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ISBN : 2072790557
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 99 notes)
Résumé :
Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’el... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  20 août 2018
L'histoire est simple, elle nous plonge comme souvent avec Maylis de Kerangal dans un univers inhabituel, à la fois clos sur lui-même et connecté au reste. Paula, Jonas et Kate se sont rencontrés dans une école de peinture bruxelloise où l'on y apprend la reproduction, le trompe-l'oeil ou le fac-similé, une école comme une porte fermée et ouverte sur l'art. (Est-on artiste quand on est faussaire de la réalité ? Une question comme un écho sur le rapport de la romancière à la fiction ) *.
Les histoires des trois vont se lier et s'entremêler pendant, et après. Mais c'est Paula Karst que la narration nous invite à suivre en prime, au gré d'une écriture virtuose, au vocabulaire musclé, à la fois générale et précise, aux détails fulgurants comme des coups de pinceaux dans le tableau d'une vie. J'ai été happé, bringuebalé, fasciné. Surtout dans la partie bruxelloise, et à la fin, au moment de Lascaux. Un monde à portée de main, celle des coups de pinceaux certes, mais aussi celle d'une écriture intense, vive, aux accents de balade un peu rock, et surtout très classe.
* édit suite à l'écoute tardive de cette vidéo de l'auteure : https://youtu.be/XLPV2V5G9ec
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Piatka
  26 août 2018
Pendant deux ans après un bac terne, Paula a trainassé, d'une année de latence en droit à une prépa aux écoles d'art. Puis déterminée, elle a annoncé à ses parents : « Je vais apprendre les techniques du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion » à l'Institut de la rue du Métal à Bruxelles - parcours chaotique de nombreux jeunes qui cherchent parfois longuement leur voie avant de parvenir à « secouer leur vie ».
Pour une fois, Maylis de Kerangal centre son roman autour d'une jeune femme, Paula, qui partage amitié avec Kate et colocation avec Jonas.
De leurs années d'école à leurs premiers apprentissages puis jobs, le récit dépeint avec justesse et émotion le quotidien, les doutes et les joies de jeunes étudiants artistes d'aujourd'hui. De Paris, Moscou, au fac similé de la grotte de Lascaux, en passant par les studios de Cinecitta, la variété de leurs expériences cadence le roman, évite toute chute de rythme, tout en instruisant le lecteur sur l’art subtil du trompe-l’œil.
Voilà pour le décor. La réalisation du tableau étant confiée à Maylis de Kerangal, le résultat au terme de 285 pages est époustouflant. Qu'il s'agisse du style, du choix extrêmement précis des mots, de leurs associations souvent si originales, de la qualité de la documentation, jusqu'au nom de l'héroïne Paula Karst dont je vous laisse découvrir la signification au terme du roman si vous ne la connaissez pas, tout semble ici magistralement maitrisé.
J'ai retrouvé avec jubilation le talent intact de l'auteur de Réparer les vivants : une intrigue resserrée autour d'un thème, une écriture précise et cadencée qui énonce autant qu'elle suggère. En résumé : une oeuvre de fiction originale et très réussie !
« Le trompe-l'oeil est la rencontre d'une peinture et d'un regard, il est conçu pour un point de vue particulier et se définit par l'effet qu'il est sensé produire. »
Remplacer le mot trompe-l'oeil par le mot roman et laisser agir l'effet de l'illusion...un monde est à portée de main.
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Archie
  13 septembre 2018
Mon embarras est grand ! Maylis de Kerangal est une femme de lettres brillante. Je reconnais objectivement que l'écriture d'Un monde à portée de main est une performance littéraire, peut-être même une prouesse. A sa lecture, je suis pourtant resté… de marbre, sans émotion. Aussi froid que tous ces marbres dont les personnages du livre savent si bien reproduire l'apparence.
L'auteure s'est immergée dans le monde de la peinture en décor, du trompe-l'oeil, de la fabrication de l'illusion. Un monde professionnel où l'on reproduit à la main, en deux dimensions, ce que l'oeil perçoit en trois dimensions, et même plus, car il s'agit aussi de prendre en compte les patines du temps, du vieillissement, ainsi que les marques d'agression ou d'usure par les éléments, l'eau, le feu, les intempéries, les chocs, les frottements... Un métier d'art qui exige des savoir-faire multiples, transmis par apprentissage et assimilés par l'expérience. Celles et ceux qui les ont acquis peuvent imiter l'aspect d'un matériau et d'un végétal, donner l'illusion d'un relief et d'une perspective, redonner sa jeunesse à une fresque et à une oeuvre d'art ancienne. Des faussaires de génie !
Le travail ne supporte pas l'imperfection et nécessite une minutie infinie. Ce n'est pas sans répercussion sur le mental de femmes et d'hommes, qui utilisent autant leur cerveau que leur main. Paula, Jonas et Kate sont enterrés vivants dans un métier dont leurs proches ne saisissent pas la noblesse, ni même la portée ou la complexité. Ils passent d'un chantier à l'autre et semblent perdus dès lors qu'ils ont des moments de liberté.
Le travail littéraire effectué par Maylis de Kerangal se compare à celui de ces façonniers de l'impossible, de ces besogneux sublimes noyés dans le détail d'exécution. Elle travaille avec la même implication, mais son domaine, ce sont les textes, les phrases et les mots. Elle analyse tout, répertorie tout, dans les moindres détails, sans rien laisser de côté.
Le résultat est un documentaire intéressant. Mon activité professionnelle m'a parfois amené à côtoyer ces artisans, ces artistes – je ne sais comment les dénommer –, sur un chantier de monument historique, de résidence ou d'hôtel de luxe, dans un studio de cinéma ou dans un parc d'attraction. Leur approche diffère suivant les lieux. Leur démarche intellectuelle et manuelle est toujours impressionnante. Leur solitude est souvent à la mesure de leur concentration mentale.
Dans son précédent roman, l'excellent Réparer les vivants, le style de Maylis de Kerangal était aiguisé comme un bistouri, sec comme un geste chirurgical. Une écriture qui s'accommodait bien d'une histoire de greffe d'organe, course contre la montre depuis la mort cérébrale d'un donneur jusqu'au réveil du greffé. Un parcours aussi délicat humainement que techniquement, où toutes les tâches devaient être effectuées très rapidement et sans erreur, ce qui donnait au livre le caractère dramatique et émotionnel d'un thriller.
Dans Un monde à portée de main, les énumérations sans fin et répétées d'outils, de couleurs, de pâtes, de bois, de marbres, et j'en passe, m'ont assommé… Elles relèguent au second plan la pâle intrigue amoureuse censée donner un caractère romanesque au livre.
A Lascaux, où elle oeuvre à un « fac-similé ultime », Paula s'est demandé « si les peintures continuaient d'exister quand il n'y avait plus personne pour les regarder ». J'ai pensé à Michel Legrand et aux « chansons qui meurent aussitôt qu'on les oublie ». Parallèle entre peinture et musique. Les peintres en décor sont-ils des créateurs ? Sont-ils des interprètes ?
Dans la grotte de Lascaux IV, Paula préfère oublier le présent. Son esprit se fond dans la grotte de Lascaux tout court, parmi d'autres peintres en décor, dont juste vingt mille ans la séparent…
Moi aussi, je préfère oublier.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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montmartin
  22 août 2018
Nous suivons dans ce roman une jeune femme Paula, une fille moyenne, protégée, assez glandeuse mais qui a l'idée de secouer sa vie.
Le récit commence à l'école de peinture de Bruxelles, où Paula est venue apprendre la technique du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion. Un recrutement hétéroclite, des étudiants sans le sou et des filles au sang bleu, élevées dans des instituts privés. Elle va se lier d'amitié avec Kate et Jonas. Jonas, son coloc dans un appartement vaste mais mal chauffé, un élève doué. Il s'agit seulement d'habiter ensemble mais ils n'aiment pas que d'autres se glissent entre eux. Kate elle, fait partie de ces filles qui agrandissent l'espace.
Maylis de Kerangal nous raconte cet apprentissage, lever à six heures, coucher à minuit, loin des réseaux sociaux. Une vie d'ascèse pour acquérir la technique du trompe-l'oeil, l'art de l'illusion. Paula va faire connaissance avec son corps, la pratique est atelier est physique, une charge de travail violente d'autant plus que jusque là elle n'a que peu épuisé sa jeune personne. Elle s'accroche, écoute, note.
Après cette formation, les routes des trois amis se séparent, Kate galère à Glasgow, tandis que Jonas est débordé. Paula enchaîne des chantiers modestes s'assurant une autonomie matérielle fragile mais réelle. Elle est devenue vulnérable, elle méconnaît sa solitude, accumule les coups de coeur de forte intensité qui flambent comme des feux de paille sans laisser de trace. Un contrat de quelques mois va emmener Paula dans les studios cinématographiques de Cinecitta. Maylis de Kerangal nous fait pénétrer dans ce monde de faux-semblants où tout est factice.
C'est un appel de Jonas qui va l'envoyer sur le chantier de la construction de la réplique de la grotte de Lascaux et une fois de plus l'écriture de Maylis de Kerangal fait merveille pour nous décrire ce travail de copiste et surtout la fabuleuse histoire de cette cathédrale préhistorique, de sa découverte à son exploitation mercantile, justifiant une fermeture actée par André Malraux pour sauver ce patrimoine exceptionnel. Paula va se retrouver dans le lieu de la peinture originelle en lien direct avec les premiers artistes de l'humanité.
Difficile d'exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman. C'est une impression de beauté, beauté de l'écriture, comme un peintre Maylis de Kerangal nous fait entrer par petites touches précises dans le monde de la peinture, elle s'approprie les termes spécialisés, les techniques, tout est précis, détaillé. Mais l'auteur sait aussi peindre les sentiments, l'amitié et l'amour. Je n'ai pas trouvé la lecture de ce livre facile, je pense qu'il faut le lire doucement pour en apprécier toute la grâce.
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lucia-lilas
  09 octobre 2018
Madame de Kerangal,
Je viens de finir votre livre et pour tout vous dire, je l'ai trouvé d'une très grande beauté.
Je l'ai commencé un soir alors que j'avais une grosse journée derrière moi. Et dès la première page, je l'ai refermé. Pourquoi ? Parce que cette première page - celle qui décrit Paula descendant l'escalier - je l'ai trouvée tellement parfaite dans cette espèce de mimétisme génial entre ce que l'on nomme communément le fond et la forme que je me devais d'attendre d'être plus reposée pour en apprécier toute la splendeur. Car Paula Karst, on la VOIT dévaler les marches : votre phrase mime si magnifiquement ce mouvement, le long d'un escalier en colimaçon - j'ai vu ça comme ça - qu'on sent jusqu'à l'air qu'elle déplace. Elle est là, à portée de main, elle aussi. Quel magnifique portrait de personnage ! Une page et tout y est.
Et le lendemain, je me suis laissée aller au plaisir, à l'éblouissement. J'avais aimé (j'allais dire, comme tout le monde) Réparer les vivants, mais là, Madame de Kerangal, votre écriture a encore gagné en maturité : vos phrases sont amples, rythmées, sensuelles et généreuses. Elles donnent, se donnent, s'offrent à ceux qui comme moi s'en délectent.
Je ne connais guère d'auteurs contemporains qui aient une plume aussi somptueuse que la vôtre. Je relis peu de livres, sauf quelques « classiques » triés sur le volet, mais le vôtre, je l'ai relu, par gourmandise, et je le relirai encore.
Je parle beaucoup de l'écriture - c'est mon dada - mais si vous le voulez, abordons le sujet que vous avez choisi, il vous va si bien...et je dirai plus loin pourquoi…
Vous devez connaître les jeunes adultes pour en parler comme vous le faites, vous exprimez si bien leurs gestes, leurs mimiques, leurs tics et leurs trucs. Combien de fois je me suis exclamée : « c'est vraiment ça ! », reconnaissant les jeunes qui m'entourent au quotidien. J'avoue aussi m'être projetée dans les haussements de sourcil du père découvrant d'un air toujours un peu étonné les nouvelles inventions de sa fille. En effet, Paula, l'héroïne, décide, après avoir tenté quelques expériences post-bac, de se lancer dans des études d'art, enfin plus exactement de copiste : elle veut apprendre à recopier la nature, à peindre des décors en trompe-l'oeil. Créer l'illusion. Reproduire le réel à la perfection de façon à ce que l'oeil se méprenne, fasse fausse route avant de rétablir la vérité. le marbre cerfontaine, l'écorce du tulipier, l'écaille de la tortue. Paula doit être capable de tout reproduire et il va lui falloir se soumettre à un travail acharné et à une discipline de fer pour atteindre la perfection. En sera-t-elle capable ? Elle s'est inscrite dans une école rue du Métal à Bruxelles et très vite, elle songe à abandonner. Travailler debout pendant des heures en respirant des odeurs de térébenthine : un cauchemar ! C'est son coloc Jonas qui va lui faire comprendre que pour peindre les choses, il ne suffit pas de les voir, il faut les connaître, intimement, les incorporer : « Apprendre à imiter le bois, c'est « faire histoire avec la forêt », « établir une relation », « entrer en rapport ». Il lui faut, pour accéder à l'essence des choses, au coeur de ce qu'elle peint, être sensible à « la vitesse du frêne » à « la mélancolie de l'orme », à « la paresse du saule blanc ». Ce sera pour elle la seule façon d'accéder à ce monde magnifique et de découvrir toute la beauté et la vérité de ce qui est là, à portée de main...
L'art du trompe-l'oeil n'a plus aucun secret pour vous, Madame de Kerangal : vos mots et vos phrases rendent si bien les mouvements, les attitudes, les corps et les matières que l'on s'y tromperait. Vos phrases ont en elles la forme du réel, le rythme du monde et la syntaxe de la vie. Elles nous ont même donné la clef d'un univers auquel nous n'avions pas accès bien qu'il soit là, sous nos yeux. C'est toute la puissance de la littérature, celle de nous permettre de voir, par le biais de la fiction, ce qui est là, près de nous, mais que nous ne voyons pas.
Nous avons besoin qu'un magicien nous ouvre avec ses mots la voie vers ce monde qui est le nôtre.
Merci, Madame de Kerangal, de nous enchanter ainsi !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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critiques presse (9)
LaCroix   14 septembre 2018
Maylis de Kerangal invite à regarder différemment le monde et la place que chacun tente d’y trouver, retraçant les années de formation de trois adolescents.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Bibliobs   10 septembre 2018
Pour la romancière, c'est l'occasion de nous présenter un métier, dans ses aspects les plus techniques, mais aussi de livrer une sorte d'autoportrait de l'écrivain en artisan, voire en «faussaire» attaché à imiter le réel et le monde pour nous les mettre sous les yeux.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro   07 septembre 2018
L'auteur de "Réparer les vivants" publie un nouveau roman passionnant, mais ardu.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   03 septembre 2018
A travers la métamorphose de Paula, l'auteure nous entraîne dans le monde de l'illusion et de la re-création.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeMonde   27 août 2018
Vivante, la phrase de Maylis de Kerangal l’est intensément, qui embrasse la technique et le poétique, le sensible et l’intellectuel, qui incorpore le parler d’une fille d’aujourd’hui à une langue superbe mais jamais grandiloquente.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox   27 août 2018
Un roman fort, qui nous interroge sur la représentation du monde et sur la quête de vérité. Une nouvelle étape dans la construction de son œuvre.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs   24 août 2018
Quatre ans après «Réparer les vivants», Maylis de Kerangal raconte l'éducation sentimentale et professionnelle d'une jeune peintre en décor. Entre les lignes apparaît, comme dans un trompe-l'œil, l'autoportrait très stylé d'une romancière très secrète.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Telerama   24 août 2018
Paula a un nom qui claque et l’énergie de la jeunesse. Etudiante, elle peint des décors en trompe-l’œil… tableaux d’où affleure la vérité. Un superbe roman.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeSoir   20 août 2018
Ses deux romans précédents, "Naissance d’un pont" et "Réparer les vivants", auraient pu sombrer sous le poids de l’information. Les vertus d’une écriture souple et vivante avaient épargné ce défaut à ses lecteurs. Elle renouvelle la performance dans "Un monde à portée de main".
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   12 octobre 2018
C'est l'été. Le soleil crée au fond de la rivière des ombres qui bougent, des losanges qui se froment et se déforment, ondulent, calamistrent le sable, les pierres, les mousses. Paula entre dans l'eau douce, écarte de la main les herbes longues et fibreuses que le courant peigne à l'horizontale. Une bête vivante se déplace là, sous la surface, une bête kaki, mouchetée de noir, de gris et d'or. Sa peau a pris l'aspect de la rivière, de son mouvement, de sa lumière ; la créature s'y déplace, camouflée. Paula lève les yeux au-dessus de la surface pour suivre le vol d'une libellule bleu métallisé qui disparaît dans les ajoncs, puis elle scrute de nouveau le fonds de l'eau, mais la créature a disparu. N'a peut-être jamais existé. C'est un trompe-l'oeil, pense Paula qui renverse la tête dans le soleil. Rien ne passe ici que la rivière elle-même. Puis elle dérive en nage indienne vers la mangrove, se tourne sur le dos, flotte dans le courant, bientôt approche de la berge, elle a de l'eau jusqu'à la taille, ses pieds glissent sur les cailloux. Soudain la créature est là, réapparue, à moins d'un mètre d'elle. Paula tressaille : une tortue - mais la rivière n'est-elle pas le lieu de tous les reflets, de tous les miroitements ? Elle plonge, et ce n'est pas une illusion, c'est bien une imbracata aux écailles changeantes qui nage avec elle les yeux ouverts.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   08 octobre 2018
...Paula commence à peindre, condense en un seul geste la somme des récits et la somme des images, un mouvement ample comme un lasso et précis comme une flèche, car l'écaille de la tortue contient à présent bien autre chose qu'elle-même, ramasse les genoux écorchés d'une fillette de cinq ans, le danger, une île au fond du Pacifique, le bruit d'un œuf qui se lézarde, la vanité d'un roi, un marin portugais qui croque un rat, la chevelure ondoyante d'une actrice de cinéma, un écrivain à la pêche, la masse du temps et sous des langes brodés, un bébé royal endormi au fond d'une carapace comme dans un nid fabuleux.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   08 octobre 2018
Octobre, les bois. Sensation d'entrer dans une pénombre que trouent çà et là des puits de lumière, dans un espace acoustique que traversent, harmonieux ou dissonants, d'autres corps et d'autres voix. D'autres langues aussi, et celle que l'on parle dans l'atelier est une langue inconnue que Paula doit apprendre...elle engrange les mots tel un trésor de guerre, tel un vivier, troublée d'en deviner la profusion - comme une main plonge à l'aveugle dans un sac sans jamais en sentir le fond -, tandis qu'elle nomme les arbres et les pierres, les racines et les sols, les pigments et les poudres, les pollens, les poussières, tandis qu'elle apprend à distinguer, à spécifier puis à user de ces mots pour elle-même, si bien que ce carnet prendra progressivement valeur d'attelle et de boussole : à mesure que le monde glisse, se double, se reproduit, à mesure que la fabrique de l'illusion s'accomplit, c'est dans le langage que Paula situe ses points d'appui, ses points de contact avec la réalité.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   08 octobre 2018
[...] vient le temps des marbres...Les noms merveilleux se durcissent, ils imposent des codes de représentation stricts, un système de conventions, une syntaxe et un vocabulaire aussi rigoureux que ceux d'une langue. [...] vert de Polcevera, mischio de San Siro, albâtre du mont Gazzo. Peindre les marbres, c'est se donner une géographie...
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Cathy74Cathy74   07 octobre 2018
Le lendemain la fatigue se retourne, elle devient le portant des jours, Paula monte en puissance. La fin des marbres la redresse, le dos, la tête, les épaules, quelque chose de plus aguerri émane d'elle, qui n'est rien autre qu'une aptitude à l'échec, un consentement à la chute et un désir de relance.
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? Sortie le 17 octobre En co-éditions avec Editions Radio France et Éditions de L'Iconoclaste
Plus d'info https://www.editions-iconoclaste.fr/livres/creer/
(Crédit montage vidéo : ER-Prod audiovisuel)
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