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ISBN : 2367934975
Éditeur : L'Atalante (21/02/2019)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Ils sont quatre, et font route vers Dubrava et Asharias, comme jadis on faisait « voile vers Sarance »…
Péro Villani, jeune peintre de Séressa, a accepté de réaliser le portrait du Grand Calife. Il devra donc se rendre au cœur de l’empire ennemi et pénétrer dans les appartements de Gurçu le Ravageur. Il sait pourtant que personne n’y est admis et que le seul fait d’y ouvrir la bouche pourrait lui valoir la mort. Léonora Valéri a reçu elle aussi une propositio... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
boudicca
  12 décembre 2018
Après avoir consacré deux volumes à la Chine médiévale, Guy Gavriel Kay continue à explorer les périodes de l'histoire par le biais de la fantasy et s'attaque cette fois aux Balkans de la fin du XVe siècle. Vingt-trois ans après la chute de Sarrance (Constantinople) devenue Asharias, les adorateurs de Jad (comprenez les chrétiens) ont toujours du mal à se remettre du choc et les tensions dans cette région du monde ne cessent de s'exacerber entre les différentes forces en présence. Les Osmanli (les Ottomans) ne cessent de repousser les frontières de leur empire et lorgnent désormais sur des terres encore plus au nord et à l'ouest, à commencer par celles du Saint-Empire de Jad (le Saint-Empire romain germanique). L'auteur s'intéresse également au sort de trois cités qui ont chacune, pour des raisons bien différentes, des intérêts dans la région : la première est la République de Séresse (Venise) qui entend bien conserver sa domination sur l'Adriatique en matière d'échanges commerciaux ; la seconde est la ville de Dubrava (Dubrovnik) qui se bat pour garder son indépendance et ne s'attirer les foudres d'aucun de ses puissants voisins ; et enfin la troisième est la petite ville de Senjan (Senji), une place-forte dans laquelle se sont réfugiés ceux ayant fui l'avancée ottomane et qui se livrent depuis à la piraterie (non seulement sur les navires marchands venus d'Asharias mais aussi de Séresse). Bien qu'occupant une zone géographique fort restreinte, ces Senjaniens posent un véritable problème à toutes les grandes puissances alentour : l'empereur d'Obravic les a placé sous sa protection mais doit subir les foudres de Séresse qui n'accepte pas que ses navires soient pillés ; Séresse commence à perdre patience à force de voir ses marchandises disparaître et sa réputation écorner ; quand aux Osmali, ils ne peuvent évidemment tolérer qu'une minuscule cité à leur frontière se permette de leur nuire de manière aussi affichée.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'auteur n'entend pas se focaliser ici sur les principaux acteurs du pouvoir dans chacun de ses empires ou cités. Si un ambassadeur, un duc, ou même un empereur, ont bien le droit à quelques scènes, la plupart des protagonistes du drame qui se joue ici sont en réalité des personnes parfaitement ordinaires. Une guerrière avide de venger la mort de sa famille, un jeune peintre à qui on confie une commande risquée mais à même de le couvrir de gloire, un marchand, une noble déchue devenue espionne, un soldat d'élite de l'armée d'Asharias : voilà, pour faire court, le type de profils sur lesquels Guy Gavriel Kay a ici choisi de se pencher. Il s'agit en effet moins d'aborder ici les bouleversements opérés par la guerre et les conquêtes à l'échelle des empires qu'à celle des individus. La variation constante des frontières et les conséquences sur les « gens du commun » : voilà le coeur du nouveau roman du maître de la fantasy-historique. Un sujet au combien d'actualité que l'auteur traite avec sa délicatesse et sa subtilité habituelle en faisant partager à ses lecteurs la colère, la souffrance, l'impuissance ou le refus de se résigner de tous ces gens ordinaires qui ont vu leur vie totalement transformée en même temps que se remodelaient les frontières autour d'eux, que ce soit après le passage d'une force armée, ou simplement parce que la région dans laquelle ils vivent est devenue un objet de litige entre deux puissances. Guy Gavriel Kay aborde également avec cette sensibilité qui lui est propre et qui a fait le succès de ses précédentes oeuvres la question du temps qui passe et des traces qu'un individus peut laisser dans l'histoire. Il ne se prive notamment pas de multiplier les références à certains de ses anciens romans, à commencer évidemment par « La mosaïque de Sarrance » dans laquelle il mettait en scène la même région du monde mais plusieurs siècles plus tôt.
L'auteur mentionne ainsi l'air de rien une certaine fibule représentant un oiseau, les victoires d'un aurige exceptionnel ou encore la mosaïque sublime représentant deux impératrices, et chaque de ces références manquent de faire venir les larmes aux yeux du lecteur tant elles évoquent de souvenirs. le roman est ainsi plein d'émotion et la mélancolie qui ne tarde pas à s'installer tient autant à ces fameux souvenirs des temps anciens qu'aux personnages en eux-mêmes. Comme toujours dans les oeuvres de l'auteur, chacun des protagonistes se retrouve à un moment ou un autre confronté à un choix difficile à même de totalement bouleverser sa vie, voire, pour certains d'entre eux, l'ordre du monde. Outre ses personnages, le roman est aussi porté par la documentation impeccable de l'auteur qui tente de nous donner la vision la plus précise et la plus nuancée possible d'une époque donnée. le contexte géopolitique est rigoureusement respecté, et il est particulièrement intéressant de voir l'auteur se focaliser sur le cas méconnu de Senji et des Uscoques (ces réfugiés ayant fui la Bosnie sous la pression des Ottomans et auxquels Georges Sand a d'ailleurs consacré un roman). le roman fourmille également de détails qui nous permettent de nous faire une idée précise du contexte économique de la Renaissance, ainsi que de la manière dont on commerçait. Comme toujours, l'auteur cherche également à renforcer l'immersion de son lecteur en nous donnant un aperçu de la production artistique en cette fin de XVe siècle. Après la mosaïque sous Justinien, la poésie chinoise sous les Tangs, ou la musique à l'époque de la Reconquista, Guy Gavriel Kay met l'accent sur la peinture et l'essor de nouvelles techniques picturales qui donneront naissance aux chefs d'oeuvre de la Renaissance que l'on connaît tous. Pigments utilisés, supports, liants, traités de peinture… : tout est là, et c'est absolument passionnant.
« Enfants de la Terre et du ciel » témoigne une fois encore du talent incontestable de Guy Gavriel Kay en matière de fantasy historique et permet aux lecteurs d'arpenter une nouvelle région du monde et une nouvelle époque. Les thématiques très actuelles évoquées, ainsi que la mélancolie qui se dégage du texte, renforcent l'émotion suscitée par les personnages qui, une fois encore, marqueront le lecteur pour longtemps une fois la dernière page refermée.
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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Arakasi
  02 novembre 2018
Hélas, hélas ! Depuis plus de deux décennies, Sarance, capitale rayonnante et ancestrale de la vraie foi, est tombée entre les mains des infidèles et celles du Grand Calife, Gurçu le Ravageur ! Malgré les prières ardentes des dirigeants spirituels, les monarques jadites répugnent à se lancer dans des croisades coûteuses et sanglantes pour délivrer la ville sacrée. Pire encore, certaines nations, comme la fourbe République de Séresse, commercent ouvertement avec le califat, allant jusqu'à pourchasser les dévots pirates senjans qui s'opposent à ces marchandages impis.
L'heure n'est plus aux guerres saintes : elle est à l'espionnage, à la manipulation, aux assassinats commandités, au chantage et à toutes les formes feutrées que peut revêtir la diplomatie. Dans ce monde en proie à une crise religieuse et politique larvée, une poignée de personnages luttent pour conserver le contrôle de leur destinée. Aucun puissant parmi eux. Au contraire, sans toujours être d'humble milieu, ils appartiennent à cette frange de la population qui, depuis toujours, subit impuissante les caprices de ses meneurs et les manoeuvres vicieuses de leur gouvernement. Ils sont corsaires, artistes, commerçants, soldats, médecins, putains, marins... de la fougueuse pirate Danika Gradek au jeune peintre Pero Villani, en passant par le marchand Marin Djivo et le guerrier asharite Damaz, ils ont tous en commun une soif de liberté et de bonheur - un désir légitime mais périlleux quand les frontières des pays se brouillent et que des certitudes séculaires commencent à vaciller.
Après deux romans de fantasy uchronique consacrés exclusivement à l'Histoire de la Chine - un peu décevants, en ce qui me concerne - Guy Gavriel Kay renoue avec l'univers de “La mosaïque de Sarance” et des “Lions d'al Rassan”. Rendez-vous cette fois à la fin du XVe siècle dans des Balkans dominés à la fois par l'Empire ottoman et le Saint Empire Germanique. le contexte historique est passionnant et Gavriel Kay le restitue magnifiquement. Avec un refus assumé de l'épique et du spectaculaire, il trace un portrait précis et nuancé d'un monde en pleine mutation où fanatisme et pragmatisme s'affrontent violemment. Il nous offre un récit à taille humaine, prenant un soin particulier à retranscrire les points de vue de chaque personnage et leurs aspirations, plus touchantes et compréhensibles que ne le sont généralement celles des héros de grandes sagas historiques. Eléments fantastiques, coups de théâtre et affrontements armés, sans être complètement absents, sont réduits à leur minimum, donnant un rythme presque méditatif au récit qui décevra certains lecteurs et en charmera d'autres. Je fais indubitablement partie de la seconde catégorie.
Paradoxalement, Kay retrouve en même temps une efficacité stylistique qu'il semblait avoir perdu dans ses derniers romans (“Le fleuve céleste” m'avait paru particulièrement verbeux, malgré d'évidentes qualités narratives). Moins de longues descriptions, davantage de vivacité dans les dialogues ainsi qu'une alternance des points de vue très bien gérée rendent la lecture des “Enfants de la terre et du ciel” beaucoup plus fluide et accessible que celle des derniers ouvrages du romancier - à mon sens, du moins. Pour moi, ce livre est un retour aux sources bienvenu qui, s'il ne se classent pas parmi ses meilleurs romans, a tout à fait satisfaite la vieille fan exigeante que je suis. Ma confiance dans le talent de Guy Gavriel Kay est donc renouvelée et j'attend avec impatience sa nouvelle production !
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H-mb
  10 janvier 2019

Nous sommes vingt-cinq ans après la conquête de Sarance (Constantinople). Et le clash des civilisations continue entre les Osmanlis (Turcs) et les royaumes jaddites (Chrétiens). On va s'intéresser particulièrement à Séressa (Venise), Dubrova (Dubrovnik) et Senjan (Senj). Seressa et Dubrova sont des états marchands qui n'hésitent pas à faire commerce avec les Osmanlis. Senjan, ennemi de toujours des Omanlis, n'a que mépris pour eux et n'hésite pas à pirater leurs navires.
On est dans les grands bouleversements historiques, la montée et la chute de villes et d'empires, la collision des religions et des cultures. Mais si Kay sait nous montrer le panorama historique et les grands de ce monde (on rencontre un doge, une ancienne impératrice et un sultan), il sait aussi nous montrer les "petits" pris dans les machinations des puissants.
Il y a Danica, une jeune femme senja mais aussi une guerrière accomplie qui rêve de se venger des Osmanlis ; son frère, Damaz, capturé tout jeune par les Osmanlis et entraîné pour devenir un de leurs soldats d'élite; Pero, un artiste qui doit peindre le khalife lui-même ; Léonora, jeune fille "perdue" de la noblesse qui trouve une nouvelle vie et Marin, le fils cadet d'un marchand de Dubrova, un peu à l'étroit dans son rôle.
Tous ces personnages sont plein de vie et de caractéristiques propres qui les différencient. Ils partent en voyage, changent de vie, souvent de façon imprévue, bref, ils sont en mouvement.
Ce va-et-vient entre la macro et la micro-histoire se traduit par des ruptures dans la narration pour zoomer dans le temps et l'espace et nous donner à la fois l'ensemble du tableau et le détail signifiant.
Un vrai régal…
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critiques presse (1)
Elbakin.net   27 août 2018
L’auteur semble avoir non plus vraiment cherché à construire un récit sous tension mais un roman plus méditatif sur la condition humaine, s’éloignant ainsi d’un petit pas du récit d’aventure épique pour se rapprocher du conte philosophique.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
boudiccaboudicca   25 novembre 2018
Cela se produit à l’occasion : on découvre des vérités sur soi-même en un instant, parfois au milieu d’événements dramatiques, parfois dans le plus grand calme. Sous un vent de crépuscule soufflant de la mer, seul dans son lit par une nuit d’hiver, en pleurs sur une tombe parmi les feuilles mortes. Ivre dans une taverne, en proie à d’atroces douleurs, sur le point d’affronter des ennemis sur le champ de bataille. En ces heures où on attend un enfant, tombe amoureux, lit à la lueur d’une bougie, regarde le soleil se lever ou une étoile se coucher, où l’on meurt. 
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boudiccaboudicca   27 novembre 2018
Ce serait une erreur de croire une tragédie régulière, continue, même en des temps tumultueux. Le plus souvent, des périodes d’accalmie et de répit parsemèrent la vie d’un personnage ou d’un état. On observe un semblant de stabilité, d’ordre, une illusion de calme…et puis les circonstances changent en un tournemain. 
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