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ISBN : 2258104505
Éditeur : Les Presses De La Cite (15/05/2014)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 253 notes)
Résumé :
Dans le nord de l'Islande, en 1829, Agnes Magnúsdóttir est condamnée à mort pour l'assassinat de son amant, Natan Ketilsson. En attendant que la sentence soit exécutée, Agnes Magnúsdóttir est placée en résidence surveillée à Kornsá, dans la ferme de l'agent de sécurité du canton, Jon Jonsson, avec sa femme et leurs deux filles. Horrifiées à l'idée d'héberger une criminelle, les membres de la famille évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (120) Voir plus Ajouter une critique
LePamplemousse
  27 juin 2014
Attention : gros coup de coeur !
En ouvrant ce livre, vous allez littéralement être plongés en Islande dans les années 1800, vous allez habiter une maison humide et venteuse, vous allez vous réveiller le matin avec du givre sur vos draps, vous allez porter des couches et des couches de vêtements sans jamais pouvoir éloigner le froid de votre corps, vous allez souvent avoir faim, vous serez tout le temps ou presque dehors, dans le vent et le brouillard, vous allez devoir faucher pendant des heures, traire les vaches, tondre les moutons, aller chercher sans cesse des seaux d'eau à la rivière ou réparer des murs en pierre, et lorsque vous serez à l'intérieur, vous allez devoir tisser des kilomètres de cordage ou tricoter sans fin, sans espoir d'une vie différente.
C'est ce que vivent les membres d'une famille et il en est de même pour tous leurs voisins à un détail près : eux doivent accueillir dans leur foyer Agnès, une femme reconnue coupable de meurtre et condamnée à mort. L'île ne possédant pas de prison, c'est au sein de la famille d'un agent de sécurité qu'elle attend la date de son exécution.
Sa venue va bouleverser la vie de cet homme, de sa femme, de leurs deux filles et de leurs domestiques. Ces braves gens n'ont pas le choix, ils savent qu'ils doivent faire leur devoir envers la loi et l'église mais cette présence leur pose un problème de conscience.
J'ai dévoré ces pages, j'ai aimé les descriptions des gestes du quotidien et les paysages.
J'ai été intriguée et passionnée par les réactions de tous concernant la présence d'Agnès, j'ai adoré apprendre à la connaître…et j'ai attendu la fin avec l'espoir d'une fin moins inéluctable que celle annoncée.
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isajulia
  04 juillet 2014
Gros coup de coeur !
Quand A la grâce des hommes m'a été proposé dans le cadre d'une opération Masse Critique privilège, je ne pensait pas faire une si magnifique découverte. Ce roman qui se déroule dans l'Islande du XIXème siècle met en scène Agnes Magnùsdottir, servante de son état et condamnée à mort pour le meurtre de son amant. Ce pays froid et austère est dépourvu de prison. Pour purger sa peine en attendant la mort, la captive est envoyée dans une famille de fermiers qui la rejette dès son arrivée, horrifiés par le crime qu'elle a commis et les bruits qui courent sur son compte. La seule personne qui accepte d'adresser la parole à la meurtrière est le révérend Toti qui a été choisi pour lui montrer le chemin de la rédemption. Se condamnant au silence dans un premier temps, Agnès va révéler peu à peu plusieurs facettes de sa personnalité. Femme intelligente sachant lire et écrire, dotée d'une capacité d'analyse supérieure à la moyenne, c'est au moment où elle va commencer à raconter son histoire que l'entourage qui la pointe du doigt va comprendre que la vérité que l'on croit connaître n'est pas toujours exacte...
Voilà une lecture qui m'a carrément rétamée, à tel point que l'inspiration pour en écrire la chronique s'est envolée, ayant du mal dans un premier temps à mettre des mots sur les sentiments qui m'ont habitée au fil des pages tant ils étaient puissants. Hannah Kent nous a dépeint une fresque vivante et vibrante de l'Islande pourtant ce n'est pas l'action qui prime dans l'intrigue mais suivre le quotidien de cette femme, dernière condamnée à mort dans son pays, est bouleversant, j'en ai pleuré! Lire un tel récit fait office de piqûre de rappel sur l'injustice qui règne et a toujours régné quand une personne veut aller au-delà de sa condition initiale, les accusateurs ne cherchent jamais à savoir les faits réels et condamnent des pauvres âmes à mourir pour l'exemple. Je pense que c'est ce qui m'a chamboulée c'est de savoir qu'Agnes a certes été la dernière femme à connaître une telle sentence dans son pays mais de nos jours, combien y a-t-il d'Agnès qui connaissent le même sort à travers le monde? Mickbu, dans son excellente critique nous a interpellés sur ce sujet et je rejoins parfaitement son avis. C'est cette vision du roman qui a contribué à me le faire adorer, j'avais beau avoir le coeur retourné au fur et à mesure que j'avançais dans la lecture, il fallait que je sache jusqu'où la connerie des hommes pouvait aller et une fois de plus, j'ai eu la certitude qu'elle n'avait pas de limite et allait jusqu'à enlever des vies gratuitement simplement parce que la différence d'état d'esprit fait peur et n'a pas sa place dans la société.
Dès sa réception, j'ai dévoré le livre en trois jours, on ne peut pas rester insensible devant un tel récit et quasiment un mois et demi après l'avoir fini, le souvenir de cette lecture est encore bien présent comme si je l'avais achevé hier. L'auteure nous a pondu un véritable bijou, cruel, réaliste alors je vous conseille vraiment de le lire, chacun y trouvera un petit quelque chose dedans qui le touchera.
A lire!
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celdadou
  04 novembre 2017
Cette oeuvre littéraire extrêmement bien rédigée , nous fait vraiment ressentir les émotions des personnages , les paysages ... ce fut pour moi un coup de coeur . A la grâce des hommes est inspiré d'un fait réel en Islande dans les années 1800.
Hannah Kent s'est vraiment bien renseignée et documentée pour écrire un tel ouvrage si poignant .
Agnès jeune fille est accusée à mort pour l'assassinat de son employeur et amant.
Voilà le début de l'histoire ...mais au fur et a mesure des pages ... on va découvrir peu à peu la vie d'Agnès .
Agnès est une jeune qui travaille dans les fermes Islandaises et qui vit modestement hébergée chez les fermiers .Les conditions de travail ainsi que la vie sont rudes .Le climat , la neige ,le vent ne laisse pas de place aux faibles.
Agnès rencontrera Nathan , un homme égoïste , odieux .Par ses belles paroles, lui fera découvrir l'amour ..il lui propose de l'emmener dans sa ferme ou elle sera la gouvernante .....
Malheureusement , Agnès naïve , jeune et amoureuse croirais paroles de cette homme.
Dans les années 1800 en Islande , il n'y a pas de centres pénitentiaires et Agnes qui est condamnée à la peine capitale est hébergée en attendant la date de l'exécution chez une famille d'accueil.
Elle est sous la responsabilité d'un homme de Dieu qui à en charge la préparation d'Agnes au jugement dernier.
Agnès arrive donc dans cette famille ou elle est accueillie avec réticence et ou elle est considérée comme la criminelle.
Au fur et mesure des visites du pasteur , Agnes va se confier et raconter son histoire ....
La famille l'acceptera et aura de l'empathie pour Agnes qui est une jeune fille intelligente ...elle aidera même une voisine à accoucher alors que son bébé se présentait en siège ....Elle a sauver la vie de cette famille.
Je vous recommande ce livre ...je ne connaissais pas l'Islande , ni ses paysages ...
Je vous recommande ce livre car parfois la vie est injuste et ce livre remet les idées en place...surtout quand il est si bien écrit .
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Sando
  26 mai 2014
L'histoire se déroule en Islande, au début du XIXème siècle. Agnès Magnusdottir est accusée de complicité pour le double meurtre de Natan Ketilsson, son amant, et celui de Pétur Jonsson. Jugée coupable, la jeune femme, ainsi que ses deux acolytes, est alors condamnée à la peine de mort. Mais en attendant que la sentence soit exécutée, Agnès se retrouve placée dans une ferme, isolée dans la campagne islandaise, à Kornsa. Son arrivée comme domestique chez Jon Jonsson, le policier du canton, et sa femme Margrét est vue d'un mauvais oeil par les gens du coin, qui voient en elle une menace pour leurs enfants et leur tranquillité. Mise à l'écart par la famille, elle va néanmoins trouver une oreille attentive en la personne du sous-révérend Thorvardur Jonsson. Chargé d'aider cette brebis galeuse à retrouver le chemin vers dieu, cet homme bienveillant va tout faire pour comprendre ce qui s'est réellement passé et accompagner de son mieux la jeune femme dans les derniers mois qui lui restent à vivre, afin qu'elle parte l'esprit apaisé…

« A la grâce des hommes » reprend l'histoire vraie d'Agnès Magnusdottir, la dernière femme à avoir été condamnée à mort en Islande, en 1930. Hannah Kent nous livre un portrait contrasté de cette femme aux multiples facettes. Abandonnée à ses huit ans par sa mère, Agnès a dû se construire seule, parcourant l'Islande de fermes en fermes et proposant ses services en échange du gîte et du couvert. Malgré sa basse extraction, la jeune fille fait preuve d'une grande intelligence et d'une volonté redoutable. Son érudition et son désir de réussir afin de s'extraire de sa classe sociale, lui vaudront d'être diabolisée et jugée manipulatrice par ceux qui l'ont connue. le portrait d'une femme froide, calculatrice et insondable se mêle donc à celui d'une femme blessée, vulnérable, évoluant dans un monde violent et impitoyable, dominé par les hommes. Agnès a beau être coupable, on s'y attache dès lors qu'elle nous livre ses failles.

Un roman à l'ambiance sombre, glaciale, qui dépeint une Islande hostile et rude pour ceux qui y vivent. Un climat qui endurcit les hommes, qui ne connaissent que trop le froid et la faim. Je me suis complètement laissée prendre par cette atmosphère oppressante et cette plongée dans les moeurs islandaises. Même si l'issue est connue d'avance, j'ai trouvé le sujet intéressant et bien traité. Les personnages sont bien représentés et les différentes voix des narrateurs qui se font entendre rendent le récit vivant et l'éclairent d'un regard chaque fois différent. Un roman habilement construit donc, qui offre une lecture agréable et particulièrement prenante.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Presses de la cité pour cette découverte réalisée dans le cadre de l'opération Masse Critique !
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jovidalens
  25 mai 2014
En 1830, l'Islande est danoise.
Deux meurtres sauvages ont eu lieu. La population est d'autant plus horrifiée, que l'une des deux victimes est une sorte de médecin-herboriste, très charismatique. La police et la justice veulent faire un exemple. Les trois accusés sont condamnés à la peine de mort par décapitation. Pour exécuter le jugement, il faut attendre la confirmation par Copenhague, organiser l'exécution (choisir le lieu, trouver le bourreau, faire fabriquer la hache) et héberger les condamnés. Pas de prison à l'époque en Islande. Il a été donc décidé que chaque condamné sera déplacé dans une famille de fermiers et surtout accompagné par un révérend qui les visitera régulièrement, les sermonnera pour mieux les préparer à leur fin. Pas de frais de garde : pas de possibilité de s'enfuir car le climat est hostile et tous les paysans se connaissent. C'est une bonne affaire pour la ferme qui pourra faire travailler le condamné et recevra même un petit subside. le travail est harassant et le pays est pauvre, miséreux.
Quand le roman commence, seule une femme reste à croupir au fond d'un réduit, ayant refusé le Révérend qui lui était alloué. Elle a exercé le seul droit qui lui reste et a choisit un tout jeune révérend pour l'accompagner vers son supplice. Première caractéristique d'Agnès : réduite à l'état de bête, fermée sur son silence « Je suis résolue à me fermer au monde. » mais qui choisit.
Elle arrive à la nuit tombée, dans une ferme pauvre , au sein d'une famille unie horrifiée et tétanisée par la peur face au monstre que tous voient en elle. Elle est d'une saleté repoussante et c'est la maîtresse de maison qui va la décrotter, la décrasser, sorte de « baptême » la ré-introduisant dans le monde des humains. Or le monde des humains est celui de la parole. On sait dès lors que le sujet de ce livre est la parole d'Agnès.
La ferme est faite de tourbe et les habitants ne peuvent se réunir que dans une seule salle, à la fois séjour et dortoir. Quand le révérend viendra accomplir sa mission auprès d'Agnès, c'est dans cette pièce qu'ils échangeront, discuterons. Même en s'isolant dans un coin, les autres entendront, écouteront.
Et c'est ce récit que nous suivons : quand Agnès raconte sa vie, son cheminement, quand elle s'investit dans son travail et y trouve un plaisir, quand elle s'investit dans cette famille, dans ce voisinage par son savoir et sa personnalité, et s'y fait accepter, respecter.
A la vérité du procès, va se substituer, peu à peu, une autre vérité : celle d'Agnès.
Hannah Kent a vécu en Islande, parle islandais et est complètement sous le charme de ce pays. Elle a envie d'évoquer la beauté de ses paysages, la poésie de sa culture, cette vie sociale où le silence est celui de la réflexion, pas de l'indifférence. Il y a cette qualité de silence dans « Le Festin de Babette » .
Devant le cadre exceptionnel de cette île, c'est à se demander si ces vents furieux, ces tempêtes de neige, ce froid, ce givre qui s'immisce même dans les lits, ces bois flottés rejetés rageusement par les flots, si tous ces éléments ne façonnent pas les habitants dans leur vulnérabilité et leur austérité. Il y a quelque chose des « Hauts de Hurlevent » dans ce récit.
Le déclencheur à ce roman, c'est le fait réel du meurtre d'Illugustadir, et la raison de ce roman cette Agnès représentée comme un stéréotype de femme monstrueuse, l'équivalent de Landru dans notre imaginaire. Hannah Kent est allée à la découverte de cette femme, à percé l'image de sorcière qui colle au nom d'Agnès Magnusdottir ; elle lui a redonné une réalité, a réalisé un fabuleux cheminement pour reconstituer plausiblement sa vie et donner un autre éclairage de sa personnalité. Agnès est une femme aguerrie, caustique, bien instruite du dogme chrétien et de la culture islandaise. Si elle choisit ce tout jeune révérend, c'est parce qu'elle l'a déjà rencontré et reconnu en lui de la magnanimité, c'est aussi parce qu'il écoutera plus qu'il ne sermonnera. Manipulatrice ? Sans aucun doute : un de ses traits sombres, qui lui confère encore plus d'humanité . Adresse de l'auteure qui en même temps suggère qu'il ne lui était pas possible d'être autrement dans cette situation de femme seule, sans protection aucune, pas même celle d'une famille.
A côté d'elle, deux autres portraits de femme : Margret, la maîtresse de la ferme qui l'héberge et Rosa la poétesse. Agnès a toutes les capacités d'une bonne fermière et comme Rosa, qu'elle qualifie de son amie, elle-aussi à ce don de poésie. Bien que non dit clairement, elle à qui Natan avait promis ce poste d'intendante à Illugustadir et qui l'en a flouée, elle qui s'est vue préférer Rosa par Natan, l'homme qu'elle aimait, elle qui se retrouve à épauler Margret, n'éprouve-t-elle pas une sorte d'amertume ? Son attitude est toujours digne, sans soumission et à l'intérieur, elle s'exprime avec une émotion à fleur de peau. C'est cette dualité de sentiments, juste suggérée par l'auteure, qui nous la rend profondément humaine.

Hannah Kent par ce récit, nous fait découvrir un autre « personnage » de second rôle : l'organisation de la Religion, véritable terreau spirituel de la vie sociale. Les Révérends allaient de fermes en fermes pour exercer leur sacerdoce, mais aussi recenser la population, suivre les déplacements des ouvriers, éduquer les populations. Sachant lire, les sagas aussi participaient à l'éducation, à la spiritualité. Les religieux assuraient également - et bien chichement compte tenu de la misère du pays et du nombre d'indigents, d'enfants abandonnés - ce que nous appellerions aujourd'hui l'assistance sociale. Fonder une famille n'était pas facile pour les journaliers, alors comme Agnès, son frère et sa soeur, des petits de six ans ou moins étaient abandonnés aux bons soins de la Paroisse, comme au coin d'un congère, qui apprendrons vite que la pitance se gagne à tout âge, qu'il faut aller d'un lieu à un autre et que la nourriture n'est fourni que s'il y en a . C'est comme cela qu'Agnès a été formée, éduquée : au hasard de ses séjours dans les fermes, celles de cette vallée, surveillée d'un peu loin par les révérends. Et la dernière ferme où elle arrive et celle où elle a vécue son enfance ; étrange boucle !
Personnellement, dans ce roman j'ai plus entendu un portrait de femme, éclairé par le contexte de la société dans laquelle elle vit plutôt qu'un plaidoyer contre la peine de mort. Il y a de la mansuétude et du respect dans le fait de ré-introduire ces condamnés dans la vie des fermes en les accompagnant spirituellement. Certes l'échéance est brutale et inéluctable, mais l'est-elle moins du fond d'une geôle ? Sur ce sujet, décapitation ou guillotine c'est toujours « couper un être vivant en deux » et en Islande, ce dernier barbarisme a eu lieu en 1830.
La technique d'Hanna Kent est totalement maîtrisée (elle donne des cours d'écriture et est cofondatrice d'une revue littéraire). le roman suit une chronologie, ponctuée par les textes officiels, et les différentes voix qui se mêlent. Même si j'apprécie cette technicité, le travail d'investigation minutieux effectué, c'est le style de cette auteure qui m'a complètement enthousiasmée, surtout pour ses envolées lyriques quand Agnès décrit ses émotions, son ressenti, ou dans la description de la nature et des paysages islandais. J'espère une autre oeuvre de cette auteure où elle laissera plus de place à son lyrisme...
Comme certain le chante : « Tout est bon chez elle, y a rien à jeter ... »
Belle découverte d'une auteure pleine de promesses grâce aux Editions Presses de la Cité, et pour moi, grâce à la Masse Critique de Babelio. Merci à eux.
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Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
isajuliaisajulia   18 mai 2014
Nos souvenirs sont aussi mouvants qu'un tas de neige poudreuse en plein vent. Aussi trompeurs qu'une assemblée de fantômes s' interrompant les uns les autres. Seule demeure en moi la certitude que ma réalité n'est pas celle d'autrui. Partager un souvenir, c'est risquer d'entacher ma mémoire des faits. (...) Comme la fine pellicule de glace sur l'eau d'un étang, la vérité est trop fragile pour mériter notre confiance.
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AproposdelivresAproposdelivres   09 novembre 2014
Le 30 mai 1829

A l’attention du sous-révérend Thorvardur Jónsson,

Breidabólstadur, canton de Vesturhóp

Mon révérend,
J’espère que cette lettre vous trouvera bien portant et prospère dans votre paroisse de Vesturhóp.
Tout d’abord, je tiens à vous adresser mes félicitations sincères, quoique tardives, pour l’obtention de votre diplôme dans le sud de l’Islande. Vous êtes un jeune homme zélé, apprécié de vos paroissiens. J’étais ravi d’apprendre que vous aviez regagné le nord du pays sitôt vos études terminées, afin de débuter votre aumônerie sous le contrôle de votre père. Savoir qu’il existe encore dans nos contrées des hommes de valeur prêts à servir Dieu et ses fidèles m’emplit d’une joie immense.
Je vous écris aussi aujourd’hui en ma qualité de commissaire de police pour vous demander une faveur. Comme vous le savez, un crime terrible a récemment endeuillé la vie de notre communauté. Les meurtres haineux commis l’an dernier à Illugastadir me paraissent emblématiques, par leur violence même, de la dépravation et de l’impiété qui règnent dans ce canton. En tant que chef de la police du Húnavatn, je ne peux tolérer le moindre débordement de la part de nos concitoyens. Aussi ordonnerai-je l’exécution des meurtriers dès que la Cour suprême de Copenhague m’en aura donné l’autorisation. C’est dans cette perspective que je viens requérir votre aide, sous-révérend Thorvardur.
Vous avez certainement gardé en mémoire la circulaire que j’ai adressée aux membres du clergé il y a presque dix mois, les informant du double meurtre et les invitant à le condamner avec la plus extrême vigueur auprès de leurs paroissiens. Permettez-moi cependant de revenir sur ces événements – pour que vous en ayez, cette fois, une connaissance plus approfondie.
Dans la nuit du 13 au 14 mars 1828, trois individus ont perpétré un acte abject à l’encontre de deux hommes qui vous étaient peut-être familiers : Natan Ketilsson et Pétur Jónsson. Les corps calcinés de Pétur et de Natan ont été retrouvés à Illugastadir parmi les décombres de la ferme de Natan, dont les bâtiments avaient brûlé pendant la nuit. Un examen attentif des cadavres a permis d’y déceler des blessures manifestement infligées dans l’intention de tuer. Une enquête a été ouverte, suivie d’un procès pour homicides volontaires. Le 2 juillet 1828, les trois suspects – un homme et deux femmes – ont été reconnus coupables par le tribunal du canton, présidé par moi-même, et condamnés à être décapités. Comme le prescrit l’Ancien Testament, « celui qui frappera mortellement un homme sera puni de mort ». Ces condamnations ont été confirmées par le tribunal d’appel, qui s’est réuni à Reykjavík le 27 octobre dernier. Le dossier se trouve actuellement à la Cour suprême de Copenhague, qui entérinera, selon toute vraisemblance, les attendus de mon jugement. Le condamné se nomme Fridrik Sigurdsson. C’est le fils du fermier de Katadalur. Les deux femmes, nommées Sigrídur Gudmundsdóttir et Agnes Magnúsdóttir, sont filles de ferme.
Ces trois individus sont incarcérés dans le nord du pays, et y resteront jusqu’à leur exécution. Fridrik Sigurdsson est détenu à Thingeyrar, sous le contrôle du révérend Jóhann Tómasson. Sigrídur Gudmundsdóttir vient d’être transférée à Midhóp. Nous avions prévu de laisser Agnes Magnúsdóttir en détention à Stóra-Borg jusqu’à son exécution mais, pour des raisons que je n’ai pas le loisir de développer ici, elle sera transférée le mois prochain à Kornsá, dans la vallée de Vatnsdalur. A la suite d’un désaccord avec son directeur de conscience, elle a mis à profit l’un des derniers droits qui lui restent pour réclamer un autre pasteur. Et c’est vous qu’elle a désigné, sous-révérend Thorvardur.
Ce n’est pas sans hésitation que je vous confie cette mission. Je suis conscient que vos responsabilités se sont jusqu’à présent limitées à l’éducation spirituelle des plus jeunes membres de votre paroisse – tâche d’une valeur indiscutable, mais de faible portée politique. Peut-être vous jugerez-vous trop novice pour conduire cette femme vers notre Seigneur et son Infinie Miséricorde. Dans ce cas, je ne m’opposerai pas à votre refus. C’est une charge que j’hésiterais à confier à des pasteurs chevronnés.
Si toutefois vous acceptiez de préparer Agnes Magnúsdóttir à sa rencontre avec le Seigneur, sachez que vous devrez vous rendre régulièrement à Kornsá si les conditions climatiques le permettent. Là, il vous faudra dispenser la parole de Dieu à la condamnée, lui inspirer du repentir et l’amener à accepter la justice des hommes. Ne laissez pas, je vous prie, l’orgueil ou la sympathie – s’il en naissait entre vous et cette femme – guider vos choix. Quoi qu’il arrive, mon révérend, si vous doutez de votre propre jugement, quêtez le mien.
J’attends votre réponse et vous saurais gré de la confier à mon messager.

Le commissaire de police du canton
Björn Blöndal
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Eric75Eric75   16 juin 2014
– Si j'étais jeune et simplette, croyez-vous que la police et les juges auraient pointé le doigt vers moi ? Non. Ils auraient accusé Fridrik. Ils auraient dit qu'il nous dominait, qu'il nous a forcées à tuer Natan pour mettre la main sur sa fortune. Toute la vallée savait que Fridrik rêvait de délester Natan d'une partie de ses biens. Mais quand la police m'a interrogée, quand ils ont compris que j'avais la tête sur les épaules, ça ne leur a pas plu. Femme qui pense n'est jamais tout à fait innocente, vous comprenez ? On ne peut pas lui faire confiance. Voilà la vérité, que ça vous plaise ou non, mon révérend !
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Sophie13Sophie13   14 janvier 2015
« Agnes jeta un regard à la marmite, puis s’affaissa brusquement au sol. Margrét crut d’abord qu’elle avait perdu connaissance – non : elle voulait boire. Penchée au-dessus du faitout, elle y puisait à pleines mains et s’abreuvait avec l’impatience d’une bête à l’étable. L’eau graisseuse coulait sur son menton et dans son cou avant de s’immiscer dans les plis crasseux de sa robe. Sans réfléchir, Margrét plaqua sa main sur le front de la jeune femme et la tira vivement en arrière. Agnes tomba en poussant un cri. L’eau gargouillait encore dans sa bouche de manière si pathétique que Margrét en eut le cœur serré. Les yeux mi-clos, la bouche ouverte, Agnes ressemblait à ceux que la boisson, la maladie ou un deuil trop brutal ont rendus fous. Elle gémit, frotta sa bouche et sa robe du plat de la main, puis elle se dressa sur ses coudes et tenta de se relever.
— J’avais soif.
Margrét poussa un long soupir. Son cœur cognait dans sa poitrine.
— Demandez-moi une tasse, la prochaine fois. »
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celdadouceldadou   28 octobre 2017
je me suis trompée .Ils me condamnent à mort et c'est à un gamin que je demande de m'aider! Un gamin aux cheveux rouges, qui engloutit sa tartine beurrée et trottine jusqu'à son cheval dans son pantalon mouillé.Et c'est lui qui est censé m'apprendre à prier pour mon salut! C'est lui dont j'espère recevoir de l'aide-mais qu'elle aide au juste? Et comment s'y prendra-t-il?Je n'en sais rien.
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