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EAN : 9782264007490
206 pages
Éditeur : Plon (30/11/-1)
  Existe en édition audio
4.02/5   127 notes
Résumé :
Ce qui distingue Kawabata, ce sensualiste, c'est d'arriver à envelopper ses personnages d'une sorte de buée légère et tendre tout en gardant au récit une ligne très lisse, très nette, il fait naître d'étranges rapports entre ses amants...

Ses romans sont dominés par le blanc et nous sommes gagnés par cet éblouissement, par cette lumière incomparable, à ce point que nous avons tendance à oublier un fait majeur : le blanc, s'il est au Japon, comme en O... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  30 avril 2013
Pour écrire cette critique, il m'a fallu quelque peu me documenter, car, n'étant pas experte du Japon et de ses codes, il me semblait que certaines significations sourdes me restaient inaccessibles. Je ne prétends pas avoir tout dénoué, ni même avoir dénoué quoi que ce soit, mais, personnellement, j'ai le sentiment d'y voir (un peu) plus clair.
Tout d'abord ce titre, cet étrange titre, "Nuée d'oiseaux blancs". Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
N'étant pas japonophone, il m'a fallu ruser un tantinet. Je suis d'abord allée voir le titre du livre en anglais : " Thousand Cranes " littéralement " mille grues " ou " un millier de grues ". Ceci me fait sentir que le traducteur français s'est attaché non tant sur l'espèce que sur l'aspect : c'est un oiseau et il est blanc. Ensuite, je me suis dit que cette différence devait cacher une impossibilité de traduire vraiment le titre. Je suis donc remontée aux idéogrammes eux-mêmes, 千羽鶴, Senbazuru, qui individuellement signifient " mille ", " plume " et " grue ". La traduction de Google donne, pour l'association des trois "mille grues en papier ".
L'aspect vaporeux de la plume est donc rendu en français par l'emploi du terme " nuées ". Bref, tout ce long et fastidieux préambule pour vous amener à convenir comme moi qu'il doit bien y avoir quelque chose d'éminemment symbolique là-dessous et qu'on se fiche bien qu'il s'agisse de grues ou de colombes et qu'elles soient 347 ou 621 ou 2553. Il a là-dedans vraisemblablement la symbolique du blanc, la symbolique du fuyant, la symbolique de l'insaisissable.
Je suis donc allée voir quelle était la symbolique du blanc au Japon, et je me suis laissée convaincre qu'il y avait comme un parfum de mort là dessous, de pureté et de mort. Toujours pas satisfaite par cette seule explication, je suis allée fouiner du côté de la symbolique de la grue pour les Japonais. Quiconque a déjà vu une grue japonaise aura remarqué son sublime plumage blanc, élégamment relevé de noir sur les basses rémiges et sur la gorge, ainsi que ce troublant point rouge, au sommet du crâne et sur le front. Un vrai petit drapeau japonais animé.
Toujours furetant autour de la symbolique de la grue, je tombe soudain sur les inévitables origamis et la légende des mille grues d'origami, qui en japonais s'écrit 千羽鶴, Senbazuru. Voilà, j'avais enfin découvert le petit secret de ce titre, secret d'ailleurs seulement pour les malheureux ignorants du japonais, car pour les autres c'est limpide.
Que dit cette très ancienne légende japonaise ? Que si quelqu'un s'amuse à plier un millier de grues d'origami, alors il verra réaliser son souhait le plus cher ou bien il jouira d'un millier d'années de santé et de bonne fortune. C'est traditionnellement un cadeau de mariage donné par le père du marié, signifiant ainsi qu'il souhaitait mille ans de bonheur et de prospérité au couple.
Nous y voilà, ayant tant soit peu débroussaillé le titre, je peux désormais m'attacher plus au livre lui-même. Tout d'abord, c'est un style (Mais quelle est la part de la traduction, quelle est la part de l'auteur ? je ne saurais le dire dans cette langue si différente de la nôtre et dont rien que le titre m'a tant fait transpirer.), sobre, épuré, mais divinement élégant.
Quelque chose comme " l'esprit japonais ", tel qu'on se le figure dans les imageries populaires, façon Japon impérial de Kyoto. Je me souviens (Je ne l'ai malheureusement pas relu récemment et je témoigne donc au moins autant sur les impressions laissées au gré des ans en ma mémoire lacunaire que sur le contenu strict !) d'une fameuse description de la cérémonie du thé où l'on imagine les mille codes cachés où chaque geste, chaque absence de geste, chaque silence, chaque durée de silence sont éminemment porteurs de sens.
Le héros, Kikuji, est un trentenaire aisé vivant dans le Japon des années 1950, c'est-à-dire tout juste et imparfaitement relevé des meurtrissures de la seconde guerre mondiale.
Kikuji a perdu ses deux parents mais le souvenir de son père refait régulièrement surface, notamment en la personne de Chikako, experte en matière de cérémonie du thé, qui fut quelque temps la maîtresse de son père et qui cherche à le caser auprès d'une jeune fille charmante.
Kikuji bénéficiant du transfert entre père et fils, un peu à la manière de la nouvelle de Maupassant Hautot Père Et Fils (dans le recueil La Main Gauche), celui-ci va entretenir une relation avec elle.
Mais tout serait trop simple sans la survenue de Madame Ota, qui elle était la maîtresse attitrée du père et qui pleure encore sa disparition. Notre brave Kikuji, guidé par les suaves effluves de la volupté va, lui aussi, s'abandonner aux charmes de Mme Ota. Et comme tout serait décidément trop facile ainsi, la fille de Mme Ota, Fumiko entre elle aussi dans la danse et la transe sensuel de Kikuji. Elle aussi a bien connu le père, qu'elle considère d'ailleurs un peu comme tel.
Yasunari Kawabata, tout comme Guy de Maupassant dans la nouvelle sus-nommée, pose cette étrange question : Y aurait-il une certaine forme de fidélité dans l'infidélité ?
N'est-ce pas pour être fidèles au père que ces femmes se donnent au fils ? Il règne donc un fort et étrange parfum d'adultère et d'inceste mais il ne faut pas vous imaginer quoi que ce soit d'orgiaque ou d'exubérant.
Il en va de l'amour comme de la cérémonie du thé, tout en codes et en non-dits, quelque chose de l'esprit du film In The Mood For Love. L'inévitable rivalité entre Chikako et ses rivales se traduira, elle aussi, par l'entremise des insignifiantes remarques, attitudes codées ou objets symboliques.
La symbolique des couleurs est très prégnante, le blanc, bien sûr, qui évoque la mort et ce faisant, le père défunt, mais aussi le rouge, qui évoque lui les vivants mais aussi la fidélité.
Lesquelles deux couleurs résument à elles seules tout un pan de la tradition japonaise. Mais, si son père lui a fait présent de quelque chose, Kikuji jouira-t-il vraiment de mille années de bonheur et de bonne fortune avec toutes ces femmes ?...
En somme, une oeuvre intimiste, par touches légères, tout en raffinement et subtilité, avec un rythme lent et balançant comme les films de Wong Kar-Wai. Dans son style, une pièce d'orfèvrerie rare, mais ce n'est là que mon avis, qui plus est, altéré par le temps, donc, pas grand-chose.
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Sachenka
  14 novembre 2016
Dans le Japon de l'après-guerre, Kukuji Mitani erre seul dans sa grande maison qu'il a héritée de ses parents, décédés récemment. Célibataire dans la trentaine, il ne sait pas trop comment occuper ses journées ni se défaire de sa mélancolie. C'est alors que son chemin croise celui de Chikako Kurimoto, experte en cérémonie du thé qui fut brièvement la maitresse de son père. Sous couvert de gentillesse, elle s'immiscera subtilement dans la vie du jeune homme, allant même jusqu'à essayer d'arranger un mariage avec la jolie Yukiko Inamura. Mais elle ne cherche qu'à se venger du père en pourrissant la vie du fils qui ne se rend pas compte du double jeu de la concubine délaissée. Elle est laide intérieurement (sa méchanceté devient évidente) mais aussi extérieurement, des taches brunes paraissent sur sa poitrine. Sans trop qu'on sache comment, l'auteur Yasunari Kawabata réussit à nous rendre détestable, dégoutable cette femme.
Au moins, Chikako a du goût car Kukuji est étrangement attiré par la Yukiko, qui semble la fiancée parfaite : belle, innocente, modeste... Et ce kimono qu'elle porte, rouge avec de petits oiseaux blancs brodés dessus. Un symbole de pureté, de temps nouveau ? On souhaite ardemment leur union mais leur relation est un peu trouble, le jeune homme est indécis, nerveux… La cérémonie du thé à laquelle ils participent dans le jardin l'illustre parfaitement. Elle est pleine de malentendus, de phrases tues, de gestes interrompus. Un malaise non-désiré s'installe, même chez le lecteur. À la même époque, Kukuji reçoit également les fréquentes visites de Mme Ota, la maitresse attitrée de son père (celle qui a supplanté Chikako). Souvent en pleurs. Elle n'est pas encore remise de la mort de son bienfaiteur. Émotionnellement et financièrement. Elle se lamente souvent du pauvre sort qui attendra sa fille, Fumiko. Cette dernière, discrète, docile, douce, n'apprécie pas les stratagèmes peu subtils de sa mère, quand même bien sympathique.
En somme, Kukuji est pris, tourmenté par ses quatres femmes. Il est surtout indécis et facilement manipulé. Mais il y a plus à ce roman de Yasunari Kawabata. Oui, l'histoire se déroule au Japon. Mais il ne s'agit pas d'une intrigue qui aurait pu se passer n'importe où et qui y a été transplanté pour ajouter un peu d'exotisme. Non. le pays du soleil levant transpire à travers tout. le jeune homme passe beaucoup de temps dans son jardin mal entrenu. Cerisiers et autres arbres typiquement japonais, propices à la méditation et à la réflexion. Dans ce jardin se trouve un pavillon où se dérouleront ces fameuses cérémonies du thé. Toujours ces vestiges du passé, que ce soit symbolique (les traditions) ou concret (ce service de thé, appartement à sa famille depuis plusieurs générations et qui semble attirer la convoitise de Chikako), mais Kukiji ne sait plus quoi en faire. Bref, l'auteur ne fait pas que nous montrer le Japon, il nous en procure l'expérience. Et toujours cette déférence des personnages, ce respect des traditions. Tout est est si ordonnée malgré les émotions vives que Kukuji et les autres ressentent. Décidément, c'est une immersion totale que nous permet de vivre Nuée d'oiseaux blancs.
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Osmanthe
  25 avril 2016
Dans ce roman nous suivons la destinée de Kikuji Mitani, trentenaire célibataire aisé dont les parents sont morts aujourd'hui. Il ne sait pas trop quoi faire de sa vie, pris dans les errements de la modernisation à l'oeuvre de la société japonaise et la nostalgie des rites anciens.
Kikuji est marqué à jamais par l'image d'horribles taches brunes vues sur la poitrine de Chikako Kurimoto, qui fut brièvement l'une des maîtresses de son père défunt, celui-ci ayant davantage aimé sa rivale Mme Ota.
Kikuji est attaché au rituel de la cérémonie du thé, et va retrouver régulièrement ces deux femmes ayant connu son père…Chikako est intrusive, sans-gêne, jalouse et méchante, et va s'atteler, comme pour se venger de son père, à pourrir dans une sorte de fausse amitié vénéneuse la vie sentimentale de Kikuji. Celui-ci ne va pas manquer, comme autrefois son père, de tomber sous le charme de la douce Mme Ota. Mais c'est sans compter la présence au cours d'une cérémonie du thé, de la toute jeune et jolie Yukiko Inamura, comme sortie d'un rêve et tout auréolée de son furoshiki (carré d'étoffe) de soie rose aux motifs d'oiseaux blancs, ainsi que de la très discrète fille de Mme Ota, Fumiko, qui ressemble trop à sa mère pour ne pas générer quelque émoi chez Kikuji…
Comme souvent dans les grands romans classiques japonais, Kawabata nous offre un jeu très psychologique où le héros masculin est le jouet de femmes tantôt perverses et diaboliques, tantôt fragiles, mystérieuses, évanescentes.
L'atmosphère est ici pesante, on sent que des drames vont survenir d'une situation dès le départ malsaine…Kikuji revit les mêmes émois avec les femmes qui ont marqué son père, comme une sorte de fatalité, de destin presque héréditaire et quelque peu vicieux.
Le rythme est lent, l'histoire semble peu riche en évènements, on pourra trouver que l'auteur fait des montagnes de choses sans grand intérêt pour construire ses dialogues et les relations entre ses personnages…Pourtant cela fonctionne, dès lors qu'on fait l'effort de se projeter dans la psychologie et les traditions nippones…On est frappé en particulier par le rôle central de la cérémonie du thé et des objets qui y sont attachés comme les tasses, présentées comme de véritables objets d'art, et qui véhiculent en permanence les souvenirs, transmettent les sentiments de génération en génération, suscitant l'imagination et les émotions des personnages.
Malgré une réserve sur la fin semi-ouverte pas assez soignée à mon goût, j'ai trouvé là un beau roman, pas ennuyant, tant le plaisir de goûter le style d'une grande élégance classique et poétique a été puissant. C'est un formidable vecteur pour nous faire partager l'art et l'expérience sensorielle de la cérémonie du thé, les émotions qui animent les personnages, et donner une forte acuité aux images qui frappent l'imagination du lecteur (les taches de Chikako, les objets précieux, la tenue vestimentaire et les accessoires de Yukiko...).
Un agréable moment de lecture à déguster comme un thé vert précieux du Japon.
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Erveine
  02 mars 2014
Juste ciel ! Que c'est long cette envolée nébuleuse des oiseaux blancs de Yasunari Kawabata. Non ! Il faudrait là un dérapage contrôlé, un crissement de pneus pour que frémisse et criaille toute cette volaille immobile. Par ailleurs, s'il est un symbole de pureté que le blanc, alors quelle maladresse de présenter derechef cette héroïne aussitôt disgraciée par une sorte de blessure au sein gauche, une vilaine cicatrice, agrémentée de surcroit d'une poussée de poils rugueux comme du crin, à épiler...
Non, je m'insurge ! Si tel défaut doit être porté chez une femme, belle du reste, que ce soit en grâce dans le secret d'alcôves aux effluves amoureuses, plutôt qu'à la lumière peu loquace d'anonymes voraces, d'autant que, située ou elle se trouve, l'anomalie ne fut en aucun cas la première chose vue par un homme effleurant du regard quelque féminité à moins que déjà dénudée.
Deuxième regret, la cérémonie du thé est interminable et comme justement je l'apprécie, il m'a fallu attendre des heures pour être servie et c'est avec une certaine amertume que je l'ai enfin dégusté.
Sinon, dans ce livre, je n'ai point trouvé de passages crayonnés ou d'indices soulignés au fluo, ce qui m'a fait plaisir pour une fois, ni de pages détachées, conséquence de livres posés sur la tranche, de papier mâché de Milous affamés, de tickets de courses, notices ou autres marque-pages, de cornes, de taches de café, de thé, j'en passe et des meilleures et parfois, mais de façon plus agréable et compréhensible, des dessins coloriés d'enfants précocement bibliophiles, voire, la carte d'un abonné aux caractéristiques avenantes.
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Ambages
  15 mars 2017
Lire Kawabata, c'est entrer dans un univers déroutant. Un univers qui lui est propre dans lequel les choses les plus infimes prennent toute leur importance. Ce n'est pourtant pas le premier roman de cet auteur que je lis mais j'ai une nouvelle fois été surprise. Il faut se laisser dériver dans un lent murmure des mots, suivre les personnages sans chercher à se raccrocher à notre propre raisonnement faute de quoi on achoppe, on trébuche tant la culture japonaise est différente de ce qu'on peut appréhender en Europe. Cette lecture a été difficile dans la mesure où j'ai mis du temps à lâcher prise. Une fois ce cap passé, j'ai repris des pages avec la tête libre de suivre la narration de Kikuji. Le récit est intimement lié à la pratique du thé qui témoigne d'une minutie, un art somptueux où l'objet prend une dimension quasi mystique et révèle toute la sensualité contenue, une sensualité dans laquelle la mort est liée. le destin des protagonistes peut-il être heureux avec Kawabata ? Comme la fleur de liseron coupée, belle et éphémère, les histoires d'amour le sont-elles également ? Une belle lecture.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   18 juillet 2013
Que la tasse de shino ne fût pas un chef-d'œuvre comparable au mizusashi, c'était bien possible, après tout... Et sur cette conclusion qui le ramenait au début de sa méditation, Kikuji reprit le dialogue :
- Il me souvient que mon père avait un coffret à thé pour le voyage, et je suis sûr que la tasse qu'il y serrait ne vaut pas cette tasse de shino !
- De quelle sorte de tasse s'agit-il ?
- Je n'en sais rien. Je ne l'ai jamais vue.
- Me permettez-vous de la voir ? demanda Fumiko. J'ai la conviction que la tasse de voyage de votre père est une pièce infiniment supérieure. Et si c'est bien le cas, comme je le pense, vous me laisserez détruire celle-ci, n'est-ce pas ?
- Vous me faites frémir ! éluda Kikuji.
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OsmantheOsmanthe   16 avril 2016
Il savait que de toute autre partenaire, il se serait écarté froidement et l'aurait repoussée, alors qu'ici, pour la première fois, son corps aimait à sentir la chaleur douce de l'autre corps tendrement serré contre lui, prolongeant indéfiniment l'étreinte. Non, il n'avait jamais connu chez une femme ces ondes caressantes d'un sentiment sans fin ; et ses sens enivrés s'y reposaient avec délices, tandis qu'il savourait intérieurement le triomphe du conquérant, du vainqueur qui se fait laver les pieds par ses esclaves. Mais en même temps, il se sentait aussi comme un petit enfant qui rêve et qui se réfugie, bien au chaud, dans les bras de sa mère.
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OsmantheOsmanthe   25 avril 2016
Il revoyait en esprit le coucher de soleil qu'il avait vu du train, après sa rencontre avec Mme Ota dans l'auberge de Kita-Kamakura. Le soleil vespéral plongeant par-delà les bosquets du temple Hommonji, à Ikegami.
Un soleil rougeoyant qui paraissait caresser le feuillage des arbres vénérables avant de s'enfoncer à l'horizon, en illuminant le ciel de ses ors rutilants.
Et sur le ciel éblouissant, en silhouette sombre, se découpait la cime frangée des vieux arbres, entre les branches desquels se glissaient encore les rais d'une lumière étincelante qui l'avait obligé à fermer ses yeux las.
Comme maintenant, derrière ses paupières, tout l'or du ciel du soir était resté ; et dans cet or, il croyait voir, comme maintenant, folâtrer les mille petits oiseaux blancs d'un certain furoshiki rose.
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SachenkaSachenka   21 septembre 2016
- Pour bien comprendre la psychologie humaine, ajouta-t-elle, il ne faut être ni trop exclusivement masculin, ni trop exclusivement féminin.
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OsmantheOsmanthe   16 avril 2016
De jeunes feuillages croisaient leurs ombres sur la fenêtre derrière elle, et la lumière diffuse lui posait comme un doux éclat sur les épaules, glissant sur les manches du kimono, dont elle enrichissait les tons ; sa chevelure même semblait briller. Dans cette transparence, beaucoup trop claire évidemment pour une chambre de thé, la fleur de sa jeunesse resplendissait. Elle usait d'une soie rouge vif comme serviette, ce qui ne choquait pas entre ses mains de jeune fille mais donnait au contraire une impression de grande fraîcheur. A chacun de ses gestes, on eût dit une rose rouge s'épanouissant. Autour d'elle, c'était comme le vol de mille petits oiseaux blancs.
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Videos de Yasunari Kawabata (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yasunari Kawabata
Yasunari Kawabata (1899-1972) : Une vie, une oeuvre diffusée sur France Culture le 19 janvier 2010. Par Françoise Estèbe et Nathalie Salles. Yasunari Kawabata fut le premier écrivain japonais à obtenir le prix Nobel de littérature en 1968 pour son roman “Pays de neige”. Pour décrypter l'univers mental et romanesque si singulier, parfois déconcertant, de Kawabata, il est indispensable de se référer à ses premières années d'existence, marquées par une solitude absolue. Orphelin de père et de mère dans les premiers mois de son existence, il perdit très vite sa grand-mère, puis sa soeur, et fut élevé par son grand-père aveugle dont il relate, adolescent, l'agonie dans son “Journal de la seizième année”. « La blancheur spectrale, la pureté meurtrière, le temps orphelin », tel est pour Diane de Margerie l'univers de Kawabata marqué par la mort, le vide et l'absence. L'ellipse, le flou, l'ambiguïté sont les caractéristiques de son écriture. Récits adolescents, textes expérimentaux, textes brefs ou “Récits de la paume de la main”, oeuvres magistrales de la maturité, “Pays de neige”, “Les belles endormies” ... dans son oeuvre, le réel et l'irréel se côtoient, l'abondance des images alterne avec les blancs et les silences. Les textes de Kawabata sont des trames trouées, inachevées, qui laissent le lecteur devant l'énigme de l'interprétation. La contemplation de la nature, la chute d'une châtaigne, la floraison du prunier, l'envol de l'oiseau sont des échappées vers un autre monde dont l'inexprimable beauté est peut-être celle des morts revenus un moment dans le monde des vivants. Deux ans après le suicide flamboyant de Mishima qui le considérait comme son maître, Kawabata se suicide à son tour, dans la discrétion et le silence. « Tout artiste... a-t-il déclaré, est fatalement hanté par le désir de forcer l'accès difficile du monde des démons, et cette pensée, qu'elle soit apparente ou dissimulée, hésite entre la peur et la prière. »
Invités : René de Ceccatty, auteur, éditeur au Seuil Diane de Margerie, écrivain, essayiste Cécile Sakai
Thèmes : Arts & Spectacles| Asie| Japon| Yukio Mishima| Grands Classiques| Érotisme| Yasunari Kawabata
Source : France Culture
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