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Münevver Andaç (Traducteur)
EAN : 9782070746040
144 pages
Gallimard (05/05/1998)
3.63/5   26 notes
Résumé :
Ainsi parle la légende : chaque année, quand le printemps s'éveille sur l'Ararat où a échoué l'Arche de Noé, les bergers viennent dès l'aube au bord du lac de Kup et jouent de la flûte, pour célébrer le Mont. Au coucher du soleil, un mystérieux oiseau blanc vient par trois fois toucher l'eau de son aile, et disparaît dans le ciel. Alors les bergers se retirent.


Et voici le roman, tel qu'il aurait fondé la légende : un matin, un cheval blanc ap... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

Au mont Ararat, une légende dit qu'à l'arrivée du printemps , les bergers viennent jouer de la flute au bord du lac de Kup jusqu'à ce qu'un oiseau blanc vienne toucher trois de son aile les eaux pures du lac. c'est l'origine de cette légende qui va nous être contée.

Ahmet vit sur les pentes du mont .Un beau cheval s'arrête sur ses terres .selon les coutumes locales , il doit l'éloigner trois fois mais si le cheval revient, il pourra le considérer comme un don du Ciel.

Or ce cheval appartient au seigneur local, un sanguinaire tyran dont une des filles est amoureuse d'Ahmet.

Un bien joli conte, très agréable à lire et qui se déroule au pied du mont Ararat dans la plaine de Beyazit (Dogubayazit aujourd'hui) à l'extrême est du pays.

Au delà du conte, c'est une plongée dans le monde rural de cette région où Arabes, Iraniens, Arméniens , Kurdes se mélangent.

Et ce conte nous livre pléthores de messages autour du pouvoir du peuple , de la diplomatie , des rapports de force, et bien sur de l'amour et de sa pureté.

Enfin , c'est un immense hommage à cette montagne si symbolique qui devrait rapprocher les peuples plutôt que de les séparer...mais c'est une autre histoire , sans doute moins belle que celle narrée ici.

Une belle lecture autour d'une très belle plume .

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Yachar Kemal a été l'un des tout premiers auteurs turcs traduits en France (dès les années 1970) - ce à quoi on doit d'ailleurs la translittération de son prénom, que personne ne ferait plus aujourd'hui...

De ce fait, on a pris ses romans, nouvelles, récits, reportages (il a été aussi chroniqueur au quotidien de gauche Cumhurriyet) pour des descriptions réalistes de (l'ensemble de) la Turquie rurale. En fait, il s'agit d'un auteur régionaliste - de grand talent, là n'est pas la question - qui parle de l'est anatolien, des Kurdes plus que des Turcs, des spécificités d'une aire géographique bien précise, à ne surtout pas généraliser. Sinon, c'est comme si on prenait à l'étranger Pagnol ou Daudet de Les lettres de mon moulin pour les portraitistes de la France tout entière...

Dans ce roman-ci le doute ne risque presque pas de poindre. Il a les traits du récit d'une épopée de rhapsode, agrémentée de la répétition à plusieurs reprises de l'image d'incipit qui situe l'histoire : auprès d'un lac sur le flanc du Mont Ararat, le fameux mont de l'Arche - qui n'a rien à faire ici.

Il est question d'un amour contrarié, d'un conflit entre l'honneur chevaleresque des traditions et la crainte que la puissance politique ne soit bafouée et ridiculisée, entre des beys kurdes fidèles à leur code de conduite atavique et un pacha qui a renié ses origines montagnardes pour s'inféoder à l'Ottoman, du pouvoir politique à qui s'oppose la potestas religieuse qui semble s'enraciner jusques dans des profondeurs préislamiques mazdéennes. Il est question de dynamique de contestation des masses et de la force trans-historique des joueurs de flûte qui évoquent et invoquent la colère de la Montagne, ainsi que du rôle mémorial des bardes, qui iront chanter des amours millénaires.

La traduction de Madame Andaç, avec son ton parfois suranné et sa prédilection pour le passé simple, est du coup absolument parfaite et délicieuse pour ce texte. [Bon, un tout petit sourire quand même en voyant les bergers dans leurs houppelandes jouer du hautbois... m'enfin, on ne va pas non plus leur faire jouer de la cornemuse celtique !]

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Un jour, un cheval s'arrête devant la porte du berger Ahmet. Selon la tradition c'est un don de Dieu et Ahmet doit garder le cheval. Il n'a pas le droit de le rendre à son propriétaire. Mais le cheval appartient à Mahmout Khan, un pacha sûr de son autorité. Il fait jeter Ahmet en prison. Il sera exécuté si le cheval n'est pas rendu. Gulbahar, la fille de Mahmout Khan, tombe amoureuse d'Ahmet. Son amour pourra-t-il sauver le jeune homme ?

Le Mont Ararat se situe tout à fait à l'est de la Turquie. Dans cette légende il est un personnage à part entière, se mettant en colère contre ceux qui le défient. A ses pieds s'affrontent deux volontés inflexibles. Les actes d'Ahmet sont guidés par la tradition. Sa marge de manoeuvre est étroite : il y a des choses qu'on NE PEUT tout simplement pas faire ou qu'on DOIT faire. C'est comme ça. En face, le pacha est très isolé. Nombreux sont ceux qui réprouvent ses exigences. Mais il est puissant.

Face au despotisme qui ne connaît que sa volonté, la tradition c'est au moins une forme de loi. Mais moi la tradition, je n'aime pas trop non plus. J'aime mieux un peu de libre arbitre. Alors bien sûr, c'est une légende, il y a la fatalité qui intervient, un amour très romantique. Quand même je n'ai pu m'empêcher de trouver que les relations étaient pas mal régies par la rigueur ou la violence. Il reste que c'est écrit de façon très poétique. J'ai particulièrement apprécié les descriptions de paysages de montagne, dont celui sur lequel le roman débute :

"Il est un lac sur le flan du Mont Ararat, à quatre mille deux cents mètres d'altitude. On l'appelle le lac de Kup, le lac de la Jarre, car il est extrêmement profond, mais pas plus grand qu'une aire de battage. A vrai dire, c'est plus un puits qu'un lac. Il est entouré de toutes parts par des rochers rouges, étincelants, acérés comme la lame du couteau. le seul chemin menant au lac est un sentier, creusé par les pas dans la terre battue, moelleuse, et qui descend, de plus en plus étroit, des rochers jusqu'à la rive. Des plaques de gazon vert s'étalent çà et là sur la terre couleur de cuivre. Puis commence le bleu du lac. Un bleu différent de tous les autres bleus; il n'en est pas de semblable au monde, on ne le trouve dans aucune eau, dans aucun autre bleu. Un bleu marine moelleux, doux comme le velours."


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La légende du Mont Ararat est un conte, qui se passe au pied du Mont Ararat, au confluent des mondes kurdes, ottomans et arabes. On peut y trouver des échos des mille et une nuit (magie, traditions) ou du monde caucasien avec ses rhapsodes.

J'ai découvert cet auteur turc d'origine kurde et j'ai été ravie par son écriture, légère et rythmée qui crée l'illusion de la veillée et nous happe dans son histoire, même sans en comprendre tous les codes.

J'ai beaucoup aimé cette lecture qui nous entraîne dans des paysages désolées et mêle amour, honneur, vengeance, sacrifice. le seul bémol est que je n'ai pas bien compris la fin (il doit me manquer une clé de compréhension)

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Un cheval qui choisit son propriétaire, un cruel pacha, une belle et bonne jeune fille, un amour infini, voilà quelques uns des ingrédients de cette belle et intemporelle légende. le tout dans un style poétique et aérien.

J'ai apprécié cette jolie lecture, parfaite pour l'été, lorsqu'on recherche quelque chose de léger et de frais, pour rêver un peu. Je referais sans doute un autre voyage en compagnie de Yachar Kemal.

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Citations et extraits (3) Ajouter une citation

Il est un lac sur le flanc du Mont Ararat, à quatre mille deux cents mètres d'altitude. On l'appelle le lac de Kup, le lac de la Jarre, car il est extrêmement profond, mais pas plus grand qu'une aire de battage. A vrai dire, c'est plus un puits qu'un lac. Il est entouré de toutes parts par des rochers rouges, étincelants, acérés comme la lame d'un couteau. Le seul chemin menant au lac est un sentier, creusé par les pas dans la terre battue, moelleuse, et qui descend, de plus en plus étroit, des rochers jusqu'à la rive. Des plaques de gazon s'étalent ça et là sur la terre couleur de cuivre. Puis commence le bleu du lac. Un bleu différent de tous les autres bleus ; il n'en est pas de semblable au monde, on ne le retrouve dans aucune eau. Un bleu marine moelleux, doux comme le velours.

[Yachar KEMAL/ياشار كمال , "La légende du Mont Ararat" / "Agridagi Efsanesi", Istanbul, 1970 — traduit du turc par Münevver Andaç, éditions Gallimard (Paris), coll, "Du Monde entier", 1998 — page 9]

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Et chaque année, quand le printemps s'éveille sur l'Ararat, des bergers grands et robustes, aux beaux yeux noirs mélancoliques et aux longs doigts fins, s'en viennent avec leurs flûtes au lac de Kup. Ils étalent leurs houppelandes au pied des rochers rouges, sur la terre couleur de cuivre, sur le printemps millénaire, ils s'installent en formant un cercle sur les rives du lac. Un peu avant l'aube, sous les masses d'étoiles qui palpitent au-dessus de la montagne, ils saisissent leurs flûtes et célèbrent par leur jeu la grande colère de l'Ararat. Cela dure du point du jour au coucher du soleil. Et alors, à l'instant même où le soleil disparait à l'horizon, un oiseau minuscule, blanc comme neige, surgit au-dessus du lac. Un oiseau long et pointu qui ressemble à l'hirondelle. Il vole en tournant très vite au-dessus de l'eau, il trace sans cesse de vastes cercles blancs, dont l'ombre retombe sur le bleu intense du lac. Les joueurs de flûte cessent de jouer à l'instant où disparait le soleil. Ils remettent leurs flûtes dans leurs ceintures et se redressent. L'oiseau blanc, qui vole à toute vitesse au-dessus du lac, s'élance, rapide comme l'éclair, il plonge une aile dans l'eau, s'élève à nouveau. Par trois fois, il se jette ainsi vers l'eau, puis s'envole à tire-d'aile et disparait dans le ciel. L'oiseau blanc une fois disparu, les bergers s'éloignent l'un après l'autre et se perdent silencieusement dans l'obscurité.

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L'idée que nous avons peur ne les effleurera même pas. Les foules n'imaginent pas la duplicité, car elles sont elles-mêmes de bonne foi.

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