate. Peut-il être celui qui aura empêché le Maître d'aller jusqu'au bout de son tournoi d'adieu ? Soumis au jugement de ses pairs, il se doit de continuer même si affronter un homme vieillissant et diminué le met dans une situation ambiguë. Qu'il perde ou qu'il gagne, on discutera sans fin sur l'issue de la partie.
Rendant compte des tensions, des enjeux, le journaliste se veut impartial mais ne peut empêcher de laisser transparaître son respect et sa tendresse pour le Maître, l'homme du passé, le garant d'un go qui tient plus de l'art que du jeu, un combattant prêt à laisser ses dernières forces, sa vie même, dans cette ultime partie.
Derrière le silence de la concentration, derrière le calme apparent, derrière les visages impénétrables, c'est une guerre qui est déclarée et on en connaît l'issue. le Maître va s'éteindre et, avec lui, une page se tourne sur le Japon ancestral et traditionnel.
Entre lenteur poétique et tension palpable, ce petit roman va bien au-delà du jeu proprement dit, même si les parties sont très détaillées, pour cueillir aussi bien ceux qui sont au fait de la stratégie du go, que ceux qui n'y connaissent rien.
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ericbo
  20 janvier 2019
Fichtre ! Je m'aperçois que je n'ai encore pas rédigé de critique d'un livre de Kawabata. Mes lectures de cet auteur ne sont pas récentes hélas. Je mélange un peu tout. Des paysages de neige, des relations humaines à peines effleurées à Izu, des agissements parfois peu avouables pour de belles endormies, la peur de la mort pour un vieillard au son du grondement d'une montagne… Mais l'intrigue dont je me souviens le plus reste celle, finalement assez simple du « Maître ou le tournoi de go ». J'ai eu l'occasion, à la fin des années 80 de voir une mise en scène théâtrale à Paris où Michel Bouquet interprétait le rôle principal du maître. Ce qui a ravivé mes souvenirs, ma lecture de ce roman étant antérieure. de plus, je pratique un peu le Go. Entre notre jeu d'échec et de dames, l'échiquier du Go, appelé goban, peut être considéré comme la représentation du monde sur lequel on déplace des pions. Les choix de jeu représentent donc nos choix de vie. Encercler l'adversaire pour lui prendre le plus de territoire possible. Kawabata en fait donc une allégorie. Une lutte à mort ! Un vieux maître quasiment mourant, représentant le monde « d'avant » joue contre un jeune loup incarnant le monde « nouveau ». Cette partie s'étalera sur plusieurs années si mes souvenirs sont bons, jusqu'à la mort du vieux maître. Comme toujours, chez Kawabata, c'est ce qui est « dit » entre les mots qui est important. Les relations ne sont jamais franches. Les non-dits sont d'une importance capitale. Un frémissement peut générer un cataclysme. Il faut savoir adhérer à une lenteur absolument nécessaire et s'imprégner de l'atmosphère, de l'ambiance.
Je me donne envie de relire ce roman !
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zaphod
  13 mars 2014
Ils sont fous, ces Japonais !

Un jour, y en a un qui va nous écrire un roman de 500 pages sur la chute d'un flocon de neige.

Ou est-ce déjà fait ?

Ou alors, c'est nous qui sommes aveugles de ne pas saisir toute l'importance de la chute d'un flocon. Peut-être que cet évènement d'apparence insignifiante contient en lui tout le sens du monde. Ce flocon devait tomber exactement comme il est tombé, au moment et à l'endroit précis où il est tombé …

A l'exact moment ou dans une auberge d'Ito, le vieux maître Shusai, réputé invincible au jeu de Go, dépose une pierre d'une blancheur neigeuse sur le plateau de jeu (goban) où se déroule l'ultime partie. Partie où le maître remet en jeu une dernière fois son titre de « Honimbo » face à Otaké, un jeune prétendant ambitieux. Partie que le maître perdra, suite à ce coup légèrement imprécis, qui introduit un infime déséquilibre dans le cours des choses. Suite à cette défaite, le maître perdra aussi goût à la vie et mourra quelques mois plus tard. (Ce n'est pas dévoiler le récit car on apprend sa mort à la première phrase du livre).

Pour le sage qui voit tomber ce flocon ou cette pierre blanche, le sens est apparent. Tout est lié.

Pour nous qui n'avons qu'une connaissance superficielle du Tao ou de l'art du Go, nous ne pouvons que subodorer l'épaisseur de sens qui bout sous la calme surface des choses, et sous les courtes phrases finement ciselée de Kawabata, rythmées par le délicat choc des pierres posées sur le goban.

Pierre noire, pierre blanche ; yin et yang ; modernité et tradition ; jeune élève ambitieux et vieux maître hautain, fils et père, Japon d'hier et d'aujourd'hui.

(Wah, en relisant ce préambule, je me dis que quand je me mets à délirer, je peux aller assez loin !)

Cette confrontation, nous allons en être témoins par les yeux d'un journaliste, envoyé d'un grand quotidien qui patronne ce match. Il nous relate sans parti-pris les simples faits et détails qu'il observe durant les longues semaines que durera la partie. Et pour nous, ces faits se mettent à vibrer ensemble et à prendre la forme un dessein plus large, tout en subtilité et nuances.

Kawabata comme le vieux maître, fut conscient qu'il vivait à la charnière de deux époques. Et certains disent que c'est parce qu'il ne trouvait plus sa place dans le Japon moderne qu'il mit fin à ses jours.

Mais pour moi, le point central du livre est le jeu de go. Ce jeu, créé il y a des milliers d'années à partir d'éléments très simples : le bois et la pierre, la ligne et l'intersection, le blanc et le noir, ne possède que quelques règles d'une simplicité extrême. Pourtant, sur ces éléments de base peuvent se développer des stratégies d'une complexité infinie. On dit qu'il y a plus de parties de go différentes qu'il n'y a de particules dans tout l'univers.

Sur le goban qui est vide au début de la partie se construit une représentation de l'univers. Une fois la partie terminée, elle s'efface aussitôt, comme un jardinier efface les sillons dans le gravier d'un jardin japonais. Puis tout peut repartir dans un éternel recommencement.

Quel est le sens de tout cela ? Est-ce qu'il y a un sens à consacrer toute sa vie à devenir le meilleur joueur de go, et à renoncer à vivre lorsque vient la défaite ? Etrangement, aucun personnage ne semble se poser la question. C'est comme çà. Chacun assume son destin avec un curieux mélange d'humilité et de prétention.

Faut-il connaître les règles du go pour lire ce livre ? Non. Bien que cela puisse donner un niveau supplémentaire de lecture ; même sans cela, il faut de toute manière accepter de ne pas tout voir et ne pas tout comprendre. Mais peut-être que cette lecture vous donnera, comme à moi, le désir d'apprendre le go et insinuera subrepticement en vous la passion de ce jeu.
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Shan_Ze
  08 mai 2015
J'ai lu, de Kawabata, le grondement de la montagne : j'avais aimé l'ambiance du roman mais il m'a manqué un petit quelque chose. Dans La maitre ou le tournoi de go, le lecteur observe par le biais du journaliste-narrateur, une partie de go entre Shusai, dit le Maitre, vieux homme fragile de 65 ans et Otaké, jeune trentenaire, respecteux mais avec une façon de jouer complétement différente de celle du Maitre. Celui-ci met son titre en jeu sur cette dernière partie ; une partie qui va durer plus de six mois…
La description de la partie et des différents coups des joueurs est intéressante : on a la façon de décompter les temps, de cacheter les coups avant les pauses et même parfois un dessin du plateau de jeu pour voir l'évolution de la partie. Ce coté du l'histoire m'a passionné mais le portrait des deux personnages est saisissant, l'opposition de leurs jeux, de leurs façons d'être est amené lentement, tout en restant respectueux du jeu et de ses valeurs.
Les temps donnés rendent compte des concentrations des joueurs, des tensions de chacun entre chaque pion posé… Je regrette juste le début de l'histoire avec la fin de la partie, sur laquelle on repassait… j'aurais souhaité un déroulement plus chronologique. Un roman que j'ai lu en faisant des pauses régulières mais j'ai beaucoup aimé l'écriture poétique de Kawabata. J'étais curieuse de savoir ce que pourrait donner le suivi une partie de go et j'ai été agréablement surprise.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
AsteriosAsterios   31 mars 2019
Aucune autre nation n'a peut-être créé de jeu qui soit aussi intellectuel que le go, ou que les échecs à l'orientale. On ne pourrait sans doute envisager, nulle part ailleurs au monde, un tournoi qui dure quatre-vingts heures, étalées sur trois mois. Le go, comme la cérémonie du thé, comme le No, se serait-il enfoncé de plus en plus loin dans les replis profonds de la tradition japonaise?
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AsteriosAsterios   29 mars 2019
Une insomnie ne paraissait pas un motif tout à fait suffisant pour remettre une séance. L'étiquette du Go veut d'ailleurs qu'un joueur respecte ses engagements, quand bien même son père se trouverait à l'article de la mort, quand bien même il serait, lui, à la limite de ses forces.
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ionahionah   02 mai 2011
Le Maître, pendant son dernier tournoi, ne fut-il pas victime d'un certain rationalisme moderne attaché à des prescriptions tatillonnes mais ignorant tout de l'esthétique du Go ? d'un rationalisme ignorant le respect dû aux anciens, les égards que se doivent les hommes ? De la voie de Go, la beauté du Japon, de l'Orient a fui. Seules y règnent la science et la loi. L'avancement de dan en dan, déterminant dans la vie du joueur, devient un système pointilleux de comptabilité. Désormais, on ne lutte que pour vaincre, sans respecter de marge où revive la grâce du Go considéré comme un des beaux-arts. Les gens de notre temps veulent mener le combat dans des conditions de justice abstraite, même pour défier le Maître en personne.
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Shan_ZeShan_Ze   01 mai 2015
Le Maître ne se laissa sans doute pas attirer dans ce tournoi par la seule puissance d'un grand quotidien ni par l'importance du cachet, mais aussi par le souci réel de son art. La combativité l'animait sans conteste. Il ne se serait probablement pas embarqué dans cette affaire s'il avait envisagé de perdre et l'on aurait dit que sa vie s'était achevée sur la chute de sa couronne d'invincibilité. Il avait suivi son extraordinaire destin jusqu'au bout. Peut-on suggérer que, pour le mieux suivre, il s'était lui-même floué ?
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SpilettSpilett   10 janvier 2010
L'éventail serré dans le poing, le Maître se leva; il empruntait tout naturellement l'attitude d'un samouraï qui saisit sa dague. Il s'assit devant le damier, les doigts de la main gauche glissés dans le hakama, la jupe de cérémonie, l'autre un peu fermée. Il leva la tête, le regard droit. Otaké prit place en face de lui. Après s'être incliné devant son adversaire, il saisit le bol rempli de pions noirs sur le damier pour le poser à sa droite. Il salua pour la seconde fois puis, immobile, ferma les yeux.
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"Le grondement de la montagne" de Yasunari Kawabata.
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