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ISBN : 2021366693
Éditeur : Seuil (14/09/2017)

Note moyenne : 2.47/5 (sur 16 notes)
Résumé :
« Aucun d’eux ne m’a dit où était maman. J’accepte que jamais maman n’aura de sépulture, et je comprends que jamais je ne serai en paix. Maman savait qu’elle allait mourir. Mais elle ne savait pas qu’elle serait jetée aux charognards. Je me dois d’être sa tombe, aussi longtemps que ses os traîneront quelque part sur ces collines. Vivante, elle m’a portée dans son ventre, elle m’a nourrie de son sein, elle m’a portée sur son dos, elle m’a aimée.

Morte,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Yaena
  04 janvier 2018
Annick Kayitesi-Jozan est une survivante des évènements qui se sont déroulés en 1994 au Rwanda. Des hommes, des femmes, des enfants, ont été massacrés de manière particulièrement sanglante par leurs voisins, leurs amis, des inconnus, parce qu'ils n'étaient pas de la même ethnie. Juste parce qu'ils étaient Tutsis. Il y a un mot qui résume cela: génocide. Ce terme est lourd de sens, chargé historiquement, alors on comprend aisément qu'être «survivante d'un génocide» doit être un fardeau à porter. Alors quand Annick Kayitesi-Jozan devient maman elle comprend vite que ce fardeau va se matérialiser sous la forme de questions posées par ses enfants. A commencer par son aîné, son fils. Ses «pourquoi» et autres questions vont vite devenir une souffrance supplémentaire qui fait écho à ses propres questionnements et aux souvenirs qui la hantent et qu'elle ne sait pas trop comment gérer. L'oublie ne se décide pas. Comment continuer à vivre avec ces évènements constamment à l'esprit? Que faire de ces morts qui sont partout avec elle puisque sans sépulture ils n'ont nul part où reposer?
Annick Kayitesi-Jozan cherche à trouver des réponses à ses questions et à ceux de son fils, elle recherche un forme de paix intérieur, de répit, sans pour autant condamner ses morts, ses «quelqu'un» à l'oubli. Écrire. Son livre est une thérapie, elle se raconte, couche sur papier les évènements monstrueux qui avant n'avaient d'existence que dans sa tête. Peut être pour ne plus en être la seule dépositaire.
Ne pas censurer, écouter, lire, laisser parler les témoins de l'horreur est essentiel. pour autant même si le contenu du livre est essentiel et qu'il est nécessaire de ne pas faire comme si cela n'avait jamais eu lieu je n'ai pas du tout aimé la forme. J'ai trouvé l'écriture sans originalité, très factuelle. Il y a également un gros manque de fluidité. Tout cela participe à rendre les faits encore plus crus et difficiles à lire. L'ensemble est très brouillon. J'étais complètement perdu dans la chronologie des évènements. On sent bien que les souvenirs de l'auteure l'obsèdent mais les répéter sans cesse rend le récit redondant.
Ce livre est essentiel en tant que témoignage dans le cadre du devoir de mémoire mais l'ensemble est beaucoup trop intimiste pour un documentaire. En prenant du recul par rapport au thème abordé, qui rend difficile toute critique, je n'ai rien appris de plus sur le génocide rwandais. le récit m'a horrifié plus qu'il ne m'a touché et l'empathie qu'on éprouve pour Annick Kayitesi-Jozan reste limitée. Elle maintient une distance avec le lecteur compte tenu de sa façon d'écrire. La lecture, en ne parlant que de la forme, a été laborieuse.
Malgré tout il faut saluer le courage d'Annick Kayitesi-Jozan pour avoir été jusqu'au bout de sa démarche et avoir réussit à coucher l'horreur sur papier sans faillir, ce qui en soit est déjà remarquable.
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Eroblin
  05 janvier 2018
C'est un livre terrible qui nous est proposé, le témoignage d'une femme qui avait 14 ans en ce mois d'Avril 1994, au Rwanda, quand la Radio des Mille collines a appelé à « travailler » les Tutsis. Travailler ? Derrière ce verbe qui nous semble si banal, se cachent des semaines de massacres où des familles entières ont succombé. L'auteure n'a pas été épargnée qui a vu mourir les siens. Pourquoi a-t-elle échappé à la folie meurtrière ? Elle-même ne connaît pas la réponse mais une chose est sûre, quand on lit, ce témoignage, c'est qu'elle est hantée par ses morts, qu'elle cherche à la fois à en parler pour ne pas oublier et en même temps se taire pour que peut-être la douleur se taise. Cet ouvrage m'a rappelé celui de Gaël Faye quand il évoque la même tragédie dans « Petit Pays ». Mais là où Gaël Faye écrit de la fiction et voile ses mots d'un peu de pudeur, Kayitesi dévoile une vérité nue, crue et difficilement soutenable sur ce qu'elle a vécu. Je ne sais pas ce qui est plus horrible dans ce témoignage : les massacres, le rire de sa voisine quand elle lui explique qu'elle a vu le corps de sa mère donné aux chiens ou son retour au pays quand elle discute avec ceux qui ont assassiné sa tante et son oncle comme si de rien n'était , la visite au Mémorial menée par une survivante au ton si débonnaire pour évoquer une telle ignominie ? Je ne peux pas dire que j'ai aimé, ce serait indécent de ma part. Je dirais que ce livre m'a secouée même s'il n'est pas parfait. Annick Kayitesi-Jozan a fait le choix de bousculer la chronologie, les différents chapitres alternant avec les événements de 1994, puis 20 ans plus tard, pour revenir aux années 2000 si bien que notre attention fluctue à certains moments. Elle a voulu évoquer aussi son mari, certes on comprend qu'il est un soutien essentiel mais ce qui se passe avec lui et la rencontre avec sa belle-famille n'a pas d'intérêt intrinsèque. Il reste un témoignage essentiel sur ce génocide mal connu, une voix pour ne pas oublier ceux qui ont été assassinés parce qu'ils étaient des Tutsis.
J'ai lu ce témoignage dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle
Lien : https://labibliothequedeneko..
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tynn
  29 novembre 2017
Que dire d'un tel témoignage ? Les massacres Rwandais sont la quintessence de la violence ethnique et nombre de récits sont venus illustrer l'horreur du génocide de près d'un million de Tutsis.
L'auteur, rare rescapée de sa famille, a toute légitimité dans ce travail de mémoire. Elle le fait avec sensibilité et élégance poétique, reprenant de façon brouillée les souvenirs de petite fille, les impressions distanciées et les réflexions de d'adulte devenue épouse et mère.
Je lis ce livre dans le cadre d'un jury et je viens de l'abandonner à mi-chemin. Je ne peux en donner un avis. On ne peut rien dire d'un tel témoignage. Il est essentiel.
Je me bornerai donc à refuser de partager l'horreur qu'il véhicule, et quitte à être très politiquement incorrecte, ne me sens plus concernée par ces témoignages littéraires que notre monde "tout actualité" nous impose déjà.
Un travail d'écriture nécessaire qui suscite compassion extrême. C'est bien le moins...
Sélection Doc pour le Prix des Lectrices ELLE 2018
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secondo
  19 mai 2018
Une ode d'une fille à sa mère :"Morte, je la porterai, dans mon ventre, sur mon dos. Partout, tout le temps".
Annick Kayitesi-Jozan porte sa mère désespérément mais jamais tragiquement car elle a une mission personnelle, retrouver le corps et l'esprit de sa mère assassinée en la racontant.
Par le récit de sa famille découpée, elle porte l'Effroyable Récit, celui qui doit être amené aux oreilles du monde, aux yeux et à la compréhension des terriens, pour être exposé et à jamais disséqué, analysé.
Pour cela elle choisit un style lucide, pragmatique, en mettant en miroir sa vie d'avant au Rwanda avec le génocide et sa vie de maintenant en France, en sécurité avec ses 2 enfants (quelquefois sa deuxième vie est presque trop insignifiante, trop banale face à l'indicible horreur de la fin de sa première vie).
La musicalité des poèmes Rwandais bercent les chapitres "Ibuka, Souviens toi, Ntukibagirwe na gato, N'oublie jamais".
Qu'est-ce qui pousse une partie d'un peuple à tuer une autre partie de ce même peuple ? Les voisins complices des tueurs, capables d'entendre gémir et agoniser un blessé sous leur fenêtre et qui ne s'offusque que de la gêne auditive, est-ce ententable, supportable, racontable ?
Annick cherche le corps de  sa mère, de son petit frère et  de tous ces autres, tués, coupés, écrabouillés, simplement parce qu'ils étaient Tutsies.
Coups de machettes, coups de gourdins,  agonies sans fin, humains appelés cafards, on voudrait n'avoir pas ouvert le livre, mais c'est trop tard, comme une vidéo dont on sait que les images nous poursuivront longtemps : une mère jetée au chien, tuée avec un ntampongano, une "arme fatale, une massue agrémentée de clous".
On pense à Petit Pays de  Gaël Faye, mais c'est différent car rien n'est romancé, c'est la vérité telle quelle, sans fard, avec les cris et les râles de ceux qui meurt dans l'indifférence et sous les rires de démons, sans permis d'inspirer, uniquement ce qui est arrivé, une histoire vraie, vécue, en lisant on entend presque un chant Rwandais pour une mère sans sépulture, une recherche de ces "quelqu'uns " qui manquent, qui manquent, qui crient, qui crient encore.
 
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Lunabiax
  22 décembre 2017
Avril 1994. Au Rwanda, une guerre ethnique oppose les Hutus aux Tutsis, faisant 800 000 morts, principalement Tutsis. "Zouzou" a 14 ans à l'époque. Elle voit sa mère se faire tuer sous ses yeux avant que son corps ne soit livré aux chiens ; sa soeur et son petit frère sont massacrés à coups de machette. Elle échappe à la tuerie avec son autre soeur qui est, elle, gravement blessée. Elle perdra au cours des jours suivants d'autres membres de sa famille, tués de façon tout aussi épouvantable.
Il est évident qu'il faut raconter, parler. Parler de ces morts, qu'elle appelle "Mes quelqu'uns", qu'elle n'a jamais vus puisqu'ils ont été – au mieux –jetés dans une fosse commune. Parler pour continuer à vivre, avec ses fantômes et ses souvenirs. Comment s'y prendre ? Comment faire son deuil sans sépulture auprès de laquelle se recueillir ? Comment dire à ses propres enfants la façon dont ses parents sont morts sans leur cacher sa peine, et quoi taire ? Ces interrogations sont en filigrane tout au long de ce récit évidemment terrible et émouvant.
Cependant, le choix de l'auteur de raconter ses souvenirs de façon déconstruite, en passant de son arrivée en France au présent de sa vie avec son mari et ses deux enfants, des épisodes de son enfance au le récit du massacre, rendent le récit décousu et parfois confus : le lecteur se perd dans la chronologie. Par ailleurs le style est assez ordinaire, voire parfois relâché (lors de l'épisode de la rencontre avec les parents de Raphaël par exemple).
Enfin, il y a l'horreur. Des massacres, mais aussi de leurs conséquences. Huit ans après le génocide, l'auteur rencontre les tueurs, qu'elle a vus s'acharner sur sa tante, son oncle et leurs enfants. Elle discute "à la façon rwandaise", chacun sachant que l'autre sait qui il est. C'est une situation absolument incompréhensible pour nous, européens : comment peut-on converser avec les assassins de sa famille, qu'ils ont tuée si sauvagement, alors qu'ils reconnaissent la qualité des défunts, et même s'interrogent à voix haute sur les raisons de ce carnage ? Comment peut-on accepter que leurs femmes portent les vêtements de sa tante et de ses cousines massacrées ? Comment peut-on accepter de jouer le jeu à ce point ? de les entendre dire par exemple, p.135 : "Pour les empêcher de fuir, il a fallu leur couper les tendons. Ensuite, il a été clair que ce n'était pas la peine de les achever, elles finiraient par se vider de leur sang…" Insupportable. de même, une jeune guide enceinte fait visiter une église transformée en musée, en face duquel elle vit… à côté des tueurs Hutus qui ont exterminé sa famille.
On se demande même s'il n'y a pas une sorte de complaisance à vivre dans le souvenir des morts : "Je me dois d'être sa tombe, aussi longtemps que ses os traîneront quelque part sur ces collines. Vivante, elle m'a portée dans son ventre, elle m'a nourrie de son sein, elle m'a portée sur son dos, elle m'a aimée. Morte, je la porterai, dans mon ventre, sur mon dos.", écrit l'auteur p.113.
Enfin, contrairement à l'ensemble du récit, sa dernière partie évoque en détail le soir du massacre – comme s'il avait fallu toutes ces pages et ces allers-retours entre présent et passé pour qu'Annick Kayitesi-Jozan puisse enfin raconter entièrement et s'alléger un peu. Mais son témoignage est devenu une sorte de thérapie : la démarche trouve là ses limites.
Livre lu dans le cadre du Prix littéraire des Lectrices de Elle.

Lien : http://www.usine-a-paroles.f..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
YaenaYaena   04 janvier 2018
Moi ma maman m'a toujours dit : "urare aharyana", "passe une nuit agitée" et je lui répondais "aharyana harare umwanzi", "que la nuit paisible soit pour l'ennemi". Non, ne pars pas, écoute moi: "passe une nuit agitée", c'est beaucoup plus beau que ça en a l'air. Ça veut dire que même en dormant tu dois continuer à vivre, à rêver, à voyager!
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cathulucathulu   26 novembre 2017
Le génocide, c'est quand l'humanité tire un trait sur vous
Quand sous vos yeux des amis, des connaissances, des épouses se transforment en tueurs,
Quand votre cœur saigne de n'avoir plus de voisins pou vous porter secours, alors que votre agonie dure des mois,
Quand votre humanité vous est déniée,
Quand on tue des enfants , tandis qu'on évacue des chiens,
Quand nul ne songe à votre désillusion le jour où vous découvrez qu'ils vous ont regardé vous faire découper à la machette.
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secondosecondo   21 mai 2018
Bonjour, c'est Waramutse...ça signifie :
" Tu n'es pas mort dans la nuit ? Tu as passé la nuit."
Les salutations rwandaises expriment l'incertitude de l'existence.
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secondosecondo   21 mai 2018
Au revoir = Wirimute
" Prends soin de survivre à la journée."
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secondosecondo   19 mai 2018
Ibuka, Souviens toi,
Ntukibagirwe na gato, N'oublie jamais.
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Videos de Annick Kayitesi-Jozan (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Annick Kayitesi-Jozan
Les pieds sur scène - Nathalie Guériot .« Les Pieds sur terre » est une émission quotidienne diffusée sur France Culture à 13h30. Les Pieds sur scène est la première d'une série d'émissions enregistrées en public au Théâtre du Rond-Point, avec : Alexandre Nascioli, commissaire de police; Isabelle Lasserre, journaliste; Jean-Michel Asselin, alpiniste; Elena Brocolitch, comédienne; Annick Kayitesi, écrivain; Cécile Coulon, écrivain et Nathalie Guériot.
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