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Michel Amandry (Traducteur)
ISBN : 2266029517
Éditeur : Pocket (01/05/1989)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 71 notes)
Résumé :
En 1922, en Anatolie. Comme tous les sept ans dans le village grec orthodoxe de Lycovryssi, les habitants choisissent six d'entre eux pour faire revivre la Passion du Christ durant la Semaine sainte. C'est au Conseil des anciens que revient la responsabilité d'attribuer les rôles. Tandis que le jeune berger Manolios se voit chargé d'incarner Jésus, un groupe de Grecs chassés de leur village par les Turcs arrive à Lycovryssi. La présence de ces réfugiés va diviser le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
filippo
  28 juin 2017
Nous sommes dans un petit village d'Anatolie habité par des Grecs mais sous la domination d'un "Aqha" Turc (chef Turc),
Tout va démarrer avec la fête de Pâques qui se termine et le fait que les notables entendent désigner de suite ceux qui participeront à celle de l'année qui vient. le village a pour habitude de représenter les scènes. Ils doivent donc répartir des rôles entre des membres de la population. Il faut un apôtre Pierre, un autre qui fera Jean, mais il faut aussi désigner un Judas !... Pour Marie-Madeleine ils ont, tout naturellement « la veuve », jeune, très jolie et généreuse de ses charmes vu ses propres besoins et sa jeunesse. Puis arrive le choix pour faire le Christ… Un jeune et beau berger, Manolios, va être désigné. Mais voilà que tous vont croire à fond en leurs rôles et cela va changer toute la vie du village !
C'est un roman très coloré, bourré d'humour et de tendresse, un ample roman qui prend son temps. La nature est superbement évoquée, que ce soit le soleil qui réchauffe la terre et dore le blé, ou la lune et le ciel étoilé, .. les éléments naturels prennent part dans l'histoire de manière quasiment sensuelle. Tout ce petit peuple est dépeint avec humour et chaleur, de manière un peu picaresque. L'histoire est une mise en abîme de l'évangile et une réflexion sur le message évangélique ainsi que sur l'idéal communiste. On sait que l'auteur avait eu une attirance pour le marxisme mais avait été dégoûté par l'expérience de Staline, il était aussi fortement attiré par le mysticisme.
C'est un grand classique de la littérature Grecque, par l'auteur de Zorba le Grec, un auteur mainte fois nominé pour le prix Nobel. Un roman qui se lit avec beaucoup de plaisir.
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Luniver
  01 août 2017
J'ai beau être athée, les livres avec un fort caractère religieux m'attirent régulièrement, surtout lorsqu'ils traitent de morale pratique, de choix auxquels tout le monde est confronté un jour ou l'autre, et pas d'obscurs dogmes théologiques auxquels personne ne comprend goutte.
Le lecteur d'aujourd'hui n'aura pas beaucoup de mal à comprendre les enjeux du roman : dans un petit village grec sous domination turc arrive un groupe de réfugiés, grecs eux aussi. Leur village a été rasé et pillé, et ils demandent un petit coup de main de la part de leurs compatriotes pour repartir du bon pied. La religion orthodoxe, comme la majorité des confessions passées, présentes et futures, recommande d'ouvrir son coeur, et sa maison, pour venir en aide à un frère en difficulté. Les habitants du village, comme la majorité des fidèles passés, présents et futurs, refusent obstinément quelque aide que ce soit et font tout pour que ces indésirables sortent de leur vue.
Une tradition du village demande à quelques citoyens de jouer le temps d'une année les rôles évangéliques : Jésus, les apôtres, Judas, … Comme le titre du livre le laisse sous-entendre, ces citoyens, soucieux d'aider les réfugiés, vont suivre la même destinée que leurs célèbres modèles. Avec un final facile à prévoir, pour ceux qui ont lu la Bible ou se sont fait spoilés la fin.
Le roman peut toujours s'interpréter de deux manières : les personnages ont une histoire et un ancrage local dans leur village très fort, et les relations entre eux ont de l'importance dans le récit. D'un autre côté, ils représentent également des archétypes universels facilement reconnaissables. Ainsi, l'instituteur est à la fois le frère du pope qui essaie de faire vivre le patriotisme grec dans le village, mais aussi le Savoir, incapable de se faire entendre dans les temps de crise et qui laisse des drames se produire sans intervention, un peu par peur, et beaucoup par lâcheté.
De même, à côté de considération politique très concrète, on trouvera dans l'histoire des châtiments divins et des guérisons miraculeuses.
Ce mélange des genres m'a pas mal déstabilisé, comme à chaque fois que quelques éléments magiques se glissent subrepticement dans un univers qui paraît très réaliste. Néanmoins, le propos du livre reste très percutant. Qu'on soit croyant ou non, on est bien forcé de reconnaître que des Christs ne cessent d'être crucifié chaque jour. Et que dans une telle situation, on se retrouverait probablement du côté des bourreaux.
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pgremaud
  03 mars 2015
Il y a souvent des correspondances étonnantes entre les livres. Alors que j'avais décidé samedi dernier de relire « Le Christ recrucifié », j'ai lu dimanche « Poverello » de Robin. Et la question centrale au coeur de ces deux livres, c'est celle de l'actualité du message des Evangiles.
Doit-on prendre au sérieux l'Evangile ou se contenter de le revivre comme une histoire ancienne ? C'est la question qui se pose aux habitants grecs orthodoxes d'un village d'Anatolie. La tradition veut que tous les sept ans, des villageois fassent revivre la Passion du Christ. Cette année-là (entre 1900 et 1910), pendant que les personnes choisies se préparent à cette représentation, des réfugiés grecs arrivent dans la région. Cette arrivée bouscule la tradition et divise le village : les jeunes qui jouent la Passion s'opposent aux notables et au pope car ils n'admettent pas qu'il y ait une dichotomie entre la foi que leur communauté professe et son attitude envers ces frères dans le besoin. Ceux qui veulent aider leurs compatriotes dans le besoin et partager leurs biens avec eux sont considérés comme des bolcheviks! Pourtant ils cherchent simplement à mieux comprendre l'Evangile et à vivre pleinement ses valeurs. A leur contact, certains habitants du village changent de comportement et cela déséquilibre la vie de la communauté. Ce déséquilibre aboutit à un drame, l'assassinat d'un proche de l'agha turc qui gouverne le village.
Pour ramener la paix, Manolios, le berger qui joue le rôle de Jésus se livre comme coupable alors qu'il est innocent. Mais son sacrifice est inutile : les habitants du village le tuent et chassent les réfugiés, en même temps que ceux qui les ont aidés.
Habituellement, dans le cycle de l'année liturgique, on va de Noël à Pâques, c'est-à-dire de la naissance du Christ à sa mort à et sa résurrection. A l'inverse, ce roman se déroule sur une période qui va de Pâques à Noël, donc de la résurrection du Christ à sa naissance. C'est un peu une manière de dire que la Résurrection est vaine tant que le Christ ne naît pas réellement dans le coeur de chaque homme ; il est recrucifié chaque jour quand des croyants sont incapables de vivre pleinement son message.
Cette réflexion sur la foi tient une place importante dans l'oeuvre de Kazantzaki, et pas seulement dans la « Dernière Tentation » dont l'adaptation cinématographique a fait couler beaucoup d'encre il y a quelques années. Certains des dialogues qu'il place dans la bouche des les protagonistes sont sûrement des réflexions qu'il a dû se faire lui-même. Un autre élément important dans cette oeuvre est l'amour que Kazantzaki porte à la terre grecque.
Pour conclure, un très, très bon livre et j'ai dû me retenir pour ne pas en citer des pages entières !
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nathalie_MarketMarcel
  18 juin 2012
Comme le titre l'indique, ce roman a une vraie dimension allégorique et symbolique… il s'agit de rejouer la Passion du Christ. Mais l'accent est aussi mis sur les émotions et passions, parfois contradictoires, de chaque personnage. Manolios, troublé par les sens et son goût pour les actions éclatantes, la difficulté pour Michélis de choisir entre son clan et son besoin spirituel qui l'entraîne à tout sacrifier, le pope qui n'est pas simplement un riche égoïste et hypocrite mais un homme avide de puissance, au point de pouvoir être un homme d'action, le riche Patriarchéas et ses regrets devant son fils, l'affection que voue Yannakos à son petit âne. Ce ne sont pas des marionnettes au service d'une histoire symbolique mais de véritables personnages.
La nature a également une place importante. Sont toujours évoqués la température, l'éclat de la lumière, la croissance des plantes… on est dans un village paysan et cette culture imprègne le récit. Un peu comme dans les romans de Giono où la nature est vivante, porteuse d'un souffle divin.
C'est un roman prenant, dur et âpre, plein de violence primitive et aussi de sérénité paradoxalement. Rien de sucré ici.
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mireille.lefustec
  15 août 2011
Un grand amour de jeunesse
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   27 avril 2013
Si notre Mahomet et votre Christ, dit l'agha en s'essuyant la moustache, avaient bu du raki et trinqué ensemble, comme nous faisons, ils seraient devenus amis intimes; ils n'auraient pas cherché à s'arracher mutuellement les yeux... Mais ils ne buvaient pas, et ils ont plongé le monde dans le sang.
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PiatkaPiatka   03 novembre 2013
Si le cœur de l'homme ne déborde pas d'amour ou de colère, rien ne peut se faire en ce monde.
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lanardlanard   14 août 2018
"Bon voyage et bon vent, capitaine Tempête! lança l'agha, qui paraissait d'excellente humeur. On me dit que tu t'es embarqué, que tu pars!
- J'ai brisé les voiles, l'Agha. Le vent souffle du bon côté. Adieu!
- Où vas-tu, sacré capitaine? fit l'agha avec un gros rire, en s'asseyant sur le coffre. Pourquoi diantre quitter ce monde? Attends un peu! On m'a apporté du raki, un vrai tord-boyau; il embaume; c'est de l'alcool de mûres noires. Attends un peu, que nous le buvions ensemble; tu t'en iras après.
- Non! Au revoir, je te dis, l'Agha; c'est fini! J'ai levé l'ancre, j'ai pris la barre, l'ancre dérape. Bois-le seul.
- Et où vas-tu, sacrebleu? Sais-tu où tu vas?
- Du diable, si je le sais! Je vais à l'aveuglette.
- Que dit là-dessus votre religion, sacré Roumi?
- Euh, euh! fit le capitaine avec un geste désinvolte. Si j'en crois ma religion, je vais directement en Enfer."
L'agha rit.
"Et si moi, j'en crois la mienne, dit-il, j'irai directement a Paradis - un Paradis plein de pilaf, de femmes et de Youssoufakis! Mais est-ce que par hasard, sacré capitaine, nos religions ne se moqueraient pas de nous, toutes les deux? Le monde - n'ai-je pas raison, mon Youssoufaki? - le monde est un rêve, c'est le raki qui est la vie. Boire et se saouler, voilà la vie! Mais notre girouette d'esprit tourne à tous les vent, et toi tu fais le Roumi, et moi l'agha turc... Laissons cela, sacré capitaine! n'en parlons plus. A ne te rien celer, j'ai le cafard!"
Il se tourna vers le jeune homme dodu:
"Lève-toi, mon Youssoufaki; j'ai aperçu une dame-jeanne dans un coin. Lève-toi et verse-nous à boire.
La vieille Madalénia entre et se pencha à l'oreille du capitaine:
"Le pope va venir dans un instant avec le Saint Sacrement pour te donner la communion. Ne bois pas de raki.
- Quel pope, vieille toupie? Ferme-la! Prends la dame-jeanne et verse-nous à boire!"
La vieille murmura; sa main tremblait; elle emplit les verres. L'agha se leva, s'approcha du lit, trinqua avec le capitaine:
" A ton bon voyage, capitaine!
- Au tien aussi, l'Agha!"
Tous deux rirent de bon cœur.
"Si notre Mahomet et votre Christ, dit l'agha en s'essuyant la moustache, avaient bu du raki et trinqué ensemble, comme nous faisons, ils seraient devenus amis intimes; ils n'auraient pas cherché à s'arracher mutuellement les yeux... Mais ils ne buvaient pas, et ils sont plongé le monde dans le sang... Vois toi-même: comment sommes nous devenus bons amis, vieux bougre de capitaine? Ne sommes nous pas heureux? N'avons nous pas été heureux?
- Le pope vient me donner la communion, Agha, dit le capitaine, qui commençait à sentir sa tête tourner et désirait fermer les yeux. Adieu!
- Mais attends, que diable! Où vas-tu? Ne sois pas si presse§ Je t'ai amené Youssoufaki pour qu'il te chante, au pied levé, l'amané que tu préfères. Que tu ne t'en ailles pas, sapristi, sans une chanson! Viens, mon Youssoufaki; chante l'amané, avec ma bénédiction..."
Comme d'habitude, le petit Youssouf tira de sa bouche le mastic qu'il mâchonnait, le colla sur son genou et posa d'un air langoureux sa joue sur la paume de la main droite. Il ouvrait la bouche pour entamer sa chanson, quand l'agha étendit la main:
"Attends, mon Youssoufaki, dit-il. Que la trompette sonne d'abord!"
Et, se tournant vers le palefrenier, il lui ordonna:
"Ouvre la porte, tiens-toi sur le seuil et joue un air martial."
Le palefrenier ouvrit la porte, porta la trompette à sa bouche et se mit à sonner la charge.
"Suffit! décréta l'agha. Allons, Youssoufaki, notre amané!"
La voix claire et passionnée retentit; le capitaine dressa l'oreille, sa poitrine s'emplit de douceur et de peine.
"Dunya tabir, ruya tabir... Le monde et le rêve ne font qu'un, aman, aman!"
Jamais le capitaine n'avait si profondément ressenti à quel point il était vrai que le monde et le rêve ne font qu'un... A coup sûr, il s'était endormi et, dans son sommeil, il avait rêvé qu'il était capitaine, qu'il avait touche les ports de la mer Blanche et de la mer Noire, qu'il était allé à la guerre de 97, qu'il était Grec et chrétien et que, en ce moment, il était en train de mourir... Mais il ne mourait pas, il se réveillait, il rêve était fini, il faisait jour...
Il tendit posément la main.
"Je te remercie mon cher Agha; toi seul as compris mes peines. Adieu, toi aussi, Youssoufaki; que ta jolie petite bouche ne s'altère jamais; qu'elle devienne un rubis dans la terre!"
L'agha fut ému; il s'essuya les yeux.
"Allons, vieux bougre de capitaine! bon voyage!"
il se baissa et embrassa le capitaine; ils avaient tous les deux les larmes aux yeux.
pp. 161-163
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LuniverLuniver   26 juillet 2017
Il a pitié des pauvres, mon fils ; ce sont des hommes comme nous dit-il ; ce sont nos frères ! Justes et saintes paroles, bonnes à entendre à l'église, quand le pope les prononce le dimanche, du haut de la chaire ! Mais pour les mettre en pratique une fois rentré chez soi, pauvre tête de linotte, il faut être fou à lier !
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LuniverLuniver   28 juillet 2017
Les jeunes filles entrèrent dans les champs et commencèrent à manier la faucille avec dextérité ; elles attrapaient les tiges à la poignée, en faisaient des brassées et entassaient les gerbes derrière elles. Tout ce monde caquetait à cœur joie ; les moqueries fusaient. C'étaient les jeunes gens du village qui en faisaient les frais, à grand renfort de vocalises : celui-ci était bossu, celui-là avait les jambes cagneuses, un autre zézayait... Et celui à qui l'on trouvait le plus de défauts était aussi celui après lequel, au fond du cœur, on soupirait.
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