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ISBN : 2072790557
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 162 notes)
Résumé :
Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’el... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (76) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  20 août 2018
L'histoire est simple, elle nous plonge comme souvent avec Maylis de Kerangal dans un univers inhabituel, à la fois clos sur lui-même et connecté au reste. Paula, Jonas et Kate se sont rencontrés dans une école de peinture bruxelloise où l'on y apprend la reproduction, le trompe-l'oeil ou le fac-similé, une école comme une porte fermée et ouverte sur l'art. (Est-on artiste quand on est faussaire de la réalité ? Une question comme un écho sur le rapport de la romancière à la fiction ) *.
Les histoires des trois vont se lier et s'entremêler pendant, et après. Mais c'est Paula Karst que la narration nous invite à suivre en prime, au gré d'une écriture virtuose, au vocabulaire musclé, à la fois générale et précise, aux détails fulgurants comme des coups de pinceaux dans le tableau d'une vie. J'ai été happé, bringuebalé, fasciné. Surtout dans la partie bruxelloise, et à la fin, au moment de Lascaux. Un monde à portée de main, celle des coups de pinceaux certes, mais aussi celle d'une écriture intense, vive, aux accents de balade un peu rock, et surtout très classe.
* édit suite à l'écoute tardive de cette vidéo de l'auteure : https://youtu.be/XLPV2V5G9ec
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Piatka
  26 août 2018
Pendant deux ans après un bac terne, Paula a trainassé, d'une année de latence en droit à une prépa aux écoles d'art. Puis déterminée, elle a annoncé à ses parents : « Je vais apprendre les techniques du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion » à l'Institut de la rue du Métal à Bruxelles - parcours chaotique de nombreux jeunes qui cherchent parfois longuement leur voie avant de parvenir à « secouer leur vie ».
Pour une fois, Maylis de Kerangal centre son roman autour d'une jeune femme, Paula, qui partage amitié avec Kate et colocation avec Jonas.
De leurs années d'école à leurs premiers apprentissages puis jobs, le récit dépeint avec justesse et émotion le quotidien, les doutes et les joies de jeunes étudiants artistes d'aujourd'hui. De Paris, Moscou, au fac similé de la grotte de Lascaux, en passant par les studios de Cinecitta, la variété de leurs expériences cadence le roman, évite toute chute de rythme, tout en instruisant le lecteur sur l’art subtil du trompe-l’œil.
Voilà pour le décor. La réalisation du tableau étant confiée à Maylis de Kerangal, le résultat au terme de 285 pages est époustouflant. Qu'il s'agisse du style, du choix extrêmement précis des mots, de leurs associations souvent si originales, de la qualité de la documentation, jusqu'au nom de l'héroïne Paula Karst dont je vous laisse découvrir la signification au terme du roman si vous ne la connaissez pas, tout semble ici magistralement maitrisé.
J'ai retrouvé avec jubilation le talent intact de l'auteur de Réparer les vivants : une intrigue resserrée autour d'un thème, une écriture précise et cadencée qui énonce autant qu'elle suggère. En résumé : une oeuvre de fiction originale et très réussie !
« Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est sensé produire. »
Remplacer le mot trompe-l'oeil par le mot roman et laisser agir l'effet de l'illusion...un monde est à portée de main.
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Archie
  13 septembre 2018
Mon embarras est grand ! Maylis de Kerangal est une femme de lettres brillante. Je reconnais objectivement que l'écriture d'Un monde à portée de main est une performance littéraire, peut-être même une prouesse. A sa lecture, je suis pourtant resté… de marbre, sans émotion. Aussi froid que tous ces marbres dont les personnages du livre savent si bien reproduire l'apparence.
L'auteure s'est immergée dans le monde de la peinture en décor, du trompe-l'oeil, de la fabrication de l'illusion. Un monde professionnel où l'on reproduit à la main, en deux dimensions, ce que l'oeil perçoit en trois dimensions, et même plus, car il s'agit aussi de prendre en compte les patines du temps, du vieillissement, ainsi que les marques d'agression ou d'usure par les éléments, l'eau, le feu, les intempéries, les chocs, les frottements... Un métier d'art qui exige des savoir-faire multiples, transmis par apprentissage et assimilés par l'expérience. Celles et ceux qui les ont acquis peuvent imiter l'aspect d'un matériau et d'un végétal, donner l'illusion d'un relief et d'une perspective, redonner sa jeunesse à une fresque et à une oeuvre d'art ancienne. Des faussaires de génie !
Le travail ne supporte pas l'imperfection et nécessite une minutie infinie. Ce n'est pas sans répercussion sur le mental de femmes et d'hommes, qui utilisent autant leur cerveau que leur main. Paula, Jonas et Kate sont enterrés vivants dans un métier dont leurs proches ne saisissent pas la noblesse, ni même la portée ou la complexité. Ils passent d'un chantier à l'autre et semblent perdus dès lors qu'ils ont des moments de liberté.
Le travail littéraire effectué par Maylis de Kerangal se compare à celui de ces façonniers de l'impossible, de ces besogneux sublimes noyés dans le détail d'exécution. Elle travaille avec la même implication, mais son domaine, ce sont les textes, les phrases et les mots. Elle analyse tout, répertorie tout, dans les moindres détails, sans rien laisser de côté.
Le résultat est un documentaire intéressant. Mon activité professionnelle m'a parfois amené à côtoyer ces artisans, ces artistes – je ne sais comment les dénommer –, sur un chantier de monument historique, de résidence ou d'hôtel de luxe, dans un studio de cinéma ou dans un parc d'attraction. Leur approche diffère suivant les lieux. Leur démarche intellectuelle et manuelle est toujours impressionnante. Leur solitude est souvent à la mesure de leur concentration mentale.
Dans son précédent roman, l'excellent Réparer les vivants, le style de Maylis de Kerangal était aiguisé comme un bistouri, sec comme un geste chirurgical. Une écriture qui s'accommodait bien d'une histoire de greffe d'organe, course contre la montre depuis la mort cérébrale d'un donneur jusqu'au réveil du greffé. Un parcours aussi délicat humainement que techniquement, où toutes les tâches devaient être effectuées très rapidement et sans erreur, ce qui donnait au livre le caractère dramatique et émotionnel d'un thriller.
Dans Un monde à portée de main, les énumérations sans fin et répétées d'outils, de couleurs, de pâtes, de bois, de marbres, et j'en passe, m'ont assommé… Elles relèguent au second plan la pâle intrigue amoureuse censée donner un caractère romanesque au livre.
A Lascaux, où elle oeuvre à un « fac-similé ultime », Paula s'est demandé « si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder ». J'ai pensé à Michel Legrand et aux « chansons qui meurent aussitôt qu'on les oublie ». Parallèle entre peinture et musique. Les peintres en décor sont-ils des créateurs ? Sont-ils des interprètes ?
Dans la grotte de Lascaux IV, Paula préfère oublier le présent. Son esprit se fond dans la grotte de Lascaux tout court, parmi d'autres peintres en décor, dont juste vingt mille ans la séparent…
Moi aussi, je préfère oublier.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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latina
  31 octobre 2018
Bienvenue dans le monde du trompe-l'oeil !
En tout cas, j'espère que vous vous plairez autant que moi dans ce temple de l'illusion qui malgré tout trouve toujours des raccords avec la réalité, actuelle ou d'un autre âge.
Quel plaisir de suivre ces étudiants en « peinture en décor » dans l'école de la rue du Métal, à Bruxelles, « une maison de conte, cramoisie, vénérable, à la fois fantastique et repliée » !
Quelle jouissance de suivre mot à mot la description des tons qu'ils vont utiliser, de leurs mélanges, de leurs coups de pinceau, et au-delà, de leurs rêves.
Vraiment, chaque phrase pour moi a été un régal, et je pèse mes mots : j'ai apprécié par tous les pores ce roman sensuel par excellence, visuel, tactile, onctueux.
Roman plein d'imagination aussi, d'envol vers d'autres contrées, d'autres temps. Car lorsque Paula Karst, la jeune peintre faussaire, peint des marbres ou des bois, elle rejoint la matière et les conditions de leur création.
« Les faussaires travaillent à creuser des trous dans la réalité, des passages, des tunnels, des galeries »
Que ce soit sous le ciel gris de la Belgique ou dans les brumes de chaleur de Rome et sa Cinnecita, que ce soit dans les tentures cramoisies du salon d'Anna Karénine à Moscou ou à Lascaux lors de l'édification de « Lascaux IV », Paula s'investit tout entière, se fond, s'annihile dans l'instant créateur et par là rejoint l'éternité.
N'oublions pas qu'il faut vivre, il faut manger, il faut gagner sa croûte, comme on dit prosaïquement.
Après ce temps béni des quelques mois d'études à l'école de peinture de Bruxelles (et là, Maylis de Kérangal nous relate des faits réels, l'école van der Kelen – Logelain est une institution réputée), Paula et ses deux amis, Jonas et Kate, se lancent à l'assaut des chantiers dans toute l'Europe. La complicité créée lors de l'apprentissage se recompose à des moments précis où chacun raconte son corps-à-corps avec la matière.
C'est un roman gourmand, qui s'enracine dans la matière pour mieux s'en détacher. Difficile de me faire comprendre autrement que par ces mots...J'ai vécu, littéralement, ma lecture ; je m'en suis repue, j'ai absorbé toutes ses strates.
Art, psychologie, profondeur, couleurs, senteurs : ce roman est un coup de pinceau magistral et m'a présenté le monde à portée de main.
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montmartin
  22 août 2018
Nous suivons dans ce roman une jeune femme Paula, une fille moyenne, protégée, assez glandeuse mais qui a l'idée de secouer sa vie.
Le récit commence à l'école de peinture de Bruxelles, où Paula est venue apprendre la technique du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion. Un recrutement hétéroclite, des étudiants sans le sou et des filles au sang bleu, élevées dans des instituts privés. Elle va se lier d'amitié avec Kate et Jonas. Jonas, son coloc dans un appartement vaste mais mal chauffé, un élève doué. Il s'agit seulement d'habiter ensemble mais ils n'aiment pas que d'autres se glissent entre eux. Kate elle, fait partie de ces filles qui agrandissent l'espace.
Maylis de Kerangal nous raconte cet apprentissage, lever à six heures, coucher à minuit, loin des réseaux sociaux. Une vie d'ascèse pour acquérir la technique du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion. Paula va faire connaissance avec son corps, la pratique est atelier est physique, une charge de travail violente d'autant plus que jusque là elle n'a que peu épuisé sa jeune personne. Elle s'accroche, écoute, note.
Après cette formation, les routes des trois amis se séparent, Kate galère à Glasgow, tandis que Jonas est débordé. Paula enchaîne des chantiers modestes s'assurant une autonomie matérielle fragile mais réelle. Elle est devenue vulnérable, elle méconnaît sa solitude, accumule les coups de coeur de forte intensité qui flambent comme des feux de paille sans laisser de trace. Un contrat de quelques mois va emmener Paula dans les studios cinématographiques de Cinecitta. Maylis de Kerangal nous fait pénétrer dans ce monde de faux-semblants où tout est factice.
C'est un appel de Jonas qui va l'envoyer sur le chantier de la construction de la réplique de la grotte de Lascaux et une fois de plus l'écriture de Maylis de Kerangal fait merveille pour nous décrire ce travail de copiste et surtout la fabuleuse histoire de cette cathédrale préhistorique, de sa découverte à son exploitation mercantile, justifiant une fermeture actée par André Malraux pour sauver ce patrimoine exceptionnel. Paula va se retrouver dans le lieu de la peinture originelle en lien direct avec les premiers artistes de l'humanité.
Difficile d'exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman. C'est une impression de beauté, beauté de l'écriture, comme un peintre Maylis de Kerangal nous fait entrer par petites touches précises dans le monde de la peinture, elle s'approprie les termes spécialisés, les techniques, tout est précis, détaillé. Mais l'auteur sait aussi peindre les sentiments, l'amitié et l'amour. Je n'ai pas trouvé la lecture de ce livre facile, je pense qu'il faut le lire doucement pour en apprécier toute la grâce.
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critiques presse (10)
LaPresse   26 octobre 2018
Elle a su rendre passionnants le récit d'une transplantation cardiaque ou celui de la construction d'un pont. Mais la manière Maylis de Kerangal, qui avance dans ses histoires sans jamais regarder en arrière, et son écriture toujours aussi foudroyante que précise, semble avoir frappé un mur avec Un monde à portée de main.
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LaCroix   14 septembre 2018
Maylis de Kerangal invite à regarder différemment le monde et la place que chacun tente d’y trouver, retraçant les années de formation de trois adolescents.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Bibliobs   10 septembre 2018
Pour la romancière, c'est l'occasion de nous présenter un métier, dans ses aspects les plus techniques, mais aussi de livrer une sorte d'autoportrait de l'écrivain en artisan, voire en «faussaire» attaché à imiter le réel et le monde pour nous les mettre sous les yeux.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro   07 septembre 2018
L'auteur de "Réparer les vivants" publie un nouveau roman passionnant, mais ardu.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   03 septembre 2018
A travers la métamorphose de Paula, l'auteure nous entraîne dans le monde de l'illusion et de la re-création.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   27 août 2018
Vivante, la phrase de Maylis de Kerangal l’est intensément, qui embrasse la technique et le poétique, le sensible et l’intellectuel, qui incorpore le parler d’une fille d’aujourd’hui à une langue superbe mais jamais grandiloquente.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox   27 août 2018
Un roman fort, qui nous interroge sur la représentation du monde et sur la quête de vérité. Une nouvelle étape dans la construction de son œuvre.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs   24 août 2018
Quatre ans après «Réparer les vivants», Maylis de Kerangal raconte l'éducation sentimentale et professionnelle d'une jeune peintre en décor. Entre les lignes apparaît, comme dans un trompe-l'œil, l'autoportrait très stylé d'une romancière très secrète.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Telerama   24 août 2018
Paula a un nom qui claque et l’énergie de la jeunesse. Etudiante, elle peint des décors en trompe-l’œil… tableaux d’où affleure la vérité. Un superbe roman.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeSoir   20 août 2018
Ses deux romans précédents, "Naissance d’un pont" et "Réparer les vivants", auraient pu sombrer sous le poids de l’information. Les vertus d’une écriture souple et vivante avaient épargné ce défaut à ses lecteurs. Elle renouvelle la performance dans "Un monde à portée de main".
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
EveduChambonEveduChambon   09 décembre 2018
Rue du Métal, elle aurait dosé sur sa palette du vert anglais, du bleu outremer, du brun Van Dyck, de l'ocre et du noir, elle aurait respecté chaque étape, "moutonné" son fond, réalisé la ronce en usant d'une veinette qu'elle aurait chargée de noir, d'ocre et de vert, puis elle aurait fondu les veines avec un pinceau plat et adouci le tout à la queue de morue, exécuté un glaçage à l'huile, mais ici, retenant la leçon du Charlatan, elle procède différemment, préfère atténuer l'ensemble, donner l'impression des lits de mica et du microplissement de la roche en forme d'amande qui caractérisent ce marbre cristallin, clair, aux reflets - les chlorites.
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PiatkaPiatka   21 août 2018
Elle n’est pas en mesure de réaliser que la précarité est devenue la condition de son existence et l’instabilité son mode de vie, elle ignore à quel point elle est devenue vulnérable, et méconnaît sa solitude. Certes, elle rencontre des gens, oui, beaucoup, la liste de ses contacts s’allonge dans son smartphone, son réseau s’épaissit, mais prise dans un rapport économique où elle est sommée de satisfaire une commande contre un salaire d’une part, engagée sur des chantiers à durée limitée d’autre part, elle ne crée pas de relations qui durent, accumule les coups de coeur de forte intensité qui flambent comme des feux de paille sans laisser de trace, désagrégés en quelques semaines, chaleur et poussière.
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PiatkaPiatka   22 août 2018
La suite du film était sous-marine, abyssale, mythologique : Kate flottait à dix mètres au-dessus d’une baleine à bosse qui louvoyait lentement dans un volume de cathédrale, s’effaçait dans l’épaisseur bleue, puis resurgissait plus tard d’une autre direction, ténébreuse et massive. (..)
L’animal habitait l’océan de toutes ses dimensions, allait et venait dans un grand calme, sa présence révélant un monde sans coupure, une continuité fluide où tout coexistait - le royaume du temps. Parfois, la baleine remontait à la surface, et son dos occupait soudain l’intégralité du champ de vision de Kate qui ne s’affolait pas, observait les consignes, se contentait de remuer les jambes palmes jointes dans un devenir sirène.
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PiatkaPiatka   24 juin 2018
Paula s'avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c'est le grain de la peinture qu'elle éprouve. Elle s'approche tout près, regarde : c'est bien une image. Etonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l'illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu'elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu'un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture.
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julienleclerc45julienleclerc45   24 août 2018
Le jour est tombé, il fait noir, Paula branche un halogène pour continuer à peindre. À l’intérieur de la chambre, la fenêtre s’est changée en miroir, quand depuis l’extérieur c’est une lucarne éclairée dans la nuit, le diorama d’un métier, le cinéma d’un petit chantier, et il y a fort à parier que la grosse tourterelle, la vieille dame chauve et la lycéenne, chacune à son étage, soient revenues se poster derrière leur carreau, les yeux braqués sur la silhouette de l’héroïne, parfaitement cadrée, droite, sûre, dressée en équilibre au sommet de l’escabeau, comme au centre d’un cerceau de feu, et ce quelque chose de ferme qui la couronne, cette détermination perceptible jusque dans son ombre portée, où la queue-de-cheval, énorme, paraît bouger à peine, où la tête dans un jeu de perspectives semble toucher le plafond, soutenir le jeune ciel comme une caryatide, sûrement que toutes trois sont restées là jusqu’à ce que Paula subitement s’arrête, éteigne la lumière et referme la porte, la scène engloutie d’un coup dans l’obscurité.
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Videos de Maylis de Kerangal (71) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Maylis de Kerangal
Retour sur la 14e édition de Lire en Poche, autour de la thématique "Emotions fortes", parrainée par Maylis de Kerangal. 12-13-14 octobre 2018 Un film de Raphaël Petit
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