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Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)Charles Zaremba (Traducteur)
EAN : 9782742745982
144 pages
Actes Sud (03/11/2003)
3.91/5   125 notes
Résumé :
C'est pour l'enfant auquel il n'a jamais voulu donner naissance qu'Imre Kertész prononce ici le kaddish - la prière des morts de la religion juive. D'une densité et d'une véhémence peu communes, ce monologue intérieur est le récit d'une existence confisquée par le souvenir de la tragédie concentrationnaire. Proférée du fond de la plus extrême souffrance, la magnifique oraison funèbre affirme l'impossibilité d'assumer le don de la vie dans un monde définitivement tra... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Marylou26
  24 janvier 2022
Il faut attacher sa tuque avec de la broche pour passer à travers ce récit, que j'ai trouvé époustouflant par ailleurs, d'Imre Kertész. le narrateur est un rescapé des camps. Un philosophe, M. Obláth, croisé au cours d'une promenade en forêt, lui demande s'il a des enfants. C'est le point de départ de la tourmente que cela suscite en lui, qui se présente sous la forme d'un long monologue intérieur, lancé d'un bloc et dans l'urgence, tous les temps de la vie de cet homme se trouvant entremêlés, un soliloque sans beaucoup de pauses ni de respirations, d'un ton philosophique et existentiel, fait d'arguments, de retours, de redites qui risquent à tout moment d'égarer le lecteur, avec en toile de fond : la difficulté, voire l'impossibilité, de survivre à la survie, de survivre au retour des camps de la mort. Ce qui ressort particulièrement dans ce texte, qui n'est ni un roman ni un récit autobiographique, c'est le travail de la langue, où tout de l'expérience des camps s'y trouve imbriqué, mais de façon implicite, car le narrateur évoque son expérience plus qu'il ne la raconte, à travers l'échec de son mariage, l'écriture étant au service de la mise à distance. Définitivement un texte à relire, pour mieux en saisir toutes les nuances. J'en sors essoufflée, dans l'envie tout de même de continuer à découvrir ce grand écrivain.
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bidule62
  13 mars 2021
Pour lire ce livre il faut impérativement savoir que l'auteur Imre Kertesz, Juif hongrois, a été déporté à 15 ans à Auschwitz.
J'ai acheté en même temps "Etre sans destin" qui raconte (a priori) cet épisode.
"Kaddish" est une oeuvre de fin de vie de l'auteur. Ce n'est pas un roman, on est entre le récit, le témoignage, les réflexions philosophiques autour de cet enfant qu'il refuse d'avoir à cause d'Auschwitz. Peut-être aurais-je dû commencer par "Etre sans destin" pour apprécier davantage "Kaddish..."?
L'auteur y livre ici ses réflexions sur le couple, la paternité, la création littéraire, ses souvenirs d'écolier, le tout s'entremêlant sans peut-être de logique (on n'est pas dans un récit linéaire). On sent en fait une espèce de sentiment d'urgence dans ce texte. Urgence à s'expliquer ? à se comprendre ? On sent une vie de survivant, oppressante. On ferme le livre avec un sentiment profond de tristesse...
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Allantvers
  15 septembre 2021
Ecrire, écrire encore et toujours comme une nécessité absolue, fouailler sans fin au fond d'une souffrance sans rémission, écrire donc comme on prie, sans espoir de salut pourtant...
J'ai voulu retrouver Imré Kerzetz après "Etre sans destin" pour comprendre ce qu'après ce témoignage terrible il avait à dire encore : rarement lecture aura été aussi dure. C'est essentiellement la douleur au-delà des mots que j'ai ressentie dans cette litanie pénétrante, qui évoque l'enfance déjà terrible avant l'expérience indicible d'Auschwitz à quinze ans, l'épouse qui ne peut comprendre, et s'adresse à l'enfant qu'il a refusé d'avoir, son "inexistence considérée comme la liquidation radicale et nécessaire de mon existence".
Un texte terrible et courageux.
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Herve-Lionel
  17 avril 2015
N°895– Avril 2015
KADDISH POUR L'ENFANT QUI NE NAITRA PAS -Imre Kertész Actes Sud.
Traduit du hongrois par Nathalia er Charles Zaremba.
Le kaddish, ce n'est pas comme on le dit souvent la prière des morts mais des endeuillés. Ainsi le titre prend-il tout son sens dans la mesure où l'auteur, refusant d'avoir un enfant, est endeuillé par sa propre décision.
D'abord, il s'agit d'un soliloque, c'est à dire d'une réflexion face à soi-même couchée sur le papier par le truchement de l'écriture, une manière de fixer les choses. le narrateur qui est juif est un traducteur qui a renoncé à être écrivain et qui entame une conversation avec M. Oblàth, un philosophe qui lui demande innocemment s'il a des enfants. Sa réponse est un « Non » catégorique à son interlocuteur et cela le bouleverse au point que, dans la nuit qui suit, il se remet à écrire, c'est à dire fixer ce soliloque sur la page blanche, avec pour thème cette négation. Cette conversation « entre deux intellectuels moyens » tourne donc autour d'un enfant qui aurait pu naître mais qui ne naîtra pas, une inexistence qui est le prélude à « son auto-liquidation consciente »,  le premier coup de pelle à cette tombe qu'il creuse pour lui dans les nuages avec sa plume! Bien entendu, cette réflexion intime sollicite sa mémoire et c'est tout naturellement qu'il évoque sa femme dont il est séparé depuis. Il refait à l'envers le chemin de leur amour, de leur bonheur qui bien que « considéré comme une obligation » ne fut pas au rendez-vous à cause de cet enfant qu'il lui refusa mais aussi cette impossibilité d'écrire ce roman qu'il portait en lui et qu'elle espérait comme la consécration de leur union. En réalité pour lui l'écriture était la marque de sa souffrance (suivant l'expression communément admise « je souffre donc j'écris ») et non la conséquence de sa liberté, et donc incompatible avec l'expression alors que pour elle, elle était symbole de la réussite littéraire. Il revient sur cet épisode de la liberté quand il évoque l'attitude de celui qu'il appelle « Monsieur l'instituteur »qu'il rencontre quand ils sont ensemble dans un wagon à bestiaux que les emporte vers les camps. le narrateur, alors adolescent, est incapable de bouger, immobilisé par la douleur. Cet homme s'est chargé de lui apporter sa portion de nourriture mais disparaît un moment, happé par la foule. le narrateur suppose qu'il se l'est appropriée pour augmenter ses chances de survie mais il réapparaît et la lui apporte, s'indignant de son étonnement. Il n'était pas obligé de faire ce geste qui illustre sa liberté intérieure et va à l'encontre de sa propre survie. L'auteur y voit même la marque de l'illogisme. Pour lui-même, le narrateur revendique sa liberté d'écrivain en refusant par avance toute intrusion dans son travail. Ainsi la propriété d'un logement. Il en va de même pour l'amour qui d'ordinaire est plutôt un moteur de la création artistique. Au contraire, à ses yeux, il est le symbole de l'attachement, l'inverse de la liberté qui pour lui est la seule source de création littéraire. C'est que, pour lui, l'écriture n'est pas exactement le reflet de la vie, sa façon d'écrire ce texte en est la manifestation et peut parfaitement, comme il le dit lui-même, être une fuite. Il y avait donc, au départ une contradiction (peut-être inavouable) dans leur union. Il avait bien tenté de l'exprimer en explorant son enfance dans une nouvelle mais ce fut un échec. de plus, pour lui, sa judéité reste quelque chose de laquelle il est prisonnier. Son épouse qui est juive et dont les parents eux-mêmes ont connu Auschwitz comptait sur lui, sur son écriture, pour se libérer de ce poids, alors que lui entendait faire cette démarche en solitaire. En outre, il lui a refusé cet enfant dont la femme qu'elle est avait envie sans doute parce qu'on ne pouvait pas donner raisonnablement la vie après avoir vécu l'Holocauste. Il ne le pouvait pas non plus à cause de ce mariage raté auquel il met cependant fin. du coup il est lui « le mauvais juif » par rapport à cette « belle juive », de 15 ans sa cadette qui fut son épouse. Il n'empêche, cette liberté qu'il revendique en tant qu'écrivain se manifeste pleinement dans ce « non » opposé à la fois à Oblàth et à son épouse.
Ainsi, peut-on imaginer que ce kaddish s'adresse aux vivants en leur enjoignant de vivre malgré tout. S'il avait eu cet enfant, l'auteur aurait, d'une certaine façon prolongé sa propre existence, mais peut-on vivre et transmettre la vie dans un monde qui a enfanté Auschwitz? Comment croire à la beauté et à la grandeur de cette humanité quand on a assisté à sa si profonde déchéance? L'auteur sait qu'il peut avoir un enfant mais le refuse pour provoquer une prise de conscience et un acte de mémoire dans une société si encline à l'oubli, pour l'inciter à se souvenir des martyrs qui ont payé de leur vie le seul fait d'être juif et qu'il est indispensable d'en garder la mémoire pour que cela en se reproduise pas. Ce texte est pourtant une sorte de prière, solitaire, longue et tortueuse, qui se conclue par un « amen ». Il est une longue négation de la vie qui ne peut être vécue pareillement après les horreurs des camps. Il adresse cette prière à Dieu comme une excuse de ne pas pouvoir jouir pleinement de la vie qu'Il lui a donnée à cause de ce qu'il a vécu et de cette paternité qu'il refuse. J'ai personnellement lu ce livre avec les yeux d'un désenchanté et je suis, moi aussi, bien enclin, moi aussi, à désespérer de cette humanité que les philosophes nous ont présenté souvent comme humaine et humaniste.
Le texte est dense, labyrinthique, douloureux, la phrase est longue, pesante, désarticulée, disloquée, écartelée en multiples digressions, ce qui n'en facilite pas la lecture. Qu'est -ce à dire ? Cela veut-il montrer l'intensité de la souffrance ou au contraire la difficultés de s'exprimer [avec ce texte il dit creuser sa propre tombe « dans les nuages », son « auto-liquidation »] Je choisis d'y lire une sorte d'attirance vers la mort de celui qui n'est pas vraiment sorti d'Auschwitz et qui n'en sortira jamais, une sorte d'accomplissement de sa judéité dans la mort. Il a connu l'horreur des camps [et aussi la joug soviétique en Hongrie après la guerre] et puise dans cette mémoire qui nourrit sa réflexion jusqu'à désirer la mort à la fois terme normal de la vie mais ici vécue comme une libération de la souffrance pour celui qui traîne sa vie comme un fardeau. Cela me rappelle le suicide de Romain Gary, laissant pour toute explication ces quelques mots « Je me suis enfin exprimé complètement ». Ainsi me semble -t-il que ce kaddish est certes pour Dieu, pour cet enfant qui en naîtra pas de lui mais aussi et peut-être surtout pour lui, pour obtenir cette paix dont parle cette prière et qui est impossible!
J'avoue avoir lu ce livre parce qu'il fallait sans doute avoir eu connaissance de ce texte, de ce message exprimé par un écrivain majeur et couronné par le Prix Nobel en 2002. Il est animé des mêmes angoisses à la fois sur le destin des juifs, sur l'horreur de la Shoah et sans doute aussi sur la culpabilité d'y avoir survécu. J'ai bien conscience que mon commentaire est largement en-deçà de ce qu'à voulu ou pu exprimer l'auteur, que je n'ai peut-être rien compris et qu'il peut parfaitement être contesté.
©Hervé GAUTIER – Avril 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Pasoa
  27 mai 2016
"Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas" est un très beau livre.
C'est le récit autobiographique d'un homme qui ne parvint jamais à sortir d'une enfance emprunte d'une profonde solitude et à se défaire de l'expérience tragique de l'enfermement dans le camp d'Auschwitz.
Il l'écrit souvent, il ne vit pas, il survit. L'écriture fut pour lui lui un acte nécessaire mais qu'il lui aura procuré une souffrance quasi insupportable. Comme son épouse lorsqu'elle vivait à ses côtés, en lisant ce livre, j'ai ressenti envers son auteur de la compassion, de la bienveillance qui se sont peu à peu transformées en impatience, en colère et en découragement.
Ce récit remarquable ne cesse de nous interroger sur le thème de la souffrance d'autrui : jusqu'où sommes-nous capables de l'entendre, de l'accepter, d'y répondre mais aussi de nous en détacher ?
Endurer ou refuser la souffrance de l'autre, il semble qu'il soit difficile de s'en tenir à une seule attitude tant elle peut avoir de résonances en nous.
Imre Kertesz nous livre beaucoup de lui-même dans ce court récit mais nous apprend également beaucoup de nous-mêmes.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
LutvicLutvic   14 juin 2021
Auschwitz, dis-je à ma femme, m'est apparu par la suite comme une exacerbation des vertus qu'on m'inculquait depuis ma prime jeunesse. Oui, c'est alors, durant mon enfance, durant mon éducation qu'a commencé mon impardonnable anéantissement, ma survie jamais survécue, dis-je à ma femme. J'ai pris une part modeste et pas toujours très efficace au complot silencieux ourdi contre ma vie, dis-je à ma femme. Auschwitz, dis-je à ma femme, représente pour moi l'image du père, oui, le père et Auschwitz éveillent en moi les mêmes échos, dis-je à ma femme. Et s'il est vrai que Dieu est un père sublimé, alors Dieu s'est révélé à moi sous la forme d'Auschwitz, dis-je à ma femme.
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PasoaPasoa   27 mai 2016
Elle dit que je l'avais terrassée avec mon esprit, puis que j'avais éveillé en elle la compassion et qu'après avoir éveillé sa compassion, je l'avais transformée en auditrice, en auditrice de mon enfance terrible et de mes histoires abominables et quand elle avait voulu devenir partie prenante de mes histoires pour me sortir de l'impasse qu'elles représentaient, de ce bourbier, de cette vase, et me conduire vers elle, vers son amour, pour qu'ensuite nous sortions ensemble de ce marais et le laissions pour toujours derrière nous comme le mauvais souvenir d'une maladie : alors j'avais soudain lâché sa main (c'est ainsi que s'exprima ma femme) et j'avais pris mes jambes à mon cou pour retourner dans le marais, et elle n'avait plus la force, dit ma femme, de me suivre une deuxième fois, et qui sait combien de fois encore, pour me ressortir de là. Car il semblait, dit ma femme, que je ne voulais même pas me dégager de là, à l'évidence, il n'existait pas pour moi de chemin menant hors de ma terrible enfance et de mes histoires abominables, quoi qu'elle fît, dit ma femme, et même si elle sacrifiait sa vie pour moi, elle savait, elle voyait qu'elle le ferait pour rien, en vain. Quand nous étions tombés l'un sur l'autre (ma femme employa ce mot), il lui avait semblé que je lui apprenais à vivre, ensuite elle avait vu avec horreur quelle force destructrice il y avait en moi et qu'à mes côtés ce n'était pas la vie qui l'attendait, mais la destruction. La conscience morbide, dit ma femme, voilà la cause, c'était une conscience morbide et empoisonnée, répétait-elle encore et encore, empoisonnée pour toujours, une conscience nocive et contagieuse que, dit ma femme, il faut faire disparaître, oui, dit ma femme, il faut s'en libérer, s'en détacher si on veut vivre et elle avait décidé, répéta-t-elle, qu'elle voulait vivre.
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sylviesylvie   09 mars 2010
et je suis toujours là, bien que je ne sache pas pourquoi, par hasard, de la même façon que je suis né, je ne suis pas plus complice de ma survie que de ma venue au monde, bon d'accord, la survie recèle un tout petit peu plus de honte, surtout si on a fait tout son possible pour survivre : mais c'est tout, rien de plus, je n'ai pas pu donner dans l'apitoiement général de la survie et la démagogie bravache, mon dieu ! on est de toute façon un peu coupable, c'est tout, j'ai survécu donc je suis, pensais-je, non, je ne pensais rien, simplement j'étais, tout simplement comme un survivant...
...qui ne sent pas la nécessité de justifier sa survie, d'assigner un but à sa survie, oui, de transformer sa survie en un triomphe...
...réel, le seul possible qui serait -aurait été-, la survie prolongée et multipliée de cette existence, et donc de la mienne dans mes descendants, de mon descendant, en toi, non, je n'y pensais pas, je ne pensais pas devoir y penser, jusqu'à ce que cela me tombe dessus, une nuit,
et que la question se dresse devant moi...
...La question, oui, aurais-tu été une petite fille aux yeux sombres ? le nez couvert de pâles taches de rousseur ? ou bien un garçon têtu ? avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu ? oui, ma vie considérée comme possibilité de ton existence, ou tout simplement considérée, sévèrement, tristement, sans colère ni espoir, comme on considère un objet."
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chartelchartel   28 juillet 2008
"Non !"- cria, hurla en moi quelque chose, immédiatement, tout de suite, lorsque ma femme (qui ne l’est d’ailleurs plus depuis longtemps) orienta la conversation vers lui – vers toi – et mon cri a mis de longues années à s’apaiser, oui, pour ne laisser qu’un mal de vivre mélancolique, comme la furie d’Odin au cours du fameux adieu, jusqu’à ce que, émergeant des brumes du son mourant des instruments à cordes, lentement et malicieusement, comme une maladie latente, une question se dessine en moi, et cette question, c’est toi, ou pour être plus précis, c’est moi remis en question à travers toi, ou pour être encore plus précis […] : mon existence considérée comme la possibilité de ton être, c’est-à-dire que je suis un assassin, si on veut pousser la précision jusqu’au bout, jusqu’à l’absurde, et c’est possible avec un minimum de masochisme, puisque, Dieu merci, il est trop tard, il sera toujours trop tard, tu n’es pas là, alors que moi, je me sens en parfaite sécurité, puisqu’en disant non, j’ai tout détruit, tout réduit en poussière, surtout mon mariage éphémère et malheureux.
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art-bsurdeart-bsurde   11 août 2015
Mais pour en revenir, à quoi au fait ? à mon opinion – mon Dieu! - , j'ai vraisemblablement dû dire que cette phrase, à savoir : « Auschwitz ne s'explique pas », est fausse déjà au niveau structurel, puisque ce qui est a toujours une explication, même si cette explication est par nature purement arbitraire, erronée, quelconque, mais c'est un fait qu'un fait a au moins deux existences, l'une factuelle et l'autre, pour ainsi dire, spirituelle, un mode d'existence spirituel qui n'est autre qu'une explication, un amoncellement d'explications, et qui plus est, une surexplication des faits, ce qui revient en fin de compte à les annihiler, ou tout au moins à les brouiller : cette malheureuse phrase - « Auschwitz ne s'explique pas » - , est aussi une explication, elle sert au malheureux auteur à expliquer que nous devons passer Auschwitz sous silence, qu'Auschwitz n'est pas ou plutôt n'a pas été, car n'est-ce pas, seules les choses qui ne sont pas ou n'ont pas été ne sont pas explicables.
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Videos de Imre Kertész (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Imre Kertész
Imre Kertész (1929-2016), l’Holocauste comme culture : Une vie, une œuvre (France Culture). Photographie : L'écrivain hongrois Imre Kertész, à Paris en 2010. © Olivier Roller/Divergences. Son site internet : http://www.olivierroller.com. Un documentaire de Virginie Bloch-Lainé, réalisé par Clotilde Pivin. Diffusion sur France Culture le 30 mars 2019. L'écrivain juif hongrois Imre Kertész a transformé son témoignage de la déportation en fiction, car selon lui le vocabulaire ne peut rendre compte de la folie qu'il y a connue. Plongée dans une œuvre clairvoyante et pessimiste, qui lui a valu le prix Nobel de littérature en 2002. « J’avais 24 ans quand je me suis réveillé à moi-même. Ce fut un moment irréel, d’ordre mystique. Cet appel que je ne comprenais pas bien était en totale contradiction avec ma façon de vivre, mais il fallait que j’y réponde : je devais écrire un livre qui serait tout à fait le mien. » Imre Kertész Auteur d’“Être sans destin”, le juif hongrois Imre Kertész n’a pas écrit de témoignage sur sa déportation, mais bien une fiction. Il jugeait impossible de témoigner sur Auschwitz, ne serait-ce que parce que le vocabulaire ne pouvait rendre compte de la folie qu’il y a connue. Son œuvre réfléchit à l’existence d’une éthique et à l’éventualité, pour l’Europe, de remettre en route la mise à mort à échelle industrielle. Dans “L’Holocauste comme culture”, Imre Kertész écrit : « Je peux dire peut-être que cinquante ans après, j’ai donné forme à l’horreur que l’Allemagne a déversée sur le monde (…), que je l’ai rendue aux Allemands sous forme d’art. » Né à Budapest en 1929 dans une famille juive modeste, Imre Kertész part à 5 ans dans un pensionnat car ses parents se séparent, et aucun ne décide de le garder avec lui. Lorsqu’il a 14 ans, en 1944, alors qu’il avait été chassé de l’école parce qu’il était juif, il est arrêté par les gendarmes, et déporté à Auschwitz. Il ignore ce qui l’attend. Il reste un an en détention et doit sa survie au fait d’avoir menti sur son âge : en prétendant avoir 16 ans et non 14, il est déclaré apte au travail et donc utile au camp, et ainsi, sauvé. Une fois libéré par les Américains et de retour en Hongrie où il apprend que son père est mort en déportation, Kertész vit sous le joug d’un second totalitarisme, et ce pendant 40 ans. On entend l’écrivain, dans ce documentaire, dire que cette autre dictature est peut-être ce qui l’a obligé à survivre au lieu de se suicider, comme Primo Levi et tant d’autres. Imre Kertész crée pour se sentir libre tout en vivant sous un régime autoritaire. Il gagne très modestement sa vie en écrivant de mauvaises comédies musicales, et met 13 ans à terminer “Être sans destin”, commencé en 1959. Publié en France en 1998, le roman se distingue d’autres textes de déportation par son absence de pathos. La psychanalyste Laurence Kahn explique en quoi ceci est la marque de fabrique de Kertész : il veut davantage que l’empathie et la plainte, qui autorisent la bonne conscience et la mémoire courte. D’autres romans suivront : “Liquidation”, “Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas” et “Le Refus”. Que ce soit dans ses textes de fiction ou dans ses journaux, “Journal de galère” et “L’Ultime auberge”, Kertész est pessimiste, féroce et sans moralisme.
Avec :
Clara Royer, biographe de Imre Kertész Guillaume Métayer, spécialiste de littérature hongroise, chercheur au CNRS Laure Barillas, docteure en philosophie, enseignante Laurence Kahn, psychanalyste
Lectures faites par Thibault de Montalembert.
Source : France Culture
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