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EAN : 9782072701306
288 pages
Gallimard (04/11/2016)
3.83/5   18 notes
Résumé :
"De la tuerie de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à l'assassinat du père Hamel, le 26 juillet 2016, le terrorisme islamiste a causé la mort de deux cent trente-neuf personnes en France. Et des listes de cibles incitent des "lions solitaires" à continuer le massacre. L'objectif de ces provocations meurtrières est de fracturer la société française par une guerre civile larvée dressant, au nom d'une religion dévoyée, un nouveau prolétariat d'enfants d'immigrés contre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Ce livre est une compilation des chroniques que Gilles Kepel, universitaire spécialiste du monde arabe et parlant l'arabe, a tenues sur France Culture entre les étés 2015 et 2016 sur les événements concernant le monde islamique (sunnite et chiite) et leur répercussion en France, en Europe et dans tout le monde occidental. Elle est précédée d'un prologue qui remet les événements dans une perspective historique et présente notamment ce que l'auteur appelle "la 3eme génération du djihadisme" (initiée dès 2005 par les écrits du prédicateur Abu Musab al-Suri, repris ensuite par le porte-parole de Daech al-Adnani), qui à la différence de la stratégie employée par al-Qaida, s'appuie sur des individus ou des groupes qui agissent sur leur territoire, de façon très autonome et pratiquement sans formation préalable. Précédée en 2012 par les attentats perpétrés à Toulouse par Mohamed Merah, l'année 2016 a hélas fournit plusieurs exemples de mise en oeuvre de cette stratégie. Cette stratégie vise délibérément à pousser les populations occidentales (et tout particulièrement en Europe, identifiée comme le maillon faible de l'Occident) à réagir par la violence, voire des "progroms", à l'égard des musulmans provoquant alors une fracture dans notre société qui permettra à terme le triomphe de l'islam sur les "mécréants". le livre se termine par un épilogue d'une soixantaine de pages qui approfondit certains aspects de la situation en France, en particulier l'accusation d'"islamophobie" qui est adressée à ceux qui tentent d'éclairer le djihadisme par une compréhension historique, politique et sociologique de l'islam, et notamment de sa composante traditionaliste et littéraliste dite "salafiste" qui a pris son essort en Arabie Saoudite et dans les Pays du Golfe. Gilles Kepel dénonce à cet égard l'attitude de certains mouvements (dont le CCIF) qu'il qualifie d'"islamo-gauchistes" qui réfutent le terme de "djihadisme" car il ne s'agit pour eux que d'une réaction d'un peuple colonisé envers son colonisateur. Pour ces mouvements, toute analyse intégrant des paramètres liés d'une façon ou d'une autre à l'islam est jugée "islamophobe", cherchant de cette façon à victimiser tous les musulmans. Bien sûr, Gilles Kepel récuse également tous ceux qui en France (et ils sont nombreux) visent à tirer électoralement parti des attentats pour "montrer du doigt les immigrés ou l'islam de manière à cristalliser un clivage à base ethno-religieuse". Sans tomber dans l'un ou l'autre de ces excès, prônant une analyse réfléchie des mouvements qui secouent aujourd'hui les sociétés islamiques et occidentales, j'ai trouvé ce livre très précieux pour mieux comprendre les évènements tragiques qui ont frappé l'Europe et le Moyen Orient ces deux dernières années.
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Je viens de finir "La Fracture" de Gilles Kepel. La démarche est intéressante. Au milieu, on trouve des chroniques datées de septembre 2015 ("Le djihadisme peut-il être vaincu ?") au 15 juillet 2016 ("Nice, le jour d'après").
A l'heure où les experts plus ou moins douteux se multiplient, GIlles Kepel prend la posture du professeur ou du chercheur. Avec ces chroniques, on retrace l'histoire, on se souvient, par exemple de l'Euro de football, à l'issu duquel l'état d'urgence aurait dû être levé.
Prendre du recul, de la hauteur, par rapport à tout ce qui s'est passé fait du bien.

Au fil des chroniques, l'auteur voyage. On comprend qu'il maîtrise parfaitement bien l'arabe. J'en enfin compris ce qu'était le salafisme. En arabe, "salaf"سلف signifie ancêtre, prédécesseur. Les salafistes sont donc ceux qui appliquent tous les Hadith, c'est-à-dire, toutes les paroles que l'on attribue au prophète et qui ne figurent pas dans le Coran.

Fracture ?
La fracture qui donne le titre au livre est celle prônée par le djihadisme de troisième génération, qui cherche à créer une guerre civile. Heureusement, on n'en n'est pas là, mais son analyse du bruit médiatique estival causé par le burkini est pertinente.
Gilles Kepel revient sur son passage au Bondy Blog, le 5 mai 2016.

Islamophobie ?
A la lecture de l'ouvrage, on a aucun doute sur le fait que Gilles Kepel connait l'Islam, qu'il aime l'Islam, et surtout qu'il a envie d'en parler. Il cherche à briser les tabous, à bien nommer les choses, ce qui dérange et déclenche le couperet à la mode : islamophobe.
Il est sur la même ligne que Boualem Sansal (2084), ou, dans une moindre mesure, Michel Houellebecq (Soumission), à propos de la nécessité d'utiliser le vocabulaire le plus approprié.

La banlieue.
Il est à l'écoute des signaux qui viennent des prisons comme des banlieues. Il nous aide à reconstruire le puzzle à partir de clichés.

Prologue
Avant d'étaler les chroniques hebdomadaire, Gilles Kepel situe le contexte, en résumant plus ou moins son précédent ouvrage "Terreur dans l'hexagone". On y lit de belles phrases, comme celle-ci (page 20) :
"C'est de la mobilisation de la population française dans la totalité de ses composantes que sera trouvé l'antidote du poison qui nous infecte."
Si fin 2015, les actions comme celles de la CTRLsec pouvaient paraître marginales, elle ne le sont plus. Dans la brochure Vigipirate, on lit page 26 "signalez les sites internet et les réseaux sociaux suspects ou faisant l'apologie du terrorisme".

Epilogue
Dans l'épilogue, Gilles Kepel revient longuement sur la vision de la société française par Daesh. Ce schéma listant les cibles par catégorie avait circulé sur les réseaux sociaux. Il amenait à la conclusion, que tout individu français se retrouvait dans une catégorie, voire dans plusieurs (associatif, laïcard ou religieux, universitaire ou écolier, etc, etc...). Il pousse l'analyse de cette représentation très loin.

Et finalement, c'est peut-être l'aspect positif... La société française est multiple, à un tel point qu'il n'est pas possible de la diviser.
Lien : http://zazaa.blogspot.fr/201..
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La fracture du titre fait allusion à ce gouffre au bord duquel se trouve la France depuis la montée en puissance des attentats islamo-fachistes, elle est cette ligne de fracture que Daech tente d'imposer par la sidération de la violence aveugle au monde Occidental en général, et à la France en particulier, entre les citoyens de confession musulmane qui vivent en Occident et les européens non musulmans.

Gilles Kepel a ce formidable talent qui permet de faire saisir à ses lecteurs, la complexité de phénomènes globaux qui font partie de notre environnement et s'imbriquent depuis plusieurs décennies au travers d'enjeux sociologiques et géopolitiques entre lesquels on ne fait a priori aucun lien mais qui convergent vers ce panier de crabes vers lequel les attaques terroristes incessantes de ces dernières années tentent de nous attirer.
Les travaux que l'auteur a entamé sur cette problématique depuis la fin des années '80 servent à établir une grille de lecture pour mieux circonscrire et interpréter les phénomènes religieux et politiques de notre quotidien, à l'échelle nationale et internationale.
La démonstration est claire, le constat est sans appel : que l'on soit homme politique ou simple citoyen, quelles que soient nos obédiences politiques ou religieuses, nous sommes confrontés à un défi qui s'enracine profondément dans nos sociétés et qu'il est de notre devoir à tous de comprendre pour éviter que la déraison fasse le jeu des intégristes fascistes qui honnissent nos modes de vie.
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Il est important de connaître l'adversaire et ce livre y aide par l'analyse de la psychologie des salafistes djihadistes et des stratégies mises en oeuvre par les manipulateurs qui tirent de loi les ficelles. Dans la dernière partie du livre l'auteur livre d'intéressants développements sur le collectif contre l'islamophobie en France – CCIF et sa communication médiatique. (J'ai compris qu'elle est cousue de fils blancs et que ce CCIF marche avec de gros sabots).
En deux lignes l'auteur met en garde, à juste titre, contre l'utilisation politicienne de la fracture qu'il dénonce mais j'aurais souhaité qu'il en dise plus et fasse des propositions constructives, même si cela doit le conduire à sortir de son rôle d'universitaire.
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Ce livre date de 6 ans (2016). Que notre monde a changé depuis !

Depuis cet époque, le paysage politique français a explosé et ce n'est pas fini. La carte mondiale également a bougé tant du côté du monde occidental que de lui des pays musulmans.

Et pourtant, la menace islamiste est toujours présente, le combat pour la représentativité de la population française de confession musulmane fait toujours rage et le décalage entre la sphère des dirigeants français, politiques et hauts fonctionnaires, et la réalité terrain est toujours aussi grande.

Ce livre qui date et est dépassé sur pas mal d'analyse, reste néanmoins un jalon d'une époque.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Nous avons là une boite noire de la pensée. D'un côté, certains interdisent d'analyser de manière critique quoi que ce soit qui advient dans l'slam contemporain, au motif qu'il s'agirait d'une authenticité culturelle inattaquable. D'un autre côté, certains rangent l'ensemble de ces phénomènes sous le vocable de "radicalisation" s'empêchant d'en analyser la complexité. C'est un des défis auxquels on est confronté si l'on veut comprendre ce qui advient depuis l'Etat Islamique jusqu'au Bataclan en passant par l'accueil des migrants dans des pays comme l'Allemagne et la Grèce. Tant que l'on ne mettra pas toutes ces situations à plat, on s'interdira d'interpréter la complexité des phénomènes sociaux et culturels.
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Si certains salafistes qualifient en effet les djihadistes de "chiens de l'enfer" , il reste que le salafisme représente une rupture existentielle en valeurs avec la société "mécréante" et que c'est cette rupture qui fournit son substrat au passage à l'acte .tout le monde ne l'accomplit pas ,mais il est facilité par la lecture littérale, décontextualisée,des Ecritures dont se réclame le salafisme.
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(...) Daech envoie des assassins mettre en oeuvre un djihad sur notre sol pour déstabiliser la société française dans l'objectif de la faire imploser, de susciter en son sein une fracture s'ouvrant jusqu'à une guerre civile, et enfin, dans son fantasme, d'établir un califat islamiste sur ses ruines. (p.111)
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Le djihadisme ne sera éradiqué que si ses bases sociales le sont.
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