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EAN : 9782749140858
256 pages
Éditeur : Le Cherche midi (03/11/2016)
Résumé :
Ce livre est un récit d'un genre neuf, celui du style de vie d'un marin considérable doublé d'un poète. "Quand je regarde la mer, je me promène dans le temps du monde." Vous l'ouvrirez à n'importe quelle page, il n'y a pas d'ordre dans les plaisirs, pas de classement dans les enchantements. C'est de ceux-là dont Olivier de Kersauson nous entretient.

Voici donc le catalogue original d'un esthète singulier amoureux de la mer. "Il y a des artistes qui pe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Nowowak
  01 août 2020

Le personnage médiatique m'attire et m'horripile. Sur les plateaux l'Amiral a un côté cassant, imbu de lui-même et misogyne qui souvent me révulse. Mais c'est aussi un mec plein de culture, capable d'improviser des tirades poétiques, de balancer de bonnes vannes en une seconde pendant que d'autres les préparent laborieusement la veille. Les néons lui vrillent le crâne, sur un plateau il n'a pas ses repères, il s'ennuie, il lui manque la mer.
« J'ai connu le monde dont la porte tournait autour d'un seul gond »
Je me doute que derrière le paravent il y a l'arrière-boutique dont je ne sais rien. La Bretagne j'adore, la mer quand il y a de petites vagues j'aime bien. La poésie est mon gagne-plume. Je viens d'emprunter à la médiathèque de chez moi deux ouvrages pour explorer l'océan Kersauson : « Promenades en bord de mer et étonnements heureux » et son best-seller : « Ocean's Songs ». Je pense lire les deux à la fois après en avoir délaissé d'autres car ces deux-là ont l'air de faire la paire. Je ne sais pas lequel va hériter de ma critique. Il faudrait mélanger les deux titres, les glisser dans une machine à bulles qui ne garderait que les perles et les images fortes. Cela s'appellerait « La chanson du marin quand il est lui-même » ou « Promenades intérieures par vent de mer ».
« La terre n'apporte pas ça. Elle a une mémoire. La mer non. Juste cette eau qui se referme sur le silence de ses profondeurs. »
De quoi vais-je me nourrir dans ces deux livres que je suis certain d'aimer ? Mon envie est de jouer le passager clandestin, de me glisser dans un canot pneumatique ou dans une barque à l'arrière, de noter sur un carnet toutes les phrases du commandant de bord qui tisseraient leur voie à travers les voiles et le vent. Des deux tomes celui qui aura le plus de belles phrases gagnera la dédicace de ma critique. C'est bien sûr peau de zébi pour l'Amiral qui a traversé toutes les mers, affronté le Loch Ness, le Triangle des Bermudes, le Cap de Bonne-Espérance, l'océan austral, le Cap Horn, Bora-Bora, les pirates du golfe d'Aden et du détroit de Malacca, les 40èmes Rugissants et j'en passe !
« Ce jour-là, à Brest, quand les nappes de pluie et de vent formaient un rideau terrible et que j'ai vu l'Abeille Bourbon appareiller, j'ai pensé, non sans émotion, au talent de ces marins. Et je me suis dit : « Quelle belle vie ils ont ! »
Je dis ça, je n'en sais rien, je suis aussi nul en géographie qu'en noeuds marins, je sais à peine distinguer bâbord de tribord. Tribord c'est à droite c'est ça ? Je pars c'est bon. Je navigue sur l'océan Kersauson qui suggère que « l'exaltation du présent, c'est une façon de se tenir, un devoir ». Je partage pleinement. Il n'aime pas trop la nostalgie, cette brume qui cache le paysage. L'Amiral a compris que se contenter de ce qui nous rend content-contant mais pas comptant est suffisant, pourquoi chercher ailleurs ? « Revenir au bonheur de ce que l'on a, c'est un savoir-vivre ». Cela démarre bien. Quittons la terre. La Terre c'est une bosse sur un horizon plat, c'est une anomalie dans le paysage du marin. Que faisiez-vous à O heure et 0 seconde la nuit de la Saint-Sylvestre quand Kerso braquait son projecteur dans les flots des étoiles qui scintillent pour découvrir la tête de la première vague de minuit et du premier jour de l'année ?
« J'aime la campagne lorsque la tache océane est au bout »
« Selon son humeur, la mer change de couleur »
« Notre ignorance de la faune maritime est colossale »
« Je peux faire des kilomètres pour le parfum d'une fleur »
Les livres de l'Amiral sont remplis de sagesse, de périples, de fulgurances poétiques. Je n'apprends rien quand il dit qu'il ne faut s'inquiéter que pour des choses que l'on peut vraiment changer et que le futur on s'en fout. Il est terriblement humain ce marin et souvent au-dessus de la mêlée. L'océan est un beau costume pour méditer et sous la lune ou sous le soleil engendrer des paroles presque sacrées. On sent que Kerso est toujours tiède du voyage précédent, prêt à repartir à peine arrivé. Faisons le point. Sortons le compas. « Ocean's Songs » m'intéresse beaucoup moins que « Promenades en bord de mer et étonnements heureux ». C'est très bien écrit mais surtout autobiographique et moins ancré au présent, aux éléments et à leur poésie.
« La Patagonie est une vraie réserve sauvage battue par tous les vents. Tous les vents du monde viennent taper au cap Horn et sur la cordillère des Andes ».
Dans les premières pages l'Amiral nous parle de son voyage en Patagonie, cette pancarte indiquant « Route de la fin du monde ». Il a une pensée pour le Finistère qui n'est rien d'autre que « La fin de la terre ». Qu'il soit en Patagonie ou en Polynésie, Kerso retrouve les mêmes odeurs de la mer et du vent du large qu'il a laissés derrière lui en Bretagne. La même couleur, les mêmes nuages, les mêmes lumières tendres. Puis c'est le canal de Panama. La même émotion à chaque fois, le même compagnonnage avec « cet océan qui gronde souvent et se tait tout d'un coup ».
Je vais continuer mon voyage en vous souhaitant d'embarquer. Faites-vous petit, soyez discrets. L'Amiral sait gouverner mais il n'aime pas les emmerdeurs. La musique de la mer lui suffit. Profitez doucement de la traversée et il vous offrira un coup à boire !
Nowowak

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Sirenna
  10 janvier 2018
Embarquée sur
Le voilier de ses rêves,
Je fais le tour du monde
en duo et sans escale avec
Olivier de Kersauson,
Surnommé l'Amiral.
Je chavire d'aise,^^
Je traverse le canal de Panama,
Avec lui et je m'émerveille,
De cette coupure de terre
qui relie les mers et qui
permet de s'incruster dans
cette verdure tropicale.
« Une parenthèse d'eau verte
Entre deux océans bleus ».
Il est taiseux et ronchon parfois
Mais « je ne suis pas fiu de lui »
(Expression Polynésienne qui veut dire
Las ou fatigué de quelque chose ou de quelqu'un).
Je fuis ^^ avec lui à l'autre bout du monde et
nous marchons en Patagonie jusqu'à ce panneau
qui indique la « Route de la fin du monde »
où un autre monde commence !
J'aime sa façon de me parler de sa mer*
Celle qu'il a arpenté toute sa vie,
Et dont il écoute le silence,
Dont il sent les vibrations infinies,
Dont il capte la subtilité de l'infini,
J'aime quand il me raconte sa vague ,
Celle qu'il lit,
Qu'il écoute,
Qu'il voit
Dans cette infini transformation d'eau !
J'aime quand il me conte ce vent
Qui fait exister le marin et
Qu'il guette,
Qu'il quête
Dans l'immensité de l'océan,
De cette mer qui efface les traces
De tout passage humai car
elle est mouvante et éternelle,
un perpétuel recommencement.
Quelle leçon de vie.
Rien n'est grave après
Avoir traversé le Cap Horn...
Ce décharnement qui fait
Prendre conscience que la volonté
N'a aucune prise sur l'océan !
Il est dans l'instant présent,
Complètement,
Entièrement.
C'est la vague qui guide:
Ses sens,
Son sens de vie,
Celle d'une acuité totale.
Il a réussi à me transmettre
l'essentiel:
son émerveillement de la vie !!!
Merci pour cet enchantement sans prix!
+ Lire la suite
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nadiouchka
  22 juin 2018
Quand je lis un livre d'Olivier de Kersauson, j'ai un problème : je mets un post-it à chaque page ! Vous imaginez à quoi cela ressemble une fois fini ? Ensuite, il faut faire un tri….
C'est encore ce qui est arrivé avec « Promenades en bord de mer et étonnements heureux ».
Ce navigateur – écrivain – chroniqueur, qui a battu le record du monde en solitaire en 1998 est un véritable raconteur doué.
Le livre commence par un petit hommage à Florence Arthaud : « Il y a quelques semaines, en Polynésie, je passe dans le port de Papeete, dans le vieux port de pêche. Là, dans le fond, à l'endroit où les bateaux sont condamnés à mourir, j'avise un mât. Je m'approche, il était caché par la coque d'un long-liner. Je reconnais Biotherm, l'ancien trimaran de Florence Arthaud. (…) Tout m'est revenu de façon dense. Mais ce n'était pas triste. La disparition de Florence fut si brutale, que je trouvais normal que tout ce qui lui était lié n'a pas pu lui survivre. le personnage était tellement vivant, sensible, fort ». (p.7).
Celui que l'on a surnommé « L'Amiral » nous invite à un voyage à travers le monde, de façon très poétique. Il le fait avec un genre particulier : de nombreux petits chapitres comportant des multiples réflexions, toutes plus belles les unes que les autres, que l'on peut lire comme on le désire et qui démontrent que cette « forte tête » a vraiment une grande sensibilité.
Pour la lecture donc, aucun ordre, il suffit de choisir une page, au hasard et c'est l'évasion garantie, l'émerveillement, le voyage, les descriptions d'un simple lever de soleil sur Tahiti ou une pleine lune.
Olivier nous fait aussi part de certaines réflexions philosophiques bien agréables.
S'il adore la Polynésie où il se sent si bien, il garde tout de même une certaine nostalgie de la Bretagne (surtout de Brest). Malgré les voyages en Patagonie, à l'île de Pâques, aux Marquises… il garde un morceau de son coeur pour son pays natal.
Que dire de ce petit passage quand il évoque la Polynésie : « Voici une expression bien polynésienne : « Aita pe'a pe'a », qui signifie « c'est pas grave », et je pense que c'est l'une des expressions qu'on entend le plus souvent dans ce pays. Elle traduit une capacité d'indifférence. (…) C'est le Carpe diem du Pacifique sud. Aita pe'a pe'a : profitons de ce que nous visons là ». (p.29) ?
Olivier de Kersauson qui a bien connu, entre autres, Eric Tabarly qu'il considère comme un génie, pense que ce fut la chance de sa vie de naviguer de temps en temps avec lui.
Dans cet ouvrage, les sources d'émerveillements sont tellement nombreuses que je me contenterai de dire que l'écrivain sait bien nous faire partager sa passion avec autant de poésie que nous aussi en restons éblouis.
Pour conclure, on pourrait noter cette réflexion suivante : « Il y a des artistes qui peignent des tableaux. Moi, je peins le sillage blanc sur le bleu des mers » ou celle-ci, en page 166 : « La mer, c'est la partie de la Terre que je préfère ».
Et ça on l'avait bien compris depuis longtemps.
Merci Olivier pour cet hymne à la vie, à la mer, à sa beauté, à toutes ces « promenades et ces étonnements heureux que j'ai partagés avec vous en embarquant discrètement pour admirer l'homme chaleureux qui est en vous !
💜 😍
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TerrainsVagues
  09 décembre 2016
Promenades en bord de mer et étonnements heureux ?
Joli programme, on est partis. Hein ? Un bouquin ? de ? de Kersauzon !!!!!
Euh… je te laisse j'ai une course à faire.
Je ne suis pas un bon consommateur (par contre, con sommateur oui, ça m'arrive…parfois…) adepte de la croissance et de ses dommages collatéraux, mais là… il m'a fallu ce bouquin tout de suite, dès que j'ai su.
Pas de l'achat compulsif non non non, du Vital, une bouffée d'oxygène, d'air du grand large, de poésie. La journée commençait bien, lumineuse. C'est bon de savoir qu'un Ami (quelqu'un qui vous veut du bien à travers ses bouquins, pas un pote) a "pensé" à vous, même s'il a peut être été un peu motivé par son éditeur. Et puis quand cet Ami râle et que l'ami est l'Amiral alors là… alors là il ne râle pas et c'est aussi bon.
Ca commence par une pensée émue pour Florence Arthaud mais ça aurait pu commencer par Tahiti, Brest, Paris, la Patagonie ou le parfum d'une fleur. Promenades en bord de mer et étonnements heureux c'est un recueil de pensées, un bric à brac d'émotions liées à la nature, à l'Océan, à l'autre, à la vie. Pas d'ordre chronologique, ça s'ouvre au hasard sans possibilité de se perdre.
D'une Saint Sylvestre où à minuit, il guette la première vague de l'année :
« Et je me disais: est ce que la première vague de l'année sait qu'elle est la première vague de l'année et fait un effort ? Pas du tout ! Pas du tout !
Elle montrait même une indifférence molle, à peine polie, un morceau de trait blanc sur le récif, qui brillait dans le projecteur. Il n'y avait pas ce que j'espérais naïvement, parce qu'il faut être naïf pour espérer autant cette espèce de coquetterie de la vague qui se dit : " je suis la première de votre calendrier, je vais me faire belle." »
Le ton est donné et il ne quittera ces pages qu'à la deux cent quatorzième.
Peut être que certains verront un peu de « c'était mieux avant » mais qui peut vraiment dire que dans le domaine du Vrai et de l'Essentiel, c'est bien aujourd'hui ? Parce que oui, le sujet du bouquin il est là, le sens de la vie. de l'inutilité des choses qu'on nous fait désirer, jusqu'à devenir con au point d'attendre toute la nuit devant le rideau de la fnac pour avoir le nouveau télépomme (les merdes apple quoi, c'est pas dans le bouquin ça, c'est qu'une de mes interprétations :-) ) au bonheur de se rendre compte que respirer est un moment magique à chaque seconde.
Tout ça avec l'Océan comme support.
Ce livre est une ode à la magie de l'instant, cet instant si précieux et perdu à chaque seconde qui passe. Un hymne au beau, à la vie.
J'ai trouvé quelques passages où… ben oui l'eau ça mouille etc, mais en les relisant je me dis que parfois, enfoncer des portes ouvertes ce n'est qu'une expression alibi qui permet de garder ses oeillères.
Si les portes sont ouvertes, on fait tout pour ne pas franchir celles qui mènent vers le Beau. L'amiral nous dis juste que de l'autre coté c'est plutôt pas mal et qu'il s'y trouve bien. J'ai bien envie d'aller le rejoindre même si dans certains cas faut que je me botte le cul.
Merci m'sieur pour cette poésie.
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majero
  24 février 2020
Au crépuscule de la vie, Kersauson raconte avec des mots simples, des mots à lui, ses 'étonnements heureux qui font tout le bonheur de nos vies'.
Moments fragiles qui viennent de la nature, odeurs, lumières, et pas qu'à Tahiti ou aux Marquises.
Les moments du monde sont là, souvent ignorés parceque gratuits.
'Dépéchez-vous de prendre la lumière du monde' et moi je pense que c'est justement là que nous, lecteurs, excellons!
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critiques presse (1)
Culturebox   20 décembre 2016
Un livre dans lequel il se raconte et évoque les grands qui l'ont marqué comme Tabarly et Arthaud.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   06 décembre 2016
Le jour où je vais disparaître, j'aurai été poli avec la vie car je l'aurai bien aimée et beaucoup respectée. Je n'ai jamais considéré comme chose négligeable l'odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis. Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés. Le passé c'est bien, mais l'exaltation du présent, c'est une façon de se tenir, un devoir. Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l'on voudrait avoir, on ne s'émerveille plus de ce que l'on a. On se plaint de ce que l'on voudrait avoir. Drôle de mentalité! Se contenter, ce n'est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l'on a, c'est un savoir vivre.
+ Lire la suite
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   07 décembre 2016
Peut-on remettre cette lettre au vent?
"Et si vous ne reveniez jamais. Qu'il vous prenait l'envie comme cela, sans même dire au revoir, las que vous devez être de balayer la crasse des villes, de disperser les fumées empoisonnées des usines, de secouer des fils électriques et des panneaux de signalisation, pour vous retrouver quelques mètres plus loin à tourbillonner dans l'odeur pestilentielle des décharges, sans compter que vous vous déchirez les rafales sur les milliers d'antennes et de câbles dont les villes sont hérissées.
Il n'y a pas si longtemps, c'était magnifique d'être le vent. Vous apportiez des senteurs selon les saisons, effeuilliez des roses, courbiez des blés, faisiez faire des loopings aux oiseaux, arrachiez les feuilles mortes, séchiez le linge. C'est aussi vous qui faisiez grincer les girouettes, claquer les oriflammes des champs de bataille et dans certains pays tourner des moulins. Certains jours, plus polisson, vous emportiez les chapeaux et souleviez les jupes mais, surtout, pendant plus de deux mille ans c'est vous qui emmeniez les bateaux. Pas un voyage sur la mer sans vous, pas de Christophe Colomb, pas d'Amérique, pas d'Australie, pas de Polynésie. Jusqu'il y a cent ans, pas un grain de café ni une lettre d'amour qui ne soit arrivé sans votre aide.
Il faudrait une vie pour raconter tout ce que vous nous avez permis de faire. Jadis, tout le monde le savait et vous saviez que vous étiez utile et aimé, et en Méditerranée, berceau des civilisations, on avait coutume de dire: quand vous n'êtes pas là, c'est la galère.
Aujourd'hui les moulins tournent au nucléaire, les sèche-linge aussi, les roses poussent dans des serres en plastique, plus personne ne porte de chapeau et les filles ont des collants sous leurs jupes, et pour ce qui est des bateaux... Nous, les marins, parlons de vous tout le temps, recherchons sans fin votre compagnie. Vous faiblissez, c'est l'inquiétude; vous partez, c'est le drame; nulle part au monde vous n'êtes autant chéri, choyé,attendu."
+ Lire la suite
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   09 décembre 2016
Pour moi comme pour les gens de ma culture, c'est à dire ceux qui ne sont pas intéressés par le buzz - les autres se comportant comme des témoins assistés -, la plupart de nos coreligionnaires vivent à coté du monde. Ce qui est important pour moi, ce n'est pas le match de foot, c'est que nous soyons le jour du solstice d'hiver, par exemple, dans le Pacifique.
La lumière va apparaître là, maintenant... ou peut être plus tard, c'est tellement plus important que la tambouille de Bruxelles.
Les moments du monde sont là et j'ai le sentiment que les gens ne les prennent plus. Sans doute parce qu'ils sont gratuits.
+ Lire la suite
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cardabellecardabelle   27 mai 2020
.
Dans notre civilisation , on maltraite le présent , on est sans cesse tendu vers ce que l'on voudrait avoir , on ne s'émerveille plus de ce que l'on a .
On se plaint de ce que l'on voudrait avoir .
Drôle de mentalité !
Se contenter , ce n'est pas péjoratif .
Revenir au bonheur de ce que l'on a , c'est un savoir-vivre .

p.10
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WyomingWyoming   02 décembre 2018
Il y a quelques semaines, en Polynésie, je passe dans le port de Papeete, dans le vieux port de pêche. Là, dans le fond, à l'endroit où les bateaux sont condamnés à mourir, j'avise une mât. Je m'approche, il était caché par la coque d'un long-liner. Je reconnais Biotherm, l'ancien trimaran de Florence Artaud. Cette image était insolite, tout à fait insolite. Je pensais que le trimaran avait quitté le territoire, qu'il n'était plus au mouillage où je l'avais vu il y a un an. Et le voilà dans le fond du port de pêche, vraisemblablement condamné à être dépecé. Il faisait beau, le ciel était bleu, il flottait dans l'air un je-ne-sais-quoi de serein... Il n' y avait même pas la tristesse des bateaux qui vont mourir... Je regardais Biotherm, je me souviens qu'il fut assemblé dans l'arsenal de Brest, je me rappelais son montage... Tout m'est revenu de façon dense. Mais je n'étais pas triste. La disparition de Florence fut si brutale que je trouvais normal que tout ce qui lui était lié disparaisse aussi. Dans le fond, tout ce qui lui était lié n'a pas à lui survivre. Le personnage était tellement vivant, sensible, fort. Dans mes amitiés professionnelles, Florence a vraiment compté -- et pas seulement pour moi, mais aussi pour Didier Ragot, mon second... Dans ce monde, Florence était la seule fille à courir en compétition multicoque. Sa disparition ampute une partie de nos souvenirs à tous. Je repense à tous nos moments sympas, heureux et maritimes. Certes, le bateau va disparaître, mais c'est bien ainsi car tout cela fut vécu dans l'excellence avec, ensemble, de la grâce, de la beauté, de la joie de vivre, de l'intelligence, du panache et de la force. Les bateaux, lorsqu'ils ne sont plus animés par des capitaines de valeur, ne sont plus rien.
J'ai parfois cette impression lorsque je revois les Pen Duick (j'ai passé dix ans de ma vie avec Tabarly). Tous ces bateaux sans Eric ne signifient plus rien. Ce qui faisait l'attachement à ces bateaux, c'était l'attachement à leur capitaine, au marin exceptionnel que Tabarly était, aux choses exceptionnelles qu'on a pu faire car il en avait le désir et la force, l'intelligence, la connaissance maritime. Le bateau est lié à l'action et à l'homme ou la femme qui le manage. Tout le monde ne réagit pas comme moi -- je connais des marins qui ont navigué sur les Pen Duick et qui, lorsqu'ils les revoient, sont émus. Moi, au contraire, je me ferme. C'est comme dans les maisons, quand les parents ont disparu, le fauteuil du père reste vide; mais ce fauteuil n'avait de raison d'exister que lorsque le père s'asseyait dedans... Bref, ce rappel de la disparition de Florence est douloureux. Quand les gens existent, ils sont là même si on ne les voit pas, ils font partie des pièces qui constituent nos vies. Le jour où l'une de ces pièces disparaît, on ne voit plus que le trou, l'absence.
Je suis passé il y a peu à La Trinité chez jean Le Rouzic (le médecin chez qui Florence a habité mais nous avons tous habité chez lui à une époque), on ne s'était pas vus depuis la mort de Florence et tout à coup l'un de nous a prononcé son prénom et nous nous sommes tus. Nous n'avons plus parlé pendant sept ou huit minutes. Sept minutes de prières sans soute. Puis nous avons parlé d'autre chose et je suis parti. Là où aurait pu s'installer un dialogue fort s'est installé un silence encore plus fort. C'est la présence, au fond, qui s'est installée, la présence de Florence et pas son absence. La vraie présence. La maison de Jean Le Rouzic, c'était notre club. Les gens que j'ai aimés et qui sont partis appartiennent au monde de mes douleurs. Les gens que j'ai perdus me coûtent chaque jour... mes frères, mes soeurs, mes parents, la mère de mon fils. Je vis de leur absence. Et de façon dense. Comme on a ses amis, on a ses morts. Et ses vivants. Mes morts me manquent, j'y pense souvent, jamais je n'en parle. Florence et Eric, ce sont des pans entiers de ma vie, des moments de connaissances et de rires.
J'ai toujours eu le sens du moment précieux. J'ai compris très vite que tout était fragile et que la présence de l'autre qu'on aime était précieuse. Je me rappelle qu'à 23 ans, sur Pen Duick, je m'imaginais à l'extérieur du bateau pour le regarder naviguer et me dire que j'avais de la chance. J'ai toujours eu le recul qui permet de profiter et d'être heureux de tel ou tel moment magique.
Avec Florence, nous vivions presque en bande, à Brest, avec nos équipages. Nous avions le même architecte. On se voyait chaque jour. Ces moments étaient pleins d'un vrai dynamisme. Nos bateaux, parce qu'ils étaient nouveaux, nous faisaient vivre un présent qui n'était en soi qu'un futur -- tout était neuf, c'était les premiers multicoques, les premiers bras en composite...
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