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Jocelyne de Pass (Traducteur)Jérôme Bodin (Traducteur)
EAN : 9782262029890
480 pages
Éditeur : Perrin (03/09/2009)
3.71/5   14 notes
Résumé :
On imagine, en général, que les guerres préhistoriques étaient rares, peu destructrices et sans grande importance. Grâce à des recherches archéologiques et historiques, Lawrence H. Keeley compare les modes guerriers des sociétés primitives avec ceux des états européens modernes ou ceux des Indiens de l'Amérique du Nord, et démontre que la guerre avant la civilisation était plus destructrice, plus fréquente et plus violente que la guerre moderne. Mais, au-delà des fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
finitysend
  21 juillet 2014
Un ouvrage sur la guerre préhistorique .
Il faut entendre ce titre comme désignant des sociétés de chasseurs cueilleurs ou bien des groupements et sociétés d'agriculteurs sédentaires ( les plus mobilisées par l'auteur dans le cadre de ses fructueuses comparaissons ) d'assez faibles effectifs généralement , qui présentent comme principal dénominateur commun d'appartenir à des âges d'avant l'usage de l'écriture et donc d'avant l'histoire . L'auteur utilise donc comme documents des sources de nature historique : des textes portant sur des populations préhistoriques , des documents archéologiques et des documents ethnologiques . En Europe la préhistoire appartient à un lointain passé . En Amérique du nord la plus grande partie du continent vivait sur un mode préhistorique jusque les 18e et 19e siècles . le discours de l'auteur repose sur cette vaste dimension préhistorique à l'échelle du vieux monde et de l'Amérique du nord et ce discours « surfe « donc sur une dynamique temporelle de vaste amplitude, où la préhistoire est entendue comme se déroulant jusque l'époque quasi contemporaine , puisque le cadre de référence est à l'aune des populations préhistoriques et non à l'aune de la préhistoire tel que définie dans le vieux monde ...
L'auteur mobilise également des données relatives aux époques historiques pour les comparer avec les données disponibles ( assez nombreuses finalement ) relatives aux sociétés préhistoriques de moindre effectifs le plus souvent . Cette comparaison est destinée à contribuer à poser les notions importantes , et également destinée à borner les limites du sujet . le fait qui apparaît clairement à la lumière de cet effort de comparaison , c'est que la guerre est bien la guerre , quel que soit l'époque envisagée . Ce sera peu , mais ce sera déjà un point de départ utile à la compréhension du sujet .
Le discours archéologique comme le discours historique , butte quelquefois sur des considérations irrationnelles qui finissent toujours par relever un jour du registre de l'histoire des sciences , après avoir trop longtemps polluées l'historiographie et après avoir également orientées ou bien désorientées la recherche , d'une époque donnée ...
Prenons donc le thème de la guerre en contexte préhistorique .
Pour des raisons incompréhensibles et au mépris des documents variés et unanimes qui montre que la guerre est consubstantielle à l'existence de quasiment toutes les sociétés humaines , de tous les âges , de toutes les échelles et de toutes les formes étatiques ( terme à prendre au sens large ), ou bien plus largement disons , de toutes les formes de vie en société . Curieusement et pendant longtemps , la recherche Nord-américaine a considéré que la préhistoire était quasiment pacifiste , ou du moins pour les plus modérés , au moins exempte de ce fléau qu'est la guerre au sens que nous donnons à cette notion de nos jours . En Europe le sujet fut par contre abordé plus sainement par les préhistoriens . La guerre selon les chercheurs européens est parfaitement visible en préhistoire . Elle est donc là tout simplement , même si il est quelquefois ( souvent ) difficile de mesurer son ampleur locale et continentale , ainsi que son rôle sociétal et civilisationnel au grès du temps qui passe , et des dynamiques géopolitiques plus locales et /ou , plus ou moins ponctuelles , qui restent elles , généralement très floutées .
Les pages que consacre l'auteur à étayer l'ancienneté de la guerre ( du point de vue factuel et conceptuel ) , sembleront donc un peu « martiennes « à un lecteur européen , même à un lecteur faiblement informé du sujet . Cependant elles ne seront pas inutiles car elles permettront à tout à chacun de mesurer la grave nocivité des postures idéologiques dans le champs des sciences humaines . Mais ces pages sont aussi passionnantes , car méticuleusement documentées et donc riches de données significatives , intéressantes car utiles à l'approfondissement de l'exploration de cette thématique . Mais elles sont également utiles comme évoquant des aires culturelles étrangères à l'Europe et au bassin méditerranéen , de ce fait elles sont une véritable ouverture sur l'inconnu extra-européen . Elles donnent en effet un accès direct aux univers Nord amérindiens pré et protohistoriques .
C'est un texte intéressant du point de vue de la description et de l'analyse des documents archéologiques . Les analyses relatives à l'absence de documents sont également éloquentes .
L'auteur démontre brillamment que l'humanité pré et proto historique n'avait rien à nous envier et que la guerre faisait intrinsèquement partie du quotidien de ces populations . La guerre atteignait même dans ces sociétés une ampleur redoutablement implacable pour ce qui de l'énormité de ses effets et de sa portée . Avec des incidences énormes sur le plan culturel et sur le plan de l'organisation sociale , générant d'énormes effets sur les destinées des civilisations et des peuplements humains , et ce , quel que soit leur importance démographique et « géopolitiques « .
L'auteur n'innove pas vraiment sur la question de savoir pourquoi la guerre ? et il a raison de ne pas sérieusement tenter de le faire . Pourquoi ? , et bien à mon humble avis insignifiant , la guerre du point vue essentiel , ou même philosophique , est une question qui ne relève pas spécialement de l'histoire ou de de la préhistoire .
Ces deux sciences analysent parfaitement , du moins quand c'est possible , les causalités , les déroulements et les incidences des conflits armées . de même que pour ce qui est de définir les moyens qui existent afin de se prémunir contre ce fléau . Mais pour ce qui est des causalités afférentes à la nature essentielle du phénomène , il faudrait peut-être mieux voir ailleurs .
Personnellement , je suis intimement convaincu que les causes profondes du rapport intime que l'espèce humaine semble entretenir avec la guerre , sont pour ce qui est de leur définition essentielle et existentielle , du ressort de la zoologie , de l'éthologie animale , et de l'éthologie comparées de différentes espèces animales . Des animaux allant des insectes à l'homme . de la comparaison aussi de sociétés animales allant des sociétés structurées selon les modalités d'un super organisme bio social , avec des sociétés analogues , mais structurellement différentes , car reposant sur la coopération plus ou moins volontaire d'individus à l'individualité plus ou moins consciente et plus ou moins accentuée .
Ce n'est donc pas moi qui viendra reprocher à l'auteur de s'en tenir à son sujet et de ne pas tenter d'enfoncer des portes ouvertes .
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Henri-l-oiseleur
  16 juillet 2019
Voilà un livre salubre, abordant un sujet où abondent délires et constructions idéologiques. Mal documentée, la préhistoire humaine est comme un écran où se projettent le pessimisme de Hobbes, l'optimisme de Rousseau, ou plus près de nous, les mythes du matriarcat originel ou de la naissance de la propriété privée : ainsi, beaucoup croient encore que la révolution néolithique et l'apparition de l'agriculture (mots commodes et prêtant à confusion) concordent avec l'esclavage des femmes et le patriarcat, sur la foi des romans d'une anthropologue lituanienne. Il faut donc qu'un archéologue un peu sérieux se penche sur les rares preuves archéologiques à notre disposition, pour démontrer que la guerre est très antérieure à l'agriculture et au "patriarcat", que l'aube de l'humanité n'est pas l'âge d'or individualiste rêvé par Rousseau, ni le cauchemar de Hobbes. S'appuyant sur les preuves concrètes et sur des analogies raisonnables avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs que nous connaissons, Lawrence H. Keeley décrit la prééminence de l'activité guerrière, les armements, les formes de combat, la guerrilla opposée à notre conception de la guerre, les pertes, les causes des conflits ... Sans jamais quitter le terrain du concret, l'auteur est bien conscient que parler de la guerre, c'est parler de la condition humaine, pour mettre en évidence que la civilisation réglemente la guerre, et que les nôtres sont proportionnellement moins féroces et même moins meurtrières que les guerres préhistoriques. Des tableaux récapitulatifs très éclairants concluent ce volume qui vient secouer nombre d'idées reçues.
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jsgandalf
  21 avril 2012
C'est un livre vraiment bien fait. Un trois en un : un livre d'histoire basé sur une vrais recherche sur le terrain, un livre sur la société et enfin un livre de philo. En partant du point de vue de Hobbes et Rousseau et en y mêlant ses propres recherches, Keeley nous démontre que le sauvage n'est pas celui que l'on pense et que si notre société était aussi violente que celles de la préhistoire, la seconde guerre mondiale aurait été bien plus terrible. Moralité notre société malgré tous ses défauts s'améliore peut être, et il semble y avoir une troisième voie aux théories de nos vieux philosophes. Bine sure comme le dit le quatrième de couverture, ce texte appelle à controverse et cela risque d'être chaud.
A lire d'urgence.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   18 juillet 2019
Selon des estimations très généreuses, plus de 100 millions d'êtres humains sont morts sur notre planète par suite de conséquences multiples et variées liées à la guerre ( y compris la famine et la maladie) au cours du XX°s. Ces morts pourraient être considérées comme le prix à payer par les sociétés modernes pour leurs divisions en états-nations. Bien qu'épouvantable, ce chiffre est vingt fois inférieur aux pertes qu'aurait subies la population du monde, si ce dernier était toujours organisé en bandes, tribus et chefferies. Une société tribale perdait chaque année environ 5% de sa population au combat. Appliqué aux populations du XX°s, ce taux aurait impliqué plus de 2 milliards de morts par faits de guerre depuis 1900. A la différence d'un holocauste nucléaire, de tels scénarios de "retour à la nature" sont, à n'en pas douter, imaginaires mais ils permettent de prendre la mesure du caractère anodin de la guerre primitive.

p. 199
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   16 juillet 2019
Les citoyens des Etats modernes ont tendance à croire que les efforts qu'ils déploient sont plus performants et efficaces que ceux fournis, dans les mêmes domaines, par les primitifs ou les anciens. Compte tenu du néorousseauisme dominant aujourd'hui, cette appréciation n'a aucun mal à trouver un terrain favorable lorsqu'elle est confrontée à des conduites peu appréciées ou nuisibles. Ainsi donc, le choc est brutal en découvrant que la proportion de pertes au sein des sociétés primitives excède quasiment toujours celle essuyée par les Etats modernes les plus belliqueux ou les plus déchirés par des conflits.

p. 389
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   16 juillet 2019
Illustrées par les décès violents et les toutes premières fortifications, les manifestations de conflits se généralisent en Europe Occidentale au cours de la période suivante, au Néolithique (l'apparition des premiers paysans, entre -- sept mille et -- quatre mille ans variant selon la région). Certains archéologues affirment que la véritable activité guerrière n'apparaît qu'au moment où les chasseurs se sédentarisent. Ce point de vue erroné se fonde sur les traces particulièrement sinistres des massacres collectifs datant de l'époque néolithique...

p. 94
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